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Monique Pinçon-Charlot est directrice de recherche en sociologie au CNRS. Elle donne une conférence à la fac d'Aix suite à la sortie de son livre "Le méprisant de la République". Elle nous montre que le mépris n'est pas un trait personnel d'Emmanuel Macron mais bien une arme utilisée par les plus riches dans la lutte des classes. Elle nous décrit le capitalisme rapidement en terminant par un poème, quel plaisir.

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Sources
Pinçon-Charlot https://www.youtube.com/watch?v=05SU4JzDSQo
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Quels secteurs relevant du commun sont financiarisés ?
Santé, éducation, information (média et sondage), nature (eau, air, etc.)

Que permet le capitalisme actuel ?
Permettre aux possédants des titres de propriété d'exploiter toutes les formes du vivant.

Quel est le nom du poème cité par Monique Pinçon-Charlot ?
Le pélican de Jonathan.

#pinçon-charlot #sociologie #cuisine #omelette #classe #capitalisme #extrait #conférence #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00L'arrogance
00:07Dès le départ, je voulais vraiment montrer que l'arrogance,
00:13ce n'était pas un trait spécifique de la personnalité d'Emmanuel Macron.
00:19Non, l'arrogance, le dédain font désormais partie de la violence de classe.
00:27Et ce que je vais vous dire, et même terrible, fait partie d'une violence de classe
00:36qui a comme but, plus ou moins conscient, ça on ne le sait pas,
00:44mais de déshumaniser les contestataires,
00:48de déshumaniser les membres des classes moyennes et des classes populaires.
00:53En tout cas, de déshumaniser ceux qui ne sont pas des habitants des beaux quartiers,
01:00ceux qui n'appartiennent pas.
01:02Écoutez, madame, venez, il n'y a pas une petite place, là, regardez, vous avez une chaise.
01:08Ah non, elle ne va pas se mettre à quatre pattes par terre à son âge, ce n'est pas
01:11possible.
01:14La déshumanisation.
01:15Et donc, ce mot-là, aujourd'hui, il est d'une actualité extrêmement puissante.
01:23Parce que quand vous déshumanisez votre prochain, tous les coups sont permis.
01:30Donc, c'est vraiment un instrument idéologique de domination de l'autre, du dissemblable,
01:39qui est extrêmement dangereux et qu'il ne faut pas du tout, du tout prendre à l'air légère.
01:45Et pour moi qui suis sociologue, convaincue de la force de la sociologie,
01:51je me suis dit, ben voilà, tu peux faire peut-être un livre qui fasse comprendre
01:56que la psychologisation de l'arrogance et du dédain, c'est à côté de la plaque.
02:02On est vraiment dans une violence qui fait partie, à part entière, de la panoplie actuelle,
02:13de la violence de classe qui est organisée, qui est là, de fait, avec le dérèglement climatique,
02:23avec la financiarisation de tous les secteurs qui relèvent du commun,
02:28que ce soit la santé, que ce soit l'enseignement, que ce soit même l'information,
02:33l'information qui est aujourd'hui aux mains de 10 milliardaires,
02:39que ce soit les instituts de sondage, qui sont tous aux mains de milliardaires,
02:45que ce soit la nature, que ce soit toutes les...
02:49enfin, tout, tout, tout, tout, même l'eau, l'air, tout, aujourd'hui,
02:55doit être à l'origine de dividendes pour les actionnaires.
03:02Donc, je pense sincèrement que l'énergie que j'ai trouvée pour arriver quand même à faire ce petit livre
03:10tient au fait que je suis persuadée que nous sommes à un rendez-vous absolument historique
03:16dans l'histoire de l'humanité, avec la conjonction, la complémentarité,
03:25l'addition de toutes les formes de violence dont sont capables
03:30ceux qui détiennent les titres de propriété.
03:35Car toute notre sociologie, à Michel et moi,
03:39s'est inscrite dans une critique du système capitaliste
03:44qui permet aux détenteurs des titres de propriété
03:49d'exploiter toutes les formes du vivant,
03:53que ce soit les humains, les travailleurs, les ouvriers, les intellectuels,
03:58enfin, tous ceux que tous, c'est 99% pratiquement de la population
04:02qui fait fonctionner l'économie réelle,
04:05et c'est nous qui sommes à la peine avec ce 1%
04:10qui, de génération en génération,
04:15s'accaparent toutes les richesses et tous les pouvoirs qui vont avec
04:19grâce à ces titres de propriété
04:22qui se transmettent de génération en génération.
04:30Et donc, si vous naissez à Neuilly,
04:34vous allez avoir des titres des quartiers de noblesse
04:38et des quartiers de bourgeoisie lorsque vous allez naître,
04:41et vous-même, vous allez transmettre,
04:44vous allez avoir des enfants,
04:47la famille est au cœur du dispositif des rapports de classe,
04:52de la reproduction sociale,
04:55et vous allez transmettre,
04:57les héritiers doivent être dignes de leur héritage,
05:01et cela peut durer pendant très longtemps
05:03pour éviter toute forme de ruissellement
05:08vis-à-vis des classes moyennes et des classes populaires.
05:11Alors, je fais juste une petite parenthèse
05:13avec un poème de Robert d'Asnos,
05:16Le Pélican de Jonathan.
05:17C'est le capitaine Jonathan
05:19qui se promène dans une île d'extrême-orient
05:22et qui, au matin, rencontre un pélican
05:24qui pond un œuf tout blanc
05:27d'où il sort un autre pélican
05:29lui ressemblant étonnamment.
05:30Ce pélican pond à son tour lui-même
05:32un œuf tout blanc d'où sort un pélican
05:35qui lui ressemble toujours plus étonnamment que jamais,
05:38et cela peut durer pendant très longtemps,
05:40sauf si l'on décide de faire une omelette.
05:43Et c'est ça que je vous propose.
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