- il y a 10 heures
Ce jeudi 7 mai, le bras de fer entre le patronat et le Premier ministre, qui a répondu vertement à la demande du Medef d'instituer une règle d'or afin de limiter le déficit public et rendre plus lisible la procédure budgétaire, a été abordé par Gaël Sliman, président d'Odoxa, Pierre-Henri de Menthon, directeur de la rédaction de Challenges, et Christian Saint-Étienne, économiste et auteur de "Trump et nous" (ed. Odile Jacob), dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Il est 10h, vous êtes en direct sur BFM Business, on est reparti pour les experts, c'est la seconde
00:04partie de l'émission avec toujours Pierre-Henri de Menton, directeur de la rédaction de Challenges,
00:08Gaël Slimane, président d'Odoxa, et Christian Saint-Etienne, économiste, auteur de Trump et nous, comment sauver la France et
00:15l'Europe, aux éditions Odile Jacob.
00:18On parlait de clash, c'est le clash entre Matignon et le MEDEF, qui fait la une de l'actualité
00:26ce matin.
00:27Alors le MEDEF qui a envoyé la semaine dernière une missive au Premier ministre pour parler loi de finances.
00:35Évidemment les chefs d'entreprise en ont ras-le-bol, ça fait deux ans, on en parlait en début d
00:38'émission, de la cacophonie parlementaire autour du vote des différents budgets.
00:46Évidemment à la fin c'est l'entreprise qui rac, et notamment les grandes entreprises avec la surtaxe de l
00:52'impôt sur les sociétés.
00:54Et bien le Premier ministre a répondu, et plutôt vertement, au patron du MEDEF qui s'inquiétait de ses inquiétudes
01:01et qui demandait une règle d'or pour tenir les dépenses.
01:05À Matignon, on parle d'un courrier hors sol de la part du patronat Gaël Slimane.
01:12Est-ce que pour vous il est hors sol ce courrier ?
01:14Est-ce qu'on n'a pas le droit de s'inquiéter un peu de la mauvaise marche des budgets
01:19?
01:19On a consacré notre sondage d'actualité, qui en général est un sondage politique qu'on fait avec le Figaro
01:24et Backbone,
01:26on a consacré notre sondage à ce sujet-là et à cet échange.
01:31Alors on n'avait pas encore le retour de Kik de Matignon, mais on avait le message de Patrick Martin.
01:37Et les Français donnaient raison à Patrick Martin.
01:40Donc ça c'est un premier élément, c'est-à-dire qu'il donnait raison, un, de se préoccuper de
01:46ces questions de budget et d'un certain sérieux, d'une certaine stabilité.
01:52Et deux, on a testé l'idée de la règle d'or budgétaire.
01:55Et on a une très large majorité de Français qui disent, oui c'est du bon sens, mettre dans la
02:00Constitution, imposer la règle d'or dorénavant dans la Constitution.
02:04Moi je ne me prononce pas sur le sujet, mais c'est quand même un moyen aussi de limiter les
02:09marges de manœuvre des politiques.
02:10Et je vois dans la réponse de Matignon deux raisons.
02:14Un, vous rendez, si vous mettez en place une règle d'or budgétaire, vous rendez globalement les politiques beaucoup moins,
02:20vous les privez d'un certain nombre de marges de manœuvre.
02:24Pour limiter les dépenses quoi, ce n'est pas un carnet de chèque à deviner la volonté sur le déficit.
02:28Exactement, mais c'est génial quand on est politique de pouvoir faire ce qu'on veut, de pouvoir cramer la
02:32caisse si on veut.
02:35Et deuxièmement, il y a aussi cette idée que, il met le doigt là où ça fait mal Patrick Martin,
02:44en montrant qu'il n'y a plus de pilote dans l'avion et que, ce qu'on disait depuis
02:49tout à l'heure,
02:49c'est-à-dire que depuis la dissolution, en fait il n'y a aucun politique qui peut vraiment gouverner
02:55le pays et prendre des mesures sérieuses sur les aspects budgétaires.
02:59Et c'est pour ça que Matignon et que Sébastien Lecornu le renvoient dans ses buts.
03:04Ça transpire un peu là.
03:08Bon, je ne veux pas dire, mais réponse de Matignon.
03:10Patrick Martin a écrit au Premier ministre sur le budget, mais sans faire aucune proposition sur le fond, ce courrier
03:17était hors sol.
03:18Dénonce un proche du Premier ministre.
03:22Le Premier ministre qui répond au président du MEDEF,
03:24« Les modifications de procédure que vous suggérez sont largement dans les mains des assemblées parlementaires et non du gouvernement
03:31».
03:31Alors évidemment, le MEDEF a écrit au président de l'Assemblée nationale et du Sénat aussi, ils ont reçu la
03:38même lettre.
03:38Mais ça transpire la mauvaise foi, la réponse de Matignon ?
03:40La mauvaise foi, c'est surtout de la politique.
03:42On est dans de la politique.
03:45Pour un gouvernant, ce n'est pas forcément très rentable, même si au Figaro, on trouve ça très bien,
03:53d'être dans la roue du MEDEF et du patronat.
03:57Donc, autre chose, d'un point de vue économique, il faut savoir de quoi on parle.
04:02Effectivement, la règle d'or, plus personne ne fait la règle d'or.
04:06Il y a un pays qui le fait, c'est les États-Unis.
04:08Ça a été mis en place par Ronald Reagan, je crois.
04:11Et on arrive à des situations...
04:13Avec le shutdown.
04:14Avec le shutdown, Ubuesque, si vous voulez, où les fonctionnaires ne sont plus payés, etc.
04:20Donc, est-ce que les Français sont prêts à ça ?
04:23À voir.
04:25Et je note que le pays le plus vertueux, qui est l'Allemagne,
04:29qui est encore une fois le modèle, a complètement lâché prise.
04:33Alors, il n'y avait pas de règle d'or, il y a un système qui s'appelle le frein
04:36sur la dette,
04:38qui a été défait.
04:40Le frein, il a été lâché.
04:42Et on est en train, le déficit public est en train de corriger gentiment maintenant.
04:46Donc là aussi, on n'est pas non plus dans une situation unique.
04:51Il y a eu une étude de Goldman Sachs, je crois, cette semaine,
04:55disant qu'on va être dans les clous, notamment grâce au fait qu'on a le nucléaire
05:00et qu'on a un matelas sur la facture énergétique.
05:02Dans les clous, on va être à 5%.
05:04On va être à 5%.
05:06Voilà, mais on est quand même dans les clous.
05:09On a du mal à imaginer.
05:10C'est plus qu'on est dans les clous, c'est dans les clous.
05:12Les agences de rating, vous l'irez à chaque fois.
05:17On n'est pas pénalisé.
05:17On n'est pas pénalisé.
05:19On voit sur les taux.
05:19On n'est pas dans une situation de panique.
05:21Encore une fois, on est en début de campagne présidentielle.
05:26On est dans la politique.
05:29Et en plus, il y a quelque chose qui a un petit peu agacé, j'imagine.
05:32C'est cette histoire de déjeuner avec Bardella, etc.
05:36Donc on est, et surtout ce discours en disant, on va apprendre au RN ce que c'est que l
05:41'économie.
05:41Ce qui est quelque chose qui est, à mon avis, pas très très sérieux.
05:45Question, c'est-à-dire ?
05:46Je vais faire plaisir à Raphaël Legendre en prenant le contre-pied total de ce que vient de dire Pierre
05:52-Henri de Menton.
05:53Alors, il se trouve que je suis chroniqueur aux échos.
05:57Ça fait au moins deux chroniques sur les quatre dernières années où j'ai écrit qu'il fallait une règle
06:03d'or.
06:04Sauf que j'intègre...
06:06Vous me faites plaisir, Christian.
06:07Vous me faites plaisir.
06:09Sauf que...
06:10Bon, il faut un peu de subtilité.
06:12Alors, la règle d'or générale.
06:14Rappelons ce qu'est la règle d'or et comment elle peut s'appuyer.
06:16C'est une disposition constitutionnelle qui, par exemple, dans le cas de l'Allemagne,
06:22ce n'était pas constitutionnel dans le cas de l'Allemagne,
06:24mais c'est une disposition constitutionnelle, si elle est dans la Constitution,
06:28qui interdit le déficit.
06:29Et qui, donc, oblige le gouvernement, face à des déficits,
06:33à prendre des mesures immédiates plutôt que de laisser le déficit se développer.
06:38Alors, généralement, quand on parle de règle d'or,
06:40on pense à une règle d'or générale sur l'ensemble des finances publiques.
06:43Alors, je pense effectivement que ça ne peut pas marcher.
06:45En revanche, je suis désolé, mais comme on est aux experts,
06:50moi, j'ai proposé trois règles d'or constitutionnelles.
06:53Non, mais il y en a déjà une qui existe pour les collectivités locales.
06:55Voilà, sauf que là, ce n'est pas vraiment une règle d'or
06:58parce que ça ne porte que sur les dépenses de fonctionnement.
07:01Alors, justement, je pense qu'il faut une règle d'or
07:04sur le budget de la protection sociale.
07:07Oui, je rappelle que c'est la moitié des dépenses publiques.
07:10Oui, mais c'est une question fondamentale.
07:12Parce qu'on ne peut pas renvoyer...
07:14Parce que c'est quoi les dépenses de la protection sociale ?
07:18C'est notamment les retraites et le remboursement des médicaments.
07:22Et on ne peut pas renvoyer le déficit correspondant aux retraites
07:28et aux dépenses de médicaments aux générations futures.
07:30C'est complètement cinglé.
07:31Donc, le déficit de la Sécu, il tourne à peu près à un point de PIB.
07:36Je pense qu'il faut effectivement une règle d'or sur le déficit de la Sécu.
07:40C'est 25 milliards d'euros à un point de PIB, là, on est un peu moins,
07:43mais c'est 25 milliards d'euros le déficit de la Sécu cette année.
07:45Je vais assez loin, qui est que je pense qu'il faudrait revenir à la semaine de 37 heures.
07:53Ça fait 5% de hausse des salaires et au même moment...
07:56Et donc plus de cotisations.
07:58Donc, au moment où on fait la règle constitutionnelle sur la Sécu,
08:02on donne deux points de CSG à la Sécu pour qu'elle puisse respecter la règle d'or.
08:08Deuxième réglementation, il se trouve que j'ai eu une expérience d'élu local à la mairie de Paris,
08:14donc j'étais responsable du budget de la mairie,
08:16mais j'ai aussi fait des études sur ce sujet et j'ai lu les études de mes camarades.
08:22Quand vous regardez les dépenses des collectivités locales,
08:25elles ont une règle d'or sur les dépenses de fonctionnement,
08:28mais il se trouve qu'il n'y a rien sur les dépenses d'investissement.
08:32Et à peu près 60% des dépenses d'investissement des collectivités locales,
08:37c'est juste de l'amortissement et renouvellement des réseaux.
08:40Donc là, je dirais aussi, il faudrait exiger que les collectivités locales
08:46couvrent par les recettes courantes et les dépenses de fonctionnement
08:50et les renouvellements des réseaux.
08:51Et la troisième règle d'or, qui serait assez lâche en fait,
08:55qui concernerait que l'État.
08:57Pourquoi ça serait assez lâche ?
08:59L'idée, ça serait que l'État ne puisse pas avoir un déficit supérieur à trois points de PIB,
09:05qui est censé être la règle européenne, mais qui en fait fait sens.
09:08Pourquoi ? C'est parce qu'en fait, l'État est le réassureur de tout le monde.
09:11C'est-à-dire que quand il y a un problème, c'est l'État qui fait l'échec.
09:14Donc l'idéal, ça serait qu'à l'intérieur de la règle d'or de 3%,
09:19on dise que quand la croissance est positive,
09:21l'État doit avoir un déficit inférieur à un ennemi du PIB
09:24et qu'il ait une marge de manœuvre pour faire face au choc.
09:27Voilà.
09:27Donc c'est quelque chose de beaucoup plus travaillé
09:31que simplement une règle d'or qui interdise purement et simplement le déficit.
09:35Alors on est, excusez-moi Christian, mais on est dans une...
09:38Ça va être difficile à vendre.
09:40C'est quand même une usine à gaz, si je puis dire, très compliquée.
09:44Mais quand on demande aux Français...
09:46Enfin, en ce moment, par exemple, il y a un consensus, effectivement.
09:50Il va falloir qu'on ait des dépenses d'armement de 2% du PIB.
09:54Et même sans doute au-delà.
09:56Je rappelle que la Pologne, par exemple, est à 4%.
10:00On demande aux Français, oui, oui, bien sûr, il faut construire des nouveaux réacteurs nucléaires.
10:04C'est indispensable.
10:05Donc, si vous voulez, il y a un moment où il y a des priorités.
10:08Il y a effectivement des problèmes qui se posent, qu'il faut résoudre.
10:11Il faut bâtir sans doute une meilleure stratégie de l'État.
10:14Mais ce n'est pas en fixant une règle d'or et en se disant qu'on va fermer les
10:19musées.
10:21C'est un peu ce que demande la règle d'or du MEDEF.
10:25C'est pas ce que je pense.
10:26Non, non, c'est pas ce que vous dites.
10:28Mais on est quand même...
10:30Parce que nous, les MEDEF, c'est qu'on contrôle les dépenses.
10:32C'est un fameux critère de Mastricht.
10:35Ils sont troués de partout maintenant.
10:37On essaie de distinguer les dépenses d'investissement de fonctionnement structurel, pas structurel.
10:43Mais le fait est que...
10:44Alors, il y a un consensus maintenant, je pense, pour dire qu'on ne fera pas un nouveau quoi qu
10:49'il en coûte.
10:50Je pense qu'on a compris.
10:52Mais est-ce qu'on a besoin d'inscrire ça dans des textes ?
10:55Moi, je n'en suis pas persuadé.
10:56Et alors, justement, je continue d'être en désaccord pour une raison pratique et totalement objective et rade de terre,
11:03qui est que les dépenses d'intérêt sur la dette qui était à 20 milliards il y a deux ans
11:09seront à 100 milliards en 2030.
11:11Donc, si on veut simultanément augmenter les dépenses militaires pour assurer la survie de la nation,
11:18si on veut avoir une politique énergétique avec un triplement des dépenses d'intérêt,
11:25ça veut dire qu'on va couper ailleurs.
11:27Donc, quand je dis qu'il faut une règle d'or sur la durée,
11:30c'est pour éviter la situation dans laquelle on se trouve maintenant de progression phénoménale des dépenses d'intérêt.
11:36Il y a beaucoup d'argent quand même.
11:39Il y a beaucoup d'actifs financiers qui circulent.
11:41Il y a des réformes structurelles qui n'ont pas été faites.
11:43Par exemple, c'est très techno, mais l'Union des marchés de capitaux européens.
11:48Oui, très important.
11:50La défense, elle pourrait être financée sur dette, qu'un eurobonde sur la défense,
11:57c'est des trucs évidents qui pourraient être faites, mais en particulier sur la dette.
12:02Il y a encore, les poches, elles sont profondes.
12:06Il y a de l'argent, c'est ce que vous nous dites, Pierre Monton, ce matin.
12:09On ne va pas, je pense qu'il y a un réel problème sur les dépenses sociales en France,
12:13mais on n'est pas au même niveau.
12:16Si vous voulez, il y a des priorités, il faut y aller assez vite.
12:20Ce que je proposais tout à l'heure n'empêcherait pas de faire...
12:22On ne va pas dire, bon, on vire la moitié des, je ne sais pas combien,
12:28une dizaine de milliers de fonctionnaires pour pouvoir financer la défense.
12:34Et malheureusement, je pense que ce discours-là, il est assez présent dans le patronat.
12:38Et en plus, on a, en plus de ce que vous venez de rappeler, l'un et l'autre,
12:44on a des demandes très fortes en matière de services publics aujourd'hui,
12:47et notamment sur ce qui coûte le plus cher, c'est-à-dire en matière de santé.
12:52Et donc, et on va rentrer...
12:55Non mais, globalement, je ne rebondis pas sur ce que vous disiez, Christian, sur les solutions.
13:00C'est deux choses, ce télescope, que je mesure dans nos sondages à longueur de temps.
13:04C'est à la fois une validation systématique par les Français,
13:08Pierre-Henri le rappelait, de toutes les dépenses supplémentaires qu'on pourrait faire,
13:12sur tous les sujets légitimes du moment.
13:14La défense, l'investissement dans les énergies renouvelables, dans le nucléaire, dans ce que vous voudrez.
13:18Plus une demande très forte de services publics,
13:22en disant qu'il y a deux services publics auxquels il ne faut pas toucher,
13:24c'est l'éducation et la santé, qui est à peu près ce qui coûte le plus cher à l
13:28'État.
13:29Et en même temps, des Français qui nous disent
13:31mais on a bien conscience que la dette, les déficits, c'est un problème
13:34et qu'il faudrait, pense-t-il, une règle d'or.
13:37Donc tout ça, ça fait une mécanique...
13:39Sauf que quand on entre dans le détail, effectivement, c'est un peu compliqué.
13:41Un gloubi boulgard impossible, sachant que nous sommes dans la pire des années,
13:46puisque nous entrons en campagne électorale.
13:48Là, on a notre baromètre politique il y a quelques jours.
13:52Je ne sais pas comment on fait, parce qu'il y a une soixantaine de candidats maintenant.
13:54Il y en a beaucoup, mais du coup, on a 70% des Français,
13:57sachez-le, qui nous disent mais ça y est, on est déjà dans la campagne présidentielle.
14:00Donc pendant un an, on va être en campagne présidentielle.
14:03Et comme nous vivons dans une cinquième République
14:05avec une élection du président de la République
14:07au suffrage universel direct à deux tours,
14:10eh bien, on est obligé de promettre n'importe quoi.
14:12C'est-à-dire que pendant un an,
14:14vous allez avoir un défilé permanent de promesses
14:17à peu près irréalistes.
14:18Vous pensez que la contrainte budgétaire va être totalement balayée ?
14:22Non, non, non, c'est ça qui est formidable,
14:23c'est qu'on parlera, tout le monde parlera de la contrainte budgétaire.
14:27C'est-à-dire que tous les candidats diront,
14:30attention, le budget, parce qu'ils ont bien compris
14:32que ça préoccupait les Français,
14:34donc ils diront, et elles diront,
14:36que la contrainte budgétaire, c'est très important,
14:39ça ne doit pas peser sur les générations futures,
14:41et en même temps...
14:41La première sortie de Jean-Luc Mélenchon
14:43candidat à la présidentielle cette semaine
14:45est de dire que la dette ne pose aucun problème en France
14:47et qu'on nous ment.
14:48Alors, c'est une exception quand même.
14:52C'est-à-dire que la plupart des autres partis politiques,
14:55il y a presque mieux.
14:56Le Rassemblement National,
14:57parce qu'il y a d'une certaine manière la gauche,
14:59y compris Jean-Luc Mélenchon,
15:01propose des mesures, on en pense qu'on veut,
15:03mais ils disent, pour qu'il y ait plus d'argent à distribuer,
15:06on va imposer davantage.
15:07Ça fait plaisir ou pas plaisir,
15:09mais au moins il y a une cohérence globale.
15:10Dans le cas du Rassemblement National,
15:12on verra aussi les explications que donnera Jordan Bardella,
15:15probable candidat du RN,
15:17quand il nous dit,
15:18lui, il veut se faire bien voir du MEDEF,
15:21il considère qu'il faut être sérieux économiquement
15:24et réduire la dette et les déficits,
15:26et en même temps,
15:27à part expliquer que, miraculeusement,
15:30en tapant sur l'immigration,
15:31on aura des économies,
15:33mais ce n'est pas très crédible.
15:35Dès qu'on creuse un peu, ça ne marche pas.
15:37Donc, on va avoir le bal des...
15:40Voilà.
15:42On revient à ce qu'on a dit depuis le début de cette émission,
15:45c'est l'absence de gouvernement stratégique,
15:48c'est-à-dire qu'il y a un moment...
15:50Alors, sur l'élection présidentielle,
15:52en France, c'est devenu monstrueux,
15:54moi j'ai écrit il y a longtemps,
15:56en fait, maintenant,
15:57le système présidentiel français,
16:00c'est l'élection, tous les cinq ans,
16:01d'un Père Noël impuissant.
16:02Oui, c'est ça.
16:03C'est exactement ça.
16:04C'est fou, c'est qu'on croit toujours
16:05à l'homme président,
16:06une fois élu.
16:08Providentiel.
16:08Il y a même des constitutionnalistes
16:10qui, sérieusement, disent
16:11ça a été une erreur
16:12de faire une élection
16:13par le peuple,
16:15sachant qu'on a un peuple
16:17très particulier.
16:18C'est pas le peuple,
16:19c'est le régime,
16:20c'est-à-dire que dans les autres pays,
16:21pardon,
16:22mais on y est tous très attachés
16:23dans nos sondages,
16:24les gens disent
16:24je suis attaché à l'élection présidentielle,
16:27au suffrage universel direct.
16:28Mais dans les autres pays,
16:30c'est pas comme ça que ça se passe.
16:31Tous les autres pays,
16:32les grandes démocraties du monde,
16:34fonctionnent avec un système parlementaire
16:35où on est bien obligé
16:36de ne pas promettre n'importe quoi,
16:38où il n'y a pas une personnalisation absolue,
16:39et où on sait très bien
16:41qu'ensuite il y a des coalitions
16:42qui se mettent en place
16:43et qu'il faut accepter
16:45de part et d'autre
16:45de faire des compromis
16:46pour gouverner.
16:47En France, c'est pas ça.
16:48En France, vous regardez
16:49la popularité du président,
16:50ça monte au sommet
16:52dans les quelques mois
16:53qui suivent son élection,
16:54quelques semaines et quelques mois,
16:56et ensuite il est détesté.
16:57Et c'est effectivement
16:58le Père Noël impuissant.
17:00Et donc, non mais,
17:02Pierre-Henri m'étonne
17:05par son discours
17:07extrêmement politique
17:09et consensuel.
17:11Bon, moi, évidemment,
17:13on peut me dire
17:14que tu n'es pas au pouvoir.
17:15Pour reprendre ta carrière poïte.
17:19Mais si on réfléchit,
17:23il y a un moment,
17:24il va falloir dire aux Français
17:25si vous voulez qu'on fasse
17:26de la défense,
17:28qu'on soit plus souverain
17:29sur l'énergie,
17:31sur l'agriculture.
17:33On le sait depuis des années
17:34que l'azote et la potasse,
17:37on en a besoin pour l'agriculture.
17:39Tout ça, on l'a envoyé
17:39à l'extérieur.
17:40Donc, il y a un moment,
17:41il faut bosser avec les filières,
17:43reconstruire des choses cohérentes.
17:45Je suis sûr que les Français
17:47adoreraient ça, d'ailleurs,
17:48si on faisait un travail avec eux,
17:50filière par filière.
17:51Et il y a un moment,
17:53on va être obligé de leur dire,
17:55on ne peut pas avoir
17:56le record du monde
17:57du poids des retraites
17:59dans la dépense publique.
18:03Gaël disait,
18:04les gens veulent plus de santé.
18:05Moi aussi.
18:05La question,
18:06c'est que la participation
18:09des Français aux dépenses de santé,
18:11c'est une des trois plus basses au monde.
18:13Le reste à charge,
18:14comme on dit.
18:14Le reste à charge est autour
18:16de 7% des dépenses de santé,
18:18alors qu'il est en moyenne
18:19de 15% en Europe,
18:20il doit être de 40% aux Etats-Unis.
18:23Là aussi,
18:24dire à un moment donné,
18:27vous payez au moins 50 centimes
18:30sur les boîtes de médicaments
18:32ou un euro,
18:33ou quand vous allez chez le médecin,
18:34vous payez au moins 2 euros.
18:36Voilà,
18:36pour que les gens connaissent les prix,
18:39puisqu'on parlait tout à l'heure
18:41de l'impact du système de prix
18:44sur les prises de décision.
18:45Et des arbitrages à faire,
18:46peut-être sur la jeunesse aussi aujourd'hui,
18:49pas moins de 5 ministres
18:50sont mobilisés
18:52sur l'annonce
18:54d'un grand plan
18:55pour augmenter
18:56l'emploi
18:58des jeunes,
18:59à la tête desquels
19:00les ministres,
19:00Jean-Pierre Farandou,
19:01évidemment,
19:02le ministre du Travail.
19:03Ils doivent présenter
19:03une quinzaine de mesures
19:04en faveur de l'emploi des jeunes.
19:06Je rappelle simplement les chiffres.
19:08Fin 2025,
19:0921,5% des actifs
19:11de 15 à 24 ans
19:12étaient à la recherche d'un emploi.
19:15Presque 3 points de plus
19:16en un an.
19:16Et on a 1,5 million de jeunes
19:20qui n'ont ni formation,
19:21ni job,
19:23ni diplôme.
19:24Ce qu'ils appellent les NEETS,
19:25les fameux NEETS.
19:26Que faut-il faire
19:28pour traiter ce grand sujet,
19:30Pierre-Henri de Menton ?
19:31Alors, c'est effectivement
19:32le grand sujet.
19:34On a...
19:35Alors, il y a...
19:36Je suis désolé,
19:37je fais encore la politique.
19:38Il y a un problème.
19:39Il y a un problème démocratique.
19:42C'est que ces jeunes-là
19:43votent très peu.
19:45Je parle du contrôle
19:46de Gaël Schiman.
19:47Donc, ils n'ont pas un poids.
19:50Voilà.
19:51Mais ce phénomène,
19:52nous, on l'observe
19:52dans toutes les...
19:54C'est dans toutes les catégories.
19:55Vous prenez des étudiants
19:57en école de commerce,
19:58fils à papa
19:59ou des enfants d'ouvriers.
20:01On ne trouve plus de job.
20:04Et il y a un phénomène structurel
20:06qui est en train d'arriver,
20:08qui est celui-là.
20:09En tout cas,
20:09sur les emplois,
20:10beaucoup d'emplois tertiaires.
20:12Après, on a la robotisation
20:13sur d'autres types d'emplois.
20:16Donc, on a
20:18une sorte de désenchantement
20:19et même,
20:21j'ai l'impression,
20:22ça, ça a dû être quantifié,
20:25une...
20:26Comment dire ?
20:26Moindre appétence,
20:27on va dire,
20:28pour le travail
20:28d'une partie de la jeunesse
20:30qui vient sans doute
20:31du fait qu'on ne propose pas
20:33tellement de jobs
20:34qui puissent être intéressants.
20:36Donc, je pense qu'il y a déjà
20:37un problème politique.
20:38Après, il y a quand même
20:39beaucoup qui a été fait
20:41sur la formation.
20:42C'était une des priorités
20:43des deux mandats
20:45d'Emmanuel Macron.
20:46Donc, ce problème,
20:47il existe depuis très longtemps,
20:49celui des NIT
20:50que vous...
20:52sur la formation.
20:53Et là,
20:54pour des raisons
20:54de contraintes budgétaires,
20:55et il y avait aussi
20:57beaucoup d'effets d'aubaine,
20:58on est en train
20:59de revenir en arrière
21:00sur des dispositifs,
21:02sur l'apprentissage notamment,
21:04etc.
21:04Donc, on est peut-être
21:05trop revenu en arrière
21:06et le gouvernement,
21:08voilà,
21:08il sort cinq ministres
21:09et ils vont nous réannoncer
21:10des trucs,
21:11je pense,
21:12autour des petites usines à gaz
21:14parce qu'on n'a pas
21:15beaucoup les moyens
21:16de mettre beaucoup de carbone.
21:17Oui, c'est assez cosmétique,
21:18par exemple,
21:19faire connaître...
21:19Vous parlez des lycées professionnels,
21:21je pourrais presque
21:22faire l'affiche,
21:24mais il y a un vrai problème
21:26et je pense que le problème,
21:27il est politique,
21:28il est encore une fois
21:29dans une forme de...
21:30Je n'aime pas le mot
21:31fragmentation,
21:32mais c'est peut-être
21:32un peu le cas quand même
21:34autour de ce problème.
21:35Et sachant qu'on a aussi
21:36un problème
21:37sur l'emploi des seniors,
21:38parce qu'on a le même
21:39comme en miroir,
21:41à partir de 50 ans,
21:43c'est très très compliqué
21:44de trouver un job
21:45dans ce pays,
21:46ce qui n'est pas le cas
21:46dans d'autres pays,
21:47notamment en Europe.
21:48Parmi les mesures,
21:51il y a notamment
21:53cet insert-score
21:54qui permettra
21:55de faire connaître
21:56et mettre en avant
21:57les métiers d'avenir
21:58et les formations
21:59où il y a des jobs,
22:00combien ça paye,
22:01ça paraît du bon sens,
22:02qu'on ne l'ait pas encore
22:03mis en place,
22:04mais très bien.
22:05Ça a été mis en place...
22:06Je vais faire mon
22:07Pierre-Henri de Menton.
22:08Ça a été mis en place
22:09à l'université
22:10il y a quelques années.
22:12Ils veulent le faire
22:13connaître d'ailleurs.
22:14C'est mis en place
22:15mais on ne le connaît pas encore.
22:17Donc là,
22:17le mouvement aujourd'hui
22:18c'est de le faire connaître
22:19et puis sur le rapprochement
22:20j'étais surpris
22:21des jeunes et de l'entreprise,
22:22l'accent sera mis sur
22:23la santé et la sécurité.
22:26Voilà l'appréhension
22:28de Christian Saint-Étienne.
22:30C'est que les nets,
22:31il y en avait avant.
22:32Donc les jeunes sans emploi,
22:33sans formation,
22:34sans diplôme,
22:34ceux qui ont quitté l'école
22:35sans rien.
22:37Je vais rappeler
22:38qu'on a à peu près
22:40grâce aux travaux de l'OCDE
22:41une vision assez claire
22:43on peut en discuter indéfiniment
22:44sur les trois derniers millénaires
22:48de l'évolution des systèmes économiques.
22:50Il y a eu énormément de travaux
22:52faits par l'OCDE.
22:53On sait que la France,
22:56comme l'ensemble de l'Europe,
22:57était très rurale
22:59jusqu'en 1850
23:00et qu'il y a eu le développement
23:01de l'industrie après.
23:04quand la France était rurale,
23:06les nets,
23:07ils existaient simplement
23:08au moment des récoltes.
23:10Ils étaient journaliers,
23:12ils allaient bosser.
23:13De toute façon,
23:14on ne les laissait pas crever.
23:15Il y avait la redistribution
23:17par la religion,
23:18par les communautés,
23:20ainsi de suite.
23:21Donc la question,
23:23c'est dans le monde industriel
23:25dans lequel nous sommes entrés
23:27depuis 50 ans
23:28avec la globalisation
23:29qui est un monde
23:29extrêmement compétitif
23:31auquel se rajoute
23:33la désindustrialisation massive
23:34du pays depuis 25 ans.
23:37Les nets
23:38qui étaient intégrés
23:42dans le monde rural
23:43pendant des siècles,
23:45puis qui trouvaient
23:46des petits boulots
23:47dans le monde industriel
23:48qui étaient en développement rapide
23:50parce qu'ils bossaient
23:51dans la gestion de la logistique,
23:56ils chargeaient les camions,
23:57ainsi de suite.
23:58tous ces boulots ont disparu.
24:00Et donc maintenant,
24:01même les travaux intellectuels
24:02vont être remplacés en partie
24:05par l'intelligence artificielle.
24:06Donc dans ce contexte,
24:07Donc qu'est-ce qu'on fait ?
24:08Dans ce contexte,
24:09je suis désolé,
24:10je reviens,
24:11c'est peut-être technique,
24:12je m'en fous.
24:13Si on ne fait pas un boulot colossal
24:15sur les filières,
24:17on sait par exemple
24:18que les plombiers qui sont bons,
24:20ils gagnent trois fois
24:21ce que gagne un type
24:23qui travaille,
24:24qui est administratif
24:26dans une collectivité locale.
24:29Donc par exemple,
24:31j'ai proposé,
24:32mais effectivement,
24:33je ne suis pas au pouvoir,
24:35mais dans la préparation
24:37d'une présidentielle,
24:39le boulot des experts,
24:40c'est de faire des propositions.
24:41Après, c'est retenu,
24:42ce n'est pas retenu,
24:43ce n'est pas le sujet.
24:44Mais je pense notamment
24:47que dans une vision
24:49de réindustrialisation du pays,
24:51on travaillerait avec toutes les filières,
24:53parce que l'industrie aujourd'hui
24:55a beaucoup évolué.
24:56Même la logistique,
24:57c'est une activité industrielle,
24:59même la banque et l'assurance,
25:00tout ce qui en fait fonctionne
25:01avec des ordinateurs
25:03dans la nouvelle révolution industrielle
25:06peut être assimilé à l'industrie.
25:07Donc si on faisait
25:08un gros travail de planification
25:10avec les filières,
25:11je pense que c'est un moyen
25:14d'abord de redire aux jeunes,
25:16vous avez une place,
25:17mais dans le ministère de l'Industrie
25:19qui ferait ce boulot,
25:19moi je bascule
25:21toute la formation professionnelle
25:22pour en refaire
25:23une formation d'excellence
25:24comme en Suisse.
25:26Voilà.
25:26Je rappelle que la Suisse
25:29qu'on imagine toujours
25:30avec des vaches,
25:31en fait,
25:31a une industrie manufacturière
25:34qui fait 20 points de PIB,
25:35alors que nous,
25:36on est tombé à 9,5.
25:37Des formations professionnelles
25:38bien plus développées.
25:39Et en plus,
25:40là-bas,
25:41la formation professionnelle,
25:42c'est une formation d'excellence.
25:43Donc on a bien fait,
25:45comme l'a rappelé
25:45Pierre-Henri de Menton
25:46sous Macron,
25:48un plus sur la formation professionnelle,
25:51mais on n'en a pas refait
25:53une formation d'excellence.
25:55Merci,
25:55merci,
25:56ce sera le mot de la fin.
25:57Merci à tous les trois,
25:58Christian Saint-Étienne,
25:59Pierre-Henri de Menton
26:00et Gaëlle Slimane
26:01pour cette émission passionnante.
26:02Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires