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Ce lundi 30 mars , dans sa chronique USA Today, John Plassard, associé, responsable de la stratégie d’investissement de Cité Gestion, s'est penché sur la cinquième semaine de guerre au Moyen-Orient, le risque de ralentissement de l'économie américaine sous estimé par JPMorgan, et la cessation du signal de vente de BofA. Cette chronique est à voir ou écouter du lundi au vendredi dans l'émission BFM Bourse présentée par Antoine Larigaudrie sur BFM Business.
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00:00Madrid, plus 0,06%.
00:03Mais, ça y est, comme on est passé à l'heure d'été, désormais on est raccord avec Wall Street.
00:07Et l'ouverture est bien à 15h30, et cette ouverture, on la commente avec John Plassard de Cité Gestion.
00:13Bonjour John.
00:15Bonjour Antoine.
00:16Alors déjà un petit mot de la tendance.
00:18Bon, on est en hausse de 0,7% là en ce moment sur le Nasdaq, plus 0,8%
00:21pour le Dow Jones, le S&P 500, plus 0,77%.
00:24On le répète, Nasdaq et Dow Jones qui sont désormais à peu de choses près, malgré le rebond d'aujourd
00:30'hui en territoire de correction.
00:31À moins de 10% par rapport au dernier plus haut.
00:34À noter que la volatilité recule légèrement, mais sous les 30 points, 29,74.
00:40Un mot des taux d'intérêt qui descendent un petit peu, ça s'apaise un petit peu, ça fait du
00:44bien au marché.
00:454,35 pour la dette américaine 10 ans, 3,77 pour le 10 ans français.
00:50Et puis le pétrole, le pétrole reste quand même très élevé.
00:53On est à 107,80$ sur le baril de Brent de Mer du Nord.
00:58John, semaine, alors j'allais dire, relativement calme du côté des États-Unis.
01:03Mais enfin, il y aura quand même des indicateurs macroéconomiques à suivre.
01:06Et puis, voilà, ça paraît absurde de dire qu'il ne va pas se passer grand-chose cette semaine.
01:11Si, il va se passer plein de choses, pas forcément très prévisibles.
01:14Mais qu'est-ce qu'on peut attendre de cette semaine qui s'ouvre, John ?
01:19Écoutez, d'abord Antoine, il faut rappeler que c'est une semaine écourtée
01:22parce que vendredi sera congé aux États-Unis.
01:26Mais, mais, vendredi, on aura quand même la publication des chiffres de l'emploi de mars aux États-Unis.
01:34Alors, évidemment, c'est assez intéressant de le dire parce que la réaction,
01:37si elle devait être assez violente, n'aura pas lieu vendredi,
01:40mais aura lieu lundi parce que lundi prochain, c'est congé.
01:44Alors, qu'est-ce qu'on attend sur l'emploi américain ?
01:46On attend des créations autour de 50 000 emplois, donc ce n'est pas grand-chose.
01:51Un taux de chômage qui remonte légèrement à 4,5 % et puis des salaires horaires en hausse de 0
01:58,4 %.
01:58Donc, une pointe d'inflation qui n'a rien à voir avec la question au Moyen-Orient.
02:03Sinon, on aura aussi des indicateurs assez intéressants et importants aux États-Unis
02:08qui sont les ISM manufacturiers, les ventes au détail.
02:12Est-ce que le consommateur américain continue d'acheter ?
02:16Et puis, l'emploi JOLTS, qui aime bien, c'est les créations d'emplois aussi,
02:24qui est suivie par la Réserve fédérale américaine.
02:27Et puis, on aura quelques indices régionaux, mais globalement, effectivement,
02:30sera assez calme, surtout que, je le répète, vendredi, on a les chiffres de l'emploi,
02:35mais les marchés sont fermés.
02:37Oui, et ce sera week-end de quatre jours ici pour BFM Bourse.
02:40On a un petit peu de chance à ce niveau-là aussi.
02:43On va pouvoir faire retomber la tension et reprendre un petit peu de souffle
02:47et ce sera sans doute une bonne chose.
02:50Donc, cinquième semaine de guerre en Iran.
02:52Le bilan n'est quand même pas bien reluisant, John.
02:55Non, et c'est assez intéressant de regarder, si on ne parle pas évidemment du bilan humain,
03:01c'est assez important de regarder ce qui se passe sur les actifs.
03:05Et depuis le déclenchement de la guerre, bien évidemment, le champion de toute catégorie,
03:10on en parle quasiment tous les jours, c'est le baril de pétrole
03:14qui a gagné depuis le début du conflit plus de 50%
03:19et depuis le début de l'année, bien plus aussi parce qu'on sait qu'au début de l'année,
03:24le prix du baril était à 57, il faut le rappeler, on l'a quasiment doublé.
03:28Et sinon, il n'y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent en haut au mois de…
03:33depuis le début des hostilités puisque les seuls actifs qui ont monté
03:39sont le bitcoin, légèrement, plus 2,6% à vendredi,
03:44et puis un tout petit peu la liquidité, vous savez, le cash, enfin, ça rapporte,
03:48plus 0,3%.
03:49Mais de l'autre côté, bien évidemment, on a toutes les classes d'actifs
03:53comme les actions qui baissent, que ce soit les actions américaines,
03:57que ce soit les petites et moyennes capitalisations américaines,
04:01mais l'Europe est le grand perdant de ce début de mois avec les marchés émergents.
04:09Si on met tout ça en dollars, on perd plus de 11% sur les marchés européens
04:13et sur les marchés émergents, et même les obligations ne sont pas là pour nous protéger.
04:20Alors ça, c'est le premier enseignement sur les actifs.
04:22Le deuxième enseignement, c'est bien évidemment l'arrivée de l'inflation
04:26et les anticipations d'inflation qui arrivent de plus en plus,
04:28avec d'un autre côté les anticipations de la baisse de la croissance.
04:33Et le dernier enseignement qu'on peut avoir, c'est au niveau politique.
04:38Parce que si on regarde les sondages qui sont sortis ce week-end aux États-Unis,
04:43on voit que depuis l'intervention israélo-américaine en Iran,
04:49la cote de popularité de Donald Trump n'arrête pas de baisser.
04:53Elle n'était déjà pas très élevée avant, mais elle a continué de baisser,
04:56même beaucoup plus rapidement.
04:59Donc on voit que depuis un mois, il s'est passé tellement de choses.
05:02Et j'ai même oublié de vous dire, Antoine, que les anticipations monétaires
05:07avaient aussi littéralement changé, puisque aujourd'hui, plus personne ne parie
05:12sur de baisses de taux, que ce soit en Europe, aux États-Unis
05:15ou dans les autres parties du monde où il y a des risques inflationnistes.
05:19Alors, ça peut paraître totalement contradictoire, John, parce que parallèlement,
05:23on a des banques d'affaires, JP Morgan, Pimco, Goldman Sachs,
05:28qui ont relevé leur probabilité de récession globale
05:33et qui estiment qu'on sous-estime, notamment sur le marché obligataire,
05:39les risques de ralentissement de l'économie mondiale.
05:42Et ce n'est pas la première fois qu'on entend ces propos.
05:44On entend aussi Christine Lagarde, la patronne de la BCE,
05:46qui met en garde en disant « mais attention, vous ne vous rendez pas compte
05:48du choc énergétique qu'on va subir et du ralentissement économique
05:52que ça va entraîner ».
05:53Enfin, on a de plus en plus de grandes voix, et notamment maintenant
05:55du côté des banques d'affaires, qui disent que le marché
05:57a tendance à sous-estimer les risques.
05:59Qu'est-ce qu'on en pense du côté des observateurs ?
06:05Effectivement, on a l'impression que cette question inflationniste
06:08dont on vient de parler, fait la une des journaux,
06:12fait la une de ce que racontent les chefs économistes.
06:16Et que personne ne voit arriver une décélération de la croissance,
06:21et notamment aux États-Unis.
06:23Selon, vous l'avez dit, PIMCO, JP Morgan,
06:26eh bien, ils mettent en avant qu'on pourrait avoir
06:29un affaiblissement significatif, c'est le mot utilisé,
06:33de la croissance américaine sous l'effet combiné,
06:36évidemment, d'une énergie chère, de taux élevés ou qui ne baissent pas,
06:40et puis d'un ralentissement de l'emploi.
06:43Ça, c'est vraiment la crainte.
06:44Et face à ça, on se souvient, on en avait parlé,
06:47fin de semaine passée, Antoine, eh bien, Goldman Sachs a relevé
06:51ses estimations de récession, de risque de récession à 30 %.
06:55Alors, ce n'est pas plus que 50 %, mais c'est plus que ça ne l'était avant.
06:59Et on est dans une situation où le marché obligataire est énormément sous pression,
07:06mais potentiellement proche d'un point d'inflexion.
07:09Et on a vu qu'à chaque fois que le 10 ans américain s'approchait des 4,50,
07:14eh bien, il refluait.
07:16Alors, évidemment, ça ne prétérite pas ce qu'il pourrait y avoir ces prochains mois,
07:21mais on a cette impression qu'on a un plafond de verre qui est ces 4,50
07:27et qui devient potentiellement réinvestissable.
07:31Donc, faire attention à la croissance que tout le monde minimise
07:34et tout le monde a la mouche ce scénario de soft lending
07:40qui, en fait, pourrait se transformer en scénario de stagflation.
07:45Eh oui, effectivement, le wording change, effectivement, les mots qu'on emploie.
07:50Mais il va falloir quand même rester très, très aux aguets de ces dynamiques.
07:55Alors, Bank of America, tiens, estime que si on regarde la technique,
08:01les flux et les paramètres techniques de marché,
08:05il y a un gros signal de vente qui vient de s'arrêter.
08:08Donc, du coup, est-ce qu'on rachète les marchés
08:11ou est-ce qu'il est encore trop tôt ?
08:14C'est une bonne question.
08:15Et surtout, Bank of America, ils sont très suivis
08:18parce qu'ils ont un indicateur propriétaire qui fonctionne assez bien.
08:21Et effectivement, vous l'avez dit, le signal de vente, d'une certaine manière,
08:26vient de s'arrêter.
08:28Mais ils nous disent que ça ne signifie pas
08:31qu'on est prêt à repartir durablement à la hausse.
08:34Et on a vu aujourd'hui, les marchés montent un petit peu
08:37d'une manière plutôt technique.
08:39Mais ils estiment, et ça, on le voit,
08:42on en a déjà discuté ensemble, Antoine,
08:44ils estiment qu'il n'y a pas vraiment eu de capitulation.
08:48Oui, les marchés sont à moins 10% pour le Dow Jones et le Nasdaq,
08:53mais on n'a pas eu une séance où le S&P 500,
08:57où les grands indices avaient connu ce qu'on appelle dans le marché un nettoyage,
09:01où on avait eu plus de 5% de dégagement,
09:04qui pourrait signifier qu'il y avait une véritable capitulation.
09:08Donc, on est dans une phase, selon eux, intermédiaire, instable,
09:13frustrante, bien évidemment,
09:14où le marché n'est plus clairement baissier,
09:17mais il n'est pas encore prêt à revenir à la hausse.
09:20On est un peu dans ce no man's land qu'il faut surveiller, bien évidemment.
09:24Et c'est effectivement ces périodes-là où on peut, pour certains,
09:28prendre des risques et semer les fameuses petites graines
09:31qui feront peut-être les reprises.
09:33Un mot des secteurs, il y a quand même l'aluminium
09:36qui est fortement, fortement sous pression en ce moment.
09:39Quelles sont les raisons techniques ?
09:41Alors, on a eu un prix de l'aluminium qui monte ce matin de plus de 5%.
09:47On a eu des frappes iraniennes ce week-end
09:49qui ont visé deux sites majeurs de production au Moyen-Orient.
09:55Il ne faut pas oublier que cette région au Moyen-Orient
09:59représente environ 9% de l'offre mondiale.
10:03Donc, ça crée des incertitudes immédiates sur les capacités de production.
10:09Et en parallèle, on a la guidée qui produit aussi de l'aluminium
10:15qui envisage d'imposer des quotas sur ces expositions de bauxite.
10:21Donc, on a une pression supplémentaire sur l'approvisionnement mondial.
10:25Et donc, tous les acteurs, comme Alcoa, par exemple,
10:30bénéficient de cette hausse du prix de l'aluminium
10:33qui est assez violente.
10:34Et on revient quasiment au niveau de 2022
10:37lors de l'intervention en Ukraine.
10:39Oui, mais on n'oublie pas, Alcoa,
10:41Aluminium Company of America,
10:43c'est ça que ça veut dire, cet acronyme.
10:45John, je ne peux pas vous laisser sans qu'on parle du truc
10:48dont tout Wall Street a parlé hier soir.
10:50On était encore en week-end,
10:52mais alors ça, ça leur a fait la soirée.
10:54Regardez ce tweet.
10:55Ce tweet est issu du porte-parole de l'Assemblée nationale iranienne.
11:01Donc, c'est un haut dignitaire du gouvernement qui dit
11:04« Petit conseil, les soi-disant nouvelles ou vérités d'avant-marché
11:08ne sont souvent que des manipulations destinées à prendre des bénéfices.
11:11Ce sont en réalité des indicateurs inversés.
11:14Donc, faites l'inverse.
11:16S'ils font monter le marché, vendez.
11:18S'ils vendent le marché, achetez.
11:20Vous remarquez quelque chose demain ?
11:21Vous aurez tout compris.
11:23Monsieur Galibaf,
11:25donc porte-parole de l'Assemblée iranienne.
11:29On entre dans une ère de guérilla boursière finalement
11:33et en plus, il s'exprime comme un New-Yorkais.
11:37Il dit à la fin de son tweet
11:38« You know the drill ».
11:39Ça, c'est un truc proprement américain,
11:41proprement new-yorkais.
11:43Il n'y a pas quelque chose qui tient de la guérilla psychologique.
11:47Oui, bien sûr.
11:48On est sortis radicalement aussi de la question militaire là-dessus.
11:53Et ce qui est assez intéressant par ce message,
11:56vous l'avez dit, qui a fait grand bruit aux États-Unis,
11:58c'est que le marché aujourd'hui est dominé par le narratif.
12:03C'est bien les flux qui sont aujourd'hui dictés
12:06par ce qu'on appelle les headlines,
12:07les nouvelles, les tweets,
12:09notamment du président américain,
12:11plus que par les fondamentaux,
12:13parce que la seule chose qu'on sait,
12:15c'est qu'on ne sait rien exactement de ce qui se passe.
12:19Alors, le champ de bataille,
12:20vous parliez du champ de bataille,
12:21il n'est plus seulement militaire ou économique,
12:24mais qu'il est au niveau informationnel et financier.
12:28Et c'est ça qui est très intéressant,
12:30parce qu'on a l'impression que les gouvernements iraniens
12:33ont compris qu'il y avait un certain,
12:36entre guillemets, un certain piège
12:37à ce qui était fait,
12:40ce qui était annoncé,
12:41les variations, la volatilité des marchés,
12:44et que, potentiellement,
12:47on pourrait l'exploiter.
12:48Alors, ce qu'il faut faire,
12:49et il faut rappeler ici, Antoine,
12:50qu'il faut faire très attention à ce message
12:53et essayer d'exploiter le contrariant,
12:56parce que si vous faites l'inverse du consensus,
12:59ça peut fonctionner,
13:00mais seulement si on est,
13:01le consensus est dans un positionnement extrême,
13:04pas s'il est juste au milieu.
13:06Et vous savez que c'est une question de rapidité aussi,
13:09puisque Donald Trump peut,
13:11du jour au lendemain,
13:12changer d'avis,
13:13changer de tweet,
13:14et là, les marchés repartent dans l'autre sens.
13:16Donc, c'est très difficile, je dirais,
13:19de suivre ce conseil iranien
13:22sur les marchés boursiers,
13:24et il vaut mieux, évidemment,
13:25revenir à la discipline
13:27et aux convictions qu'on a soi-même,
13:31à travers, notamment, la diversification.
13:33Oui, ou pourquoi pas,
13:35prendre à l'inverse aussi
13:36les conseils de Jim Cramer,
13:38le fameux journaliste de CNBC,
13:40qui est d'ailleurs à l'antenne.
13:41En ce moment, je serais très curieux
13:42de connaître sa réaction
13:43sur ce qu'a dit ce haut dignitaire iranien,
13:46parce que souvent,
13:48on le chambre en disant
13:49qu'à chaque fois,
13:49ces conseils,
13:50il faut les suivre à l'envers.
13:51Donc, il y a quelque chose
13:52de très, très intéressant
13:54dans cette espèce de guérilla psychologique
13:55qui est en train de prendre
13:57les marchés financiers.
13:58C'est quelque chose d'assez étonnant.
14:00En tout cas, merci infiniment,
14:01John Plassard,
14:02pour l'ensemble de ses commentaires
14:03très précieux.
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