00:00D'abord, il vient de nous rejoindre, il est 15h44, Nabil Milali. Bonjour Nabil.
00:04Bonjour Guillaume.
00:04Gérant pour Edmond Rothschild Asset Management.
00:06Vous allez, face à ces marchés, rendre votre verdict, ce moment qu'on va vivre, ce verdict que vous allez
00:11rendre.
00:11Est-ce que vous l'assumez ?
00:12Tout à fait.
00:13On vous écoute.
00:14Alors je pense qu'en Iran, le risque de chaos est désormais non négligeable, mais que le taco reste plus
00:19probable.
00:20Oh !
00:22Le risque de chaos est non négligeable, mais le taco, le taco, le taco est plus probable.
00:27Intéressant. Et effectivement, vous venez de nous dire, attention là, Donald Trump qui joue avec le feu et qui pourrait
00:32finir par devoir faire marche en arrière.
00:34On a des cours du pétrole en hausse aujourd'hui.
00:35Et le ministre de l'énergie du Qatar, qui avertit que le baril, selon lui, selon lui, le baril dans
00:39deux semaines, montera peut-être à 150 dollars.
00:42C'est comme ça qu'il voit les choses.
00:43Tout à fait. Alors, au tout début de cette crise, on imaginait trois scénarios.
00:47Celui qu'on craignait le plus, c'est effectivement celui du chaos, c'est-à-dire un Iran qui se
00:53transformerait petit à petit en Libye post-2011,
00:56avec un vide institutionnel.
00:58Mais on disait quand même que le scénario le plus probable, et ça reste notre conviction à ce stade,
01:03c'est qu'on est une guerre d'usure dans un premier temps, c'est-à-dire une guerre qui
01:07dure peut-être plusieurs semaines,
01:09qui teste les capacités des deux côtés.
01:10À la fois, les capacités de l'Iran à continuer à poursuivre ses frappes,
01:14mais de l'autre côté aussi, la capacité des États-Unis et d'Israël à garder une capacité d'interception
01:19assez importante.
01:20Et maintenant, on voit que les pays du Golfe sont aussi concernés par ses capacités d'interception de plus en
01:25plus sous pression.
01:26Mais qu'in fine, après cette guerre d'usure, à partir d'un certain moment,
01:31quand le coût économique, surtout financier, le coût d'un point de vue énergétique pour Donald Trump sera trop important,
01:38eh bien à ce moment-là, il sera tenté de crier victoire, en pouvant mettre en avant au moins deux
01:43choses,
01:43c'est-à-dire, un, la destruction des capacités iraniennes sur le nucléaire, sur les missiles balistiques,
01:49l'élimination d'Ali Khamenei, et à ce moment-là, déclarer une victoire de manière unilatérale.
01:55– Il peut le faire un peu quand il veut, parce qu'il n'a jamais défini précisément ses objectifs.
01:59– Tout à fait, et cette ambiguïté, en fait, elle est, je pense, réfléchie,
02:02c'est tout à son avantage de maintenir cette ambiguïté concernant les objectifs de cette intervention militaire.
02:08Le problème pour Donald Trump, c'est que la situation commence un petit peu à lui échapper,
02:12donc c'est pour ça qu'on dit que le risque de chaos, cette probabilité qu'on estimait à 20
02:18% au début de la semaine,
02:19elle commence à remonter petit à petit, et c'est ce que price le marché aujourd'hui,
02:22avec un baril de pétrole qui atteint les 90 dollars, sachant qu'ils vont regarder les coûts du brut.
02:26– Mais à 91,50 là sur le brend.
02:28– Voilà, ça s'accélère particulièrement aujourd'hui, et ce qu'il faut regarder,
02:31c'est non seulement les coûts du brut, mais le nerf de la guerre aujourd'hui, ce sont les produits
02:35raffinés.
02:36C'est là-dessus, c'est sur ces produits-là qu'on voit les hausses les plus spectaculaires depuis le
02:40début de la semaine,
02:40sur le diesel, sur l'essence, sur le kérosène, et sur ces produits-là,
02:45on a un problème de capacité à exporter le brut via le détroit d'Hormuz,
02:49et je pense qu'aujourd'hui tout le monde sait que ça représente 20% des flux de pétrole mondiaux,
02:54mais surtout c'est aussi une capacité à atteindre les raffineries indiennes chinoises,
02:59qui sont aujourd'hui clés pour le système énergétique mondial.
03:01– Vous le disiez, ce sera soit le chaos, soit le taco,
03:05bon il y a peut-être un entre deux, mais voilà,
03:06Donald Trump fera sans doute machine arrière à un moment ou à un autre,
03:08parce que les cours du pétrole peut-être sont en train de lui échapper là.
03:11On a un WTI qui monte aussi, 89 dollars, on est presque à 90 là sur WTI.
03:15Est-ce qu'il y a un niveau sur WTI qui pour Donald Trump serait pour le coup
03:19effectivement à ne pas franchir et qui pourrait vraiment effectivement le faire reculer ?
03:22– Plus que le WTI, c'est surtout les prix de l'essence à la pompe aux Etats-Unis
03:25qu'il faudra surveiller.
03:26Il vient de franchir les 3 dollars le gallon.
03:30Je pense qu'à partir d'un certain seuil,
03:32il dit que pour l'instant il ne craint pas trop la hausse des prix de l'essence,
03:36mais à quelques mois des mid-terms, on pense qu'il y a un seuil
03:40à partir duquel il ne pourra pas continuer cette confrontation ad vitam aeternam
03:45et qu'il devra trouver un chemin vers la désescalade.
03:47– Mais un moyen de faire baisser le prix de l'essence à la fin,
03:51c'est peut-être justement aussi le scénario que vous n'évoquez pas forcément,
03:55le scénario d'un renversement de régime d'un Iran qui devient fort,
04:00intégré mondialement, qui profiterait d'ailleurs aux entreprises occidentales
04:05et américaines, et évidemment dont le pétrole reviendrait dans le circuit mondial
04:10et donc ça ferait de l'offre supplémentaire.
04:13– Exactement, je mentionnais en introduction qu'on avait 3 scénarios,
04:15c'est le dernier que je n'avais pas encore mentionné.
04:17– C'est un peu idyllique, mais ça prendrait du temps, mais quelle chance ?
04:20– Le scénario du changement de régime, j'imagine que c'est celui qu'espère Donald Trump,
04:24sachant qu'il peut prendre plusieurs formes.
04:25Alors idéalement pour la population iranienne, ce serait une transition démocratique,
04:28ça peut aussi prendre la forme d'un régime autoritaire,
04:31mais qui serait plus conciliant envers les Etats-Unis.
04:34Le problème pour Donald Trump, c'est qu'il n'y a pas de Delcy Rodriguez aujourd'hui en Iran,
04:38qu'il cherche un leader de substitution à Ali Khamenei,
04:41qui serait prêt à négocier sur le dossier nucléaire.
04:44À ce stade, il n'y en a pas qui émergent.
04:48– Il ne veut pas dire, moi je t'abais à Khamenei ?
04:49– Il n'en veut pas, absolument, sachant que de plus,
04:52les informations de presse dont on dispose à ce stade,
04:54il faut prendre ça avec des pincettes,
04:55mais c'est qu'il y a des divisions extrêmement fortes
04:57au sein des différentes factions du régime,
05:00et que pour l'instant, celles qui gagnent de plus en plus de pouvoirs,
05:02ce sont les gardiens de la Révolution.
05:03Et on sait que ce sont les éléments les plus radicaux du régime,
05:06donc a priori, pas enclin à négocier à ce stade.
05:08– Alors, il y a des infos qui circulent un peu partout,
05:10et peut-être celles-ci contribuent à la faire chuter les marchés actions.
05:13D'après le Financial Times, plusieurs grandes puissances du Golfe,
05:16à savoir l'Arabie Saoudite, les Émirats, le Koweït et le Qatar,
05:20envisageraient de retirer leurs investissements des Etats-Unis.
05:23Pourquoi ? Parce que comme sur le pétrole, le gaz, c'est plus compliqué,
05:25ils ont une énorme pression budgétaire qui risque de s'accroître,
05:28et donc ils vont devoir procéder à des arbitrages.
05:30Ces pays pourraient donc réexaminer leurs engagements d'investissement,
05:33notamment aux Etats-Unis.
05:34Alors, pourquoi aux Etats-Unis ?
05:35Pour en profiter, pour faire pression sur Donald Trump,
05:38justement faire de leurs investissements un moyen de pression sur Donald Trump.
05:40– C'est exactement notre interprétation,
05:42on pense que c'est surtout une stratégie de négociation vis-à-vis de Donald Trump.
05:45Le fait que ces pays menacent, c'est une manière de montrer le coût économique
05:49que cette guerre représente pour eux,
05:51mais aussi pour Donald Trump,
05:53et donc le forcer à trouver un chemin vers la désescalade,
05:55et que cette confrontation ne dure pas éternellement.
05:59Ces pays craignent évidemment le scénario du chaos,
06:02c'est-à-dire que même avec une différence idéologique historique
06:07entre l'Iran et l'Arabie Saoudite,
06:09l'Arabie Saoudite préférait tout de même avoir un régime stable en Iran
06:12plutôt qu'un régime complètement détruit,
06:17et différentes milices qui régneraient dans le pays pendant plusieurs années,
06:20dans ce cas-là,
06:21et donc une capacité de nuisance qui serait durable.
06:24Là, on n'est pas sur un scénario où les prix de l'énergie resteraient élevés
06:26pendant quelques semaines, mais pendant plusieurs années,
06:28parce qu'on voit ce que les outils ont été capables de faire en mer rouge.
06:34Imaginez ce que ça pourrait être sur le détroit d'Hormuz
06:36quand des milices pourront, avec une simple roquette,
06:40perturber le trafic maritime pendant plusieurs années.
06:42Et d'ailleurs, là, une raison de la hausse,
06:43c'est aussi que les Iraniens tirent sur le nord de l'Irak,
06:46sur là où il y a des Kurdes iraniens qui sont exilés,
06:49parce que justement, ils ont peur qu'en fait,
06:50qu'ils soient finalement armés et qu'ils reviennent détruire le régime.
06:55Exactement.
06:56Et les capacités, les alternatives au détroit d'Hormuz,
06:58elles existent, mais elles sont extrêmement limitées.
07:01L'Arabie Saoudite a un pipeline, un oléoduc qui passe de l'autre côté,
07:04mais sa capacité maximale, elle est de 7,5 millions de barils par jour.
07:08Les Émirats en ont un,
07:10sa capacité maximale est au-dour de 1,5 million.
07:12Donc, difficile d'utiliser ces voies alternatives pendant très longtemps
07:16et donc, il faudra à tout prix trouver un moyen
07:19de réenclencher le trafic du diel d'Etre d'Hormuz.
07:22Ce dont vous êtes venu nous parler, Nabil, c'est cela.
07:24Tous ces enjeux qui font les prix aujourd'hui,
07:26qui font l'addition,
07:27que le monde est en train de payer à cette guerre
07:29et notamment à travers la hausse des cours du pétrole.
07:31Actuellement, le brut léger américain flirte avec les 89
07:33et le Brent donc a franchi la barre des 91 dollars.
07:36Qui sera le principal perdant de tout ça ?
07:38Est-ce que, en tout cas, parmi les principaux perdants,
07:41il y aura l'Europe ?
07:41Alors, l'Allemagne, par exemple,
07:43qui a besoin de beaucoup de gaz pour son industrie.
07:45C'est le président de la Bundesbank qui a annoncé tout à l'heure
07:47que le conflit en cours pourrait coûter 40 milliards d'euros.
07:5040 milliards d'euros sur deux ans à l'Allemagne.
07:52Alors, c'est là qu'on voit que les marchés sont quand même rationnels
07:54parce que, quand on regarde la performance boursière
07:56depuis le début de la semaine,
07:57les pays qui souffrent le plus,
07:58c'est le Japon, la Corée et l'Europe.
08:01Et quand on regarde maintenant la dépendance énergétique
08:03de ces pays-là aux importations,
08:07les importations énergétiques représentent 90%
08:09de la consommation au Japon, en Corée du Sud.
08:12Ça représente entre 60 et 70% en Europe.
08:15Et donc, il n'est pas étonnant de voir ces marchés boursiers-là
08:18corriger de manière bien plus importante
08:20que ce qu'on a vu aux États-Unis, par exemple.
08:23Sachant qu'on parle depuis tout à l'heure du pétrole,
08:25mais l'autre enjeu de cette crise, c'est le gaz.
08:27On l'a vu dès les premiers jours du conflit
08:30avec l'annonce de Qatar Energy
08:31d'arrêter sa production de GNL.
08:34Il faut savoir que même avec une accalmie,
08:36il faudra plusieurs semaines, au moins deux semaines
08:38avant que les capacités de production reviennent
08:40à leur niveau d'avant-crise.
08:42Et on sait que ça représente à peu près 20%
08:44du GNL mondial.
08:46Il y a des alternatives.
08:47Avant cette crise, on craignait plus
08:49l'excès d'offres de GNL plutôt que le déficit.
08:51Donc, il y a des alternatives,
08:52mais ça coûtera cher à l'Europe.
08:54C'est l'AIE, l'Agence internationale d'énergie,
08:56qui veut quand même rassurer,
08:57qui explique qu'effectivement, sur GNL,
08:58le monde aura une offre de plus en plus diversifiée à l'avenir,
09:00grâce notamment au GNL américain,
09:02qui va finir par inonder le monde,
09:04explique-t-il.
09:05Et puis l'AIE, qui sur le pétrole,
09:06se veut aussi rassurante en disant
09:07qu'il y a beaucoup de pétrole en ce moment sur le marché.
09:09Bon, en tout cas, les cours continuent de monter.
09:11Merci beaucoup, Nabil, d'être venu nous éclairer
09:13sur tous ces mouvements qui font cette fin de semaine.
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