00:00Christian Parizeau, conseiller économique pour Aurel BGC et président d'Altaïr Economics.
00:05Merci d'être avec nous Christian. En effet, les marchés sont depuis quasiment une semaine dans l'attente de la Fed.
00:12Il ne se passe plus grand-chose sur les indices avant cette prise de parole de Jerome Powell.
00:16Bon, si le baromètre FedWatch anticipe très largement une baisse des taux demain soir,
00:21quand on regarde un petit peu les membres votants de la Fed, on voit quand même que rien n'est joué.
00:26En tout cas, pour l'instant, les membres sont plus que divisés sur la politique à suivre.
00:32Oui, c'est clair. On est très très loin d'avoir un consensus pour une nouvelle baisse des taux
00:37parce que premièrement, on est dans le flou aux États-Unis.
00:40On n'a pas les statistiques et les dernières statistiques montrent quand même que l'inflation en septembre
00:45était largement au-dessus de l'objectif de la Banque centrale.
00:49On a des indicateurs sur le marché du travail qui ne sont pas bons.
00:51On a des choses qui sont… Mais là aussi, ce n'est pas dramatique.
00:56Ce n'est pas bon. On voit qu'il y a des sources de fragilité.
00:58On voit qu'il y a des éléments qui sont perturbateurs.
01:01Mais ce n'est pas non plus des entreprises américaines qui licencient massivement.
01:05En plus, on va rentrer dans une période où on a eu le shutdown qui a sûrement brouillé un petit peu les chiffres,
01:10notamment les derniers chiffres de la DP qu'on a pu avoir.
01:12Donc, on sait que le marché du travail n'est pas du tout en tension, qu'il y a des vrais problèmes.
01:16Mais ce n'est pas suffisant pour les membres les plus faucons de la Banque centrale pour dire qu'il y a véritablement un risque
01:22qui justifierait que la Banque centrale adopte une politique monétaire neutre maintenant, voire accommodante l'année prochaine.
01:31Et surtout, moi, je pense que ce qui est aujourd'hui en pleine mire pour les marchés, c'est se dire
01:36mais qu'est-ce que va faire la Banque centrale américaine en 2026 ?
01:40Est-ce que c'est peut-être l'une des dernières baisses de taux qu'on pourrait avoir demain soir ?
01:46Alors, même si elle sera débattue, on peut considérer quand même que,
01:50vu les anticipations sur les marchés, vu les attentes,
01:53ça sera très difficile à la Banque centrale de ne pas répondre à ses attentes de marché.
01:57Et donc, on peut peut-être parier sur une baisse des taux.
01:59Mais ce qui nous inquiète surtout, c'est demain.
02:02Qu'est-ce que va faire en 2026 la Banque centrale ?
02:05Et là, ce qui commence un petit peu à faire peur sur les marchés,
02:08c'est l'idée qu'on pourrait avoir un discours assez faucon de la part de M. Powell
02:12qui va dire que, voilà, même si on baisse les taux,
02:15alors soit demain soir, au pire, sur le mois de janvier,
02:20on sera revenu à ce fameux taux neutre, entre guillemets,
02:23qui ne permet pas de stimuler l'économie, mais qui ne freine pas l'économie.
02:27Mais pour aller au-delà, il faudra quand même qu'on ait des signaux
02:30beaucoup plus positifs sur l'économie américaine.
02:32Donc ça, c'est ça qui peut peut-être un petit peu inquiéter les marchés,
02:36parce qu'on n'aura pas ce moteur forcément d'une baisse de taux très rapide
02:40de la Banque centrale, d'une politique monétaire accommodante en 2026.
02:44Et c'est un peu ça qui peut quand même un peu freiner les marchés à court terme.
02:47D'autant plus que les taux longs sont sous pression.
02:49Ce matin, Christian Parizeau, le 30 ans américain est à 4,80.
02:53Quand le 10 ans s'éloigne de la barre des 4 %, on est à 4,17,
02:57alors qu'on était quasiment à 4 %, il y a encore une dizaine de jours.
03:00Ça montre bien que malgré ces anticipations de baisse de taux,
03:03le marché obligataire, lui, est quand même beaucoup plus prudent.
03:07Oui, alors ce n'est pas un bon scénario pour les marchés actions, ça.
03:11Parce que les marchés actions peuvent se dire, bon,
03:13si la Banque centrale américaine baisse la partie courte, les taux courts,
03:17c'est peut-être bon parce que ça va moins importer de rémunération
03:21pour les gens qui investissent dans les fonds monétaires.
03:23Ça peut les pousser à délaisser les fonds monétaires pour aller vers les actions.
03:27Donc ça peut être un élément de soutien en termes de flux.
03:29Mais pour les résultats des entreprises, ce qui compte, c'est les taux longs.
03:32C'est véritablement le coût de financement des entreprises sur longue période.
03:37Et donc là, le fait qu'on ait une pontification de la courbe,
03:40le fait qu'aujourd'hui, cette baisse de taux ne profite pas à la partie longue de la courbe des taux
03:45ne rassure pas forcément les investisseurs obligataires.
03:48Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le marché actions
03:51parce que ça montre que les coûts des entreprises,
03:53le coût d'endettement des entreprises va rester élevé.
03:55Et puis surtout, ça traduit peut-être un petit problème.
03:58C'est-à-dire que d'une part, le fait que les taux longs montent
04:01alors que la Banque centrale baisse ses taux,
04:03ça peut signifier plusieurs éléments,
04:04mais ça peut signifier aussi peut-être une défiance,
04:07une certaine défiance des investisseurs obligataires,
04:09notamment en prévision de la nomination de celui qui remplacera M. Powell.
04:13Peut-être quelqu'un jugé un peu trop politique
04:16qui va peut-être moins mettre en avant les objectifs de la Banque centrale
04:20que M. Powell.
04:22Et ça, c'est peut-être un problème de crédibilité.
04:24Donc, c'est un facteur de risque à prendre en compte.
04:26Et puis derrière ça, il y a toute la problématique aussi du Japon.
04:30Le Japon, on sait que les investisseurs institutionnels japonais
04:33investissaient énormément sur l'obligataire européen,
04:37sur l'obligataire américain,
04:38qu'aujourd'hui, les institutionnels japonais sont des acteurs importants
04:43lors des émissions du Trésor américain sur la partie longue de la courbe des taux.
04:47Et donc, aujourd'hui, le vrai risque,
04:49c'est qu'on ait des institutionnels japonais
04:51qui préfèrent investir sur leur marché domestique
04:53parce que les taux japonais remontent aussi de manière assez significative
04:57plutôt que de financer la dette américaine
04:59ou alors exigera un différentiel de taux beaucoup plus important
05:03pour prendre un risque américain.
05:05Donc ça aussi, c'est des éléments d'inquiétude.
05:07Donc derrière ça, derrière la simple baisse des taux de la Banque centrale américaine,
05:11on voit qu'il y a une vraie problématique obligataire,
05:14il y a un vrai risque obligataire.
05:15Et ça, ce n'était pas forcément ce qu'est comptait les marchés
05:18qui espéraient que quand même, derrière l'action de la Banque centrale,
05:22on baisse un peu ses taux longs
05:23et que derrière, ça permette de relancer l'immobilier,
05:26ça permette véritablement d'avoir un impact positif sur la croissance américaine
05:30et donc peut-être d'offrir de nouveaux thèmes d'investissement au niveau boursier
05:34parce qu'à jouer tout le temps les mêmes valeurs,
05:36à jouer tout le temps l'intelligence artificielle,
05:39on aimerait bien en 2026 un peu diversifier son portefeuille
05:41et avoir de nouvelles thématiques à jouer.
05:43Mais si les taux longs restent élevés,
05:45ça ne va pas être forcément des signaux très positifs
05:47pour la conjoncture aux États-Unis l'année prochaine
05:49et donc ça limite aussi les possibilités d'arbitrage.
05:52On est pris par le temps, Christian Parizeau.
05:54Allez, je vous laisse au choix.
05:56Soit Pepsi qui bouge avec la pression d'Eliott,
05:59le fonds activiste qui est rentré au Capital à la rentrée,
06:02ou soit Nvidia qui peut enfin vendre ses puces H200 à la Chine.
06:06Qu'est-ce que vous choisissez entre les deux ?
06:07Allez, on va faire Nvidia, c'est intéressant
06:10parce que certes le marché chinois était fermé à Nvidia
06:13mais là on a une autorisation du président Trump
06:18pour qu'ils puissent vendre leurs puces sur le marché chinois
06:20mais ça ne règle pas forcément les problèmes d'Nvidia
06:22parce que d'une part on sait que la Chine
06:25a une volonté de se désensibiliser des puces américaines
06:29et on a une vraie volonté aujourd'hui d'avoir une offre chinoise
06:33qui concurrence.
06:34Donc on sait que ça sera très compliqué pour Nvidia
06:36face à cette volonté politique chinoise
06:39de ne pas acheter et de ne pas dépendre de ses puces.
06:41D'autre part, ses exportations seront quand même taxées à 25%.
06:44L'administration Trump veut prendre 25% du montant de ses exportations.
06:49Ce ne sera pas forcément les clients les plus rentables pour Nvidia.
06:52Et puis derrière tout ça, on sait que la Chine a réussi à contourner
06:58ce problème de manque de puces de Nvidia.
07:00On sait que la Chine utilise de plus en plus des start-up
07:02dans le reste de l'Asie, en Europe
07:04qui leur permet d'entraîner leur modèle
07:06et d'utiliser la plateforme de Nvidia
07:08sans être forcément localisée en Chine.
07:11Et donc, est-ce que ça va véritablement changer la donne pour Nvidia ?
07:14On sent que la réponse est non.
07:16On est peut-être sur une volonté, une réaction de l'administration Trump
07:21qui a réagi finalement au fait qu'en bridant Nvidia,
07:24finalement ça jouait contre le camp américain
07:27et que ce n'était pas forcément une bonne nouvelle.
07:28Mais on s'aperçoit que quand même le mal est fait,
07:30que les entreprises chinoises se sont adaptées à cet nouvel environnement
07:34et que ce sera très difficile maintenant pour Nvidia
07:36pour reconquérir ce marché chinois qui est pourtant très important.
07:40C'est vrai que là on voit les conséquences
07:42de cette politique de l'administration Trump
07:45et qui est véritablement aujourd'hui un vrai problème
07:47de positionnement pour Nvidia sur le marché chinois.
07:50Merci beaucoup Christian.
07:51Christian Parizeau qui nous accompagnait ce matin,
07:54conseiller économique pour Aurel BGC,
07:55président d'Altaïr Économique.
07:57Ce sujet des puces Nvidia avec la Chine,
07:59nous en reparlerons dans moins d'une demi-heure à 9h40
08:02avec Jacques Lemoisson qui sera avec nous,
08:04fondateur de Gay Capital Management et Nour Benzimred
08:06qui est directeur des investissements du Family Office,
08:10Ivesta.
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