00:00Florian Yelpo, macroéconomiste en charge de la macroéconomie chez Lombard-Rodier IM qui nous accompagne ce matin.
00:06Bonjour Florian, merci de nous accompagner. Dans un instant nous allons parler de la situation aux Etats-Unis
00:12avec certes une trêve de Noël mais pas totalement puisque vous aurez quelques statistiques à suivre cette semaine du côté des Etats-Unis,
00:20notamment demain. Juste avant quand même, Florian, un mot de la situation en France.
00:24Un disant français qui se stabilise ce matin à 3,61, 3,62. Néanmoins on reste quand même sur des plus hauts de 2011.
00:31Avec, je le disais en préambule, un marché obligataire qui grimpe parce qu'il y aura beaucoup de déficit à financer l'an prochain.
00:38Tout à fait, bonjour Etienne, bonjour à tous.
00:40Oui, alors il y a deux éléments qui peuvent expliquer cette remontée des taux qui s'est accélérée depuis vendredi.
00:47Le premier de ces éléments, vous le mentionniez, c'est effectivement la situation fiscale
00:51où on va pouvoir avoir des divergences entre pays européens.
00:54Mais la deuxième explication, c'est que c'est une remontée des taux qui est plutôt globale dans les pays du G10,
01:00d'un ordre de magnitude évidemment qui dépend des pays, mais surtout c'est également une remontée plus prononcée en Europe.
01:07Elle est prononcée en Allemagne comme elle est prononcée en France.
01:10L'élément qui est important à garder en tête, c'est qu'est-ce qui soutient, qu'est-ce qui sous-tend cette remontée globale ?
01:15On peut décomposer, vous savez, les progressions de taux en fonction de, est-ce que c'est la prime d'inflation qui est révisée ?
01:20Est-ce que les investisseurs obligataires demandent une compensation pour une inflation future ?
01:24Ce n'est pas le cas, ce n'est même pas du tout le cas, on a très peu de variations sur la prime d'inflation,
01:28ce sont les taux réels qui remontent.
01:30Les taux réels c'est quoi ?
01:31Les taux réels c'est la prise de conscience que dans l'ensemble, les baisses de taux banque centrale qu'on a pu espérer,
01:37il y a quelques mois encore, risquent peu d'arriver, notamment en Europe,
01:41et qu'on serait plutôt sur une forme de statu quo, voire avec quelques petites tensions à long terme.
01:46Donc vous le voyez, dans l'ensemble, c'est une progression des taux réels,
01:49qui signifie que la normalisation des taux est probablement pour l'instant derrière nous,
01:54et qu'on rentre dans cette grande parenthèse du statu quo des banques centrales.
01:57Quand on se focalise sur le 10 ans, uniquement sur le 10 ans,
02:00la France va probablement être le pays qui se financera à un taux le plus élevé dans la zone euro.
02:07On est désormais au coude à coude avec la Lituanie, qui se finance à 3,68 sur le marché secondaire.
02:12Cette année, on a doublé l'Italie, qui est à 3,54 ce matin, on a doublé la Grèce, qui est à 3,48.
02:18Il faut s'en inquiéter ou pas, aujourd'hui, Florian Elpo ?
02:21C'est un message évident des marchés financiers à l'attention des dirigeants français.
02:26Il faut reprendre la main sur les comptes globaux de la France,
02:32surtout quand d'autres pays semblent en tout cas y parvenir.
02:35Ils ont donné des signes de volonté d'aller dans cette direction-là.
02:39Maintenant, le spread, c'est-à-dire les écarts de taux entre la France et l'Allemagne,
02:44restent relativement limités.
02:45On parle d'environ 70 points de base.
02:49Ce n'est pas la fin du monde.
02:50On est très loin d'une punition à la grecque, d'une punition à l'époque de 2011,
02:55où on avait des véritables tensions sur le financement.
02:58C'est un appel du coude.
03:00Il faut savoir entendre cet appel du coude et réagir.
03:03Ça fera partie des grandes incertitudes de 2026.
03:06La trajectoire fiscale française, c'est un élément qui inquiète les marchés à juste titre.
03:12Voyons en 2026 comment les spreads vont s'ajuster.
03:15Un spread ce matin entre la France et l'Allemagne qui se stabilise à 70 points.
03:20Il faut revenir au mois d'août dernier pour voir un écart de taux de 70 points
03:24entre la France et l'Allemagne.
03:25Nous évoquerons ces niveaux techniques également dans un instant
03:28avec Alexandre Baradez.
03:30Florian Yelpo du côté des États-Unis.
03:32Il faudra suivre la croissance du troisième trimestre cette semaine.
03:36Une fois de plus, il faudra surveiller la croissance tirée par l'intelligence artificielle
03:40et puis le reste.
03:42Oui, absolument.
03:43C'est la deuxième estimation des chiffres de croissance américaine.
03:48En première estimation, on avait un chiffre très fort, 3,8%.
03:51Là, les économistes attendent à une révision à la baisse de 3,2%.
03:56Cette révision ne viendrait pas, en tout cas, de la consommation qui, elle, reste robuste aux États-Unis
04:01mais plutôt d'une prise en compte, justement, de ce fameux cycle de l'investissement
04:05et de ses conséquences en termes d'IA.
04:09C'est un chiffre, encore une fois, qui est plutôt un chiffre de rétroviseur.
04:14On est plutôt en train de contempler ce qui vient de se passer.
04:18Vous le rappelez, les marchés sont plutôt forward-looking.
04:21Ils ont plutôt tendance à regarder vers le futur.
04:23Donc, ce sera un point d'étape, ce sera un passage au stand
04:26pour bien vérifier que le narratif qui soutient la progression des actions
04:30depuis quelques jours reste bien en place,
04:33c'est-à-dire une situation de croissance modérée mais solide
04:36et une désinflation qui est en train de prendre forme.
04:41C'est ce qu'on appelle un scénario boucle d'or.
04:43Les marchés adorent ce genre de scénario.
04:45Le fameux scénario Goldilocks où, au final, tout serait sous contrôle
04:49où la situation serait idéale.
04:51C'est ça, aujourd'hui, le scénario qui est anticipé pour 2026 ?
04:56Oui, très clairement.
04:57On est passé de marchés qui avaient leurs yeux rivés sur le risque récession
05:02vers des marchés qui, maintenant, doivent avoir les yeux rivés sur le risque déception.
05:06C'est-à-dire qu'aujourd'hui, un consensus net est en train de se former.
05:11La grande leçon de 2025, c'est non, on n'a pas eu de choc inflationniste
05:16en venant des droits de douane, en dépit de ce que les cassandres de l'inflation ont pu mentionner.
05:23On n'a pas non plus eu de récession.
05:25On se retrouve dans une situation de croissance un peu ralentie, ici ou là,
05:29mais surtout d'une absence claire de choc d'inflation.
05:33Donc, croissance modérée, inflation qui se normalise et taux qui sont plus bas qu'il n'était il y a deux ou trois ans,
05:40c'est un bon environnement pour investir.
05:43Évidemment, le seul risque qui reste, le principal risque, c'est le risque de la valorisation.
05:47C'est-à-dire, est-ce qu'aujourd'hui, justement, le fait que le retrait de la prime récession
05:50n'a pas amené un gonflement des valorisations trop important ?
05:55C'est la grande question à laquelle les porteurs d'action, aujourd'hui, doivent répondre pour se préparer pour 2026.
06:01Et les banques centrales, au milieu de tout ça, il ne faut pas les oublier,
06:03avec notamment 2026 qui sera marqué par le changement du président de la Fed.
06:10Donc, pour l'instant, le nom reste toujours inconnu.
06:12Est-ce que ça s'est vraiment pris en compte sur le marché obligataire ?
06:15Quand vous voyez les taux longs, quand vous regardez notamment le disant américain
06:18qui n'arrive pas à redescendre en dessous des 4%, Florian ?
06:22Le nom est inconnu, mais peut-être que le prénom ne l'est pas.
06:24A priori, mais en revanche, il faut bien comprendre que ces 10 ans, ces taux de 10 ans,
06:30ce sont des anticipations du futur.
06:32Aujourd'hui, nos banques centrales communiquent de plus en plus dans un mode statu quo,
06:37c'est-à-dire, on a ajusté les taux et on est passé d'un mode prudence à un mode pilotage fin,
06:43ajustement fin de la politique monétaire.
06:45Et ça, ça retire comme support aux grands taux de la planète le principal soutien à la baisse des taux,
06:55c'est-à-dire les baisses de taux anticipées de la banque centrale.
06:59Si la Fed nous dit « je vais stabiliser à 3,25 », si la BCE nous dit « je stabilise à 2 »,
07:04c'est difficile de voir les taux longs pour poursuivre leur baisse.
07:08On a besoin de banques centrales plus accommodantes pour voir les taux à la baisse.
07:12C'est l'une des interrogations de l'an prochain.
07:14Pour l'instant, en tout cas, notre consensus à nous,
07:16c'est quelques baisses du côté américain, mais pas de baisses du côté Europe.
07:19Merci beaucoup Florian. Florian Rielpot nous a raccompagné ce matin en charge de la macroéconomie
07:24chez Lombard-Rodier IEM pour faire un point sur la situation aux Etats-Unis,
07:28mais aussi en Europe, avec un 10 ans français qui culmine ce matin au-delà des 3,6%.
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