Dans cette vidéo issue de la chaîne Sphères Magazine, Jean Marc Jancovici, ingénieur, expert énergie climat et président du Shift Project, échange avec Salomé Saqué, journaliste engagée passée par France 24 et figure médiatique des questions écologiques. Il analyse l’évolution du débat sur le nucléaire en Europe depuis la guerre en Ukraine, la fin progressive des polémiques idéologiques, le rôle des médias dans la polarisation du sujet et le basculement vers une approche plus pragmatique de l’énergie. Jancovici évoque aussi les conséquences sociales des vingt années d’hésitation énergétique, la perception du nucléaire chez les jeunes et la manière dont ce thème a longtemps servi de diversion au sein du débat écologique plus large.
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Réponses au quiz de fin : /!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement /!\
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À quel événement Jean Marc Jancovici attribue-t-il principalement cette hausse de l’adhésion au nucléaire en Europe ? ➡ La guerre en Ukraine.
Quelle durée d’hésitation énergétique Jancovici estime-t-il perdue ? ➡ 20 ans.
Quel sujet écologique unique a dominé le débat présidentiel selon Jancovici ? ➡ L’énergie.
00:00Comme c'est une industrie à cycle très très lent, les 20 ans d'hésitation qu'on a eues, on ne les rattrapera pas.
00:05Ce qui veut dire qu'on va en payer partiellement le prix, ça va être plus dur de renouveler le parc à cause de ça.
00:12Et comme l'énergie c'est l'accès au confort social, quelque part, ça veut dire qu'on va en payer le prix.
00:18On va en payer un prix sur le plan social.
00:21Pas au niveau du prix de l'électricité, au niveau de la quantité de biens et de services dont les gens pourront disposer.
00:25Au niveau de la quantité de mètres carrés qu'on pourra chauffer, de la quantité de bagnoles qui pourront circuler, etc.
00:29On va en payer le prix.
00:30Et comme aurait dit le petit gibus, il ne fallait pas y aller.
00:33Et là maintenant, on y a été, ça va avoir une conséquence et il faudra la gérer.
00:45Quand vous regardez l'adhésion des Européens au nucléaire, derrière le début de la guerre en Ukraine, ça a pris 10 à 20 points dans tous les pays européens.
00:52Y compris tout un tas de pays où je suis un sombre inconnu, donc je suis sûr que je ne suis absolument pour rien.
00:56Donc ça on le doit vraiment à Poutine.
00:57Et de fait, une bonne partie des médias qui étaient, on va dire, de sensibilité de gauche, qui avaient quand même, qui aimaient bien quand même tapé un grand coup sur le nucléaire, ont complètement arrêté de le faire.
01:10Le monde ne sort plus de trucs anti-nucléaires, libération non plus.
01:13Ils ont même sorti un article il n'y a pas longtemps en disant en fait c'est maintenant devenu un peu un combat du passé.
01:16Voilà, on peut se demander et en fait, le papier était sur la BD que j'ai faite avec Christophe Lain, dans lequel on a mis 20 pages sur la question et je pense qu'on la referait aujourd'hui, j'en mettrais 5.
01:27Voilà, parce qu'en fait, je pense que le truc est pour partie derrière nous.
01:31Aujourd'hui, on est tombé dans des problèmes pratiques.
01:33Est-ce qu'on a les gens pour faire ? Est-ce que c'est mieux de faire ça plutôt que des éoliennes ?
01:38On n'est plus vraiment, alors il y a toujours un noyau d'irréductible, puisqu'on est en Gaule, d'un côté comme de l'autre, du côté pro comme du côté anti, mais globalement, il y a une fraction plus importante de la population qui dit, soyons pragmatiques, on prend l'un et l'autre dans des proportions qui dépendent des gens qu'on a, des emplacements qu'on a, du fait qu'on préfère les chauves-souris ou qu'on préfère échauffer les rivières.
01:56Enfin voilà, on regarde tout ça et on discute de façon un peu pratique.
02:01Moi, c'est le sentiment que j'ai aujourd'hui et alors que les médias venaient essentiellement me chercher là-dessus jusqu'à il y a deux ans, là maintenant, ils viennent essentiellement plus me poser la moindre question sur le sujet.
02:12Donc j'interprète aussi ça comme le fait que ça intéresse moins de monde, c'est moins devenu un sujet pour monter sur la table et s'envoyer des noms d'oiseaux à la figure.
02:19Alors maintenant, est-ce que ça veut dire qu'on appuie sur le bouton reset et c'est comme s'il ne s'était rien passé ?
02:24Non, parce que comme c'est une industrie à cycle très très lent, les 20 ans d'hésitation qu'on a eues, on ne les rattrapera pas.
02:31Ce qui veut dire qu'on va en payer partiellement le prix, ça va être plus dur de renouveler le parc à cause de ça et comme l'énergie c'est l'accès au confort social quelque part, ça veut dire qu'on va en payer le prix, on va en payer un prix sur le plan social.
02:46Voilà, pas au niveau du prix de l'électricité, au niveau de la quantité de biens et de services dont les gens pourront disposer.
02:51Au niveau de la quantité de mètres carrés qu'on pourra chauffer, de la quantité de bagnoles qui pourront circuler, etc.
02:55On va en payer le prix.
02:55Et comme aurait dit le petit Jibus, il ne fallait pas y aller.
02:58Et là maintenant, on y a été, ça va avoir une conséquence et il faudra la gérer.
03:03Je voudrais commenter d'abord le chiffre, vous auriez fait le même sondage deux ou trois ans avant, c'est pas sûr qu'il y aurait eu une majorité de jeunes pour.
03:18Donc déjà, moi je suis étonné par le fait que c'est beaucoup pour moi dans cette tranche d'âge.
03:22Alors après, la manière dont je peux essayer d'interpréter ça.
03:25Quand vous êtes écolo, en gros, une des choses qui vous vient à l'esprit, c'est un des revers de la médaille à la technique triomphante.
03:33Les problèmes d'environnement, c'est parce qu'on s'est mis à avoir des bagnoles, des centrales électriques, etc.
03:38Et à une époque où vous n'avez pas encore nécessairement les informations techniques, du reste, Salomé l'a dit tout à l'heure,
03:43on vient par l'affect avant de commencer à regarder les trucs dans le détail, techniquement.
03:48Vous mettez tout dans le même panier et donc les centrales nucléaires, vous êtes pro-environnement et pouf, les centrales nucléaires passent dans l'eau.
03:55Je veux dire, ce qui peut faire sens.
03:58À partir du moment où vous avez une entrée très climat, vous commencez à faire le tri, alors ça c'est bon pour le climat, ça c'est moins bon pour le climat, etc.
04:04Vous avez un autre prisme.
04:05Et comme je l'ai dit tout à l'heure, moi je suis venu à l'environnement alors que j'avais déjà beaucoup plus d'années que d'être jeune.
04:13Et j'y suis venu par curiosité intellectuelle.
04:15Donc en fait je m'intéressais d'abord aux faits et aux chiffres avant de commencer à en faire un sujet de comportement humain
04:22et de m'intéresser à la partie beaucoup plus émotionnelle, affective, psychologique de l'affaire, sociologique de l'affaire.
04:27Ce rejet un peu plus marqué, sans être extrêmement fort, des jeunes pour le nucléaire, moi je l'interprète comme ça.
04:34C'est que ça rentre dans, en gros je m'oppose au vieux con technophile qui m'explique qu'il n'y a pas de problème.
04:40Il y a aussi probablement un fait générationnel qui rentre là-dedans.
04:44Moi si je peux rebondir sur la question du nucléaire, je pense que tous ces jeunes ne sont pas forcément informés en fait sur exactement
04:50quels sont les tenants et les aboutissants de ce qu'est le nucléaire.
04:54Et le nucléaire c'est une, pour moi ça a été longtemps, et c'est encore un objet de diversion, parce que ça divise,
05:00et ça arrange beaucoup que ça divise.
05:01D'ailleurs c'était le seul moment pendant le débat présidentiel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen où on a parlé d'écologie, on n'a parlé que d'énergie.
05:07Comme si c'était le seul sujet de l'écologie, alors que c'est effectivement un sujet important, parmi de très nombreux autres,
05:13où il faut faire des choix, où il faut qu'on arrive à décider collectivement de comment on arrive à faire ça ou ça.
05:19Mais vous n'entendez pas les mêmes débats, avec en tout cas ce niveau de tension sur les types de bateaux,
05:26les chalutiers qui vont faire de la surpêche, qui a des conséquences extrêmement néfastes pour nous toutes et tous.
05:31Et bien sûr qu'il faut avoir des débats là-dessus, mais pendant peut-être plusieurs années,
05:36on a complètement catalysé toute la question écologique qui est très large, on rappelle quand même,
05:40neuf limites planétaires, le climat est une d'entre elles, avec énormément de domaines auxquels on doit s'intéresser.
05:46On avait réduit ça à la question uniquement du nucléaire, alors que c'est une parmi d'autres.
05:51Et je pense que quand on s'exprime dessus, évidemment il faut essayer de connaître le sujet,
05:56et c'est un sujet qui est quand même extrêmement complexe.
05:59Si je peux me permettre, les médias ont une responsabilité là-dedans.
06:02Parce que moi, encore une fois, pendant de très nombreuses années, je m'intéressais au climat, au pétrole,
06:08aux conséquences du changement climatique et au nucléaire, et on venait me chercher que là-dessus.
06:13Et pour moi, ça fait quand même partie des stratégies.
06:14Parce que ça fait partie des sujets qui font le buzz.
06:16Quand on voit des gens s'empailler, ça fait le buzz.
06:19Et une anecdote parmi d'autres, la première fois que je suis passé à la matinale de France Culture,
06:25invité par M. Guillaume Erner à l'époque,
06:28quand Saraychev m'a contacté en disant ce que voulait passer, je disais bien volontiers,
06:32mais je ne veux pas parler que de nucléaire.
06:35Ça me saoule, donc je veux bien, mais vous ne me posez pas de questions sur le nucléaire,
06:38plus de 20% ou 25% du temps d'antenne, parce que sinon, je trouverais ça désagréable.
06:42Et Erner, 30 secondes avant de prendre l'antenne, me regarde avec un petit sourire narquois
06:46et me fait « Alors, je vous préviens, la première question que je vais vous poser,
06:48c'est pourquoi vous ne voulez pas parler de nucléaire ? »
06:52Bon, et là-dessus, je suis rentré en mode grognon que je n'ai pas quitté.
06:54Et ils organisaient aussi délibérément une partie des journalistes.
06:58Je ne vais pas dire la polémique, mais parce que les trucs clivants qui tiennent en peu de temps,
07:04on est pour, on est contre, c'est blanc, c'est noir, etc.
07:06C'est quand même des formats qu'ils aiment bien.
07:09En tout cas, sur beaucoup de questions écologiques, c'est plus compliqué que pour vous.
07:12Et ça a beaucoup changé, incidemment, avec les formats longs diffusés sur les réseaux sociaux.
07:17Parce que le format court, quand on a quelques minutes à la radio,
07:20quelques minutes sur un plateau de télé, etc., ça pousse à la radicalité, fatalement.
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