00:00BFM Business et RMC Live présentent la matinale de l'économie.
00:05Good morning business.
00:08Il est 8h43 sur BFM Business et sur RMC Live.
00:11Marc Fiorentino vient de nous rejoindre.
00:13Il est très en forme.
00:14Avant d'entendre toutes vos analyses sur l'actualité de la semaine,
00:16je donne cette information à Ubisoft qui annonce un décalage de ses résultats semestriels,
00:21le temps d'un retraitement de ses comptes
00:24et qui annonce une cotation à nouveau à partir de 10h.
00:27Ça va être chahuté.
00:30Quel parcours, cette entreprise, c'est vraiment incroyable.
00:34Moi j'étais administrateur d'Ubisoft pendant 6 ans,
00:37avant l'offensive Bolloré,
00:40et je suis surpris de voir l'état de l'entreprise.
00:44Aujourd'hui ?
00:45Aujourd'hui, oui. Et peiné d'ailleurs.
00:47On revient à l'actualité de la semaine.
00:49Ces patrons qui sont énervés, qui sont critiqués par le gouvernement,
00:53eux-mêmes de s'énerver comme s'ils ne reconnaissaient pas les efforts sur le budget,
00:57s'ils n'étaient pas assez calmes.
00:59Qu'est-ce que vous avez pensé des sorties de Sébastien Lecornu ?
01:02Je pense qu'il y a plusieurs éléments.
01:04D'abord, c'est un sujet très important.
01:05C'est un sujet très important parce que déjà, je conteste le terme de patron.
01:09C'est-à-dire que je pense qu'il faut arrêter.
01:11Ça fait partie de ces termes comme la retraite par capitalisation,
01:14la retraite par l'épargne, les patrons.
01:16Non, on sait que c'est une connotation négative.
01:19Est-ce qu'un dirigeant d'entreprise, de TPE, de PME, d'ETI, est un patron du CAC 40 ?
01:27Absolument pas.
01:28Ce sont des gens qui se lèvent le matin, qui ont des responsabilités,
01:32qui doivent payer des salaires,
01:35qui doivent assurer la continuité de leur entreprise,
01:39qui sont confrontés à des difficultés.
01:41Donc, je pense que le problème qu'on a,
01:43qui est un problème qui est très propre à la France, d'ailleurs,
01:46parce qu'aux États-Unis, par exemple,
01:47tous les hommes politiques, et notamment les gouvernants,
01:50sont des gens qui sont passés par l'économie réelle.
01:52Donc, c'est quand même assez savoureux de voir que ceux
01:55qui sont en train de dire qu'ils veulent taxer l'économie improductive
02:00ne connaissent pas l'économie productive.
02:03Ils sont eux-mêmes totalement improductifs.
02:05Ils n'ont jamais créé de richesse.
02:06Ils sont non seulement totalement improductifs,
02:09ils sont contre-productifs.
02:11Et en plus, ce qui est très amusant aussi,
02:13c'est qu'ils n'investissent même pas.
02:15Parce qu'ils veulent taxer la fortune improductive.
02:17Mais quand vous regardez les portefeuilles et les patrimoines des ministres,
02:21surtout, parce qu'évidemment, ça serait très mal vu en France,
02:24ils n'ont pas d'action.
02:25Donc, ils n'ont que ce qu'ils appellent de la fortune improductive.
02:29Ils ont un peu d'immobilier, ils ont du cash.
02:31Enfin, ils ont très peu d'argent.
02:33Bon, ce n'est pas grave.
02:34Mais ils n'investissent pas le peu qu'ils ont.
02:36Ça ne me dérange pas qu'ils aient quoi que ce soit.
02:38Ils n'investissent pas.
02:39Donc, je pense qu'on a un problème de rupture.
02:42C'est-à-dire qu'il y a une incompréhension.
02:43C'est vrai que quand on a...
02:44Prenons le Premier ministre.
02:45Il n'a jamais travaillé en entreprise.
02:47Bon, il a à peine fini ses études.
02:49Derrière, il a tous les mois un salaire qui tombe,
02:54une enveloppe pour des frais, dans toutes ses fonctions,
02:57des facilités.
02:58Il ne sait pas ce que c'est d'être à la fin du mois
03:01et de se dire, non seulement, j'ai ma rémunération assurée,
03:05mais j'ai surtout la rémunération de 3, 5, 10, 6...
03:08Il ne faut pas avoir vécu tout pour se projeter à ça.
03:10Ah non, alors là, je ne suis pas d'accord du tout.
03:12Donc, il ne peut pas comprendre ?
03:14C'est impossible de comprendre.
03:15Il ne s'agit pas de faire vie ma vie.
03:17On ne va pas leur demander d'aller passer un an dans une entreprise.
03:20Mais ils n'ont aucun contact avec l'économie réelle.
03:23Ils ne savent pas ce que c'est.
03:24Le quotidien d'un dirigeant d'entreprise,
03:27si on ne l'a pas vécu, j'ai envie de dire, au moins une semaine,
03:30qu'ils aillent faire un stage en entreprise une semaine,
03:32on demande aux gosses de 3e de faire un stage une semaine en entreprise.
03:36Franchement, si un gosse de 3e fait une semaine de stage en entreprise,
03:41nos politiques peuvent le faire aussi.
03:42Vous voulez qu'on les prenne en observation ?
03:43Et oui, et puis qu'ils n'arrivent pas avec leurs conseillers,
03:46leurs équipes, la télévision, les médias,
03:49et qu'ils comprennent...
03:50Non, non, mais c'est très important.
03:51Excusez-moi, je vais prendre deux secondes là-dessus.
03:53Parce qu'ils comprennent ce qu'est l'avis d'un dirigeant d'entreprise,
03:56pas d'un patron, comme cette terminologie...
04:00Vous n'avez pas ce terme.
04:00Mais non, parce que c'est la terminologie...
04:02Un chef d'entreprise.
04:04Non, mais c'est la terminologie avec laquelle on nous saoule depuis des années
04:07dans ce dogmatisme socialiste, marxiste, égalitariste,
04:11qui est insupportable.
04:13Ce sont des dirigeants d'entreprise,
04:15qui ne sont même pas des chefs d'entreprise.
04:17Je n'aime pas le terme de chef d'entreprise.
04:19Ce sont des dirigeants d'entreprise, des entrepreneurs,
04:21qui se battent tous les jours pour assurer leurs résultats et les salaires.
04:27Et qui n'ont pas, aujourd'hui...
04:28Pourquoi on est en colère ?
04:29Je me mets dedans, puisque je suis entrepreneur.
04:32On est en colère parce qu'on n'a pas de visibilité.
04:34C'est-à-dire, ce qu'on demande, nous, entrepreneurs, dirigeants d'entreprise,
04:37c'est surtout pas qu'on nous fasse de cadeaux.
04:39Et ça, il faut que les dirigeants d'entreprise soient clairs là-dessus.
04:41Il faut qu'ils arrêtent de demander des aides à tout bout de champ quand il pleut,
04:45quand le pétrole a augmenté, quand le pétrole a baissé,
04:47quand il fait beau, quand il fait mauvais, quand il y a de la sécheresse.
04:50Il faut qu'ils soient totalement autonomes.
04:52D'ailleurs, pour une fois, l'idée d'Edouard Philippe n'était pas mauvaise.
04:55C'est-à-dire, moins d'impôts, mais moins d'aides.
04:58Mais surtout qu'on nous laisse tranquilles.
04:59C'est-à-dire qu'on nous laisse bosser,
05:01qu'on arrête de nous foutre des boulets à chaque fois aux pieds,
05:05qui nous empêchent d'avancer.
05:06Et moi, je salue tout ce que font les dirigeants d'entreprise en France
05:10qui sont résilients, résistants,
05:13qui continuent à produire de la croissance,
05:15qui continuent à produire de la richesse
05:17face à des gens qui sont des destructeurs de richesse
05:20et qui ne connaissent pas l'économie productive.
05:22Est-ce que là-dedans, vous trouvez que le MEDEF a une bonne stratégie ?
05:25Oui, ils ont une bonne stratégie.
05:26C'est-à-dire qu'il y a une stratégie qui consiste à dire
05:28« enough is enough », ça suffit.
05:31Il y a un moment où il faut arrêter
05:32que les dirigeants d'entreprise soient en permanence les cibles.
05:37Un dirigeant d'entreprise, c'est comme un retraité,
05:40ce n'est pas forcément quelqu'un qui est riche.
05:42Ce n'est pas forcément...
05:43Il y a aujourd'hui, quand on regarde les artisans, les dirigeants,
05:46les patrons de restaurants, les patrons de boîtes de retail,
05:51mais ils sont dans des situations qui sont parfois...
05:53Souvent, je dis parfois,
05:55quand on voit l'explosion des défaillances d'entreprise,
05:58ils sont dans la précarité, dans la difficulté.
06:01Ils ne demandent pas à ce qu'on les aide.
06:03Ils ne demandent absolument pas à ce qu'on les plaigne.
06:06Ce n'est pas le sujet.
06:07Ils demandent simplement pour une fois.
06:09Je veux dire qu'on nous laisse tranquille.
06:10C'est-à-dire qu'on nous laisse bosser,
06:12qu'on arrête de nous mettre des boulets.
06:14Les boulets réglementaires, français, européens,
06:18l'image du patron dégueulasse,
06:21derrière les problématiques de taxation,
06:25de charges sociales.
06:26Mais c'est juste, il faut comprendre.
06:27Ils ne comprennent pas, puisqu'ils ne sont pas soumis à ça.
06:29La vie d'un dirigeant d'entreprise en France,
06:32c'est un enfer.
06:34Bon, on passe à NVIDIA.
06:35NVIDIA, publication, c'était hier,
06:39stratosphérique, avec des perspectives encore
06:40pour l'année prochaine importantes.
06:43Le titre ouvre en hausse,
06:45puis finit...
06:455% de hausse.
06:46Oui, puis finit 3% baisse,
06:48ce qui fait quand même un écart important,
06:49avec des craintes sur des vrais contrats sonnants
06:53et trébuchants, notamment sur OpenAI,
06:54où c'est des promesses d'achat plutôt que des contrats.
06:56Oui, alors c'est intéressant.
06:57Juste pour donner une magnitude de...
07:00Enfin, l'ampleur du phénomène,
07:01la variation sur NVIDIA,
07:03c'est la capitalisation de LVMH.
07:05C'est-à-dire le 5% moins 3%.
07:07En une journée, on a créé 3 quarts de LVMH
07:13et on a perdu 100% de LVMH
07:14en équivalent de capitalisation.
07:16Le problème qu'on a aujourd'hui,
07:18les Américains ont trouvé un très bon terme,
07:20comme d'habitude,
07:20c'est les high fatigue,
07:21c'est-à-dire la lassitude vis-à-vis de l'IA.
07:24C'est-à-dire cette IA dont il faut savoir quand même
07:27qu'elle a alimenté la hausse des marchés.
07:29Aujourd'hui, on se rend compte quand même
07:30qu'il y a plein de signaux
07:31qui sont des signaux négatifs.
07:34Pour moi, il n'y a aucun doute
07:35sur le fait qu'il y a une bulle de l'IA.
07:37Il y a un doute sur quand elle va éclater,
07:39on le sait, on ne sait jamais.
07:41Mais il n'y a pas de doute sur le fait
07:42qu'on ait une bulle de l'IA.
07:43On a tous les signaux de la bulle de l'IA,
07:45c'est-à-dire des surinvestissements,
07:47des investissements incestueux,
07:49« je t'achète ça, mais tu me rachètes ça ».
07:51Maintenant, l'élément le plus inquiétant
07:53pour les marchés,
07:54c'est le fait que ces entreprises-là,
07:56dont on se disait qu'elles avaient beaucoup de cash,
07:58qu'elles en généraient beaucoup,
07:59les résultats de l'IA sont spectaculaires,
08:02sont quand même obligées aujourd'hui
08:04de faire de la dette.
08:05Et ça, je pense que c'est un signal
08:07qui est un signal fort,
08:08avec des montants qui sont colossaux.
08:10Et puis surtout, il faut rappeler...
08:11Mais elle dit, j'en ai pas besoin de cet argent-là.
08:13Je le fais parce que les conditions de marché sont bonnes.
08:15Non, ça, c'est pas vrai.
08:16Les conditions de marché ne sont pas bonnes actuellement,
08:17avec des taux d'intérêt aux États-Unis
08:18qui sont relativement élevés
08:19puisqu'il n'y a pas eu de baisse des taux d'intérêt à long terme.
08:20Oui, mais ils empruntent moins cher que l'État américain.
08:22Quand même, ils empruntent à des taux d'intérêt
08:24qui sont autour de 4%.
08:25C'est pas rien.
08:26C'est quand même beaucoup d'argent
08:27pour des 15 milliards, des 20 milliards.
08:29Et puis surtout,
08:31ce qu'on oublie de dire,
08:32c'est qu'OpenAI, pour l'instant,
08:34c'est un gouffre.
08:35C'est-à-dire que c'est une boîte
08:36qui perd une fortune tous les mois.
08:38Alors, on pourrait dire,
08:39ça a été le cas d'Amazon au démarrage.
08:42Oui, c'est sûr qu'OpenAI va surmonter tout ça.
08:45Et puis maintenant,
08:46il y a cette notion de risque systémique.
08:48C'est-à-dire que vous avez eu cette discussion
08:49qu'a eu l'échange
08:51qu'a eu le directeur financier
08:54et le patron d'OpenAI.
08:55Le directeur financier qui a dit
08:56nous, on est too big to fail.
08:58Et le patron, Sam Altman d'OpenAI,
09:00qui a dit non mais attendez,
09:01nous, on est une entreprise
09:02et une entreprise,
09:03si ça rate,
09:04ça doit fermer.
09:05Et quand ça rate, ça rate.
09:06C'est ça le capitalisme.
09:08Donc, je pense qu'aujourd'hui,
09:09on est à un poids de rupture.
09:10On se rend compte
09:11qu'on est peut-être allé trop loin
09:12sur l'IA en termes d'investissement
09:14mais surtout en termes de valorisation.
09:16Il n'y a pas de doute
09:17sur le fait que l'IA
09:18est la grande révolution industrielle
09:20et qu'elle va produire
09:21de la productivité.
09:24Il y a un doute
09:25sur tout cet argent
09:26qui va s'évaporer.
09:27Merci Marc.
09:27C'était brillant
09:28comme tous les vendredis.
09:29Si vous adorez Marc Fiorentino,
09:31rendez-vous ce soir 20h.
09:32C'est votre argent en direct
09:33ou ensuite en podcast
09:34et en replay.
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