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  • il y a 23 minutes
Ce mercredi 11 mars, Antoine Ternon, gérant de portefeuille chez APICIL Asset Management, s'est penché sur l’impact économique d’un conflit au Moyen-Orient sur l’inflation, et le libération de 400 millions de barils de pétrole de l'AIE, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:0115h44, Antoine Ternon nous rejoint. Antoine Ternon pour Apicilain. Bonjour Antoine, bienvenue.
00:05Bonjour Guillaume.
00:06Face au marché, face au contexte international aussi, vous allez rendre votre verdict.
00:10Ce verdict que vous allez livrer, cet instant qu'on va vivre ensemble. Est-ce que vous l'assumez Antoine
00:14?
00:15Oui Guillaume, je l'ai écrit et je l'assume.
00:17On vous écoute.
00:19L'idée c'est de voir à quel point est-ce que le Moyen-Orient pourra influencer les anticipations d
00:25'inflation.
00:26Indéniablement oui, mais on considère que c'est largement absorbable.
00:31Ça c'est intéressant, on va reparler de l'Agence internationale de l'énergie qui libère 400 millions de barils
00:35dans un instant.
00:36Mais vous dites, les remous inflationnistes avec ce qui se passe là sont inévitables, inévitables, mais quand même absorbables par
00:41les marchés.
00:42Exactement, la question c'est surtout de savoir quel est le point de départ.
00:45Est-ce que le parallèle avec 2022 qui est assez évident puisqu'il est brûlant dans les esprits de tout
00:51le monde,
00:51est un parallèle naïf où est-ce qu'il peut être fait ?
00:56Déjà le constat c'est qu'on a une inflation qui est revenue sous la cible.
00:59Je parle de l'Europe ici, parce qu'on est bien plus concerné par ce qui se passe à nos
01:03frontières,
01:05que l'inflation encore elle est tout juste au-dessus de la cible.
01:07Si on en croit les derniers chiffres, on a encore quelques remous liés aux services,
01:12quelques poches de résistance, mais qui sont notamment liées au début d'année.
01:15Donc si on exclut ça et qu'on se concentre plutôt sur ce qui peut être amené à bouger de
01:20part ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient,
01:21on pense évidemment à l'énergie, 10% du CPI, du panier du consommateur européen.
01:28On pense aussi à la composante alimentaire, c'est 15%, et on pense aussi à la composante des biens, c
01:35'est un petit peu moins dans ce paysage-là.
01:38L'alimentaire, parce que ça peut paraître peut-être étrange aux oreilles de ceux qui nous suivent et nous regardent,
01:42parce qu'on parle toujours du pétrole qui passe par Hormuz, mais aussi 30% des engrais azotés.
01:46Les récoltes seront impactées aussi.
01:48Les fertilisers qui passent par le Détroit, ils sont doublement affectés,
01:52déjà parce que c'est une industrie qui est très énergivore en gaz,
01:56donc mécaniquement comme en plus il y a des turbulences sur le gaz,
01:59c'est double peine pour ces prix des fertilisers.
02:02Les Indiens par exemple, qui nourrissent déjà leur population stratosphérique,
02:07mais qui sont aussi des exportateurs très importants durés notamment,
02:10eux sont très pénalisés, et c'est à peu près 70% de ce qui rentre en énergie
02:14qui est destiné à la production d'urine.
02:17C'est une stat qui peut être intéressante, parce que oui, le Détroit d'Hormuz,
02:20ce n'est pas uniquement la voie maritime pour le pétrole,
02:24c'est également pour le gaz, mais c'est aussi tout un tas de produits alimentaires
02:28qui circulent et qui pourraient affecter ce CPI alimentaire.
02:32Oui, de l'inflation, il y en aura, on n'y échappera pas à ce regain d'inflation,
02:36c'est votre message quand même.
02:37Exactement, si on regarde les données d'anticipation telles que les investisseurs
02:40ont l'habitude de regarder, c'est-à-dire les chiffres de break-even,
02:43je démystifie tout ça, c'est à quel point est-ce que les obligations indexées à l'inflation
02:47quand on retraite cette composante inflation nous raconte,
02:51on a 2,2 à peu près à 10 ans d'anticipé.
02:54Alors c'est très long, mais ça montre qu'il n'y a pas un désancrage énorme,
02:58on était sous les deux.
03:00Tout ça, ça évolue avec la nouvelle donne géopolitique,
03:04mais on pense que c'est absorbable.
03:07Je refais le lien avec ce qui vient d'être raconté sur les réserves stratégiques,
03:09mais il y a plein d'autres leviers, puisqu'on cherche en gros 17 millions de barils le jour à
03:14compenser,
03:15qui peuvent être imaginés, les gazoducs, escorter potentiellement des tankers,
03:22potentiellement des tankers chinois qui vont pouvoir plus facilement circuler.
03:25Les cartes maritimes interactives sont très intéressantes d'ailleurs à ce sujet-là,
03:28et puis il y a d'autres hypothèses un peu plus de l'ordre du fantasme,
03:32ou peut-être même proche de la réalité,
03:34mais qui seraient l'intervention de la Russie pour soutenir cet effort,
03:38pour reprendre les propos de Poutine.
03:40Donc on peut avoir plein de scénarios et reprendre notre imagination.
03:43Mais les Etats-Unis autorisent d'ores et déjà les Indiens à acheter sans pénalité du coup désormais du pétrole
03:47russe.
03:48Voilà, flutif marché en arrière par rapport à ce qui avait été demandé il n'y a pas longtemps,
03:51pour pouvoir un accord sur les tarifs.
03:53Le fait que l'Agence internationale de l'énergie,
03:55on va continuer de parler de l'inflation, l'impact sur la BCE,
03:57pourquoi pas dans un instant,
03:58mais le fait que l'Agence internationale de l'énergie libère 400 millions de barils.
04:02Ça a été annoncé aujourd'hui.
04:04C'est énorme 400 millions de barils.
04:05C'est la plus grande libération de réserves stratégiques de l'histoire.
04:09C'est deux fois plus que ce qui avait été libéré au moment de la guerre en Ukraine en 2022.
04:12Deux fois plus.
04:13Et pourtant le pétrole ne réagit pas, voire il est en hausse.
04:16Le baril de Brent à 91 dollars.
04:17Il n'y a pas de réaction des cours du pétrole.
04:19Je vois plusieurs choses déjà,
04:20parce qu'effectivement c'était sûrement très largement intégré par les investisseurs,
04:23les spéculateurs, les opérateurs.
04:26Deuxièmement, parce que quand on libère des réserves stratégiques,
04:28400 millions,
04:31il faudrait bien les remplir à un moment donné.
04:33Et on voit que le trou d'air,
04:35la libération des réserves de 2020 à 2022,
04:37elles n'ont pas été renflouées derrière.
04:40C'est que 20 jours finalement de consommation mondiale.
04:45Donc voilà, tout ça peut-être que,
04:48alors ce n'est pas une goutte d'eau,
04:49mais ce n'est peut-être pas suffisant pour compenser ces 17 millions dont on parle et dont on aurait
04:53besoin.
04:53Voilà, il va continuer donc de falloir trouver d'autres sources d'approvisionnement d'aliments.
04:57Alors l'Allemagne a annoncé qu'elle allait peut-être puiser elle aussi dans ses réserves stratégiques.
05:01Le Japon aussi a annoncé qu'il y allait.
05:02On verra si les pays du G7, parallèlement aux réserves stratégiques de l'AIE,
05:06annoncent la libération d'un certain volume de pétrole à suivre.
05:09Tout dépendra.
05:10La clé de tout cela, de cette équation, c'est la durée de ce conflit.
05:13On en revient toujours à ce point d'interrogation.
05:15Quelle durée pour ce conflit ?
05:17Alors c'est sûr qu'au début, ceux qui s'amusaient au jeu des scénarios et des spéculations derrière,
05:24tout le monde voyait un conflit assez court.
05:26Alors les propos de Trump sont largement contradictoires à ce sujet-là.
05:30Les plus récents voient une fin proche.
05:33Mais c'est sûr que la probabilité d'avoir un cessez-le-feu ou une mise à pied du régime
05:37ou un régime qui se retournerait contre cet ancien régime,
05:43cette probabilité-là s'éloigne avec quelque chose qui prend plus de place,
05:47qui serait plutôt de l'ordre de plusieurs semaines.
05:49Si on regarde l'histoire qu'on a des conflits armés depuis la Seconde Guerre mondiale,
05:56on a souvent des résolutions assez rapides.
06:00À l'exclusion, on a une médiane qui est assez intéressante.
06:02À part l'Ukraine.
06:02Une divergence d'une moyenne qui peut être beaucoup plus étalée.
06:06Mais voilà, pareil pour les points bas sur les marchés financiers.
06:08Souvent, c'est de l'ordre de trois semaines.
06:10Ça vaut ce que ça vaut puisque chaque conflit est différent.
06:12Et c'est surtout à quel point est-ce qu'il a été anticipé.
06:14Et vous l'avez très bien dit, la durée de ce conflit-là.
06:16On s'inscrit plutôt maintenant dans une séquence un petit peu plus long terme
06:20avec un régime qui semble camper sur sa position radicale.
06:25Et un Trump qui va peut-être devoir aussi jouer la montre
06:29avec des élections de mi-mort qui approchent, une pression politique.
06:32Voilà, l'un dans l'autre, on est un petit peu perdus.
06:34Pour Donald Trump, la difficulté, c'est évidemment que les prix de l'essence
06:36progressent aux États-Unis.
06:37Évidemment, les électeurs ne vont pas apprécier.
06:39Les électeurs de Donald Trump, ni les autres d'ailleurs, 86 dollars.
06:43Si le baril, et c'est le cas aujourd'hui, de brut léger américain
06:46est à plus de 86 dollars, ça annule.
06:48Ça annule automatiquement l'effet des remises d'impôts de début d'année,
06:51vous savez, aux États-Unis, pour quasiment tous les foyers.
06:54Voilà, les remises d'impôts, dont devaient bénéficier les foyers cette année,
06:57c'est annulé, complètement annulé, les effets positifs annulés,
07:00disparus du fait de la hausse des cours, au-delà des 86 dollars, le WTI.
07:03Et c'est le cas aujourd'hui, on est à 87 sur le WTI.
07:06Ça en dit long aussi sur ce que va penser la classe moyenne derrière,
07:09c'est-à-dire qu'elle espérait être soutenue dans une deuxième partie de mandat
07:12par les décisions de Donald Trump.
07:16Et en fait, le juge de paix, c'est le galon.
07:18On voit qu'il se rapproche des 4 dollars aux États-Unis.
07:20Alors, le panier moyen pour un consommateur américain,
07:24de ce qu'il va dépenser en essence,
07:26c'est largement inférieur à un consommateur européen.
07:29Mais en tout cas, c'est un baromètre très fort pour l'électorat de Donald Trump,
07:33ou au contraire, l'électorat plutôt démocrate,
07:36qui n'est pas pour cette intervention armée.
07:39Ça commence à devenir de plus en plus compliqué,
07:41puisque ces baisses d'impôts devaient être en grande partie aussi financées
07:44par les droits de douane.
07:48qui ont été invalidées.
07:50Le pétrole ne s'adoucit pas du tout, d'ailleurs.
07:52On reste sur les tendances haussières de ces dernières heures.
07:55On est au-delà des 91 dollars sur le baril de Brent de Mer du Nord.
07:59Donc la décision de l'AIEA change assez peu le paradigme,
08:02parce qu'on l'a dit et on le redit.
08:03C'est sur le long terme que si le pétrole s'installe sur des cours trop hauts,
08:07ça va ramener les pressions inflationnistes et le danger.
08:09Le temps, c'est la clé.
08:10Et c'est pour ça que François-Luneroyle Gallo,
08:12le gouverneur de la Banque de France qui s'est exprimé ce matin,
08:14pèse ses mots.
08:14Il dit à propos de la BCE une possible hausse de taux de la BCE.
08:17Il paraît que le marché commence à anticiper une hausse de taux de la BCE
08:20cette année compte tenu du pétrole.
08:21Il dit je ne pense pas qu'il y ait actuellement nécessité de relever les taux.
08:25Oui, c'est intéressant ce qui est en train de se passer
08:26en termes de sensibilisation de la Fed
08:30à ce qui est en train de se dessiner sur le pétrole.
08:34Alors vous avez parlé du droit de Gallo,
08:35mais on a eu plein d'autres gouverneurs
08:37qui ont été dans ce sens-là,
08:39avec des propos un petit peu plus faucons,
08:40c'est-à-dire plus propices à des hausses de taux.
08:42On a eu Nagel, on a eu Schnabel, on a eu Muller.
08:44On a eu pas mal d'allocutions qui vont en ce sens-là.
08:49Je pense qu'on ne va pas rentrer dans un nouveau cycle de hausse de taux,
08:52déjà parce qu'on est sur un choc d'offre
08:54qui est très différent de celui qu'on avait connu
08:58post-Sovid puis post-guerre en Ukraine,
09:00qui était un double choc finalement,
09:01parce qu'on avait cette surchauffe de la demande.
09:03On a eu derrière un choc sur l'offre.
09:05Finalement, on n'est pas du tout dans la même configuration.
09:08Ensuite, on s'est largement adapté en termes d'approvisionnement.
09:12On a parlé des flux de gaz et de pétrole,
09:14mais c'est valable sur tout un tas de la chaîne logistique.
09:17Je pense que c'est plutôt des discours
09:19qui visent à ancrer les anticipations de taux
09:21à des niveaux faibles, plutôt qu'une réalité,
09:23plutôt que rentrer dans un nouveau cycle de hausse de taux.
09:25Ça me paraît un petit peu exagérant.
09:27Antoine Ternon, Apicil AM.
09:29Merci Antoine de nous avoir rejoints et accompagnés cet après-midi.
09:32Pour réagir à chaud, l'Agence internationale de l'énergie
09:34libère 400 millions de barils.
09:36Ce n'est pas une surprise, on le voyait venir.
09:39La presse américaine en avait beaucoup parlé,
09:40mais c'est désormais officialisé.
09:41Ça n'a donc pas de gros impact aujourd'hui.
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