Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 heures
Ce lundi 13 février, Sandra Gandoin a reçu Mercedes Erra, fondatrice de BTC, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:01BFM Business présente
00:07BFM Entreprises, leadership, la méthode.
00:12Sandra Gondoyne
00:12Bonjour à tous, bienvenue dans BFM Entreprises, consacrée comme tous les lundis au leadership.
00:18Une demi-heure avec un leader, un patron qui nous explique comment il dirige son parcours, sa méthode, les clés
00:26de sa réussite, les épreuves aussi qui l'ont forgée.
00:29Bref, quel meneur est-il ? BFM Entreprises, le leadership, aujourd'hui, c'est avec Mercedes-Era.
00:36BFM Entreprises, leadership, la méthode, sur BFM Business.
00:42Bonjour Mercedes-Era.
00:43Bonjour.
00:44Ravie de vous avoir dans cette émission BFM Entreprises sur le leadership.
00:48Je rappelle qui vous êtes, vous êtes cofondatrice et présidente du conseil de surveillance du groupe BETC, première agence de
00:55publicité française.
00:56Vous êtes le visage de la publicité en France, le visage féminin, en tout cas, à l'origine de nombreux
01:01slogans devenus emblématiques.
01:04Ce qui nous intéresse, avant tout, ce qui m'intéresse, moi, dans cette émission, c'est vous.
01:08D'où ma première question.
01:10Est-ce que vous avez toujours été un leader ?
01:13Est-ce que vous avez toujours eu une âme de dirigeante ?
01:16Je ne sais pas, leader, c'est lourd.
01:19Mais enfin, en tout cas, je prenais en main pas mal de choses.
01:24Donc, je pense que tout ça, ça commence dans sa petite vie.
01:28Donc, il se trouve que je suis une fille d'émigrée.
01:31Je suis arrivée en France à six ans.
01:33Ma maman était triste d'avoir acquitté son pays, Barcelone.
01:38Sa famille, il n'existait pas le portable à l'époque, années 60.
01:42Donc, elle avait l'impression d'avoir une vraie coupure.
01:45Elle était fragile.
01:47Donc, moi, je l'étais moins.
01:50J'avais six ans.
01:51Je n'avais pas de problème.
01:53Ce n'est pas grave de quitter un pays pour une petite fille, du moment que c'est avec ses
01:57parents.
01:58Alors, je trouvais que quand même, le pays, c'était un peu le pôle Nord.
02:02Je ne comprenais pas pourquoi ils avaient choisi le pays du froid.
02:05Il faisait très froid dans les années 60 en France.
02:07Mais en même temps, du coup, ma maman étant triste, j'ai pris en charge pas mal de choses.
02:13C'est elle qui me le raconte.
02:15Parce que moi, j'ai oublié qu'à six ans, je prenais en charge, je ne sais pas trop quoi.
02:19Mais elle me disait, tu dirigeais la maison.
02:22Donc, je pense qu'il y a des natures, qu'elles ne sont pas toutes pareilles.
02:27Et moi, j'ai un petit garçon très fin et qui, un jour, m'a dit, maman, on est tous
02:33obligés d'être chef.
02:35Et je lui ai dit, pas du tout.
02:37Tu peux éviter ça.
02:38Mais je pense qu'il y a des tempéraments.
02:41Vous disiez qu'elle ne travaillait pas.
02:44Votre père travaillait.
02:45Oui.
02:45Mais qu'elle était anticonformiste.
02:47Oui.
02:47Est-ce que ça, c'était important dans votre construction à vous ?
02:50Je pense.
02:51Je pense que les parents, avec leur qualité, leurs défauts, sont importants dans notre construction.
02:56Et heureusement qu'ils ont des défauts.
02:58Sinon, on serait tous très similaires.
03:01Et je pense qu'elle, elle était marrante, en fait.
03:05Elle n'était pas comme les filles, les femmes classiques en France.
03:10Quand on est arrivés, d'abord, elle était habillée différemment.
03:12Elle portait des pantalons, ma maman.
03:14Donc, elle arrivait d'Espagne avec des pantalons.
03:16Tout le monde nous disait, l'Espagne s'est retardée.
03:19Nous, on ne trouvait pas.
03:20On trouvait que la France était aussi un peu retardée.
03:22Et elle, elle aimait l'apparence, elle aimait les vêtements.
03:28Et elle se retrouvait dans une France un peu triste, quand même, par rapport à Barcelone, à cette époque.
03:35Et elle avait cette attitude-là.
03:37Elle avait suivi mon père.
03:39Je ne suis pas sûre que ça l'avait totalement emballée.
03:41Je crois que c'était par devoir.
03:44Et elle s'est retrouvée dans une maison, parce que c'est comme ça que les femmes se sont retrouvées,
03:48à avoir organisé la maison.
03:51Et elle ne s'en oubliait pas tellement.
03:53Mais les choses concrètes, faire le repas deux fois par jour, faire le ménage et qu'après, les gens passent
04:01et s'alissent, ça l'embêtait beaucoup.
04:03Donc, elle n'était pas toujours structurée.
04:06Donc, par exemple, elle nous préparait des sandwiches, mais ce n'était jamais à la bonne heure.
04:10Donc, on ne les avait pas.
04:12Elle me disait, dis donc, ça serait bien si je venais à la cantine avec toi.
04:16Je disais, ah ben ça, c'est une bonne idée.
04:17Je vais prévenir, mais il n'y a que ma mère qui avait un intérêt fort pour la cantine, l
04:22'idée de faire moins de repas, etc.
04:25Je pense qu'elle avait une vraie aura.
04:27Quand on sortait, on voyait qu'elle, elle faisait exactement ma taille.
04:31On ne voyait qu'elle.
04:32On disait, qu'est-ce que ta maman est grande ?
04:34Moi, je me disais, comme moi.
04:36Ben, pas du tout, pas comme moi.
04:37Il y avait une présence.
04:38Il y avait une présence.
04:39Donc, je pense qu'elle a été un tout petit peu, je dirais, enfantilisée, quoi.
04:44Parce qu'elle n'a pas eu la force de dire non à tout ça et d'exister davantage à
04:51l'extérieur.
04:52Je ne sais pas, de chercher un travail, etc.
04:55Parce qu'officiellement, ce n'est pas comme ça qu'on faisait.
04:58Mais en même temps, à l'intérieur, elle aimait danser, donc elle écartait les meubles et puis on dansait.
05:07Donc, il y avait des aspects à la fois très fatigants parce qu'une petite fille, ça cherche de la
05:12sécurité.
05:13Donc, moi, je cherchais toujours de la sécurité.
05:16Ce n'était pas rangé.
05:17Alors, j'étais obsédée.
05:18Je me disais, oh là là, ce n'est pas possible.
05:20Le soir, elle m'appelait.
05:22Elle me disait, il est 6 heures, je n'ai rien fait.
05:25Tu peux m'aider parce que papa va arriver.
05:27Donc, voilà.
05:28Donc, j'ai aidé ma maman.
05:30Mais ça m'a appris des choses.
05:32C'est-à-dire, je préfère avoir eu une maman comme ça.
05:35Et ça vous a amené à des études.
05:37Ça m'a amené à des hautes études.
05:39L'HEC, la sormone.
05:40Alors, je ne sais pas si c'est ma maman ou si c'est le fait d'avoir bougé, d
05:44'arriver en France,
05:46de m'apercevoir que je ne parlais pas la langue des enfants,
05:49de tomber amoureuse du français.
05:52Jamais un enfant né en France ne tombe amoureux du français.
05:57Moi, j'adorais cette langue.
05:59Ah bah oui, j'adorais cette langue.
06:01Je me suis tue 6 mois à l'école parce qu'il se moquait de moi.
06:06Donc, je me suis dit, alors là, ma mère a été convoquée.
06:10Ma mère a été convoquée.
06:11Ils ont dit, mais c'est grave ce qui lui arrive.
06:13Elle ne parle pas.
06:14Et ma mère leur a dit, moi, je ne crois pas que ce soit grave parce qu'à la maison,
06:17elle parle tout le temps.
06:19Donc, voilà, 6 mois après, je parlais.
06:21J'avais beaucoup écouté France Inter et je parlais très bien.
06:25Des études qui sont importantes.
06:28On dit HEC, on dit la Sorbonne aujourd'hui.
06:30Ce sont des hauts niveaux d'études.
06:32Et ensuite, derrière, comment démarre votre carrière
06:37et comment vous accédez à la publicité ?
06:40Alors, de façon très étrange parce que moi, j'ai adoré mes études très exigeantes,
06:47un peu désagréables parce que dans les études de l'époque littéraire,
06:51très classiques, hypocagne, cagne, rocagne,
06:54on travaillait comme des dingues.
06:56Et les professeurs nous disaient qu'on n'était pas doués.
07:00Donc, on sortait, on était tous mentions très bien en bac, mais on était nuls.
07:03Oui.
07:03Donc, moi, on me disait, par exemple, que je ne pourrais jamais être Proust.
07:07Alors, je pleurais parce que je prenais tout au premier degré.
07:11Moi, je ne suis pas joueuse, donc je travaille beaucoup.
07:13Donc, quand on me dit que ça ne va pas, je me dis que je ne vais pas.
07:17Donc, ça a été vigoureux, mais tellement intéressant
07:20quand je me suis retrouvée en préparation, en cagne,
07:24avec des filles dont je me souviens de l'intelligence.
07:28Je me souviens des discussions qu'on avait.
07:30C'était passionnant.
07:33Et après, je me suis retrouvée prof, en fait.
07:35Et là, je me suis dit, je ne me vois pas toute ma vie
07:39dans un schéma de fonctionnariat.
07:42J'étais déjà très impertinente.
07:45Je voulais qu'on ait des discussions sur les élèves, entre profs.
07:50Je voulais voir l'inspecteur souvent.
07:52Donc, ils se disaient, mais c'est qui cette gamine qui nous arrive ?
07:56Cette jeune prof, là, elle est turbulente.
07:59Et du coup, j'ai senti que…
08:01Je n'aime pas non plus me plaindre.
08:03Donc, j'ai senti que ce n'était peut-être pas le lieu d'expression pour moi.
08:08J'ai pensé au privé.
08:10Mais je me suis dit, ils vont tous dire que tu es une littéraire,
08:13ce qui est le plus joli des compliments.
08:16Le plus joli des compliments.
08:17Mais à l'époque, voilà, il y avait des…
08:19Et aujourd'hui encore, il y a des cases.
08:23Et moi, ça m'a énormément aidé, ces études de sciences humaines.
08:27Et j'ai fait HEC l'été.
08:29Pendant l'été, j'ai préparé HEC.
08:32Je l'ai eu.
08:33Ils ont eu la gentillesse de me donner une bourse.
08:36Et j'ai pu faire des études à HEC.
08:38Quand je suis sortie de là, je ne savais pas très bien où aller.
08:41Parce qu'entre Proust, Saint-Simon, La Fontaine et les finances…
08:44C'est un écart quand même.
08:45Voilà, je ne savais pas trop.
08:47Je me disais, oula !
08:48Et j'ai fait un stage dans la pub.
08:50Et 15 jours après, j'étais sûre.
08:52La pub, le grand écart effectivement avec ce que vous avez fait avant.
08:56Et la création de cette agence.
08:58Mais en fait, d'abord la pub, quand je suis arrivée, je me suis dit,
09:03là, je peux aller leur expliquer que les gens les mieux positionnés
09:07pour faire ces métiers de marketing, ce sont des gens des sciences humaines.
09:11Donc tout d'un coup, tout ce que j'avais appris me remontait.
09:16Donc c'était formidable.
09:17Je me disais, je peux appliquer, y compris la littérature.
09:20C'est la partie comportementale ?
09:22Comprendre les gens, humaine ?
09:23C'est la partie rigueur.
09:26C'est-à-dire apprendre à penser.
09:28Moi, je dis toujours, je m'en fiche que les gens aient appris le marketing,
09:31mais qui n'aient pas appris à apprendre à penser, ça, ça m'ennuie.
09:34Donc apprendre à penser, apprendre à écrire,
09:38cette espèce de rigueur de la science humaine
09:40qui est différente de la rigueur mathématique.
09:42Parfois, vous avez des gens très rigoureux en mathématiques
09:44qui ne savent pas être rigoureux au niveau de la pensée,
09:47le contraire aussi.
09:49Donc il y a des rigueurs.
09:50Et celle-là, elle était très importante dans mon métier.
09:53Et oui, après, l'analyse des comportements.
09:56Et je vais vous dire, la littérature est un apprentissage formidable.
10:01Proust, c'est formidable pour l'analyse des comportements.
10:04C'est vrai.
10:05Donc tout ça, ça m'avait appris à analyser, quoi, à analyser.
10:09De là à créer sa propre structure.
10:13C'est ça qui est intéressant aussi.
10:14Vous auriez pu vous laisser mener.
10:15Non, non, je n'ai pas fait ça.
10:17Je suis rentrée d'abord.
10:18D'abord, j'ai fait un stage dans la pub.
10:20Je n'ai plus été capable d'en sortir.
10:22Je devais finir mes études à HEC que j'ai fini.
10:26Mais du coup, comme le président de l'agence m'a dit
10:28« Mais tu ne peux pas nous quitter comme ça »,
10:30le client insiste, je me suis dit « Oh là là, il faut que je me débrouille ».
10:34Donc j'ai fait HEC dans la journée et j'avais tous mes rayons avec le client le soir.
10:39Je n'ai plus quitté la pub.
10:41Et la pub, je suis d'abord rentrée dans une agence.
10:44Je voudrais rappeler son nom parce que c'est très joli.
10:47Ça s'appelait Dupuis.
10:48Et Dupuis, Marie-Catherine Dupuis, c'est une grande famille de créatifs dans la publicité.
10:55Et les publicitaires, à l'origine, c'était des artistes.
11:00Et Dupuis, c'était un sculpteur.
11:02Et donc, il créait des agences, des graphistes.
11:05C'est vrai.
11:05Et ça créait des agences.
11:07Et donc, c'était une vieille agence française
11:08qui a été rachetée d'abord par des Américains, comme Toll,
11:12et ensuite par Satchi, donc des Anglais, qu'on connaît tous maintenant.
11:17Et moi, j'étais dans cette agence.
11:19Et j'étais...
11:20Alors, moi, je n'ai pas du tout besoin de posséder quelque chose
11:24pour croire que c'est à moi.
11:27Je n'ai pas du tout...
11:29C'est à moi.
11:30Non, je suis rentrée dans cette agence et j'ai essayé de bien faire.
11:34Et je pense que ce qui m'a aidée,
11:36c'est ce sens de la responsabilité que j'avais, mais très développée.
11:40Parce qu'il y avait eu mes parents,
11:42mais il y a mes frères et sœurs dont je me suis occupée.
11:46Je crois que prendre en charge, ça a été toujours ma mission sur Terre.
11:51C'est ça, cette être en charge.
11:52Et donc, j'ai pris en charge.
11:53Et j'ai pris...
11:55Quand il y avait un problème, mais n'importe où,
11:57je n'avais même pas idée que ce n'était pas moi qui devais le régler.
12:00Donc, au début, le président de l'agence disait
12:02qu'elle est quand même un peu étrange,
12:04puisqu'elle règle des problèmes qu'on ne lui a pas demandé de régler.
12:07C'était un peu culotté, quand même.
12:09Mais moi, je croyais...
12:11Je ne cherche jamais qui sont les coupables.
12:14Ça ne m'intéresse pas.
12:15Ce qui m'intéresse, c'est comment on règle un problème.
12:18Et du coup, à force de régler des problèmes,
12:20le parcours chez Sachi, c'est 14 ans, quand même,
12:23avant de créer ma propre agence.
12:2514 ans.
12:26Et ces 14 ans, au bout de 7-8 ans,
12:29j'étais directrice générale.
12:30Donc, je n'ai même pas vu passer le temps.
12:33Quand on vous écoute,
12:34on a l'impression que vous n'avez pas souffert d'illégitimité.
12:38Non, mais parce que j'ai eu une chance.
12:41J'avais d'abord des qualités pour.
12:44J'étais mature, parce que finalement,
12:46ces études de lettres, on m'avait dit des choses négatives.
12:48C'est hyper intéressant.
12:50C'est bien de ne pas être dans un truc
12:52où tout le monde vous dit, vous êtes formidable,
12:53vous êtes l'élite de la France, je ne sais pas trop quoi.
12:56Moi, ils ne me disaient pas ça.
12:57Donc, HEC, ça avait à peu près équilibré,
13:00parce que là, ils étaient plus sympas.
13:01Ils disaient qu'on était un peu l'élite.
13:03Donc, au milieu, il y avait un bon...
13:05Voilà.
13:06Ça m'a donné confiance quand même.
13:08HEC donne confiance.
13:09C'est une école finalement issue des systèmes de business,
13:13d'école de business américaine.
13:14Donc, ça donne confiance.
13:16Et ça, c'est intéressant.
13:17Il faut donner confiance aux gens.
13:19Donc, j'avais ça, tranquille.
13:21Après, j'étais en fait née féministe.
13:24Je ne savais même pas que j'étais féministe.
13:27Enfin, j'avais quand même fait des clubs à HEC
13:29qui montraient que j'étais quand même assez concernée
13:32par les femmes, etc.
13:34Mais je considère en tout cas que personne ne pouvait m'enlever
13:38le fait que j'étais l'égal d'un homme.
13:40Ça, c'était impossible pour moi.
13:42Même en...
13:43Je comprends la confiance qu'on donne au moment d'HEC.
13:47Mais en entreprise, la vie est difficile.
13:50On vous met des bâtons dans les roues.
13:51Oui, mais moi, justement, j'ai eu un modèle hyper structurant
13:54dans l'enfance.
13:55Ma maman ne travaillait pas.
13:57Là, mon papa travaillait.
13:58Et moi, j'avais...
14:00Petite, je m'étais dit...
14:02Ma maman travaille vraiment.
14:04Et mon papa, il s'amuse dehors.
14:06Dans ma tête, c'était exactement ça.
14:09Mon père, il a ramé.
14:11Il a commencé comme patron bâtiment.
14:13Je crois qu'il ne s'amusait pas.
14:14Il avait le vertige.
14:15Et il a fini patron, commercial.
14:18Il était très intelligent.
14:21Mais moi, pour moi, il s'amusait.
14:23Et ma mère, je ne trouvais pas ça drôle, là,
14:25quand on était dans des vieilles maisons.
14:27Elle allait chercher le charbon à la cave et tout.
14:30Elle a eu, finalement, trois autres enfants.
14:33Elle avait mon frère.
14:35Et puis ensuite, il y a eu une autre série,
14:36un petit garçon, une petite fille.
14:38Tout ça, c'était lourd.
14:39Il y a énormément de moyens.
14:41Donc, ça tirait toujours un peu.
14:43Alors, pour moi, c'était simple.
14:45Elle, elle était dans le vrai labeur.
14:47Et mon père, en plus, il est monté.
14:51Et puis, il partait de la maison avec la cravate,
14:53le truc joli et tout.
14:54Et quand il revenait, ma mère,
14:56elle avait envie de sortir, évidemment.
14:58Et il disait, je suis fatiguée.
15:00Alors, elle ne sortait pas.
15:01Alors, moi, je me disais, elle,
15:03en fait, c'est ça, le travail dur.
15:05Et dehors, c'est le travail sympa.
15:07Ça m'est tout le temps resté dans la tête.
15:09Et j'ai un respect, mais tellement profond
15:12pour les gens qui nous aident à la maison,
15:14pour les dames qui font le ménage.
15:15Pour moi, c'est un respect incroyable
15:17parce qu'il nous enlève quand même
15:19des labeurs pénibles, quoi.
15:21Donc, voilà.
15:22Donc, moi, j'étais constituée quand même
15:25pour être de très bonne humeur.
15:27Donc, j'étais de très bonne humeur au travail.
15:29Et comme j'avais...
15:30C'était un peu une forme de féministe
15:32de considérer que son père,
15:34il ne fichait rien, quoi.
15:35Et donc, déjà, c'était désagréable
15:37pour tous les gens qui m'entouraient.
15:39Quand j'arrivais au boulot,
15:40je disais, on vient s'amuser.
15:41Ils se disaient, non, mais elle est infernale, quoi.
15:44Donc, pour moi, le travail,
15:46oui, il y a des moments durs,
15:47mais ça n'a jamais été si dur que ça, quoi.
15:50C'est, vous l'avez dit,
15:52le fait de s'amuser au travail
15:55combiné quand même à de l'autorité
15:57ou finalement, ce n'était pas nécessaire
15:58dans la façon de mener les gens ?
16:00En tout cas, ce n'était pas mon...
16:03Je pense que...
16:05Il faut être clair.
16:06Je pense que j'ai toujours entraîné des gens.
16:08Parce que quand j'étais en classe,
16:10j'étais déléguée de classe.
16:12Et alors, j'étais culottée, j'allais voir...
16:14J'étais toujours à la défense
16:18des injustices et tout.
16:20Donc, j'allais voir les proviseurs et tout.
16:22Ils disaient que j'étais infernale.
16:24J'étais très bonne élève, mais infernale.
16:26Donc, j'étais quand même très déléguée de classe.
16:29Et quand j'étais en Hippocagne et Cagnes,
16:31je sentais que les autres filles...
16:33J'avais quelque chose autour de l'oralité.
16:35Je ne peux pas savoir très bien pourquoi,
16:38mais quand je parlais, ça leur plaisait.
16:42Et donc, j'ai toujours eu cette chose-là,
16:44cette chance-là.
16:46Donc, moi, je suis arrivée,
16:47je n'ai pas fait autre chose que d'être.
16:50Et après, j'avais quand même très vite,
16:53quand on me posait des questions maladroites,
16:56quand je voyais qu'il y avait un traitement différent
16:58avec les femmes.
16:59Quand on me disait,
17:01mais alors, vous comptez travailler tout le temps ?
17:02Je me disais, mais il est bête, ce garçon-là,
17:04à me poser cette question.
17:05Évidemment, il faut bien que je nourrisse les miens.
17:08Je ne comprenais pas pourquoi on me demandait ça.
17:09Surtout, je ne comprenais pas pourquoi
17:11on ne le demandait pas aux autres.
17:12En fait, vous affichez une fin de non-recevoir
17:14à tout ce qui n'avait pas de sens.
17:17Bien sûr.
17:17On va continuer à parler de vos combats aujourd'hui,
17:20mais avant ça, je voudrais qu'on regarde la photo.
17:27On demande à chaque fois,
17:28je demande à chaque fois dans cette émission
17:30à mes invités de venir avec une photo,
17:32une photo qui les caractérise dans le monde du travail.
17:35Vous avez choisi celle-ci, Mercedes Serra.
17:37Pourquoi celle-ci et qu'est-ce que c'est ?
17:39Ça, c'est magnifique.
17:43Donc, je suis très bien chez Saatchi,
17:46tout va bien,
17:47et ces deux garçons viennent me chercher.
17:50Moi, je suis hyper naïve,
17:51je me dis, mais ils n'ont pas besoin de moi,
17:53le B, Babinet, Tonk-Yong,
17:56pourquoi ils viennent me chercher ?
17:57Après, j'ai compris.
17:58Mais sur le coup, voilà.
18:01Et tout d'un coup, j'ai un déclic,
18:03c'est-à-dire que je me dis,
18:05oui, il faut qu'après 14 ans,
18:07je réfléchisse au futur, à mon futur,
18:10et mon futur,
18:11il a toujours été mené par la France.
18:13Parce que je suis arrivée en France,
18:14moi, je pense que j'ai le plus grand amour de la France.
18:18Et je pense d'ailleurs,
18:20je lutte tellement contre le fait
18:21qu'on puisse croire que des gens qui sont nés ici
18:24pourraient avoir plus d'amour que moi.
18:25Non, ils peuvent avoir autant que moi,
18:27mais pas plus.
18:28Et donc, mon obsession,
18:30c'était que dans l'agence où j'étais,
18:33les frères Saatchi commençaient quand même
18:35à diriger à partir de Londres l'agence française.
18:38Et ça, je trouvais ça discutable,
18:40que les budgets qu'on gagnait
18:42soient destinés à Londres,
18:45qu'ils aient posé des questions au président de l'agence
18:47à l'époque, Didier Colménage,
18:49de dire, mais c'est qui cette fille
18:50qui dirige ton agence ?
18:52Je me souviens, parce qu'ils avaient fait une enquête
18:55et ils avaient dit, c'est bizarre,
18:56on parle de deux immigrés
18:58qui sont importants dans les jeunes,
19:00c'est Tonkiong et Mercedes Serra.
19:03Pourquoi c'était bizarre ?
19:04C'est rien de bizarre, quoi.
19:05On peut avoir des noms à consonance,
19:07c'est pas grave.
19:08Et du coup, ça me trottait dans la tête
19:11et je me suis dit, quand même,
19:12il faut arrêter avec ça, quoi.
19:14Il faut créer une vraie agence française
19:16qui, à partir de la France,
19:19porte du travail à l'international.
19:20Et en plus, j'étais choquée
19:22parce que les Français eux-mêmes,
19:24quand ils me demandaient
19:25une équipe internationale,
19:27ça ne voulait pas dire internationale,
19:29ça voulait dire anglais ou américain.
19:31Et moi, je n'étais pas d'accord.
19:32Ils disaient, mais moi,
19:33je vous ai mis un français,
19:35mais il est international.
19:37Pourquoi pensez-vous qu'un Américain,
19:38c'est international ?
19:39Il est né international ?
19:41Non, il est né américain.
19:42Et je commençais à voir, d'ailleurs,
19:44les choses qui se passent en ce moment,
19:46c'est qu'un Américain est américain,
19:48un Anglais est un Anglais,
19:49un Français est un Français.
19:51Donc, on peut tous,
19:52tout d'un coup, changer d'attitude
19:54et avoir une attitude internationale.
19:56Et c'est pour ça que je me suis dit,
19:58OK, je vais les suivre.
20:00C'était un peu…
20:02C'était une prise de risque
20:03parce que c'était deux garçons.
20:06C'était une prise de risque
20:07parce que chez Sachi,
20:09j'avais déjà tout organisé.
20:11Tout était…
20:12J'avais des traces de moi partout,
20:14tout était rangé, voilà.
20:16Et puis, je les sais pour aller quelque part.
20:19C'est le défi, c'est le risque.
20:20Le défi.
20:21Mais en même temps,
20:22cette agence française,
20:23ça me tenait à cœur.
20:24Donc, voilà.
20:25Et là, vous êtes au moment,
20:27à un moment clé.
20:28C'est qu'en fait,
20:29on a fait notre agence.
20:30C'est pour ça que rien
20:31ne nous appartient vraiment
20:33et que peut-être que ça,
20:36ça explique comment
20:36on a fait grandir l'entreprise
20:38parce que beaucoup de gens
20:39font des entreprises
20:40pour les vendre
20:41et devenir riches.
20:42Et nous, on a fait une entreprise
20:43pour ne pas la vendre
20:45et pour avoir la gloire.
20:47Et la gloire,
20:48ça vous emmène plus loin
20:49que la richesse.
20:50C'est intéressant d'avouer
20:52qu'on a fait ça pour la gloire,
20:53qu'on a fait,
20:54qu'on a créé une entreprise
20:55pour la gloire.
20:55C'est pas souvent que j'entends ça.
20:57C'était pas…
20:58Vous savez, les start-up et tout,
20:59ils vous disent,
21:00peu importe le sujet,
21:01on va faire de l'argent.
21:03Même les gens
21:04qui ont créé leur propre agence,
21:05je leur apporte plein de respect,
21:07mais ils deviennent riches.
21:09Nous, on est rentrés
21:11dans un réseau français
21:12qui avait des problèmes,
21:14qui était la rencontre
21:15de Bélier, Eurocom,
21:18Avas, Euro-RSCG,
21:20un bordel sans fin.
21:22Et on a pris un petit coin,
21:24tout petit coin,
21:25avec l'objectif de redresser.
21:27Et Jacques Sekela
21:29nous appelait un pétale.
21:31Et moi, j'ai rien compris,
21:33parce que je ne savais pas
21:34ce que c'était le concept de pétale,
21:35je savais ce que c'était
21:36le concept d'entreprise.
21:37Donc, je suis arrivée lourdement
21:40pour, en effet,
21:41créer une entreprise
21:42la plus intéressante.
21:43Je me suis aperçue
21:44qu'on n'était pas exactement
21:45attendus au même endroit.
21:46Et vous savez,
21:47quand vous avez décidé,
21:49c'est dur d'arrêter.
21:50Et donc,
21:51on s'est retrouvés
21:51tous les trois.
21:53Et là,
21:54c'est le moment
21:54où on laisse le groupe
21:56qui veut nous installer.
21:59Ils ont décidé de déménager.
22:00On avait une tour à Levallois.
22:03Ils ont décidé
22:03de nous amener à Surrenne.
22:05Et moi,
22:05il y avait quelque chose
22:06qui ne me plaisait pas
22:07dans le fait d'être
22:08avec eux tous.
22:08C'est qu'on avait des étages,
22:10vous savez,
22:10avec des pétales.
22:11Chaque pétale avait son étage.
22:13Mais quand moi,
22:14je gagnais un budget,
22:14le pétale en bas,
22:15il n'était pas content.
22:17Et là,
22:17c'est hors de propos.
22:19D'ailleurs,
22:19il faut que tout le monde
22:20soit content.
22:21Donc,
22:22on a eu très vite envie
22:23de créer notre propre lieu.
22:25Donc,
22:26je me souviens
22:26parce que Jacques disait
22:27on va vous donner
22:28le plus beau des lieux et tout.
22:30Et j'ai dit Jacques,
22:31pour vous dire honnêtement
22:32ce que j'ai dit,
22:33je lui ai dit
22:33je veux choisir
22:34mon papier WC.
22:36Et du coup,
22:37on a déménagé.
22:38Et là,
22:38on est sur le toit
22:39parce qu'on est les rois
22:41des déménagements complexes.
22:42C'est-à-dire
22:43qu'on a trouvé
22:44un bâtiment incroyable,
22:47complètement fichu,
22:48qu'on a décidé
22:49de restaurer
22:49qui s'est trouvé
22:50parce qu'on a creusé
22:52et frotté les façades
22:54être le premier,
22:56l'ancien,
22:56premier grand magasin
22:58parisien
22:58de Paris
23:01nommé aux classes laborieuses.
23:03On a retrouvé le nom.
23:04On s'est dit
23:05non,
23:05mais alors ça,
23:05c'est extraordinaire,
23:06c'est pour nous.
23:07Et on a créé
23:08un lieu magnifique
23:09qui était rue
23:10du Faubourg-Saint-Martin.
23:11À l'époque,
23:12personne n'y allait.
23:14Est-ce que vous vous rendez compte
23:15que personne n'osait traverser
23:16pour aller dans l'Est parisien ?
23:18Oui, oui.
23:19Donc, on est quand même
23:20dans l'entre-soi.
23:21On n'a jamais été, nous,
23:22dans l'entre-soi.
23:23Donc, on est allé
23:24dans cet Est parisien.
23:25Et d'ailleurs,
23:26tout le monde est arrivé
23:27après dans l'Est parisien.
23:29Et du coup,
23:30là,
23:31vous avez la photo
23:33des fondateurs.
23:35Babinet est en Kiong
23:37et moi au milieu.
23:38Et franchement,
23:38ça a été dur.
23:39C'est passionnant
23:40de vous écouter,
23:41Mercedes.
23:42Et on va conclure,
23:43on va conclure tout de suite
23:44l'émission.
23:45BFM Entreprises,
23:46Leadership,
23:48la méthode.
23:49Quand on vous écoute,
23:50on a l'impression
23:51qu'on ne vous impose rien
23:52en réalité,
23:53qu'au final,
23:54vous réfléchissez
23:55et que vous choisissez.
23:56Vous finissez toujours
23:57par choisir.
23:58Oui, il faut.
24:00Moi, je crois qu'on ne peut pas...
24:01En fait,
24:02ce qui est difficile
24:02aujourd'hui pour les femmes,
24:04c'est qu'elles ont
24:05tellement d'inquiétudes.
24:08On leur impose des choses
24:10et ça,
24:11ce n'est pas possible.
24:12Dans la vie,
24:13il faut se diriger.
24:14Et moi, peut-être,
24:15parce que j'avais vu
24:16ma maman qui ne se dirigeait pas
24:18et qui avait tant de talent.
24:20Ce n'était pas possible pour moi.
24:22Donc, j'ai eu des moments durs
24:23parce que deux garçons,
24:24vous savez,
24:25quand j'ai compris
24:26pourquoi je venais,
24:28je pense qu'ils pensaient
24:29que j'allais tout ranger
24:30et me taire.
24:32Alors, honnêtement...
24:33Ils ne vous laissaient pas ?
24:33Ben non,
24:34j'ai tout rangé,
24:35mais je ne me suis pas tuée.
24:37Et ça a été très,
24:38très difficile
24:39parce qu'entre deux garçons,
24:41il y en avait un de trop.
24:43Alors, ce n'est pas moi
24:44qui les fais partir,
24:45c'est plutôt leur relation
24:46entre Rémi et Eric.
24:49Mais globalement,
24:50ça a été plus facile
24:51quand j'ai eu face à face
24:53avec Rémi,
24:54avec les difficultés,
24:56mais aussi avec l'intérêt
24:58d'être deux caractères forts
24:59pour construire
25:01quelque chose de magnifique.
25:03Mais c'était plus facile
25:04quand on a été deux.
25:05Une fille, un garçon.
25:07Quand on vous voit aujourd'hui,
25:10évidemment,
25:11vous êtes toujours
25:12l'image de BETC,
25:14mais vous avez d'autres combats.
25:16Vous vous battez
25:17pour la situation
25:18des personnes issues
25:19de l'immigration.
25:19Vous vous battez énormément
25:20aussi pour le sort des femmes.
25:23Pour conclure cette émission,
25:24qu'est-ce que vous leur souhaitez
25:26aux femmes dans les années
25:27qui viennent ?
25:27Moi, je pense que les femmes,
25:29c'est génial.
25:30Voilà.
25:30Moi, je suis une emballée
25:31des femmes.
25:32Quand j'ai commencé à travailler,
25:34on m'a dit,
25:34ça va être très difficile
25:35pour toi avec les femmes.
25:36Elles vont être jalouse.
25:37Ça ne m'est jamais arrivé.
25:39Parce que je pense que ça dépend
25:40du regard que vous leur portez.
25:42Et moi, je ne leur portais
25:43qu'un regard d'affection
25:44et d'amitié.
25:45Chaque fois qu'une femme
25:47franchit un pas,
25:48je suis ravie.
25:49Moi, j'ai transmis, là.
25:51Parce que je me suis dit...
25:53Bon, là, j'ai 71 ans.
25:55Je me suis dit,
25:56la pauvre, derrière,
25:57il faut qu'elle attende
25:58que j'ai 80 ans
25:59pour reprendre en main tout.
26:01Et en plus,
26:02elle avait un sacré caractère
26:03parce que je ne prends
26:04que des gens
26:04qui ont un sacré caractère
26:06et qui peuvent m'embêter
26:07et me challenger.
26:08Et donc, j'ai passé la main.
26:10Je travaille toujours
26:12sous les ordres, maintenant.
26:14Mais je travaille toujours
26:15sur mes clients.
26:16Mais j'ai mis en tête
26:18une fille,
26:19il y a de nouveau
26:20une fille et un nouveau garçon
26:22à la tête de BETC,
26:24Berthi Toledano.
26:25Et je suis très fière de ça.
26:26Donc, ce que je souhaite
26:27aux femmes, c'est...
26:28Vous ne vous rendez pas compte,
26:29le monde a besoin des femmes, quoi.
26:31C'est le bordel, là.
26:32Je ne sais pas si on est clair.
26:33C'est le bordel.
26:34Donc, moi, je crois beaucoup
26:35aux femmes.
26:36Mais si vous n'avez pas
26:37de rôle en diplomatie,
26:38si vous n'avez pas de rôle
26:39en politique,
26:40si vous n'avez pas de rôle
26:41en entreprise,
26:42c'est un problème.
26:45Donc, débrouillez-vous.
26:46Faites en sorte
26:47de prendre en main
26:48on a vraiment besoin
26:49des femmes.
26:49Et n'écoutez pas ceux
26:50qui vous disent
26:51que ce n'est pas possible.
26:52Bien sûr que vous.
26:53Merci beaucoup,
26:54Mercedes Héra,
26:55d'être venue
26:55dans cette émission
26:56consacrée au leadership.
26:58Si vous voulez connaître,
26:58bien sûr,
26:59la méthode des leaders,
27:00l'émission est disponible
27:01en replay,
27:02sur nos réseaux sociaux,
27:03en podcast aussi,
27:04et tous les lundis
27:05à 12h30
27:06sur BFM Business.
27:07Très bonne journée.
27:09BFM Entreprises
27:10Leadership,
27:11la méthode
27:12sur BFM Business.
Commentaires

Recommandations