00:00Si on veut tenir l'une des deux limites, 1,5 ou 2, je vais commencer par 2, parce que comme ça, vous allez tout de suite comprendre,
00:06il faudrait que les émissions planétaires baissent de 5% par an à partir de demain matin.
00:10Alors je vais vous donner un plan qui permet de baisser les émissions planétaires de 5% par an.
00:13C'est l'année 1, je fais le Covid planétaire, et je ne remets surtout pas l'économie dans son état préexistant en sortie.
00:20Je laisse l'économie dans l'état post-Covid.
00:22L'année 2, je supprime l'appareil industriel de l'Allemagne, du Japon et de l'Italie, ça se doit faire à peu près 5% des émissions planétaires.
00:28Puis il faut une idée pour l'année 3.
00:31Donc je ne sais pas si vous visualisez le rythme auquel il faudrait baisser les émissions pour y arriver.
00:44Est-ce que la stratégie totale est compatible avec les accords de Paris ?
00:47Alors en fait, non, mais à peu près aucune grande entreprise n'a de stratégie compatible avec les accords de Paris,
00:52pour une raison assez simple, qui est le rythme de baisse que cela impose aux émissions planétaires de suivre l'accord de Paris.
01:00Si on regarde ce que dit la physique sur le...
01:04Pardon, je vais repartir du début.
01:07Le changement climatique est causé notamment par une espèce chimique présente dans l'atmosphère,
01:11dont l'accumulation, enfin dans la quantité augmente, qui est le dioxyde de carbone.
01:14Le dioxyde de carbone étant un oxyde, je le dis le dictionnaire,
01:17c'est une espèce chimiquement stable, qui n'a pas de processus d'épuration tant qu'elle est dans l'air.
01:22La seule façon dont le CO2 peut s'épurer de l'atmosphère, c'est en revenant au contact du sol,
01:27et à ce moment il peut se passer deux choses,
01:28soit un équilibrage de pression partielle avec l'océan, ça s'appelle de la dissolution,
01:32c'est un processus de reprise du CO2 par l'océan qui ne marche que tant que les pressions partielles ne sont pas équilibrées,
01:38et enfin un deuxième processus qui est la photosynthèse,
01:41et qui est limité par la disponibilité en eau et par le fait que la végétation qui photosynthétise reste dans les bonnes plages de température
01:50et plus généralement de conditions climatiques là où elle se trouve,
01:54ce qui est évidemment non garanti pour l'éternité.
01:58Du fait de la très grande stabilité du CO2 dans l'atmosphère une fois qu'on l'y a mis,
02:01il y a une notion de budget carbone,
02:03c'est-à-dire que l'élévation de température qu'on aura en 2100 dépend essentiellement de la quantité totale de CO2 qu'on met d'ici là dans l'atmosphère,
02:10peu importe qu'on le mette surtout en 2040, surtout en 2060, surtout en 2080 ou surtout en 2100,
02:15ça n'a pas beaucoup d'importance.
02:17Ce qui compte c'est essentiellement de l'y avoir mis.
02:19Et le budget carbone qu'il nous reste à disposition si on veut limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré,
02:26c'est quelques centaines de milliards de tonnes,
02:28c'est-à-dire en ordre de grandeur entre le quart et le huitième de ce qu'on a déjà mis sur le siècle écoulé.
02:36Et si on veut se limiter à 2 degrés, on est un peu plus lâche,
02:43on a droit à un millier de milliards de tonnes,
02:45mais enfin ça fait quand même la moitié, entre la moitié et 40% de ce qu'on a mis sur le siècle écoulé.
02:52Du coup l'arithmétique impose que si on veut tenir l'une des deux limites,
02:561,5 ou 2, je vais commencer par 2, parce que comme ça vous allez tout de suite comprendre,
03:00il faudrait que les émissions planétaires baissent de 5% par an à partir de demain matin.
03:03Alors je vais vous donner un plan qui permet de baisser les émissions planétaires de 5% par an.
03:07C'est l'année 1, je fais le Covid planétaire,
03:10et je ne remets surtout pas l'économie dans son état préexistant en sortie,
03:14je laisse l'économie dans l'état post-Covid.
03:16L'année 2, je supprime l'appareil industriel de l'Allemagne, du Japon et de l'Italie,
03:20ça se doit faire à peu près 5% des émissions planétaires,
03:23puis il faut une idée pour l'année 3.
03:24Donc je ne sais pas si vous visualisez le rythme auquel il faudrait baisser les émissions pour y arriver,
03:31et en fait compte tenu du fait que les énergies fossiles sont le moteur du système industriel moderne,
03:36et du système économique moderne,
03:39baisser les émissions de CO2 de 5% par an,
03:42ça revient au premier ordre à contracter le système économique de n'importe quoi entre 4 et 5% par an.
03:47Nonobstant le développement de l'efficacité énergétique, des énergies renouvelables, etc.
03:52C'est ça qu'il faut avoir en tête.
03:54Est-ce que vous avez une grande entreprise cotée sur cette planète,
03:57et même pas cotée,
03:58qui a aujourd'hui un plan qui soit compatible avec cette orientation générale ?
04:02Je ne crois pas.
04:03Je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup.
04:05Donc de ce point de vue, Total n'est pas spécialement un cas isolé.
04:10C'est une entreprise qui a une activité qu'on assimile,
04:12encore une fois, je n'ai pas d'action chez Total, donc je m'en fiche,
04:14mais c'est une entreprise qu'on assimile au diable parce que c'est elle qui sort le pétrole,
04:19mais en fait le pétrole, il rigue la totalité de l'économie mondiale,
04:22et ni Carrefour, ni Michelin, ni Danone n'ont de stratégie qui est plus compatible.
04:29Je ne pourrais plus citer n'importe laquelle, n'importe quel autre, ni Apple, ni Nvidia.
04:34Il n'y a pas une entreprise cotée au monde qui ait une stratégie aujourd'hui
04:38qui soit compatible avec 5% de baisse annuelle des émissions des effets de serre.
04:41Voilà, en gros, pas une. En première approximation, peut-être qu'on va trouver une en cherchant bien.
04:47Voilà, donc ça c'était la réponse à la première question.
04:51Total non.
04:53Alors GNL, c'est une conséquence indirecte de notre infidélité à l'ami Poutine,
05:00puisque avant la guerre en Ukraine, l'Europe dépendait pour environ 40% de ses approvisionnements du gaz russe.
05:06Une fois qu'on ne veut plus du gaz russe, comme c'était le principal approvisionnement gazier de l'Europe par pipeline,
05:13eh bien, ou bien les gens se passent instantanément de 40% du gaz,
05:16ce qui n'est pas l'option pour le moment qui a été suivi,
05:19parce que le gaz reste quelque chose d'important pour l'industrie,
05:21reste quelque chose d'important pour la production électrique d'une bonne partie de nos voisins, etc.
05:25Et donc l'option B, c'est qu'il faut le trouver ailleurs.
05:28Et alors, il faut le trouver ailleurs.
05:30Les autres zones d'approvisionnement par pipeline, pour l'Europe, c'est le Maghreb,
05:33mais le Maghreb est en déclin gazier, l'Algérie est en déclin gazier.
05:38Les autres pays de la communauté, de la CIS, là,
05:41mais ce n'est pas des fournisseurs de gaz à la hauteur de ce qu'est la Russie,
05:44ils sont beaucoup plus petits.
05:46Donc il reste gaz liquéfié, donc on se met à construire des terminaux de gazéification partout,
05:50et on commence à demander à nos fournisseurs de développer des trains de liquéfaction partout.
05:53Là-dessus, les Américains se frottent les mains, parce qu'ils ont du gaz pas cher,
05:57et en plus, eux, exporter, ça les arrange,
05:59parce que ça équilibre le prix de marché domestique américain avec le prix de marché à l'export.
06:03Donc les producteurs sont ravis qu'on exporte...
06:05Ils n'ont pas envie qu'on exporte tout le gaz américain, loin s'en faut,
06:07mais un peu, ils sont parfaitement d'accord.
06:09Il faut bien voir que les exportations américaines de GNL,
06:12au regard de la consommation domestique de gaz aux Etats-Unis, ça ne reste pas grand-chose.
06:17Mais c'est quelque chose qui est économiquement très intéressant pour eux,
06:20parce que ça fait monter le prix domestique du gaz.
06:21Et alors, pour les Européens, ça crée effectivement un effet de lock-in.
06:25Alors ça, on a bien documenté ça au Shift Project,
06:27parce que si vous voulez du GNL, il faut signer des contrats de long terme,
06:30parce que les fournisseurs de GNL ne vont pas vous expliquer,
06:33vous allez leur dire, vous allez me construire un train de liquéfaction,
06:35puis l'année prochaine, je ne sais pas si je vous achète du gaz,
06:37vous êtes gentils, mais non.
06:38Donc en fait, les contrats, si on veut du GNL, ils sont sur 15 à 25 ans.
06:42Donc, effectivement, pour avoir du gaz l'hiver prochain,
06:48on se crée un lock-in fossile avec des contrats d'approvisionnement sur beaucoup plus longue période.
06:53Là, il fallait un peu se le dire, avant de dire à Poutine,
06:56ton gaz, on ne veut pas.
06:57Moi, je n'ai pas d'intérêt non plus chez Poutine,
06:59et je ne suis pas en train de dire que c'est un type très bien.
07:01Je suis juste en train de dire,
07:02si les Européens avaient bien compris ce qu'ils faisaient au moment où ils ont dit aux Russes,
07:05on ne veut plus du gaz russe,
07:07ils auraient compris que l'alternative, c'était fatalement le GNL,
07:12venant des exportateurs de GNL,
07:15au premier chef desquels les États-Unis actuellement.
07:18Et effectivement, le gaz qui est de plus en plus produit aux États-Unis,
07:22c'est ce qu'on appelle le gaz de schiste.
07:24Alors en fait, c'est impropre, c'est du gaz de rochemère.
07:26Pour faire un tout petit peu de géologie pétrolière,
07:28le pétrole et le gaz se forment par une espèce de pyrolyse de résidus biologiques
07:33dans des sédiments qui sont enfouis sous terre.
07:36Donc dans les endroits où il y a des zones de subduction,
07:38où il y a de la sédimentation en provenance de la vie marine,
07:42vous avez des restes organiques mélangés à du sédiment minéral
07:45qui sont enfouis sous terre,
07:46et la géothermie ainsi que la pression vont créer,
07:49dans la roche qui se forme à partir des sédiments,
07:51du pétrole, du gaz.
07:52Ce pétrole et ce gaz, des fois, ils migrent en dehors de la roche-mer,
07:55c'est comme ça que se forment les accumulations qu'on appelle
07:57dans les roches réservoirs où on va forer le pétrole et le gaz.
08:01Mais des fois, ça reste prisonnier dans la roche-mer
08:03parce que la roche-mer n'est pas assez perméable.
08:05Et à ce moment, il faut la fracturer pour créer de la perméabilité.
08:07C'est pour ça qu'on fracture pour exploiter le pétrole et le gaz de schiste.
08:11Quand il faut un pétrole et gaz de roche-mer.
08:12Et il se trouve que les Américains ont beaucoup de pétrole et de gaz de roche-mer.
08:16Donc effectivement,
08:17cette exploitation, puis cette exportation du gaz de roche-mer
08:21est quelque chose que les Américains aiment bien faire.
08:23Et chez eux, c'est particulièrement favorisé par le droit minier
08:26qui fait que l'État n'intervient pas dans cette histoire
08:28puisque le propriétaire du sol est propriétaire du sous-sol jusqu'au centre de la Terre.
08:32Donc ça...
08:33Voilà.
08:34Ça fait que des contrats bilatéraux.
08:36Donc ça va très vite.
08:36Sous-titrage Société Radio-Canada
08:50Sous-titrage Société Radio-Canada
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