00:00...
00:07Si je peux rebondir juste sur la question ESG.
00:11Jusqu'à maintenant, alors moi je commence à être un dinosaure dans cette histoire,
00:14parce que ça fait plus de 20 ans que je m'intéresse au climat.
00:16En fait, je vais l'appeler méprise. Le mot est un peu fort, mais j'y tiens.
00:21Une des méprises qu'on a eues avec l'ESG, c'est d'associer dans le même sac
00:26des choses qui dépendent essentiellement de notre volonté.
00:28Et si notre volonté n'est pas mise en oeuvre, la société est peut-être moins sympa,
00:32mais ça ne l'empêche pas d'exister.
00:34Alors je vais mettre vraiment les pieds dans le plat.
00:36Les sujets d'égalité hommes-femmes, ça n'empêche pas les gens de survivre.
00:39Ça peut empêcher l'humanité de bien vivre, mais ça n'empêche pas,
00:42parce que pendant très longtemps on a survécu avec ça.
00:45Le fait d'avoir une excursion climatique qui réchauffe la température planétaire
00:51de 10 degrés en deux siècles, c'est un sujet de survie.
00:54Ce n'est pas un sujet de bien vivre.
00:56Et en fait, on a depuis longtemps dans l'ESG mis ensemble des choses qui sont très bien
01:03si on arrive à les faire, mais qui dépendent essentiellement de notre volonté,
01:06avec des choses qui sont très bien si on arrive à les anticiper,
01:09mais il y a de toute façon une voiture balai qui va nous rattraper si on ne le fait pas
01:12délibérément.
01:13Ce qui est très différent en termes de nature d'obstacle.
01:16En particulier en ce qui concerne le climat, tout le monde pense que ça dépend de notre volonté
01:21d'agir ou de ne pas agir et que si on n'agit pas, finalement, il n'y a pas
01:24d'autre sanction
01:24que d'avoir, allez, l'investisseur a pris une petite décote, etc.
01:30Bon, il y a tellement d'argent à placer, de toute façon, il va bien falloir placer quelque part.
01:34Alors qu'en fait, on ne comprend pas qu'on va être rattrapé par la patrouille.
01:37Alors la patrouille peut s'appeler les conséquences du réchauffement climatique,
01:42parce que les conséquences du réchauffement climatique ont le potentiel de faire sauter la paix, la démocratie, etc.
01:46Qu'est-ce qui reste comme marché boursier dans un monde en guerre et en dictature ?
01:50Je ne sais pas. Je pense que... Voilà, je peux vous donner la copie à remplir.
01:53Je ne vais pas se les ramasser dans quatre heures.
01:55Je pense qu'on aura quelques dissertations intéressantes.
01:58Et puis, il y a une autre voiture balai qui arrive derrière, toujours dans la même catégorie,
02:02qui est la déplétion subie des énergies fossiles.
02:052008, tout le monde dans cette salle pense que c'est une crise financière.
02:08Moi, j'ai écrit un bouquin dans lequel j'explique que c'est une crise énergétique.
02:12C'est-à-dire que si vous regardez la décélération des flux physiques aux Etats-Unis,
02:16elle a précédé 2008 et s'est venue tamponner une dette qui n'a pas arrêté d'augmenter depuis les
02:22chocs pétroliers,
02:23qui est une autre décélération des flux physiques.
02:26Donc c'est juste ça. C'est un coup de pied par Mienne dans une dette qui n'arrête pas
02:31de s'accroître depuis que j'ai l'âge de raison.
02:32Ça fait le nombre de ministres des Finances qui ont dit qu'ils allaient diminuer la dette.
02:39Voilà, le maire va le faire, absolument, quand il aura fini son troisième roman.
02:43Et donc, on est dans un monde dans lequel c'est une contrainte physique dure qui va s'appliquer à
02:53nous.
02:53Il faut quand même rappeliquer que le XXe siècle, c'est le pétrole.
02:55C'est-à-dire que s'il n'y avait pas eu le pétrole sur Terre, il n'y aurait
02:56pas eu le XXe siècle.
02:57On ne serait pas dans cette salle en train de discuter.
03:00Donc la voiture balai qui va nous rattraper de toute façon, c'est la diminution subie des combustibles fossiles
03:07qui, incidemment, en Europe, est à l'œuvre depuis 1950 et quelque chose pour le charbon,
03:122007 pour le pétrole et 2005 pour le gaz, en gros.
03:16Et c'est du subi, tout ça. Ce n'est pas du tout de la politique climatique.
03:19C'est juste que localement, mondialement ou régionalement, il n'y en a plus assez pour qu'on puisse en
03:24avoir de plus en plus.
03:24Et on en a de moins en moins.
03:26Alors, évidemment, vous, dans cette salle, vous ne vous en rendez pas compte parce que votre terrain de jeu est
03:29mondial.
03:31Il a beau être basé à Paris, la finance, c'est mondial.
03:34Donc, en fait, votre sujet, c'est la disponibilité des combustibles fossiles mondiales.
03:39D'accord ?
03:39Donc, effectivement, celle-là n'est pas un problème pour le moment.
03:43Mais la personne qui va venir faire le ménage ici demain matin,
03:46elle, son problème, c'est la disponibilité régionale et locale des combustibles fossiles.
03:50Et là-dessus, on a déjà un stress.
03:52Voilà. Donc, j'insiste beaucoup sur le fait qu'on met aujourd'hui dans l'ESG
03:55des choses dont on pense que ça relève essentiellement de notre libre-arbitre,
03:59alors que moi, je soutiens, et c'est ça le métier qu'on essaye de faire,
04:02que c'est essentiellement des indicateurs avancés de contraintes physiques
04:05qu'on va avoir demain de toute façon.
04:07Et que la bonne question, c'est de savoir si la façon dont une activité est aujourd'hui organisée,
04:12comme elle est organisée sur le plan économique,
04:14ça passe à travers les mailles du filet ou ça ne passe pas à travers les mailles du filet.
04:17Ça, c'est la version risque.
04:19Et par ailleurs, est-ce que cette activité est vue comme étant socialement utile,
04:23ce qui est une façon de passer à travers les mailles du filet,
04:25c'est-à-dire est-ce qu'elle est contributive ou pas à une réorientation de l'économie
04:29entre guillemets dans la bonne direction,
04:30c'est-à-dire une économie qui s'éloigne des limites physiques.
04:33Et ça, c'est plutôt la vision impact, on va dire.
04:36Et ces deux visions-là, ça n'est rien d'autre que de l'analyse stratégique pour moi.
04:39Ce n'est pas du tout un « nice to have » à mettre dans un coin.
04:41C'est bien ça mon point.
04:43Et aujourd'hui, on est encore beaucoup trop près de la commodité
04:47qu'on achète pour se débarrasser d'un truc qu'il faut absolument faire,
04:50et encore trop trop loin de l'analyse stratégique
04:53qui est le truc qu'il faut faire à partir de ces contraintes-là.
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