00:00Et notre éclaireur ce matin, c'est Patrice Gauthry, chef économiste de l'Union bancaire privée.
00:05Merci d'être avec nous Patrice Gauthry.
00:06En effet, il faut revenir sur ces chiffres de l'emploi qui ont un petit peu douché les économistes vendredi.
00:13Seulement 22 000 créations de postes le mois dernier aux Etats-Unis,
00:15là où le consensus s'attendait à 75 000 créations de postes.
00:19C'est quand même une tendance qui n'est pas très bonne et malheureusement, les mois se suivent et se ressemblent.
00:25Oui, bonjour, c'est une rupture effectivement de tendance sur le marché de l'emploi
00:29puisqu'à l'effort d'avoir des révisions haussières sur toute la période passée,
00:36on a eu, au contraire du mois précédent, des révisions baissières.
00:39Ainsi, le mois de juin est revenu en territoire négatif.
00:43Donc, des créations d'emplois qui sont très très faibles, effectivement,
00:46avec plusieurs secteurs qui sont dans le rouge, le secteur manufacturier, le secteur de la construction,
00:51certains secteurs des services et notamment les services aux entreprises, et puis le secteur public.
00:56Donc, il y a effectivement une rupture de tendance et cela se confirme également sur une légère remontée du taux de chômage,
01:034,3%, et avec une décélération des salaires, on est à 3,7%, ce qui est encore un niveau élevé,
01:11mais par contre, la tendance est relativement marquée.
01:13Donc, rupture de tendance, effectivement, qui va amener logiquement des baisses de taux d'intérêt directeur.
01:18Avec la fête qui va se réunir dans 10 jours, la baisse de taux est quasiment actée,
01:23elle est quasiment de 200% du côté des baromètres qui anticipent ces baisses de taux.
01:30Demain, il y aura des révisions des chiffres de l'emploi.
01:32Comment vous allez regarder ces statistiques, sachant que, pour rappel, cet été,
01:35les chiffres ont été revus d'une façon assez brutale ?
01:38Oui, il y a beaucoup de volatilité dans les chiffres de l'emploi,
01:41avec des révisions qui sont, d'ailleurs, des fois pluriannuelles,
01:44ce qui veut dire qu'en fait, même le profil des mois passés est changé.
01:48On l'a vu avec la statistique de vendredi.
01:50Donc, on va prendre cela avec beaucoup de précautions,
01:52surtout qu'il y a un facteur que l'on ne sait pas encore véritablement intégrer,
01:55c'est la baisse de l'immigration.
01:57Donc, pour l'instant, on a vu effectivement que la force de travail,
02:00donc la quantité de main-d'œuvre disponible, si on peut parler comme cela,
02:03eh bien, en fait, elle était d'augmentation,
02:05mais on sait qu'effectivement, avec le facteur immigration,
02:07celle-ci devrait diminuer.
02:09Donc, il y a beaucoup d'incertitudes sur les révisions de ces chiffres
02:12et puis beaucoup d'incertitudes sur la qualité de révision de ces chiffres,
02:15puisqu'effectivement, derrière les changements de direction,
02:18donc au sein du Bureau du travail,
02:19il y a aussi certainement un changement de méthodologie
02:22qui va se mettre en place sur les prochains mois.
02:25Donc, il y aura certainement, je dirais, un petit peu de flou
02:27dans les statistiques qui vont continuer à être publiées.
02:31On peut noter d'ailleurs que cette statistique des créations d'emplois
02:33était beaucoup plus faible que celle qui était révélée
02:37par d'autres études et d'autres études, pardon,
02:42comme par exemple l'enquête ADP et l'enquête JOLS.
02:46Donc, attention, effectivement, à peut-être ne pas trop mettre l'accent
02:49sur une seule étude, mais sur avoir une vision globale
02:52du marché du travail américain, mais que de toute façon,
02:55il est en ralentissement.
02:56Patrice Gautry, est-ce qu'il faut faire le lien entre ces chiffres de l'emploi
02:59et les droits de douane, avec ces fameux tarifs
03:02qui sont rentrés en vigueur début août aux États-Unis ?
03:06Alors, on peut faire le lien, effectivement,
03:07sur l'ensemble de la politique économique,
03:09c'est-à-dire que, dans un premier temps,
03:11il y a plus d'inflation, moins de création d'emplois
03:13et une décélération du salaire.
03:15Donc, effectivement, au total, les ménages,
03:17l'ensemble des ménages vont avoir un pouvoir d'achat
03:19qui va, effectivement,
03:21donc plutôt baisser au troisième trimestre.
03:24Et on l'a vu dans les indices de confiance,
03:27il y a effectivement une grande prudence de la part des ménages,
03:29c'est tout à fait rationnel,
03:31sur l'évolution de l'emploi.
03:32Donc, il y a une partie de la consommation
03:33qui peut avoir des difficultés sur les mois à venir.
03:36Ça participera au ralentissement, pas à la récession,
03:39puisque, bien entendu, des chiffres aussi bas d'emplois
03:41commencent à créer le débat sur la probabilité
03:45ou non d'une récession.
03:47Donc, on va avoir certains segments de la consommation
03:49qui vont être difficiles.
03:50Par contre, l'ensemble de la consommation devrait tenir,
03:52mais avec des croissances en termes trimestriels,
03:55ce sera certainement à moins de 2% en rythme annualisé.
03:58Du côté des anticipations de baisse de taux,
04:00quelles sont vos prévisions à l'union bancaire privée ?
04:02Patrice Gautry, on voit désormais le scénario
04:05de deux, voire même trois baisses de taux
04:07d'ici à la fin de l'année.
04:09Alors, malgré l'augmentation de l'inflation,
04:11et celle-ci va nous occuper cette semaine,
04:13on devrait avoir quand même deux baisses de taux
04:15dans notre scénario.
04:1625 points de base en septembre,
04:18le débat va être est-ce qu'il faut faire,
04:1950 points de base ou 25 points de base,
04:2125 points de base me semble suffisant,
04:23parce qu'effectivement,
04:24les chiffres d'inflation de cette semaine
04:26vont probablement ne pas être positifs,
04:29et donc montrer une accélération
04:31de l'inflation vers 3%.
04:33Une autre petite baisse de taux au mois de septembre,
04:36encore 25 points de base.
04:38Le débat maintenant, effectivement,
04:40sur les révisions de l'emploi,
04:41les autres statistiques,
04:43donc sur le marché de l'emploi à venir,
04:45vont mettre plus ou moins de probabilités
04:47sur une éventuelle troisième baisse de taux,
04:49mais pour l'instant, je resterai avec
04:51deux baisses de taux cette année,
04:52et puis on va continuer en 2026
04:54à aller vers probablement 3%,
04:57et la question, ce sera,
04:58est-ce qu'il est nécessaire d'aller
04:59en dessous de 3% si vraiment
05:02la conjoncture faiblit de façon très très forte.
05:04Et deux premières indications,
05:05donc jeudi avec des chiffres d'inflation
05:07qui seront publiés.
05:08Merci beaucoup Patrice Gautry,
05:09de nous avoir accompagné,
05:10chef économiste de l'Union bancaire privée,
05:13en direct avec nous depuis Genève
05:14sur BFM Business.
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