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Samedi 29 novembre 2025, retrouvez Cem Algul (Chroniqueur), Caroline Rostang (Directrice, Groupe Rostang Père et filles), Eric Katz (Fondateur, Métal d'Alcôve), Fernando de Tomaso (Chef, Paris Buenos Aires) et Alain Némarq (Président, Mauboussin) dans EXPERIENCES, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.
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00:00Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Expérience, l'émission qui vous fait vivre la culture autrement.
00:14Quelle sera votre prochaine aventure culturelle ?
00:17Chaque mois, embarquez avec nos invités, nos interviewers, nos chroniqueurs pour une heure d'immersion au cœur du luxe, de la littérature et de l'art de vivre.
00:24Et au sommaire de cette émission, on commence par le culturoscope de Cem Algul. On parle aujourd'hui de flop.
00:30Et oui, on ne peut pas toujours parler de succès et même on ne doit pas toujours parler de succès.
00:35Les vertus de l'échec, c'est une exposition à voir au musée des arts et des métiers à Paris et on en parle dans un instant.
00:41Ensuite, ce sera Ces livres qui comptent de Anne Bassi, l'interview où la littérature se dévoile autrement.
00:47Le principe reste le même, découvrir le livre qui a marqué la vie d'un chef d'entreprise ou d'une personnalité.
00:53On est allé à la rencontre de Caroline Rostand qui partage le livre qui a influencé sa trajectoire et sa vision de l'entrepreneuriat culinaire.
01:01Puis dans Tempolux, avec Laurent Beffre, nous parlons de luxe durable et créatif.
01:06Nous recevons Eric Katz, fondateur de Metal d'Alcove, qui transforme des abat-jour anciens en luminaires uniques grâce à des piétements métalliques upcyclés.
01:16Nous partirons ensuite en Argentine avec le reportage de Béatrice Constant qui est allée à la découverte d'un nouveau restaurant Paris Buenos Aires.
01:23Le chef Fernando de Tamazo, accompagné de sa sœur Manuela, propose une cuisine argentine authentique.
01:30Un moment réconfortant pour traverser l'hiver.
01:33Et enfin, on termine avec la grande interview.
01:35Alors qu'on a beaucoup parlé de bijoux, ce mois-ci, nous plongeons dans l'univers du luxe grand public avec Alain Neymarck, qui est président de Mauboussin,
01:45pour découvrir comment la marque conjugue rêve, luxe et accessibilité dans ses créations.
01:50C'est parti, c'est tout de suite ses expériences.
01:53Et on commence tout de suite l'émission avec le Culturoscope de Jem Algoul.
02:01Bonjour Jem.
02:02Bonjour Sybille.
02:03Merci d'être avec nous.
02:04Alors, vous avez fait le tour des réseaux, de l'actualité du mois de novembre.
02:07Et en fait, on a beaucoup parlé de FLOP.
02:09Oui, FLOP, c'est une exposition qui avait lieu au Musée des Arts et Métiers,
02:13qui consacre cette exposition à quelque chose qu'on ne montre jamais, à savoir les ratés de l'innovation.
02:20Alors, ça s'appelle FLOP, c'est un parcours qui rassemble des objets qui sont ratés.
02:26On a aussi des inventions qui sont un peu trop en avance sur leur temps et qui, du coup, n'ont pas marché,
02:31ou des idées qui n'ont simplement pas trouvé leur public.
02:35En réalité, ce que l'exposition raconte, c'est comment on apprend à inventer.
02:39Et il y a toute une réflexion, finalement, autour de la dédramatisation de l'échec.
02:44Et aussi, c'est l'occasion de rappeler qu'avant qu'une invention réussisse, il y a beaucoup de tentatives.
02:52Donc, j'imagine qu'il y a plein d'exemples que vous allez nous raconter.
02:56J'ai plein d'exemples, Sybille, à commencer par ces fléchettes.
02:59Donc, ces fléchettes géantes qui étaient commercialisées en tant que jeu d'extérieur.
03:05Il y avait une cible qu'on mettait par terre.
03:07Et le problème avec ces fléchettes, c'est qu'elles font 30 centimètres, qu'elles sont particulièrement lourdes.
03:12Donc, résultat, 6 morts, 3 000 blessés avant que le produit ne soit retiré de la vente.
03:18Oui, bien sûr.
03:19J'ai évidemment d'autres exemples.
03:20Et là, la Barbie, une Barbie qui a beaucoup fait parler, qui est revenue un peu dans l'actualité à la faveur du succès du film.
03:27Eh bien, cette Barbie, quel est son problème ?
03:29Elle voulait incarner la glisse, l'esprit de liberté.
03:32Et ceux qui l'ont conçu ont voulu que des flammes sortent littéralement du dessous des rouleurs.
03:38Donc, on a utilisé une pierre à briquets.
03:40Le problème, c'est que ça fait des étincelles et que sur des moquettes, c'est jamais une bonne idée.
03:45Donc, retirer du marché parce que ça provoquait des incendies.
03:47Bien sûr. Feu et enfant, ça ne fait pas bon ménage.
03:50Ça ne fait jamais bon ménage.
03:51Dans un autre registre, on a le jeu de société Donald Trump.
03:55Donc là, on promet d'avoir une version glamour et accessible du monde du business, finalement.
04:03On est comme Donald Trump.
04:04On promet de devenir riche, d'écraser ses adversaires.
04:08Sauf que le jeu est très complexe.
04:11Il dépend beaucoup du hasard.
04:13Donc, ça nuit beaucoup, en fait, à la qualité du moment qu'on passe à y jouer.
04:18Il faut mieux le mettre aux ouillettes.
04:21Ce n'était pas très drôle.
04:22Et donc, après les flops, il y a aussi les objets inutiles ou tout simplement contre-productifs.
04:28Oui, tout à fait.
04:29Alors, on a beaucoup vu sur les réseaux une table de ping-pong qui est un peu loufoque.
04:34Elle est complètement tordue.
04:36Donc, toute partie est impossible.
04:38Eh bien, ce n'est pas une invention.
04:40Il y avait tout un espace dans l'exposition qui est dédié à un artiste qui s'appelle Jacques Karelman.
04:46Et donc, on lui consacre cet espace où il s'est amusé à créer des objets introuvables.
04:50Des objets qui ne fonctionnent pas, en fait.
04:52On a poussé la logique à l'extrême.
04:55On pouvait trouver, par exemple, une enclume portable pour les forgerons itinérants qui faisait 40 kilos.
05:01Voilà, là, l'idée, c'est de se moquer aussi un petit peu.
05:03On avait des skis chasse-neige.
05:05Donc, fixer dans la position qui permet, évidemment, d'aller le moins vite possible au ski, c'est peut-être pas l'idéal.
05:11En fait, beaucoup d'objets dont le but est de pointer du doigt nos habitudes de consommation qui peuvent parfois être un petit peu absurdes.
05:20Et au-delà de ça, il y a aussi des inventions qui, finalement, elles, étaient très pratiques, mais qui n'ont juste pas pris pour des raisons culturelles.
05:28Tout à fait.
05:28On a, par exemple, et c'est dans la section, les raisons de la galère.
05:32On trouve énormément de claviers.
05:34Alors, le clavier AZERTY...
05:37Ah oui, le clavier d'ordinateur.
05:38Oui, le clavier d'ordinateur.
05:40Donc, les claviers AZERTY sont un héritage des machines à écrire parce que les machines à écrire avaient ce défaut d'imprimer des lettres via des tiges qui répondaient à la pression des boutons.
05:51Le problème, c'est que quand on tapait trop vite, les tiges avaient tendance à se coincer.
05:55Donc, on a ajusté le positionnement des lettres en fonction.
05:59Depuis, on a inventé énormément de claviers qui sont beaucoup plus pratiques, qui rendent beaucoup plus performants.
06:06Mais ça ne s'est jamais imposé parce que le coût en énergie était trop grand pour reprendre de nouvelles habitudes.
06:13Tout ça était trop ancré.
06:15Et donc, on fait face là à ce qu'on appelle un sillon technologique.
06:18On n'est pas nécessairement dans la bonne direction, mais on continue d'avancer par habitude.
06:23J'imagine qu'il y a quand même quelques réussites dans l'eau.
06:25Oui, il y a quelques réussites.
06:27Et l'exposition se termine d'ailleurs sur une idée que je trouve très belle.
06:30C'est raté pour innover.
06:33On a un exemple avec la Wii U de Nintendo qui est sortie en 2013.
06:38Alors, tous les consommateurs et les joueurs ont eu l'impression que cette manette était en fait une console indépendante.
06:46Manque de peau, ça a créé beaucoup de déceptions.
06:49Parce que ce n'était pas le cas.
06:50Ce n'était absolument pas le cas.
06:51Mais Nintendo est malin.
06:53Ils ont su corriger le tir pour nous produire, quelques années plus tard, la Nintendo Switch qui est une des consoles les plus vendues.
07:02On découvre enfin dans cette exposition des objets qui avaient tout pour réussir, mais qui étaient simplement trop en avance sur leur temps.
07:09On a par exemple les premières formes de visioconférences qui étaient trop coûteuses, mais grâce auxquelles finalement on peut aujourd'hui télétravailler.
07:19Tout ce parcours, c'est en fait une manière de montrer que beaucoup de flocs d'hier sont devenus des évidences d'aujourd'hui.
07:25L'exposition complète, elle a visité au Musée des Arts et Métiers à Paris jusqu'au 17 mai 2026.
07:32Merci beaucoup, Jem, pour cette belle leçon business.
07:35Et on file tout de suite dans un premier restaurant parce qu'on va en faire plusieurs au cours de l'émission.
07:39Le premier, c'est pour rencontrer Caroline Rostand, qui est directrice du groupe de restaurateurs Rostand Père et Fille.
07:50Tout de suite, place à la littérature avec Anne Bassi.
07:53Et elle rencontre Caroline Rostand, qui nous raconte comment Boris Vian et Stéphane Sveig ont marqué sa vie professionnelle.
08:00Merci Sybille et bienvenue dans ces livres qui comptent.
08:04Aujourd'hui, je reçois Caroline Rostand.
08:06Bonjour Caroline.
08:06Bonjour Anne.
08:08Caroline, vous êtes la sixième génération d'une famille de restaurateurs et de chefs étoilés au Guide Michelin.
08:14Vous dirigez plusieurs restaurants, dont celui où on se trouve aujourd'hui, des Syriers.
08:18Les livres ont marqué souvent notre vie, enfants, adolescents et puis adultes.
08:26Ils ont influencé notre vie et parfois même notre personnalité.
08:29Et aujourd'hui, on va parler des ouvrages qui vous ont marqué, qui ont nourri vos convictions, votre énergie et votre créativité aussi.
08:37Et qui même parfois vous ont aidé à changer de façon de penser.
08:42Diriger un restaurant et cuisiner, c'est beaucoup de choses.
08:48C'est imaginer, c'est créer, c'est aimer apprendre, c'est veiller sur la qualité, c'est partager.
08:56Quel lien vous faites entre la lecture et la dirigeante que vous êtes devenue ?
09:01Tout d'abord, mon jour.
09:03Déjà, notre métier est un métier qui est très prenant, qui prend énormément de temps.
09:10Et on a effectivement besoin d'être concentré, d'être tourné vers l'autre.
09:14Parce qu'entre nos équipes et nos clients, l'humain est au cœur de nos vies.
09:20Et effectivement, une des soupapes pour recharger ses batteries passe par lecture pour moi.
09:26Et c'est vrai que dans ma famille, on est plutôt livre gastronomique et on parle toujours, toujours de cuisine.
09:34Mais avec ma maman, avec le temps, on a appris, dès qu'on a un livre qui nous passionne, à se les donner, à se les échanger, on les fait circuler.
09:42Et voilà, donc la lecture est plus qu'un passe-temps, ça fait partie de mon ADN de construction.
09:49Alors, vous m'avez dit que vous aviez finalement découvert réellement la lecture en troisième, quand vous aviez été en pension et que dans cette pension, il y avait une merveilleuse bibliothèque.
10:01C'est ça.
10:02À l'époque, on n'avait pas tellement de réseaux sociaux, on n'avait pas de téléphone.
10:05Et c'est vrai que la pension, quand on s'y retrouve à 15 ans, il n'y a pas grand-chose à faire.
10:10Et il y avait du coup, l'ennui est merveilleux, il y a la bibliothèque.
10:14Et là, la bibliothèque, ça a été une caverne d'Ali Baba pour moi.
10:19J'ai découvert plein de styles de livres.
10:22J'ai découvert tous ces romans d'anticipation, des dystopsies.
10:26J'étais fan des George Orwell, des Fahrenheit 451.
10:30Ça, ça a été un moment dans ma vie.
10:32Et je me dis, j'étais fascinée de me dire qu'à cette époque, en 48, il avait été capable d'imaginer le monde en 84.
10:39Et c'est tellement d'actualité aujourd'hui.
10:40Donc ça, je trouve ça, ces moments-là, j'ai vraiment bien aimé.
10:44Et puis, je me suis mis à fond.
10:47J'ai quitté les bandes dessinées pour me mettre dans la lecture.
10:50Et puis aussi, c'est les professeurs.
10:52J'ai aussi un professeur de français en troisième qui a été très inspirant,
10:56qui nous a fait lire des livres, pas dérangeants, mais qui nous ont un peu perturbés.
11:02Et donc, du coup, on a ouvert un champ complètement nouveau pour moi.
11:11Et quels sont les livres dont vous gardez un souvenir marquant ?
11:16Les premiers livres ?
11:16Justement, le premier livre qui m'a marquée, c'est un livre de Boris Vian, L'écume des jours.
11:22Je ne sais pas si aujourd'hui, à mon âge, je le relirais, je serais autant impactée par ce livre.
11:32Mais à l'époque, j'avais été fascinée par cette folie, par cette critique de la société qui fait de consommation.
11:40Et en même temps, ça part sur une histoire d'amour qui est folle, qui est complètement folle,
11:50qui est d'une tristesse absolue parce que tout ça finit super mal.
11:55Mais en même temps, c'est plein d'espoir, ce livre.
11:58Et du coup, ça m'a donné envie de lire Boris Vian.
12:00J'ai adoré plein de ses livres.
12:03J'ai découvert que c'était un artiste incroyable, d'une richesse incroyable.
12:07Il a adoré le jazz.
12:10J'adore sa chanson aussi, « Je suis snob, c'est le seul défaut que je gobe ».
12:13Voilà, donc ça, c'est le premier livre qui m'a marquée.
12:17C'est ce livre de Boris Vian.
12:20Et alors justement, vous travaillez aujourd'hui dans une maison de tradition,
12:26où il y a un univers qui est codifié quand même dans la cuisine.
12:30Est-ce que justement cette folie et cette poésie qu'on retrouve chez Boris Vian
12:34vous ont influencé ?
12:36De quelle manière peut-être, dans votre façon d'animer vos établissements
12:40ou même d'aborder la cuisine ?
12:43Je pense que je suis un peu folle aussi.
12:44Et je me suis retrouvée dans…
12:47J'ai une vraie folie en moi.
12:48Et comme vous dites, c'est un monde qui est très codifié, très conventionnel.
12:53Et ces livres-là, on peut prendre conscience qu'en fin de compte, le bonheur,
12:59ce n'était pas les cartes postales que la société nous envoyait.
13:02C'était à travers nous qu'on allait le trouver, à travers justement notre propre folie.
13:07Et qu'il fallait s'autoriser à ça, il fallait s'écouter.
13:09Justement, et pas se laisser bercer par toutes ces injonctions que le monde nous envoie,
13:15de cartes postales utopiques et qui sont, en fin de compte, des sources de frustration,
13:20de chaos plutôt que de vrai bonheur.
13:24Et dans notre métier qui, justement, est très conventionnel et très structuré,
13:29être soi-même.
13:31En fin de compte, ce qui est important, c'est d'être soi-même.
13:33Et avec justement sa folie, la laisser venir.
13:36Moi, mes équipes, je pense qu'elles pensent que j'ai un grain.
13:38Donc, mais voilà, ça fait partie de ça aussi.
13:42C'est de cette énergie qu'on donne au monde qui est importante.
13:45Et tous ces livres-là, par lesquels j'étais fascinée,
13:51comme ça fait que ça fait partie des écrivains qui m'ont le plus marquée aussi
13:55quand j'étais jeune, par sa poésie, par son approche aussi psychanalytique des personnages.
14:04Et ça, j'ai adoré parce que justement, il a une approche des émotions,
14:08des obsessions qui m'a embarquée parce que c'était, on ne le voit pas venir.
14:14C'est-à-dire, il a une complicité avec le narrateur.
14:17On ne voit pas venir, il ne juge pas, mais il nous montre toutes nos obsessions
14:25et on s'y autorise, quoi.
14:28Voilà, c'est ça qui m'a plu.
14:30Et alors, Zweig en particulier parle de destin, de transmission.
14:38Bon, évidemment, c'est toujours très sensible au parcours humain, comme vous dites.
14:44Et vous, votre métier, l'humain est au cœur, au cœur de tout.
14:48Alors, est-ce que justement, cette façon dont Zweig sonde, comme on dit, les âmes,
14:55résonne avec votre manière de diriger ou d'animer ou de cuisiner ?
15:01Déjà, on est attentif à l'humain autour de nous.
15:06Je dis par nos clients, à les signaux faibles, par nos équipes.
15:09Vraiment, l'humain est au cœur de nous tous.
15:12Mais ce qui m'a vraiment séduit chez Zweig, c'est ces portraits empathiques de ces personnages, quoi.
15:20Et ça, c'est... on ne se rend pas compte, en fin de compte.
15:23Je ne sais pas si vous vous souvenez, dans un livre que j'ai adoré, que c'est « L'appétit dangereuse », quoi.
15:27Dans ce livre, on ne voit pas venir à quel point c'est un cercle vicieux.
15:32Parce qu'en fin de compte, on est gentil et on se laisse embarquer là-dedans.
15:35Et on ne se rend pas compte à quel point ça va devenir un engrenage et on ne va plus pouvoir en sortir.
15:40Et il faut garder la bonne distance par rapport à tout ça.
15:44Et chez nous, c'est pareil.
15:44Parce qu'on peut aussi se faire embarquer dans pleine situation ubuesque dans nos équipes, dans tout.
15:51Et parce qu'on ne se rend pas compte que l'âme humaine, elle peut être aussi...
15:55On est tenté, par des bonnes intentions, à partir dans des choses qui nous dépassent.
16:01Donc, moi, mon métier, c'est aussi pas toujours de se laisser embarquer, même si on a envie de le faire,
16:05mais de garder cette distance aussi par rapport à ça, quoi.
16:10Mais Zweig, il est fascinant.
16:11Est-ce qu'il y a, Caroline, un autre genre de littérature que vous aimez ?
16:17Oui, j'aime beaucoup les histoires de vie réelles, les biographies, les parcours de vie.
16:23J'ai eu la chance d'aller en Afrique du Sud en voyage et j'ai voulu absolument lire l'histoire de Mandela.
16:30J'étais fascinée par l'histoire de cet homme, de cette force, de ce courage qu'il a eu et cette foi en la vie.
16:37J'ai adoré aussi la biographie de Marcel Bouchon-Blanchet.
16:43Pour moi, c'est des personnages qui nous ont fait avancer la vie, qui ont fait avancer...
16:51Voilà, je ne les connais pas, mais en tout cas, pour moi, ça m'inspire énormément de voir des gens qui ont autant de courage et de foi dans la vie.
16:58En fait, ils ont façonné leur destin en dépit des circonstances.
17:02C'est ça.
17:02Ils ont tenu le cap, comme on dit.
17:04Tenu le cap.
17:06Et est-ce que, justement, ça, ça résonne dans votre façon de voir le monde ?
17:11Complètement. Et c'est le principe d'un chef d'entreprise.
17:13Un chef d'entreprise, c'est un capitaine d'un bateau.
17:16Et qu'elle est souvent dans les tempêtes, nos collaborateurs, même si nous, on ne sait pas où on va, il faut qu'on ait foi.
17:21Il faut qu'on ait foi. Et moi, j'ai foi dans ma vie, j'ai foi dans mon entreprise.
17:24Et c'est hyper important de rassurer nos équipes, justement, dans les tempêtes.
17:29Et c'est en ça que ces livres sont inspirants, parce que quand un monde est là, il reste 40 ans en prison, il sait qu'il va s'en sortir.
17:38Je me dis, comment on est cortiqués pour ça ?
17:40Merci Caroline Rostand.
17:42Merci Anne.
17:43Merci Anne pour cette plongée littéraire derrière les cuisines.
17:46Tout de suite, on passe à Tempolux.
17:48Dans Tempolux, on parle de luxe durable avec Laurent Meff.
17:56Merci beaucoup d'être avec nous.
17:58Laurent, est-ce que vous pouvez nous présenter votre invité ?
18:00Merci Sibylle.
18:01Alors aujourd'hui, on reçoit un monsieur qui s'appelle Eric Katz,
18:06qui a une expérience multiple, une carrière dingue,
18:10qui est passée de la couture à la haute couture, aux bijoux, aux médias,
18:15et qui, en 2000, crée Métal d'Alcove, une boutique atelier, rue Lamarck à Paris.
18:23Et il va nous dire exactement de quoi Métal d'Alcove retourne.
18:28Mais en tout cas, merci et bonjour Eric Katz.
18:31Merci à vous et surtout, merci de m'accueillir.
18:35Alors racontez-nous un peu l'origine de Métal d'Alcove.
18:38Quand j'ai créé Métal d'Alcove, au départ, je ne voulais pas me trouver dans le 18e, rue Lamarck et tout ça.
18:45Si j'avais eu les finances, bien évidemment, j'aurais été rue du Faubourg Saint-Honoré
18:49parce qu'en ayant été dans la haute couture, je fais de la haute couture du luminaire,
18:53c'est-à-dire que je ne fais que de la pièce unique, mais je vais en parler un petit peu plus tard.
18:57J'ai atterri sur la butte Montmartre, qui est quand même historiquement un quartier d'artistes et d'artisans,
19:03et j'ai trouvé que ma boutique avait bien sa place.
19:06Donc je suis au 86 rue Lamarck, Métal d'Alcove.
19:09Et Métal d'Alcove résume dans son appellation la totalité de ce qu'est mon concept.
19:15C'est-à-dire qu'il y a la froideur du métal, qui est très masculin, très acéré, très guerrier,
19:20et toute la chaleur de l'Alcove.
19:21Donc dans mes créations, il y a toujours des formes très rectilignes, un peu phalliques,
19:25mélangées à des volutes, des cercles, des ronds.
19:29Et c'est cet équilibre des deux qui m'intéresse.
19:32Métal d'Alcove, c'est la rencontre du verre et du métal,
19:35du masculin, du féminin, du ying, du yang, et je peux le décliner à l'infini sur tous les champs d'opposition.
19:41Donc Métal d'Alcove, aujourd'hui, fait de la pièce unique à partir de verries anciennes.
19:46Donc je travaille vraiment sur des verres qui datent des années 1920 aux années 1980,
19:50qui proviennent des antiquaires, des brocantes, des salles de vente, des...
19:56Voilà.
19:57Et ça, c'est ma contrainte.
19:59Donc la contrainte est donnée par la forme de la verrerie.
20:04Et je vais ensuite créer le pied avec des matériaux, je vais détourner leur fonction.
20:08Là où mon travail se distingue des autres, c'est que je mets au défi n'importe qui
20:13de pouvoir identifier l'origine des composants dans mes réalisations.
20:17C'est-à-dire que c'est un petit peu comme le fameux urinoir qui devient la fontaine.
20:24Et c'est un peu pareil, c'est-à-dire que je vais prendre un objet,
20:27je vais changer sa forme, son positionnement, et je vais surtout lui attribuer une nouvelle fonction.
20:32Donc ces objets viennent du quotidien, c'est des objets usuels,
20:34sans forcément une très grande valeur esthétique au départ,
20:38mais je vais les sublimer en les associant avec d'autres objets et en obtenant ces pièces uniques.
20:43Pour faire des pièces uniques et on passe de métal de récupération
20:48pour aller vers de la pièce unique et artistique.
20:52Le choix de travailler avec ces matériaux-là, comment il arrive ?
20:58Il est venu naturellement.
21:00Moi, j'ai toujours traîné mes guêtres dans les antiquaires, les puces, etc.
21:06Mon grand-père lui-même était antiquaire, donc si vous voulez, c'est un peu comme Obélique.
21:10Je suis tombé dedans quand j'étais petit.
21:11Maintenant, effectivement, l'idée d'associer ces matériaux entre eux,
21:17ce n'est pas quelque chose d'instinctif au départ.
21:21Je vais trouver des pièges, je n'ai absolument pas ce que je vais en faire.
21:23Elles peuvent rester une journée dans l'atelier,
21:25ou elles peuvent rester un an, voire même dix ans pour certaines.
21:28Et puis il y a toujours un moment donné où elles vont s'attirer entre elles.
21:31Et d'ailleurs, c'est assez marrant quand je fais le montage,
21:33parce que bon, évidemment, je perds, je taraude, je polis, je lis, j'assemble, je nettoie.
21:37Et des fois, les éléments comme des aimants vont s'accrocher, et parfois ils vont se rejeter.
21:44Et quand on veut forcer la création, moi ça m'est déjà arrivé de faire une lampe,
21:47j'entrais chez moi, j'étais content, ok.
21:49Et on arrive le lendemain, le verre s'est fendu, voilà, il a résisté.
21:53Donc il faut aller par affinité.
21:55Et mes créations sont bien évidemment un montage de...
22:01Je mélange tout, en fait.
22:02Je mélange non seulement les matériaux, mais les formes, les styles, les époques.
22:07Et je redéfinis, je réécris une histoire au travers des objets.
22:11C'est comme un scénariste, en fait.
22:13En termes techniques, vous avez fait comment, du coup,
22:14parce que travailler le tissu et travailler le métal, c'est quand même pas la même chose.
22:18Mais je pense que quand on est dans la création, on peut tout travailler.
22:20C'est comme un musicien, il peut passer du violon au piano.
22:22Il n'aura peut-être pas forcément la même virtuosité, mais il saura le faire.
22:27Donc c'est vrai que j'ai fait du vêtement, j'ai fait du bijou,
22:30je fais du luminaire aujourd'hui.
22:32Et d'ailleurs, je suis un peu frustré parce que j'aimerais passer à des volumes
22:35beaucoup, beaucoup plus importants.
22:37J'ai envie de faire du mobilier, mais l'atelier est trop petit, malheureusement.
22:41Et j'ai l'idée de faire un...
22:43Parce que bon, je veux dans mes meubles faire un peu la même chose que dans mes luminaires.
22:48Je veux travailler avec des matériaux de récupération, du métal, du verre.
22:51Et j'ai envie de créer un fauteuil pour les psys qui varie selon la couleur
22:56par rapport au ressenti corporel du patient.
23:00Voilà, c'est ça.
23:02Donc un fauteuil qui serait sensible aux émotions dégagées par le patient lors d'une session.
23:10Absolument.
23:11Très bien.
23:12Bon, on verra si ça se matérialise un jour.
23:15Ça, c'est pour les établissements 4.
23:17Voilà, c'est ça.
23:17C'est ça.
23:19Très bien.
23:20Le luxe aujourd'hui, comment vous le voyez ?
23:23Parce que vous avez une clientèle qui est particulière, qui est professionnelle.
23:30Vous avez même créé des ateliers de déco-thérapie à travers la boutique atelier.
23:37Le luxe aujourd'hui, pour vous, se détermine comment ?
23:44Alors, je vais en parler.
23:46Vous avez parlé de la décorathérapie, effectivement.
23:49Et pour moi, c'est ça le luxe aujourd'hui.
23:51C'est-à-dire que j'étais dans l'enseignement, j'étais prof de sémiotique pendant 30 ans.
23:56Et quand j'ai arrêté l'enseignement, indépendamment de ma volonté d'ailleurs, je tiens à le préciser quand même,
24:01tout d'un coup, je me suis retrouvé tout seul dans mon atelier.
24:04Donc, il a fallu que je recrée du lien social.
24:07J'enseignais donc aux étudiants à décoder des messages publicitaires.
24:10Et je me suis dit, c'est pas parce que je ne suis plus dans des structures scolaires, universitaires, etc.,
24:16que je dois stopper cette activité.
24:18Et je me suis dit, je vais enseigner ce que je fais dans mon atelier.
24:21Donc, j'apprends aux gens à créer des luminaires.
24:24Et la décorathérapie, c'est mettez en lumière votre richesse intérieure.
24:29Il n'y a rien de plus valorisant.
24:31On parlait d'une idée, voilà, mon fauteuil qui capte les émotions des gens, c'est une idée.
24:37Est-ce qu'elle verra le jour ? Est-ce qu'elle verra le jour un jour ?
24:39C'est pas mal ça.
24:40Donc, ou pas, j'en sais rien.
24:43Mais la décorathérapie, ça permet à chacun non seulement d'avoir une idée, mais de la matérialiser.
24:49Et je peux vous garantir que j'ai ouvert mon atelier à 25 ans.
24:51Aujourd'hui, encore, parfois, quand j'ai terminé une pièce et que je la regarde, je me dis, ça va, c'est pas mal.
24:58Mais c'est vous qui avez inventé le terme ?
24:59Ah oui, oui, laissez déposer, il y a une pays, décorathérapie, mettez en lumière votre richesse intérieure.
25:06On n'est pas concepteur-rédacteur pour rien.
25:08Donc, vous avez posé ma définition du luxe aujourd'hui, c'est l'humain.
25:12Il y a deux choses qu'on ne peut pas acheter sur cette terre.
25:14La première, c'est le temps.
25:15L'espace, oui, je peux m'acheter un manoir de 600 m².
25:18Encore 600, c'est pas énorme.
25:19Mais bon, voilà, on peut acheter de l'espace, oui, ça c'est sûr, mais le temps, non.
25:23Demandez à quelqu'un sur son lit de mort s'il pouvait acheter des heures supplémentaires, il serait prêt à consacrer toute sa fortune.
25:28Donc, pour moi, le luxe, c'est le temps qu'on va consacrer aux gens.
25:30Et la décorathérapie, c'est ça, c'est un être humain, un produit et du temps, voilà.
25:36Et dans cet atelier de décorathérapie, les gens peuvent venir apporter des matériaux à eux
25:41qui appartiennent à leur histoire, à leur patrimoine.
25:44Et on va travailler dessus, on va les transformer.
25:47Évidemment, ils vont puiser aussi dans le stock gargantuesque de l'atelier.
25:51Et puis après, libre à eux, effectivement, de relever leurs manches et puis de percer.
25:55Ou s'ils ont peur, moi, j'ai quelqu'un qui m'a dit, non, non, je suis désolé, le verre, je ne le sens pas.
25:59Je ne vais pas aller percer du verre.
26:01Je le fais à leur place, voilà.
26:02Mais pour moi, le luxe, aujourd'hui, c'est ça.
26:05D'ailleurs, je m'assure complètement, je vais me faire démolir, mais ce n'est pas grave.
26:08Contre les Dior, les Chanel, les Saint Laurent, pour moi, aujourd'hui, c'est du marketing de masse.
26:13Ce n'est pas du luxe.
26:14Le luxe, c'est l'humain.
26:15Ça, c'est l'humain et le temps.
26:17Eh bien, on va terminer là-dessus.
26:18Merci beaucoup, Éric Cass.
26:19J'appelle que vous êtes fondateur de Metal Dalko.
26:22Merci, Laurent Meff, pour ce moment tempo luxe.
26:24Avec plaisir.
26:25Merci à vous.
26:26Merci, Éric.
26:26Et tout de suite, direction notre deuxième restaurant de l'émission, c'est Bouche B.
26:31Et tout de suite, avec Béatrice Constant.
26:37Tout de suite, nous partons pour une escale gourmande à Buenos Aires, en Argentine.
26:41Béatrice Constant nous fait découvrir les restaurants du chef Fernando de Tamazo.
26:46Il nous propose un menu spécial où les saveurs argentines se mêlent au feu de bois pour réchauffer l'hiver.
26:52Bonjour et bienvenue pour cette nouvelle chronique de Bouche B.
26:55Je suis à deux pas du Mont-Marché.
26:57Et cette fois-ci, nous allons découvrir la toute nouvelle adresse du chef Fernando de Tamazo.
27:01On va récupérer un peu de chaleur.
27:03Il commence à faire terriblement froid.
27:05Suivez-moi.
27:06Bonjour, Fernando.
27:07Merci beaucoup de nous accueillir.
27:10On est ravis de venir découvrir votre nouvelle adresse, Paris-Buenos Aires.
27:14Cette fois-ci, vous êtes rive gauche.
27:16Et dès qu'on rentre dans la salle, on sent déjà un premier indice.
27:20Il est olfactif puisqu'on sent un peu le feu de bois.
27:22C'est quoi finalement cette adresse par rapport à Biondi, tes autres adresses ?
27:26Ici, c'est une définition un tout petit peu plus claire de notre cuisine.
27:30Donc on a vraiment les classiques de l'Argentine profondes.
27:34Un chemin un tout petit peu plus léché.
27:36Oui.
27:37Et un tout petit peu plus de finesse.
27:39Allez, c'est parti.
27:40On déguste carabineros avec le chimichurri maïs et au version fumée pour répéter.
27:48Donc je te serre.
27:50C'est un tout petit peu une langouste quand même le carabineros.
27:52Il reste un produit vraiment...
27:56Tu vas sentir le iode à l'état pur.
27:59Ça, les carabineros, ils viennent d'où ?
28:02Ça vient de Catalogne.
28:04Ils ont besoin de l'eau douce et l'eau maritime.
28:07Alors, picanis asservi avec épinards et pleurotes.
28:11Tout à fait.
28:11Avec une sauce au poivre.
28:13Tout à fait.
28:14Enfin, une sauce au poivre, poivre si chouenne, si ça, poivre.
28:17Si chouenne, poivre indonésienne aussi.
28:20On fait un mélange et après on travaille avec le cognac, porto et pastis.
28:25On fait un flambé, trois alcools et après on va retrouver des arômes différents.
28:30Pour le dessert, je te propose de goûter un malvec, un tout petit peu atypique.
28:36Ça part super malvec, mais il n'y a pas beaucoup de malvec.
28:39On a injecté un tout petit peu de pinot noir et de tempranillo.
28:44Et ça crée un vin léger pour le dessert.
28:46Est-ce que ça te va ?
28:47Ça me va très bien.
28:48Allez, c'est parti.
28:49C'est un dessert qui marque.
28:51C'est un marqueur.
28:52Et au-delà, c'est un dessert que même les gens qui ne savent pas le sucre, ils peuvent le partager.
28:59C'est assez surprenant parce que le goûter des lechers, on imagine toujours quelque chose d'assez écœurant.
29:06Et difficile à travailler.
29:07Difficile à travailler aussi.
29:09Moi, j'imagine toujours les grands-mères qui font ça sur la casserole et qui passent des heures et des heures à remuer.
29:14Ils parlent du caramel.
29:15Il faut les trouver, sublimer la finesse.
29:18Sublimer la finesse.
29:19Alors, c'est vrai que c'est décadent comme dessert.
29:22On se fait plaisir.
29:23On le sait qu'on se fait plaisir quand on le mange.
29:25Mais ce n'est pas du tout écœurant.
29:27Et c'est extrêmement bien.
29:28Le crumble justement qui est salé, un peu amer, avec le malbec en plus, c'est génial.
29:35Très bien.
29:35C'est vraiment parfait.
29:37Merci beaucoup Fernando d'avoir partagé ce repas, de nous avoir montré en cuisine ce qui s'y passait.
29:43Tu reviendras sur Bouche B.
29:45Peut-être qu'on découvrira de nouvelles adresses.
29:47Avec grand plaisir.
29:48A bientôt.
29:49Merci beaucoup.
29:50Merci Béatrice pour cette virée gustative.
29:53La grande interview, c'est maintenant.
29:54Je suis allée à la rencontre d'Alain Neymarck, qui est président de la marque de luxe mais accessible, Mauboussin.
30:00Un rendez-vous rue de la Paix dans le quartier des joailliers.
30:03Pour cette grande interview, j'ai le plaisir de recevoir Alain Neymarck, qui est président de Mauboussin, joaillier français, dont la maison remonte au 19e siècle.
30:16Au fil des décennies, Mauboussin a su évoluer pour devenir une marque iconique du luxe accessible.
30:22Et nous allons revenir sur ce parcours.
30:24Bonjour Alain Neymarck.
30:25Bonjour.
30:26Ces dernières semaines, Le Monde a beaucoup parlé de bijoux, notamment avec le vol du Louvre, le cambriolage notamment des couronnes royales.
30:35Vous, en tant que professionnel de la joaillerie, comment est-ce que vous avez réagi à ces annonces ?
30:43Je crois que je n'y ai pas réagi en tant que professionnel du métier.
30:46J'y ai réagi en tant que citoyen.
30:48D'accord.
30:50Ce n'est pas un vol de bijoux.
30:51C'est un vol d'un élément central du patrimoine de la France.
30:57Et c'est en cela que c'est choquant.
31:00Ce n'est pas la valeur vénale des objets.
31:02D'abord parce que je ne suis pas convaincu qu'on puisse véritablement fixer une valeur vénale.
31:08On pourrait tout juste fixer une valeur entre guillemets de remplacement et comment remplacer les joyaux de cette nature.
31:13De l'histoire.
31:14Donc je ne crois pas non plus qu'il y ait une valeur en démontant les dix objets.
31:20Parce que d'abord, qui accepterait de démonter de tels objets ?
31:25Mais c'est intéressant quand même de se poser la question de savoir qui commandit finalement des actes.
31:31Parce que les petits délinquants qu'on a arrêtés ne sont certainement pas à l'origine de l'affaire.
31:38Et justement, en essayant de trouver, s'il pouvait y avoir un côté un peu positif de l'affaire,
31:45c'est de voir que finalement, énormément de monde s'émeut encore qu'un vol d'une partie de l'histoire, de bijoux, de la France, soit réalisé.
31:57Ça, ça ne vous a pas fait quelque chose ?
31:59En tout cas, moi je me suis dit, c'est aussi beau de voir que quand on touche encore à l'histoire, à des bijoux, ça fait vraiment réagir toute la France.
32:07Si en fait c'est le cas, alors il est presque salutaire, ce vol.
32:15Parce que c'est vrai qu'au cours des dernières années, on peut avoir des doutes sur l'attachement d'une partie significative de la population à son patrimoine historique.
32:27Alors que là, véritablement, les réactions sont assez unanimes pour regretter l'acte.
32:34Mais bon, voilà, c'est un...
32:37Beaucoup de gens ont dit beaucoup de choses sur la sécurité, etc.
32:42Bon, je crois que nous, nous sommes particulièrement sensibles au problème de la sécurité quand on est joaillier, quand on a des magasins et tout.
32:53Donc c'est effectivement un sujet, mais pour moi, ce n'est pas le sujet du vol d'un musée.
32:59Et je dirais que c'est presque une publicité pour l'histoire de France.
33:08C'est en tout état de cause une publicité pour le musée du Louvre.
33:13Et je suis content que ça renforce l'image du Louvre comme un musée et moins comme un centre commercial.
33:21Oui. Et justement, vous avez parlé de sécurité.
33:24Est-ce que vous, le fait que peut-être de plus en plus de personnes soient attirées par des bijoux, est-ce que ça vous inquiète ?
33:33Est-ce que vous dites qu'il faut renforcer la sécurité des boutiques ?
33:36Comment est-ce que vous voyez ça peut-être en interne ?
33:39Si vous voulez, la sécurité, c'est un sujet permanent.
33:42Oui, j'imagine que c'est un sujet phare.
33:44On ne va pas renforcer particulièrement parce qu'il y a eu ce vol-là.
33:47On sait que c'est compliqué.
33:50On sait qu'en plus, le renchérissement des matières premières peut probablement susciter chez certains des vocations à essayer de s'emparer de pièces chères.
34:02Donc, mais bon, c'est aussi la vie de ce métier.
34:06Plus vous faites, plus vous travaillez des métaux précieux, des matières précieuses, plus vous savez que vous allez être convoité.
34:17Donc, rien de neuf sous le soleil.
34:19Oui, ça ne vous inquiète pas plus que ça.
34:21Et justement, par rapport à cette montée de l'or, de l'argent, comment est-ce que vous, au sein de Montboussin, vous gérez cela ?
34:29D'abord, je dis à peu près toujours la même chose à ce sujet, c'est que l'or, il augmente pour tout le monde.
34:35C'est-à-dire qu'à l'intérieur d'un métier, notamment chez nous, du métier de la haute joillerie, ça nous concerne tous de la même manière.
34:44Donc, quand ça concerne tous les acteurs d'un même métier, ça s'équilibre.
34:50Maintenant, c'est vrai que c'est un sujet par rapport à nos clients, sur la possibilité d'acquérir ou de ne pas acquérir.
35:01Mais au fond, il y a eu beaucoup d'évolutions au cours des 24, 36 derniers mois sur ce marché du bijou, ce marché de la joaillerie.
35:12C'est vrai qu'on vend plus d'objets en argent aujourd'hui qu'on en vendait il y a 4 ans.
35:18Et c'est vrai aussi que ça n'est pas qu'à cause du prix.
35:21C'est parce que l'argent, qui est un métal précieux moins cher, nous amène souvent à faire des pièces plus volumineuses.
35:28C'est-à-dire qu'en fait, on a tendance à dire, en tous les cas chez nous, chez Montboussin,
35:32qu'on va faire des pièces plus extravagantes en argent, voire plus extravagantes en platine,
35:39puisque la valeur platine a baissé par rapport à la valeur or, compte tenu de l'augmentation différente du coût de la matière première.
35:47Et on va faire des objets plus minimalistes en or.
35:52L'évolution du temps présent va dans le sens de l'histoire, pour moi.
35:56L'or va renforcer en fait son caractère minimaliste, son caractère mesuré dans la présentation au monde.
36:07Mais il continuera à représenter pour les femmes, non pas une fascination à cause de son prix,
36:14mais un fantasme compte tenu de sa légèreté.
36:19— D'accord. Donc c'est pas forcément le marché financier qui va avoir un impact sur l'esthétique.
36:27— Non, exactement. Le marché financier, au fond, l'or est un métal spéculatif, c'est clair,
36:34c'est un métal spéculatif. Il y a des faits assez curieux. L'or augmente, le diamant baisse aujourd'hui.
36:41Donc il faut voir que ce sont des appréciations sur des types de spéculations donnés.
36:46L'or augmente aussi vite parce qu'il est un objet de spéculation d'État.
36:51À un moment donné où les monnaies essouffrent, on les couvre davantage probablement avec de l'or.
36:58Ça rejoint les périodes d'État-l'or qu'on a pu connaître il y a une cinquantaine d'années.
37:03Donc en fait, on vit cette spéculation.
37:06Mais vous savez, quand on a une augmentation du coût de l'argent, du prix du métal-argent,
37:11ce n'est pas une spéculation, c'est un rapport avec la consommation.
37:16C'est-à-dire qu'il y a de plus en plus d'objets qui sont faits en argent, le prix de l'argent augmente.
37:21Et là, c'est vraiment un phénomène de marché.
37:24Et le platine, c'est un peu entre les deux.
37:27C'est souvent la demande qui crée une augmentation du prix du métal.
37:33Mais ça peut être aussi un élément spéculatif.
37:39Maintenant, derrière ça, au fond, vous n'achetez pas un bijou, enfin je l'espère.
37:44Vous n'achetez pas un bijou pour sa valeur...
37:46Émotionnelle ?
37:48Vénale.
37:48Vous achetez en fait pour sa valeur émotionnelle, affective et créative.
37:54Et je pense que c'est là que s'est situé le challenge de Montboussin depuis 25 ans.
38:05Mais 25 ans, c'est peu sur 200 ans d'histoire, puisque la maison aura 200 ans dans deux ans.
38:12Parce que c'est vrai qu'on remarque que vous faites partie de ces maisons de luxe assez accessibles.
38:18On a quand même des prix qui sont plus bas que certaines maisons.
38:22Ça, du coup, sous cette situation au niveau des matières premières, ça ne s'applique pas sur vos prix ?
38:28Enfin, ça ne se ressent pas sur les prix ?
38:31Vous savez, d'abord, il faut se poser la question sur qu'est-ce que l'accessibilité ?
38:36L'accessibilité, avant d'être une accessibilité monétaire, c'est une accessibilité créative.
38:45C'est-à-dire que vous allez aller vers telle maison ou telle marque parce que vous vous sentez attiré par sa création,
38:54parce que vous vous dites « cet objet, j'ai envie de le porter » ou « cet objet, j'ai envie de l'offrir ».
39:01N'oublions pas qu'un bijou qu'on échange ou qu'on s'offre à soi-même, c'est une empreinte de bonheur.
39:09Donc c'est ça le point de départ de l'histoire.
39:12Donc cette disponibilité créative, donc cette accessibilité,
39:20cette accessibilité, ensuite, elle a un complément qui est effectivement la question du prix auquel on peut acheter le bijou.
39:28Mais vous savez, il y a 25 ans, quand j'ai commencé à mettre le prix sur les publicités,
39:32c'est parce qu'en fait, je souhaitais que la femme ait la capacité à se dire « je le veux » parce qu'en fait, elle se disait « je le peux ».
39:40Oui, je peux me l'offrir à moi-même.
39:42Voilà, exactement.
39:44C'est le passage du « je le veux » au « je le peux ».
39:46Alors est-ce que le passage du « je le veux » au « je le peux » souffre en période de renchérissement des prix ?
39:52Sûrement un peu, mais seulement un peu.
39:55Parce qu'en dehors de bijoux qui sont tout en or, la part de l'or est quand même minoritaire dans le prix de revient de l'objet.
40:04Donc ça, ça ne peut pas du jour au lendemain, même si l'or a beaucoup augmenté,
40:08je vous rappelle quand même, il y a à peu près un an, l'or était aux alentours de 80 000 euros,
40:16et aujourd'hui il est aux alentours de 120 000,
40:18donc c'est quand même une augmentation très importante, de près de 50 %,
40:22mais malgré tout, on raisonne sur des grammes d'or.
40:26C'est-à-dire que donc, il faut considérer que c'est un renchérissement,
40:30mais ça n'est pas un obstacle, un surmontable pour la majeure partie des gens.
40:34Et puis en parallèle de ça, il y a beaucoup de choses qui sont passées chez Mauboussin,
40:37vous pouvez acheter des bijoux en 10 fois sans frais.
40:40Il y a tout un... Le prix n'est pas simplement une valeur,
40:43c'est une valeur qu'on accompagne avec un certain nombre d'éléments
40:47qui permettent de le rendre accessible.
40:50Bon, et puis, le troisième élément d'accessibilité très important,
40:55c'est l'accessibilité géographique.
40:58Aujourd'hui, vous avez chez Mauboussin, en tous les cas,
41:01on est dans un univers où sur le territoire français, on a 80 boutiques.
41:05Ça veut dire qu'indépendamment d'une cinquantaine de détaillants sur le territoire
41:09qui nous vendent en complément,
41:10et à côté du site internet qui permet aussi d'acheter.
41:14Ce qui est très important, c'est que vous puissiez évaluer ce bijou sur vous.
41:18C'est... Et même, je dirais, pour celui qui vous l'offre,
41:23de pouvoir, dans le magasin, se rendre compte de ce que ce bijou va être pour vous.
41:30L'accessibilité, c'est ça aussi.
41:32Alors, évidemment, les éléments d'environnement comptent.
41:36C'est sûr que l'augmentation du prix des matières premières joues est longue des prix.
41:42C'est sûr que l'environnement social et politique un peu perturbé
41:47peut freiner certains élans de consommation.
41:51Mais il ne faut jamais, comment dire,
41:55surévaluer le marginal par rapport au central.
41:59Ce qui fait l'envie du bijou,
42:03c'est l'impérissable besoin de bonheur et de le prouver.
42:08Ce tournant vers l'accessibilité,
42:13est-ce qu'il y a eu un tournant ou ça a toujours été comme ça
42:15depuis la création de la marque ?
42:17C'était au cœur de son ADN ?
42:20Vous savez, quand on lit 200 ans d'histoire,
42:23on a envie de le lire à sa sauce et à sa manière
42:26et pour y retrouver des légitimités.
42:29On peut dire qu'au milieu du 19e siècle,
42:32quand la maison Momboussin a développé un brevet
42:36qui permettait d'alléger les parures de haute jouerie
42:40de manière à les rendre plus confortables,
42:44c'était aussi une démarche vers une accessibilité plus grande.
42:48On peut dire que dans les années Art Déco,
42:50quand Momboussin, indépendamment des pierres précieuses,
42:54a développé l'utilisation des pierres fines
42:56et que ça a permis de rendre des joyaux beaucoup moins chers
42:59parce que les pierres étaient moins chères,
43:02ça allait dans ce sens-là.
43:03Mais ça, c'est une lecture a posteriori.
43:05Moi, la réalité de mon credo,
43:09c'était qu'il y a 20 ans, un peu plus de 20 ans, 25 ans,
43:14je pensais que la femme assumerait de plus en plus
43:17ses propres choix
43:18et que de la même manière qu'il y a 25 ans,
43:22elle allait chez Saint-Laurent-Rive-Gauche
43:24acheter elle-même ses tenues,
43:28elle allait pouvoir aller chez Momboussin acheter ses bijoux
43:31parce que les prix n'étaient pas à ce point incohérents
43:35les uns avec les autres.
43:36Donc, tendance ou en tous les cas
43:40préoccupation historique chez Momboussin,
43:49sûrement,
43:50mais pas uniquement chez Momboussin,
43:53je pense que chez presque tous les acteurs de la haute jewelry.
43:57Et puis voilà, et puis aujourd'hui,
43:59c'est sûrement un peu plus tard du temps.
44:00Oui. Vous avez parlé de 80 boutiques en France.
44:03Vous avez aussi opéré à une véritable démarche de relocalisation
44:07depuis une dizaine d'années.
44:08Est-ce que ça, c'était un défi pour une maison de joaillerie
44:11de trouver tous les savoir-faire en France, etc.?
44:13C'était très transgressif quand moi je suis arrivé en 2002
44:19d'aller faire les bijoux en Chine
44:24ou en Thaïlande en prétextant à l'époque
44:28que ce que Tiffany faisait très très bien,
44:33Momboussin pourrait le faire aussi
44:34puisqu'à l'époque, je suis allé faire mes bijoux
44:38ou faire mes bijoux dans des usines
44:40qui travaillaient beaucoup pour Tiffany en Asie.
44:45L'Asie, c'est loin, pour être clair,
44:47et c'est surtout loin pour un créatif
44:49qui est en même temps le patron d'une petite maison.
44:53Donc à un moment donné, j'ai eu besoin de rapatrier
44:56et je l'ai fait en 2014,
44:57donc bien avant tout ce qui s'est dit sur la relocalisation.
45:02Je l'ai fait tout simplement parce que
45:04c'était beaucoup plus facile pour moi.
45:06Je sors à peu près des bijoux toutes les 6 semaines.
45:10Donc le travail permanent avec l'atelier est indispensable.
45:14Et les allers-retours aussi constants, j'imagine.
45:16Et vous ne pouvez pas faire ça quand c'est à Hong Kong
45:18ou à Shenzhen, voire à Bombay
45:21quand on les a fabriqués en Inde.
45:23Vous pouvez avoir 2 campagnes par an
45:25pendant lesquelles vous allez passer 2 semaines
45:28ou 3 semaines à concevoir vos bijoux,
45:31mais vous n'aurez jamais le travail d'artisan
45:36que je peux faire ici.
45:38Et vous avez parlé tout à l'heure justement
45:39du fait que vous affichez les prix.
45:41C'est vrai qu'on les voit pour ceux qui prennent le métro parisien.
45:44Il y a des belles affiches et puis le prix affiché.
45:46Ça, c'est justement des manières de communiquer
45:49sur votre accéderité, votre côté grand public.
45:51Qu'est-ce que vous faites comme méthode justement ?
45:55En tout cas, le mot-boussin est très présent dans le grand public.
45:59La première des choses, c'est de créer régulièrement.
46:02Parce qu'en fait, en ayant beaucoup de magasins,
46:05j'offre l'opportunité aux femmes de France
46:09de venir dans nos magasins
46:11et de venir regarder toutes les 6 semaines
46:13une nouvelle création.
46:16Venir la voir, ça n'est pas venir l'acheter,
46:18c'est venir déjà respirer une interprétation
46:24de l'air du temps au travers du bijou qui est créé.
46:28Maintenant, la publicité,
46:33la publicité grand public,
46:34c'est une publicité au service du produit.
46:39En fait, quand moi je suis arrivé dans le métier,
46:41il n'y avait pratiquement que de la publicité institutionnelle.
46:44On faisait de la publicité sur les marques,
46:46on faisait peu de publicité sur les produits spécifiquement.
46:50Pour moi, c'était impensable de continuer à faire ça
46:53parce que si vous concevez votre métier,
46:56pas simplement comme un métier d'excellence,
46:58pas simplement comme un vendeur de trophées,
47:01pas simplement comme un vendeur de preuves
47:04de sa puissance financière,
47:06mais comme effectivement un vendeur de création,
47:10vous avez impérativement besoin de la présenter.
47:12La présenter, c'est la présenter dans la pub
47:14parce que la pub, c'est un élément de communication
47:18d'abord de la création.
47:20Et c'est là où l'association avec le prix,
47:23pour blasphématoire qu'il ait été vécu,
47:25ne l'est pas du tout.
47:27Parce qu'au fond, j'ai eu une interview,
47:29il y a 20 ans, un journaliste m'a dit
47:32« Mais vous avez conscience que beaucoup de gens disent
47:34que le prix sur la pub, c'est blasphématoire ? »
47:40Et puis blasphématoire, pourquoi ?
47:41Vous pensez franchement...
47:42Par rapport à qui ?
47:43Monsieur, vous êtes marié.
47:44Il me dit oui.
47:46Vous arrivez d'acheter des bijoux, probablement.
47:49Ça vous est arrivé.
47:50Est-ce que vous pensez que votre femme a mesuré
47:53la quantité d'amour qu'elle avait pour vous
47:56au nombre de billets que vous avez dépensés
47:59pour acheter des bijoux ?
48:02Est-ce que l'amour est proportionnel à l'argent ?
48:04Non.
48:05Alors laissez-moi mettre le prix sur la pub.
48:07On va parler tout de suite des tendances, justement,
48:11un bijou, mais tout de suite, je vais vous montrer
48:13un micro-trottoir qu'on a réalisé dans la rue.
48:16J'en mets beaucoup par occasion,
48:19surtout dans des fêtes ou dans des mariages,
48:23des choses, des événements comme ça,
48:24ou par exemple des rendez-vous importants.
48:26Plutôt de l'argent, mais sinon j'aime tout.
48:28C'est moi qui achète mes bijoux, plus de 1000 euros, je pense.
48:31Je ne porte pas de bijoux précieux au quotidien.
48:34J'ai quelques bijoux auxquels je suis attachée
48:38parce qu'on les a offerts.
48:39Je les porte rarement parce que je n'y pense pas.
48:42J'ai des bijoux qui me viennent de ma famille,
48:45quelques bijoux que j'ai vus porter par ma mère,
48:48par des gens que j'aime.
48:49Pour une bague, je peux mettre 3 000 à 4 000 euros
48:54si la pierre me plaît vraiment.
48:57J'aime beaucoup les saphirs clairs, les pierres colorées.
49:00Ma grand-mère, elle emporte énormément,
49:03donc je pense que c'est héréditaire.
49:05Je me sens nue quand j'oublie de mettre les bijoux, ça m'arrive.
49:08Je trouve ça désagréable.
49:10Je trouve que la journée ne commence pas de la même façon.
49:13Je trouve que les bijoux, c'est quand même un gain.
49:15C'est-à-dire que dans la tenue, ça rajoute quelque chose en plus,
49:17un supplément.
49:18De base, moi, je n'étais pas trop bijou,
49:19mais j'ai pu apprendre au fil du temps
49:21que les bijoux, c'était aussi culturel.
49:24Vous aurez plus de chances de voir une personne de couleur noire
49:27porter de l'or par rapport à de l'argent
49:29parce que ça a une signification.
49:32Vu que je suis étudiant, je ne pourrais pas mettre beaucoup forcément.
49:35J'espère plus tard pouvoir mettre selon mes envies plutôt.
49:39Pour une montre, ça peut être dans les alentours de 100 à 200 euros.
49:41Ma mère vient de décéder il y a deux mois
49:44et c'est son alliance que j'ai voulu.
49:50L'histoire autour de cette bague, c'est que quand on était enfant,
49:55elle enlevait sa bague.
49:57Un jour, elle a disparu devant l'évier où elle faisait la vaisselle.
50:02Alors, mon papa n'était pas très content de ça.
50:06Donc, il lui a dit qu'il va falloir attendre.
50:09Je ne sais pas combien de temps d'année qu'elle a attendu,
50:13mais il lui a offert cette bague-là avec cinq diamants
50:19pour nos cinq membres de la famille.
50:22Je la porte tout le temps pour rester auprès d'elle.
50:28Petit budget.
50:30Je n'ai pas les moyens,
50:31mais j'ai plein de bijoux partout
50:34que mon père offrait souvent à ma mère.
50:39Et j'en ai.
50:39Mais de nos jours, on ne peut pas trop les porter en public.
50:43Alors, est-ce que vous avez une réaction à chaud, déjà ?
50:47Il y a beaucoup de choses qui ont été dites
50:48et des choses passionnantes.
50:52La jeune femme qui disait
50:53« Je me sens nue, sans bijoux ».
50:56La première qui disait
50:59« J'ai besoin des bijoux, des bijoux en argent,
51:01des bijoux qui me permettent de m'exprimer ».
51:05La dame qui disait
51:07« Je ne mets pas les bijoux ».
51:12Je ne mets pas les bijoux.
51:14Enfin, je ne mets pas les bijoux,
51:16mais quand même, je les achète.
51:17Et je les achète
51:183-4 000 euros avec des pierres de couleur.
51:21Donc, ça veut dire que c'est quelqu'un
51:22qui achète des bijoux.
51:24Mais ça veut dire qu'en l'occurrence,
51:26elle n'a pas envie de les afficher
51:28comme des trophées.
51:29Et c'est très intéressant.
51:30Oui, ça, il y a eu deux fois le côté
51:31« Je n'ai pas forcément envie de les afficher dans la rue, etc. »
51:34Exactement. Et la dernière, c'est très touchant.
51:37Parce que la dernière, c'est celle qui exprime
51:39qu'au fond, le bijou,
51:41c'est la transmission
51:43de l'émotion de l'enfance
51:45et de l'émotion
51:46de ses parents.
51:49Et je dirais que, voilà,
51:50c'est beaucoup de choses qui ont été dites
51:51sur le bijou, sur ses différentes facettes.
51:54Beaucoup d'émotionnel, en tout cas.
51:55Mais ça, c'est vrai que...
51:56Est-ce qu'il y a un best-seller
51:58chez Mauboussin ?
51:58Justement quelque chose
51:59qui touche peut-être
52:00toutes les générations
52:01ou alors quelque chose
52:02qui s'achète ?
52:04Il y a un best-seller
52:06qui, en fait,
52:07le simple, c'est que
52:08c'est le premier bijou
52:09que j'ai dessiné chez Mauboussin.
52:10C'est la bague de fiança
52:12et de la Chance of Love.
52:14Cette bague a une histoire
52:15parce qu'en fait,
52:17elle va être créée
52:18pour la Saint-Valentin 2005.
52:20Donc, je la sors en décembre 2004.
52:24Et c'est le premier bijou
52:26que je sors.
52:28À l'époque,
52:28je n'ai pas la direction artistique.
52:29C'est ce qui va décider
52:30du fait que je vais,
52:31que je vais, en fait,
52:33rester dans le métier
52:34parce qu'en parcours,
52:36vous l'avez sûrement abordé avant.
52:39J'ai passé 17 ans
52:41dans la mode et le textile
52:41avant d'arriver en gelerie.
52:43Et quand je suis arrivé en gelerie,
52:44j'ai appris le métier.
52:45Et c'est la première des choses.
52:47Et ce solitaire-là,
52:49c'était un solitaire
52:50qui est né
52:51de la constatation
52:53que j'avais faite
52:53en magasin
52:54parce que quand je sois
52:54allé chez Maboussin,
52:56je travaillais le samedi
52:57dans la boutique
52:59de la place Vendôme
53:01où je mettais la vente
53:04pour comprendre le métier.
53:06Et les femmes,
53:07à l'époque,
53:09exprimaient l'envie
53:10quand on leur montrait
53:11les bagues de fiançal
53:12d'une bague
53:13où le diamant
53:14ne soit pas enfermé,
53:16enterré quelque part.
53:18Et donc,
53:19la Chains of Love,
53:20c'est en fait un diamant
53:21qui est émergent
53:24et autour duquel
53:25on a mis un trèfle
53:27qui est un trèfle en diamant
53:28qui exprime l'harmonie
53:31parce que les fleurs,
53:33ça exprime l'harmonie.
53:35Et tout le monde m'a dit
53:36qu'il ne faut pas lancer
53:37ce bijou maison
53:38parce que comme le diamant
53:41est extérieur,
53:43il va s'accrocher aux vêtements.
53:44Et j'ai dit
53:46je m'en fous
53:47parce que moi,
53:49j'entends mes clients
53:50dans le magasin
53:51et je suis sûr de ça
53:52et je suis sûr de l'histoire.
53:54Et aujourd'hui,
53:54on peut dire
53:55donc que ça fait 20 ans après.
53:5920 ans après,
53:59on a dû vendre
54:00170 000 pièces.
54:02C'est le best-seller.
54:04Il y a d'autres best-sellers
54:05de ces années en tous les cas.
54:08Il y a d'autres best-sellers.
54:09Il y a une bague
54:10notamment que j'ai dû lancer
54:12en 2010.
54:14ce qui s'appelle
54:15le premier jour
54:16et qui est une bague
54:18avec trois anneaux
54:21qui sont des effets
54:22de petites boules d'or.
54:24Et les petites boules d'or,
54:25c'est des boules de bonheur
54:26sur lesquelles vous construisez
54:28votre vie.
54:30Et pourquoi trois ?
54:31Parce qu'en fait,
54:32il y a une route
54:34qui est la vôtre
54:34et la route de votre partenaire
54:37et la route
54:38que vous construisez ensemble.
54:39Et justement,
54:40en termes de tendance aujourd'hui,
54:41quels seraient
54:43les bijoux que Mauboussin
54:45fait les trois dernières années
54:47peut-être par rapport
54:48à une évolution de goût
54:50de 25 ans ?
54:50Je vais prendre les bijoux
54:51que je viens de savoir.
54:52Oui.
54:52C'est assez simple.
54:54Oui, parce que j'imagine
54:54que c'est réalisé en tant que ça.
54:56C'est un bijou qu'il vient de faire
54:57et où on peut parler
54:58des performances
54:58et probablement
54:59de l'avenir des performances.
55:01Il y a un bijou en argent.
55:02Je ne peux pas prendre une cache.
55:03C'est plutôt argent ?
55:04On va prendre un en or juste après.
55:07D'accord.
55:08Il y a un bijou en argent
55:10qui s'appelle 1955,
55:15vouloir et oser.
55:16Cette bague vouloir et oser 1955
55:18est très symbolique
55:20parce qu'en fait,
55:211955, c'est la date
55:22où nous décidons
55:23de nous implanter
55:24Place Vendôme
55:25et où nous décidons
55:26de nous implanter
55:27dans la rue
55:28avec un magasin.
55:29Jusque-là,
55:30c'était toujours en étage.
55:32Et cette bague,
55:34pourquoi vouloir et oser ?
55:35Parce que c'est très important
55:37comme message dans la vie.
55:39Il faut vouloir,
55:40mais il faut oser.
55:42Et la bague, exactement.
55:44Et la sculpture
55:46marque qu'entre le vouloir
55:51et l'oser,
55:51il y a un pont
55:53qui est fait
55:54des gaudrons
55:57mauboussins.
55:59Et c'est parce qu'il y a
56:01mauboussins
56:01que vous allez oser.
56:02Mais en termes d'esthétique,
56:03comment vous avez réfléchi ?
56:04Parce que,
56:05il y a le message,
56:06mais aussi l'esthétique,
56:07j'imagine que ça touche
56:08la génération 2025.
56:11J'ai pensé
56:11que cette génération-là,
56:13elle était preneuse
56:16d'une bague
56:17faite de lignes courbes
56:19et qui pouvaient vivre ensemble
56:22et de lignes courbes séparées.
56:25Et qu'au fond,
56:26la vie ensemble
56:27allait permettre
56:28d'apporter le bonheur.
56:32Et puis,
56:32je crois que s'il y a une poussée
56:34assez forte aujourd'hui
56:36de l'or jaune,
56:37c'est parce que l'or jaune,
56:39c'est jaune,
56:39et que le jaune,
56:40c'est la joie
56:41et c'est l'énergie,
56:43et que les gens d'aujourd'hui
56:44ont besoin de joie
56:46et d'énergie.
56:47En tout cas,
56:47sur ces modèles,
56:48il n'y en avait qu'un seul
56:49qui avait des petites pierres.
56:50C'était plutôt, du coup,
56:51axé matériaux, métaux.
56:54Oui, parce que...
56:56Oui, c'est sûrement,
56:57en tous les cas,
56:58implicitement,
56:59quelque chose
56:59que j'exprime.
57:01C'est que les pierres
57:02qui sont...
57:04Vous savez,
57:04la pierre,
57:04elle incarne la femme
57:07ou elle incarne l'émotion.
57:08L'émotion,
57:09c'est l'embelle comme le vent.
57:10Le diamant,
57:13c'était dans le Chance of Love,
57:15c'était ce diamant émergent
57:16qui est la femme.
57:19Et l'autre bague,
57:20peut-être,
57:20qui représente
57:21Terre du temps,
57:21qui est un tout petit peu
57:23plus âgée,
57:23qui a huit mois d'existence,
57:26c'est une bague en platine
57:28qui s'appelle Diam Diam,
57:33où vous avez un pavage
57:34de diamants
57:35parce que c'est le pavage
57:36de la rue.
57:38Et le pavage de la rue,
57:39au centre de cette rue,
57:42il y a un diamant
57:43qui est un diamant.
57:44Donc le pavage
57:44fait 0,52,
57:46je crois.
57:47La pierre de sang
57:48fait 0,48
57:49et la pierre de sang,
57:50c'est la femme.
57:51Et la femme,
57:52au milieu de cette rue,
57:54c'est mon concept
57:55de la princesse de la rue.
57:57C'est ça,
57:57la vocation de mon boussin.
57:59C'est parce que mon métier,
58:00c'est de parer
58:01la princesse de la rue
58:02bien au-delà
58:03des têtes couronnées,
58:04même si ça m'arrive
58:05de faire des couronnes
58:07pour des princesses
58:09dans le cours.
58:12Moi, au fond,
58:14de faire la couronne
58:14de Miss France,
58:15ça symbolise
58:16tout ce que je pense
58:20en fait
58:20de la magie
58:21de ce métier.
58:22C'est que
58:23je suis là
58:24pour le bonheur
58:24de toutes,
58:26pas seulement
58:26pour le bonheur
58:27de quelques-unes.
58:28Merci beaucoup Alain Lemarque,
58:29je rappelle que vous êtes
58:30président de Mauboussin
58:31et merci à vous toutes
58:32et tous
58:32de nous avoir suivis
58:33cette expérience.
58:35Et voilà,
58:36c'est déjà la fin d'Expérience,
58:37l'émission qui vous fait vivre
58:38la culture autrement.
58:40Merci à tous nos chroniqueurs,
58:41nos intervieweurs,
58:42nos reporters,
58:43Jamal Gulb,
58:44Anne Bassi,
58:45Laurent Meff,
58:46Béatrice Constant
58:47et puis derrière la caméra,
58:48Juliette Miglierina
58:49et Alexandre Loray.
58:50Merci à vous toutes et tous
58:52de nous avoir suivis
58:53cette expérience
58:54et je vous dis
58:54au mois prochain.
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