00:00Comme on l'a vécu dans les années 80 où il y a eu un retour en arrière par rapport aux années 70 où il y avait un véritable élan pour transformer la société de façon plus écologique,
00:10là on est en train de vivre la même chose. Et il y a eu une alliance de circonstances entre un certain nombre de multinationales, notamment américaines, notamment pétrolières,
00:19et des forces politiques plutôt conservatrices, plutôt à l'extrême droite, qui aujourd'hui dénigrent les écologistes.
00:32On le voit avec Donald Trump, font même du climato-scepticisme de façon totalement décomplexée.
00:37À la tribune des Nations Unies.
00:38À la tribune des Nations Unies en disant que le changement climatique n'existe pas, c'est un canular inventé par les Chinois.
00:49Il y a un contexte politique mondial aujourd'hui qui est extrêmement tendu avec la réélection récente de Donald Trump.
00:58Et on l'a vu, son retrait quasiment immédiat des accords de Paris.
01:03Beaucoup s'inquiètent aujourd'hui des répercussions sur les efforts climatiques globaux.
01:08Comment est-ce que les différents pays, les différentes nations vont se comporter après ça ?
01:14On a vu une réaction chinoise, par exemple, qui décidait d'aller plutôt dans le sens opposé.
01:20Vous, en tant qu'expert aujourd'hui, comment est-ce que vous traversez cette phase ?
01:24Et comment vous vivez ces aléas politiques qui peuvent avoir un impact aujourd'hui sur cette vision de ce que doit être la transition ?
01:33Oui, la question commence... C'est dur de démarrer avec cette question-là.
01:38Bon, moi, restons humbles.
01:40Moi, personne ne m'appelle pour me poser la question et me demander qu'est-ce qu'il faut faire avec Donald Trump.
01:44Donc, je ne vois ça que comme un simple citoyen.
01:47Donc, évidemment, je suis un peu effaré.
01:50Et puis, on voit qu'on n'est pas au bout de nos surprises avec ce pays protéiforme que sont les États-Unis.
01:58Ce qui m'inquiète presque le plus, c'est de me dire qu'on a quand même souvent tendance à suivre la voie des États-Unis.
02:05Et donc, ça donne quoi, en fait, en équivalent européen ?
02:07C'est quoi le gouvernement dans cinq ans de la France ?
02:11Si on projette un peu le truc, c'est Cyril Hanouna, la Défense, je ne sais pas, enfin, des trucs un peu bizarres.
02:17Donc, si vraiment on est sur l'aspect purement climatique, en fait, bon, moi, je m'inquiète plus de la question vraiment géopolitique, évidemment, au sens large.
02:26On voit bien que tout ça est très... Enfin, voilà, il y a une stratégie d'annonce un petit peu qui est faite tous les jours.
02:33Je crois qu'il y a une stratégie, c'est trois annonces. Il y en a une qui est récupérée par les médias.
02:36Puis après, bon, moi, j'ai l'impression que ça va... Voilà, de toute façon, c'est un pays fédéral.
02:42Ça ne fonctionne pas exactement juste avec la parole présidentielle.
02:44Moi, je n'ai pas vu de grandes, grandes différences dans l'évolution des États-Unis sur l'aller-retour, le dernier aller-retour sur l'entrée-sortie de l'accord climatique.
02:54Mais évidemment, il faut continuer les efforts diplomatiques. Il n'y a pas de souci.
02:58Mais aujourd'hui, effectivement, la question écologique, elle a tendance, pour plein de raisons et à plein d'endroits, à repartir au second plan,
03:05soit pour des questions de crise économique ou de crise économique larvée ou non dite.
03:11C'est le cas, je ne sais pas, en Allemagne, c'est le cas en Chine.
03:14Ou alors, effectivement, d'un peu de populisme avétéré. C'est le cas aux États-Unis.
03:19Nous, on est un peu entre les deux. Mais bon, en ce moment, on ne peut pas dire non plus qu'on soit à la fête en France.
03:24Donc voilà, je regarde ça un peu comme un observateur atterré.
03:29Mais presque comme je regarderais une série, en fait, en disant la réalité dépasse toujours la fiction.
03:33C'est un peu incroyable. Voilà. Voyons ce qui va se passer.
03:35On n'est pas au bout de l'aventure. Donc, il va falloir faire preuve de ténacité et de sang-froid.
03:40Parce qu'on le voit pendant la campagne, en fait, il en arrive à pouvoir dire des choses qui sont du niveau...
03:46Voilà. Le climat, aujourd'hui, est l'affaire de quelques fous au fond d'une grotte.
03:52Donc après, c'est effectivement comment est-ce qu'on lutte contre cette parole qui est aujourd'hui, en plus, avec les réseaux sociaux et avec tous les canaux de communication moderne,
04:00apprend très, très vite de l'ampleur et de la vitesse, donc arrive partout.
04:05Et c'est vrai qu'il y a cette question de comment est-ce qu'on lutte contre ce discours-là et comment est-ce que derrière, il faut faire encore plus de travail.
04:12Comme pour débunker les arguments des climato-sceptiques, c'est derrière, qu'est-ce que je mets en œuvre pour faire en sorte que les gens autour de moi se disent qu'il y a une alternative,
04:21il y a une autre pensée, il y a d'autres réalités. Et c'est ça contre...
04:27Oui, moi, je me dis qu'il faut... De toute façon, il faut faire société avec tout le monde, avec l'ensemble des personnes. Il faut faire monde avec Trump et puis tous les...
04:38Je n'en sais rien, les fous de Dieu, où qu'il soit. Donc pour moi, il faut quand même se poser la question, effectivement, du discours autour de cette question du changement climatique.
04:48D'abord, c'est vrai que c'est toujours... Enfin, pas toujours, mais c'est quand même très focalisé sur la question climatique.
04:53On n'a pas qu'une question de climat. Il y a une question de pollution généralisée, il y a une question d'eau, il y a une question de rythme de vie, il y a une question de ressources,
05:00il y a une question, évidemment, d'effondrement du vivant. Et donc, on voit dans le traitement médiatique, voilà, maintenant, quel que soit l'événement,
05:07on vient nous faire trois ou quatre articles pour nous expliquer qu'ah bah oui, c'est le changement climatique qui...
05:12Ah bah oui, forcément, il y a un incendie, donc c'est le changement climatique. Il y a... Je simplifie, mais je sais bien que le discours précis,
05:19c'est de dire que ça augmente l'occurrence, etc., les probabilités d'inondation et tout, mais on voit bien qu'il y a toute une...
05:26Enfin, il y a une grande partie de la population que ça finit par saouler, quoi, en fait.
05:30Donc, ce qu'il faut... Enfin, je pense qu'il faut qu'on se pose quand même cette question-là, de dire, c'est quoi la promesse, c'est quoi le récit ?
05:36Enfin, Trump, il est un peu ma boule, mais de fait, il a un récit, quoi.
05:39Donc, c'est quoi le récit, effectivement, de la transition ? Et c'est pas juste de dire, ah, génial, on a limité 1,8 degré au lieu de 2,3 degrés,
05:48de toute façon, personne ne comprend rien, pour les générations futures du 22e siècle qui nous remercieront, quoi.
05:53Donc, il faut trouver...
05:53Comment est-ce qu'on rend palpable, en fait ?
05:55Exactement, et que tout ça devient multicritère. C'est-à-dire que le fait, effectivement, de ne pas se balader en voiture ou avec une voiture plus petite, etc.,
06:03d'abord, je ne suis pas sur la bande d'arrêt d'urgence avec des SUV qui me doublent en étant le seul couillon à vélo sous la pluie,
06:10mais qu'il y a des co-bénéfices, il y a des questions de santé, il y a des questions de prévention.
06:16Il faut aller chercher la question du plein emploi, la question de la relocalisation, les circuits courts, tout ça, ça refait société aussi.
06:23Et il faut aller chercher tous ces autres ressorts-là. Alors, c'est compliqué parce que c'est un peu systémique, souvent, comme j'aime bien dire.
06:28Mais si on est juste sur un monoclétaire en disant, oui, oui, il faut sauver le climat, donc, voilà, et on arrose un peu de subventions d'un côté
06:34et quelques interdictions de l'autre qui sont, de fait, mal comprises ou inacceptables aujourd'hui, le 110 km heure et quelques autres trucs
06:42qui, aujourd'hui, glacent à peu près tout le personnel politique, eh bien, on ne va pas y arriver, quoi.
06:47Donc, il faut effectivement, sans doute, construire un peu un récit un peu plus appétissant que juste un récit défensif, quoi.
06:53Je voudrais qu'on parle du rôle des États et peut-être des États-Unis pour commencer.
06:57Alors, ce n'est pas la première fois. Donald Trump, numéro un, s'était déjà retiré des accords de Paris.
07:02Qu'est-ce que ça change pour vous, Cyril Dion ? Est-ce qu'on doit s'arrêter à ça ou se dire, bon, ok, ils ne sont plus là, on fait avec ?
07:08En fait, le problème, ce n'est pas seulement les États-Unis.
07:10C'est qu'aujourd'hui, il y a un mouvement mondial. On parle de backlash écologique.
07:15Il y a notamment, je vous invite à regarder un ouvrage passionnant qui est paru au Seuil qui s'appelle Green Backlash.
07:19Donc, c'est une quarantaine de chercheurs et de chercheuses, dont des climatologues comme Valérie Masson-Delmotte,
07:23qui expliquent que, comme on l'a vécu dans les années 80, où il y a eu un retour en arrière par rapport aux années 70,
07:31où il y avait un véritable élan pour transformer la société de façon plus écologique,
07:36là, on est en train de vivre la même chose.
07:37Et il y a eu une alliance de circonstances entre un certain nombre de multinationales, notamment américaines, notamment pétrolières,
07:46et des forces politiques plutôt conservatrices, plutôt à l'extrême droite,
07:51qui, aujourd'hui, dénigrent les écologistes.
07:58On le voit avec Donald Trump, font même du climato-scepticisme de façon totalement décomplexée.
08:02– À la tribune des Nations Unies.
08:04– À la tribune des Nations Unies, en disant que le changement climatique n'existe pas,
08:07c'est un canular inventé par les Chinois,
08:10et infiltrent les médias de façon extrêmement puissante,
08:14de façon à semer le doute à nouveau sur la réalité du phénomène.
08:18Et semer le doute, c'est vraiment la meilleure stratégie pour empêcher l'action politique,
08:23puisque si vous n'êtes pas capables de vous entendre sur la réalité du problème,
08:26vous n'êtes pas capables de vous entendre sur les solutions.
08:28– Et ce mouvement-là, qui est très, très manifeste aux États-Unis,
08:33il existe maintenant chez nous.
08:34On n'a qu'à regarder ce qui est en train de se passer au Parlement européen,
08:38où en fait, il y a toute une vague, là, de lois par paquet législatif,
08:43on appelle ça des omnibus, qui sont en train d'être votés,
08:46avec l'objectif de simplifier la législation européenne,
08:49pour l'harmoniser avec la législation américaine,
08:52et donc, en réalité, d'affaiblir toutes les normes environnementales qu'on avait.
08:55– Et vraiment dans un recul en arrière sur le pacte vert.
08:57– C'est porté par une alliance de la droite et de l'extrême droite
08:59au Parlement européen, qui est a priori influencée par les États-Unis.
09:03Je finis avec ça, mais Diapart a révélé, il y a quelques jours,
09:06qu'un cabinet d'influence publique américain,
09:09qui travaille notamment pour des grandes compagnies pétrolières,
09:11Chevron, Exxon, mais aussi Total en France,
09:14avait largement contribué à influencer ce vote au Parlement européen.
09:19Ça devrait beaucoup nous inquiéter.
09:21– Sous-titrage ST' 501
09:33– Sous-titrage ST' 501
Commentaires