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Albert Moukheiber est un psychologue et neuroscientifique. Il tient régulièrement des conférences pour nous apprendre le fonctionnement du cerveau et comment il est possible de tomber dans des biais cognitifs. Ces biais peuvent être de vraies armes contre nous-mêmes.

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Sources
Moukheiber https://www.youtube.com/watch?v=DgtbyX68N0c
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Qu'est-ce qu'un biais cognitif ?
C'est une heuristique (approximation faite par le cerveau) qui ne fonctionne pas dans certains contextes.

Qu’est-ce que la conformité informationnelle ?
Reconnaître qu'une personne a des infos de meilleure qualité et s'y conformer.

Quel est le biais présenté par l’exemple de la pandémie ?
Le biais de la prise de risque.

#moukheiber #psychologie #biais #politique #marketing #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:08Les biais cognitifs, c'est une sorte d'heuristique qui, dans des circonstances très particulières,
00:13ne marchent pas super bien. On a déjà identifié pas mal de biais, à peu près 200, et on peut
00:22parler de certains, on a par exemple les stéréotypes, on a le biais d'optimisme, l'effet de valeur,
00:26et encore une fois, les biais sont tout le temps contextuels, c'est-à-dire les biais, c'est une
00:29sorte de moyen d'organiser le réel pour une sorte de but.
00:33Donc c'est des heuristiques, mais qui, dans un contexte particulier, ne marchent pas très bien.
00:36Par exemple, si je prends le biais d'optimisme, être optimiste, c'est quoi ? Être optimiste, c'est réduire
00:41l'ambiguïté du futur,
00:42si on utilise le lexique qu'on a développé ensemble ce soir, être optimiste, c'est utiliser, réduire l'ambiguïté
00:48du futur en se disant ça va bien se passer.
00:50C'est juste ça, c'est avoir une prédiction du futur positive. Mais, imaginez que vous prenez quelqu'un d
00:55'optimiste,
00:56et vous l'emmenez au casino, dans un contexte très particulier.
01:00Si vous prenez un optimiste au casino, il risque de tomber dans ce qu'on appelle le biais d'optimisme.
01:04Il va jouer, il va perdre. Il est optimiste, donc il va se dire, au prochain coup, je vais sûrement
01:09gagner.
01:10Il va rejouer, il va reperdre, il va rejouer, il va reperdre, il va rejouer, il va reperdre,
01:13et son optimisme commence à jouer contre lui, et ça devient un biais d'optimisme.
01:18Le stéréotypage, c'est un peu la même chose. Imaginez que je suis chasseur-cueillard,
01:23je suis en forêt, et je trouve un champignon rouge, et je le mange.
01:26Ça fait mal au ventre.
01:28Ce serait une très bonne heuristique de se dire, à partir de ce moment,
01:30je vais essayer d'éviter les champignons rouges, j'ai déjà mangé plein de champignons gris,
01:33et ça se passait très très bien, et je ne vais pas m'amuser à goûter tous les champignons rouges
01:37qui existent dans la nature, pour m'assurer.
01:40Je vais me dire, à partir de ce moment, je stéréotype, et j'évite les champignons rouges.
01:43Mais, dans un autre contexte, imaginez que moi, un jour, je rencontre une personne
01:47qui a une couleur de peau bleue, et cette personne est hyper antipathique,
01:51et je me dis, à partir de ce moment, je pense que toutes les personnes
01:54qui ont la couleur de peau bleue sont antipathiques.
01:56Dans ce cas-là, ça devient un très gros biais, qui peut sous-tendre des discriminations,
02:00le racisme, et plein de choses qui sont complètement fallacieuses.
02:03Et donc, on a plein de biais, les normes sociales, l'effet de halo, l'aversion à la perte, etc.
02:07Et donc, on va voir quelques biais ensemble.
02:10Je ne sais pas combien de temps il me reste encore, mais...
02:12On va dire qu'il me reste encore 15 minutes.
02:15Pourquoi pas.
02:17Donc, un premier biais qu'on va voir, ça s'appelle le biais d'amorçage.
02:19Par exemple, Colgate, il y a quelques années, on a mis une pub,
02:23une campagne de pub où il y avait une erreur assez drôle.
02:25Est-ce que vous pouvez la voir ? C'est quoi ?
02:29Oui, il y a un truc sur la dent, pour une pub de dentifrice, c'est quand même assez ridicule.
02:33Et ça, ça s'appelle le biais d'amorçage, parce que je les ai amorcés Colgate,
02:36et donc vous avez regardé la dent.
02:37Mais ce n'est pas la dent qui est le problème. Cette main, elle est acquis.
02:44On a une perception qui est limitée, et donc on ne peut pas tout voir.
02:48J'ai dit Colgate, et ça, ça oriente votre perception sur les dents,
02:51et donc vous ne voyez pas la main.
02:54Un autre biais s'appelle le biais de cadrage, et ça, c'est utilisé souvent contre nous,
02:57par les marketeurs, qui sont peut-être probablement les personnes qui utilisent les plus de biais contre nous.
03:02C'est une expérience qui a été faite il y a quelques années dans un cinéma en France et aux
03:06Etats-Unis.
03:07On a mis à la vente un pop-corn et son prix, donc un pop-corn à 3 euros, un
03:12pop-corn à 7 euros,
03:13ou 3 dollars et 7 dollars, ça ne change pas grand-chose.
03:15Et les chercheurs ont remarqué que la majorité des personnes achetaient le pop-corn à 3 euros.
03:19Ils se disaient, un pop-corn à 7 euros, c'est de l'arnaque, c'est en train de foutre
03:23de notre gueule.
03:24On ne va jamais payer 7 euros à un pop-corn.
03:26Et du coup, à peu près 80% de leurs ventes étaient sur les 3 euros.
03:29La semaine d'après, les chercheurs n'ont pas touché à la taille du pop-corn ni à son prix.
03:32Pas touché à la taille du pop-corn ni à son prix, ils ont juste changé comment l'information est
03:36cadrée.
03:37Ils ont rajouté un pop-corn à 6,50.
03:39Et soudainement, ce pop-corn est devenu le petit pop-corn.
03:42Ce pop-corn est devenu le moyen et celui-là est devenu le grand.
03:45Et donc les gens se disaient, on ne va pas acheter le petit pop-corn, le petit pop-corn c
03:48'est pour les nuls.
03:49On va finir le pop-corn avant même que les bandes annonces ne soient terminées,
03:52et après on va passer tout notre film comme des idiotes sans pop-corn.
03:566,50 le pop-corn moyen, autant payer 50 centimes en plus et acheter le grand.
04:00Et à partir de là, il y a eu un déplacement des ventes de 80% ici à à peu
04:04près 60% des ventes étaient sur le grand pop-corn.
04:07Et ça, des fois, ça cause à développer des lois de protection du consommateur.
04:11Par exemple, je ne sais pas si vous avez réalisé, mais il y a quelques années, je ne sais pas,
04:14il y a 5 ou 6 ans,
04:16au supermarché, quelque chose a changé.
04:18Je ne sais pas si vous avez remarqué, est-ce que quelqu'un sait de quoi je parle ?
04:22Le prix, sur les items, oui, soudainement est apparu le prix au kilo.
04:27Et ça, c'était pour réinjecter, pour pallier notre manque de capacité cognitive.
04:33Parce qu'il y avait des marques qui s'amusaient à mettre en grand, en rouge, format familial.
04:37Et donc, notre cerveau faisait l'inférence, la réduction de l'ambiguïté,
04:40en se disant « format familial, ça veut dire format plus économique ».
04:43Mais ces marques le savaient, et du coup, le format familial était plus cher au kilo que le format pas
04:47familial.
04:47Et donc, pour protéger le consommateur de ces sortes de manipulations dues au fait qu'on n'a pas un
04:53sens de calcul instantané,
04:55on a installé, on a rajouté le prix au kilo, et maintenant vous pouvez comparer très facilement,
05:01sans devoir sortir votre calculette ou faire des règles de 3, pour pouvoir décider avec plus d'informations,
05:07et donc réduire ce manque d'informations qui aurait été complété par votre cerveau de manière biaisée,
05:11en étant influencé par le gros ruban qui disait « format familial ».
05:15Des fois, les biais peuvent aussi même pousser à des décisions de politique qui peuvent être assez graves.
05:21Donc cette expérience, cette diapo, je l'ai faite avant la pandémie.
05:24Je n'aurais jamais imaginé qu'il y aurait une vraie pandémie, mais...
05:28Une épidémie s'est déclenchée dans notre pays, nous devons choisir quelle politique semble la plus raisonnable.
05:32Est-ce qu'il vaut mieux sauver 200 personnes sur 600, ou avoir une chance sur 3 de sauver tout
05:36le monde ?
05:36Laquelle vous préférez ?
05:39Quand on fait cette expérience en laboratoire, 72% des gens préfèrent la A.
05:43Quand on leur pose la question juste d'une autre manière, en changeant quelque chose,
05:46donc laisser 400 mourir, 400 personnes, ou avoir 2 chances sur 3 de sauver tout le monde,
05:50là, il n'y a plus que 22 personnes qui choisissent la A.
05:51Je vais les mettre l'un à côté de l'autre pour que ça soit plus clair.
05:54Sauver 200 personnes sur 600, c'est comme laisser 400 personnes mourir.
05:581 chance sur 3 de sauver tout le monde, c'est comme 2 chances sur 3 de voir tout le
06:01monde mourir.
06:01La seule différence, c'est qu'est-ce qu'on met en avant et qu'est-ce qu'on met
06:04en arrière ?
06:04Ici, on met en avant les gains.
06:05Et quand on met en avant les gains, on n'a pas envie de perdre.
06:08Et donc, on a ce qu'on appelle un biais cognitif qui s'appelle l'aversion au risque.
06:11Donc, les personnes vont choisir l'option certaine.
06:13Quand on met en avant les pertes, laisser mourir 400 personnes, on n'a pas envie de perdre.
06:17Donc, on a un autre biais qui s'active, qui s'appelle le biais de la prise de risque.
06:21Et donc là, les personnes vont choisir ici.
06:22Il y a un déplacement de 150% des voix, juste sur comment on a présenté l'information.
06:27Et ça, ça soulève plein de questions sur les sondages.
06:31On arrive à une période électorale, les sondages d'opinion, les enquêtes, etc.
06:35Comment je pose une question, parfois, peut conditionner la réponse que je vais avoir,
06:41beaucoup plus que l'opinion de la personne en elle-même.
06:43Je suis en train de l'influencer sur répondre.
06:45Et ça, ça peut être aussi de la manipulation en politique.
06:47Par exemple, je peux mettre en avant plein de problématiques pour que les personnes se recroquevillent un peu sur elles
06:53-mêmes et refusent l'autre.
06:54Ou je peux mettre en avant les gains et les personnes se disent, chouette, on va avoir plus de choses.
06:58Il n'y a plus cette aversion, par exemple, à la perte.
07:01Par exemple, on peut parler deux minutes des normes sociales.
07:03C'est ce que je crois que les autres pensent.
07:05Souvent, par exemple, il y a quelque chose qui s'appelle la conformité sociale, qui est hyper conchiée.
07:09On dit, je ne suis pas un mouton, je ne vais pas suivre ce que les autres disent.
07:12Et tout ça vient d'une expérience très connue en psychologie sociale qui s'appelle l'expérience de H.
07:16On appelle ça la conformité normative.
07:19Et la conformité normative, c'est une expérience qui a été faite dans les années 60, je pense.
07:23Et du coup, on prend dix personnes.
07:26Neuf personnes sont des complices de l'expérimentateur.
07:28Et une personne, c'est le participant.
07:29Et la tâche est très simple.
07:30On va leur montrer des barres.
07:32Il faut trouver quelle barre est la même que celle-ci.
07:35Donc, c'est une tâche assez facile.
07:37Mais comment c'est fait ?
07:38C'est qu'imaginez cette rangée.
07:39Vous êtes mes complices.
07:42Et vous êtes la personne sur qui on expérimente.
07:44Les personnes vont commencer à donner la bonne réponse.
07:45Donc, ici, la bonne réponse, c'est quoi ?
07:47C.
07:48Donc, vous allez dire C, C, C, C, C, C.
07:50Et la personne va continuer et dire C.
07:52Et à un moment, tous les complices vont donner la mauvaise réponse.
07:54Donc, les complices vont dire B, B, B, B.
07:57Et la personne sur qui on expérimente, quand tout revient, qu'est-ce qu'elle va dire ?
08:02Elle va dire B.
08:03Elle va se conformer à ce que les autres sont en train de dire.
08:06Et là, on a dit, regardez, les gens ne réfléchissent pas, machin, machin.
08:08Mais, heureusement, la science se complexifie.
08:10On a compris derrière qu'en fait, ça, c'est quelque chose qui est très normal et limite bien.
08:15Parce que dans le monde réel, c'est très rare qu'on ait des complices qui vont essayer de prouver
08:19pour piéger quelqu'un.
08:21Et si vous êtes dans une situation où beaucoup de gens disent quelque chose et vous pensez autre chose,
08:26c'est peut-être une bonne chose de l'écouter.
08:27On appelle ça la conformité informationnelle.
08:29La conformité informationnelle, c'est quand c'est bien d'être des moutons.
08:32C'est quand, par exemple, imaginez que moi, je vais au Japon et je ne connais rien au Japon.
08:36J'arrive au restaurant et je vois comment les autres japonais sont en train de manger.
08:40C'est une très bonne chose de me conformer à eux.
08:42Je ne vais pas me dire non, je ne suis pas un mouton, je vais manger comme j'ai envie.
08:46La conformité informationnelle, c'est quand on reconnaît que l'autre a des informations de meilleure qualité que la mienne.
08:51Et du coup, c'est très bien de déléguer à l'autre cette information.
08:57C'est ça tout le but des animaux sociaux que nous sommes.
09:01C'est de savoir à qui est-ce qu'on délègue.
09:03Par exemple, moi, si je ne suis pas architecte, je ne me dis pas non, je veux construire ma maison
09:09moi-même.
09:10Je ne vais pas suivre ce que les experts architectes me disent.
09:12Si moi, je ne suis pas ingénieur automobile, je ne vais pas me dire non, je ne vais pas aller
09:16acheter le truc de Renault.
09:18Je vais moi construire ma propre voiture.
09:20Et on fait ça de manière très naturelle, de déléguer dans le monde physique.
09:23Par exemple, j'ai délégué la création de mon téléphone portable, mon pull, mes chaussures, mon jean, mon ordinateur.
09:31Quand je prends le TGV, je délègue ma vie aux ingénieurs qui ont développé le TGV, aux conducteurs de la
09:35SNCF.
09:36Mais quand ça passe à nos raisonnements, là, soudainement, on ne veut plus.
09:39On veut penser par soi-même.
09:41Et ce truc de penser par soi-même peut être très dangereux quand je suis en train de penser par
09:44moi-même des sujets sur lesquels je n'ai pas une bonne qualité informationnelle.
09:47Oui, je gagnerais énormément à être dans cette conformité.
09:51Notre cognition sociale nous permet de déléguer aux autres une partie de notre cognition.
09:55Et c'est ça qui fait notre effort, notre force.
09:57C'est de pouvoir déléguer.
09:59Une des plus grosses erreurs sur le raisonnement critique, c'est de croire que le raisonnement critique, c'est penser
10:02par soi-même.
10:03Quand quelqu'un vous dit penser par vous-même, 9 fois sur 10, cette personne est implicitement en train de
10:07vous dire faites-moi confiance.
10:08Et 9 fois sur 10, vous ne devrez pas lui faire confiance.
10:11C'est complètement un truc absurde de croire que moi, je pourrais tout seul, dans mon coin, avoir des opinions
10:17éclairées sur des sujets aussi complexes que la physique quantique, les OGM, les vaccins, les maladies, l'économie, etc.
10:26Et donc la question devient à qui est-ce que je fais confiance ?
10:29Et ça, ce n'est pas plus facile.
10:31Ce n'est pas plus facile de savoir à qui est-ce que je fais confiance que de décider que
10:34je veux moi être expert en tout.
10:35Mais c'est juste important pour moi de mettre en avant cette notion qu'on a besoin les uns des
10:41autres,
10:41parce que je trouve qu'il y a un peu trop de récits sur chacun devrait se forger tout seul.
10:48Parce que nous ne sommes pas aussi crédules qu'on voudrait le penser souvent.
10:52C'est un peu trop de récits sur chacun.
11:22C'est un peu trop de récits sur chacun.
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