00:00La crise écologique nous oblige à repenser en profondeur nos systèmes économiques.
00:04Et dans cette optique, votre think tank, le Shift Project, a publié l'année dernière un plan de transformation de l'économie française.
00:12Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi consiste ce plan et est-ce qu'il est selon vous applicable tel quel en France aujourd'hui ?
00:21Le plan de transformation de l'économie française est une tentative de faire de l'économie sans économie.
00:25Ou plus exactement, c'est une tentative de faire de l'économie sans euros.
00:30Quand on regarde ce qu'est le système économique vu sous un angle physique, en fait, c'est des flux.
00:40Des flux de transformation qu'on peut compter pour partie en euros et qu'on peut compter en énergie.
00:45Par exemple, transformer du minerai de fer en fourchette, c'est un flux de transformation.
00:50Déplacer la fourchette de l'usine où elle a été fabriquée jusqu'à un magasin, on va pouvoir l'acheter.
00:53C'est un flux de transformation. Enfin, c'est d'un flux, on va dire.
00:56Et donc, on peut voir l'économie comme un système de flux.
00:59Ces flux sont essentiellement créés par des machines.
01:02En l'occurrence, l'acier, il est fait dans un roue fourneau, qui est une machine.
01:05Ensuite, il est laminé, il est découpé, etc. par des machines.
01:09Et ces machines sont pilotées par des individus qui ont ce qu'on appelle un travail.
01:12Donc, dans le plan de transformation de l'économie française, on s'est dit, on va mettre une contrainte à cet ensemble de flux.
01:19La contrainte, c'est de diviser les émissions de gaz à effet de serre, enfin de diminuer directement de 5% par an.
01:24Et initialement, on s'était dit, ce plan, on voudrait le publier au moment des élections présidentielles et en donnant les orientations qui permettraient qu'à la fin du mandat,
01:34les émissions françaises aient baissé de 25%, puisque 5% par an, alors ça ne fait pas tout à fait moins 25%, ça fait moins 23, je ne sais plus quoi.
01:41Enfin bon, bref, j'arrondis à 25, de telle sorte qu'on soit en phase avec ce qu'il faudrait faire à l'échelle planétaire, c'est-à-dire une baisse de 5% par an,
01:52si on veut maintenir le réchauffement climatique sous 2 degrés.
01:552 degrés où on n'a pas, pardonnez-moi cette expression, le cul sorti des ronces, parce que c'est quand même un réchauffement climatique où on a tué tous les coraux
02:01et où la moitié de la forêt française meurt.
02:04Donc 2 degrés, ce n'est quand même pas un truc complètement anodeur.
02:06Mais c'est ça qu'on a eu en ligne de mire, moins 5% par an, et donc on a regardé dans un monde dans lequel on faisait moins 5%,
02:17enfin dans une France exactement, où on faisait moins 5% par an d'émissions, qu'est-ce qu'on pouvait continuer à faire rouler comme voiture et alimenter comment ?
02:23Qu'est-ce qu'on pouvait continuer à avoir comme logement et chauffer comment ? Isoler comment ?
02:27Qu'est-ce qu'on pouvait continuer à acheter comme objet ? Parce qu'on n'achètera peut-être pas autant de tupperware et de fourchettes dans ce monde-là.
02:32Qu'est-ce qu'on pouvait avoir comme service de santé, de bâtiments publics, etc.
02:40Donc voilà, on s'est posé cette question-là.
02:42Et combien il fallait de gens, avant et après, pour faire fonctionner l'ensemble ?
02:47Donc on a regardé, on a parlé de litres, on a parlé de tonnes, on a parlé de mètres carrés, on a parlé de kilowattheures, on a parlé d'emplois, et on n'a pas parlé d'euros.
02:57Alors il y a quand même un chapitre finance, mais en fait le chapitre finance, il n'est pas le financement de la transition, il est plutôt la transformation du secteur financier lui-même.
03:04C'est plutôt ça le sujet.
03:06Voilà en gros ce qu'est le plan de transformation de l'économie française.
03:10Alors est-ce qu'il est applicable tel quel ? Non.
03:13Son esprit est applicable tel quel, au sens où se dire, je mets d'abord la physique et ensuite je regarde quelle place l'économie peut occuper là-dedans, ça c'est applicable tout de suite.
03:21Par contre, on n'a pas en 1500 pages, parce qu'on a couvert 15 secteurs à raison de 100 à 200 pages de rapport par secteur, et entre 1500 et 3000 pages,
03:28on n'a quand même pas décrit la totalité de ce qu'il fallait faire partout et tout le temps.
03:33Mais on a, on l'espère, mis en place une méthode, quelque chose qui peut servir à cadrer l'action.
03:40Et l'élément majeur, j'ai envie de dire, de ce plan de transformation de l'économie française, c'est qu'à chaque fois que vous ferez un business plan dans cette école,
03:47la première chose qu'il faut regarder, c'est est-ce que ça passe la rampe sur les émissions, et ensuite seulement, vous regardez si vous gagnez plus ou moins d'argent qu'avant.
03:54Voilà, c'est ça la philosophie générale, et c'est, je dirais, transposé à vos cours, c'est ça que ça voudrait dire.
04:02Oui, et donc est-ce que vous pensez qu'il y aurait un mix énergétique idéal dans une économie décarbonée ?
04:11Non. Question suivante.
04:16Il n'y a pas de mix énergétique idéal pour l'excellente raison que, d'abord il n'y a pas de monde idéal, malheureusement,
04:24et ensuite, même quand on est rentré à la chaussée, il n'y a pas de monde idéal,
04:28et ensuite, chaque énergie a ses avantages et ses inconvénients.
04:33Dans un monde dans lequel on serait 5 millions d'habitants, le mix énergétique idéal, ça ne serait que du pétrole.
04:38Ça ne poserait strictement aucun problème, on en aurait pour des milliers d'années, on n'aurait pas de problème de changement climatique, etc.
04:43Dans un monde à 8 milliards d'habitants, il n'y a aucun mix idéal si on consomme 2 tonnes équivalent au pétrole par personne et par an, ce qui est le cas actuellement.
04:52Donc, c'est très difficile de répondre à cette question, parce que ce n'est pas juste une affaire de proportion entre différentes énergies,
04:58et il y a un certain nombre d'options possibles quand on regarde le problème.
05:05Il y a quelque chose que je dis souvent à mes étudiants.
05:06Mes étudiants sont rentrés aux mines dans un endroit où on fait moins de matière, j'ai envie de dire littéraire et d'économie,
05:12et plus de maths et de physique, mais je vais quand même vous le dire pour la partie maths que vous avez faite pour rentrer ici.
05:17Dans une partie des exercices qu'on vous donne en science, c'est des exercices dans lesquels toute l'information est dans l'énoncé,
05:25même si elle est bien planquée, parce que c'est comme ça qu'on sélectionne les bons,
05:28et c'est des exercices qui sont en général univoques.
05:31C'est-à-dire que dans les exercices scientifiques, il n'y a qu'une seule solution, quand on donne un problème de maths, il n'y a qu'une seule bonne réponse, et il n'y a pas 36.
05:37Les problèmes de la vie courante, c'est que des problèmes posés de travers, où toute l'information n'est pas là, et qu'il y a de bêtes plein de solutions différentes.
05:42Et le mix énergétique, ça en fait partie.
05:44C'est-à-dire que tout dépend, par exemple, est-ce que le mix énergétique idéal n'est pas le même,
05:50selon que tout le monde veut rouler dans une voiture d'une tonne et demie, même électrique,
05:54ou que l'essentiel de la population se contentera de vélos et de vélos-cargos,
05:58et qu'on aura quelques véhicules utilitaires électriques ?
06:00Selon la réponse que vous allez me faire pour ça, moi, je ne vous donnerai pas la même composition,
06:05le même appareil de production comme étant optimum pour répondre à cette envie.
06:11Ce qui est sûr, c'est que dans le plan de transformation de l'économie française, on donne des grandes directions.
06:17Dans les grandes directions, on dit qu'on va devoir se passer de pétrole, de gaz et de charbon, ça c'est sûr.
06:22On va se voir s'en passer rapidement, si on veut préserver le climat, un peu plus lentement,
06:26mais de toute façon de force, même si on ne veut pas à cause de la diminution géologique,
06:30enfin de la dépression géologique des gisements de pétrole et de gaz, et de charbon en Europe, du reste.
06:36Et pour le reste, il y a des questions qui restent sans réponse aujourd'hui,
06:42et il y en a une que je vais vous livrer.
06:44Aujourd'hui, quand vous utilisez des dispositifs utilisant de l'énergie diffuse, du vent ou du soleil,
06:50pour produire de l'électricité, donc typiquement des panneaux solaires ou des éoliennes,
06:53vous avez besoin de plusieurs dizaines de fois, entre 10 et 30 fois, ça dépend du métal que vous regardez,
07:00plus de métal que si vous utilisez des modes qu'on appelle concentrés, du charbon, du gaz, du nucléaire.
07:06Il se trouve qu'en France, nous n'avons plus de mine métallique.
07:09On n'a pas une mine de fer, on n'a plus une mine de bauxite,
07:13on n'a pas une mine de cuivre, on n'a pas une mine d'étain, on n'a pas une mine de plomb,
07:15on n'a pas une mine de nickel, on n'a pas une mine de lithium, on pourrait en avoir,
07:18mais bon, donc on n'a à peu près rien.
07:20Question, dans un monde démondialisé, c'est-à-dire sans navire de commerce et sans camion,
07:25et dans un monde sans pétrole, c'est-à-dire sans chimie organique,
07:28comment est-ce que je fabrique à Tiers-Larigo des éoliennes et des panneaux solaires ?
07:30Voilà typiquement une question, aujourd'hui, personne n'a la réponse.
07:34Donc, il y a des scénarios qui sont proposés,
07:37en fait, même ces scénarios qui ont l'air idéaux,
07:39ils butent sur des limites qui, aujourd'hui, sont mal investiguées.
07:44Donc, ça, c'était le long développement, la réponse courte, c'est non.
07:48Et, par contre, la réponse un peu plus longue, c'est,
07:52il y a des choix qui sont meilleurs que d'autres,
07:54et ça doit être contextualisé.
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