00:00BFM Business et RMC Live présentent la matinale de l'économie.
00:05Good Morning Business.
00:07Et à 8h48 c'est le débrief de la matinale. Merci de nous avoir suivis.
00:11On est avec Christian Parizeau, économiste et conseiller auprès d'Aurel BGC.
00:15Bonjour Christian.
00:16Bonjour.
00:16Ravi de vous retrouver sur le plateau de Good Morning Business.
00:19On va juste se projeter un tout petit peu sur ce qui va se passer demain
00:22et la réserve fédérale qui devrait réduire ses taux d'intérêt de 25 points de base.
00:28Ce sera demain donc.
00:29Oui, alors ça semble assez acquis.
00:31Alors il y a deux choses qu'on attend.
00:32D'une part une baisse des taux de 25 points de base et ça c'est largement attendu.
00:36Je serais très étonné qu'ils ne le fassent pas, ça surprendrait tout le monde.
00:39Et de toute façon la Banque Centrale Américaine a de la marge.
00:41Ils mènent une politique monétaire restrictive et donc en baissant les taux
00:45ils reviennent à quelque chose d'un peu plus normal.
00:47Et je vais y revenir, c'est parce que l'économie américaine ne va pas aussi bien
00:50qu'on pourrait le croire malgré ce que nous montrent les records de Wall Street.
00:53Deuxième élément quand même, c'est un peu technique
00:55mais la Banque Centrale a une forte probabilité de nous annoncer la fin du quantitatif tightening.
00:59Alors c'est quoi ?
01:00C'est le fait qu'elle réduisait la taille de son bilan.
01:02Pour faire simple, elle reprenait des liquidités.
01:05Et ça, ce n'est pas forcément un bon signal.
01:06Alors on pourrait croire sur le coup, bon bah ça veut dire moins,
01:09on va moins reprendre des liquidités.
01:10Ça va être moins de liquidités.
01:12Donc on va laisser plus de liquidités au marché.
01:14Donc ça va peut-être nourrir la hausse des marchés.
01:15Mais en général, lorsqu'elle fait ça, c'est qu'elle a quand même de réelles inquiétudes.
01:19De réelles inquiétudes parce qu'elle considère qu'aujourd'hui,
01:22la réduction de sa taille de bilan peut entraîner de la volatilité malvenue sur les marchés obligataires.
01:27Et qu'aujourd'hui, ce n'est pas forcément un signal.
01:29Elle perçoit, elle, un signal assez négatif en provenance de l'économie
01:33qui justifie aujourd'hui qu'elle arrête cette reprise de liquidités.
01:36Donc contrairement à ce qu'on pourrait croire,
01:38le fait qu'elle ne reprenne pas les liquidités,
01:41c'est quand même un signal que les membres au sein de la Banque Centrale Américaine
01:44ont une vision nettement plus négative de l'économie qu'on se pourrait croire.
01:47C'est peut-être ce que veut faire oublier Donald Trump
01:49avec ses multiples tournées, ses multiples dossiers à l'international.
01:53Juste un petit point sur la fête, c'est les derniers mois de Jerome Powell d'ailleurs.
01:56Ces derniers mois, il y aura encore un comité qui sera très divisé
02:00parce qu'on a une inflation qui est trop forte par rapport à l'objectif de la Banque Centrale.
02:04Pourtant, il baisse les taux.
02:05Mais là aussi, parce qu'il regarde le fond de l'économie
02:09et ce qu'on constate aujourd'hui, c'est une économie américaine
02:11qui va d'un côté très très bien sur certains segments.
02:14Tout ce qui est investissement autour de l'intelligence artificielle,
02:17tous ces éléments-là, ça tire l'économie vers le haut.
02:22Mais c'est une croissance qui est très pauvre en emploi,
02:25c'est une croissance qui crée énormément d'inégalités
02:27et c'est surtout, on voit qu'il y a toute une partie des Américains qui eux souffrent.
02:31Par exemple, je vais prendre un exemple,
02:32les Américains payent l'électricité des data centers
02:35parce que les prix de l'électricité montent beaucoup.
02:37Donc pour l'Américain, certes, il a peut-être les investissements des data centers,
02:40mais pour le ménage américain qui est consommateur,
02:43lui, il a le coût de l'inflation, il a le coût des data centers.
02:46Donc ça, c'est un petit exemple pour montrer à quel point on est sur une disparité.
02:49Puis on voit d'ailleurs, on voit qu'on commence à réduire les effectifs
02:52dans les grandes entreprises américaines
02:53parce que la conjoncture n'est pas si bonne que ça.
02:56Alors certes, l'investissement n'est pas coupé, l'IA continue.
02:59Les Américains qui ont un gros portefeuille actions profitent de la hausse de la bourse,
03:02mais ce n'est pas tous les Américains.
03:04Et donc, la Banque Centrale est un peu prise entre deux feux.
03:07D'un côté, une inflation, une inflation qui reste trop forte au-dessus de son objectif,
03:11mais de l'autre, la perception d'une forte dégradation de l'économie.
03:14Et c'est là qu'on est peut-être un peu en décalage avec les marchés.
03:16Certes, les marchés ont raison, assez logiquement,
03:18de jouer ses valeurs autour de l'IA, c'est de la visibilité, c'est de la croissance.
03:22Mais ils oublient quand même que tout ce qui va mal aux États-Unis
03:24pourrait aussi entraîner l'ensemble du reste de l'économie.
03:27Et pour l'instant, ce n'est pas ce qui est joué sur les marchés.
03:29On est très clairement plutôt dans l'idée que la baisse des taux de la Banque Centrale Américaine
03:33va réduire la rémunération de tout ce qui est monétaire,
03:36va inciter les investisseurs à prendre plus de risques pour chercher de la rémunération.
03:39Et donc, on joue plus l'effet taux, finalement, que le discours qui est derrière.
03:43Donc, oui, c'est attendu.
03:45Mais attention, c'est aussi quand même des signaux de fragilité de l'économie.
03:49Et s'ils mènent une politique moins restrictive,
03:51c'est qu'ils pensent que l'économie, quand même, donne des signes de faiblesse.
03:53Le lendemain, la BCE, elle, devrait laisser ses taux inchangés.
03:57Ce sera jeudi.
03:58Oui, alors pour la BCE, c'est un autre discours.
03:59Alors, certains vont critiquer l'Europe, ce n'est pas booming.
04:03L'Europe, on n'est pas sur un risque d'inflation en Europe.
04:06Mais la BCE veut avoir un signal.
04:07C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est revenu sur une inflation à 2%.
04:10Alors, on est légèrement au-dessus, selon les mois, mais c'est vraiment mineur.
04:14Donc, ce n'est pas ça l'exemple.
04:16L'idée, c'est qu'elle, maintenant, pour baisser ses taux,
04:19il faudrait qu'on aille d'un vrai risque de désinflation, de reprise de la désinflation ou de déflation.
04:24Ça, c'est un deuxième cas.
04:26Et donc, à ce moment-là, il faudrait qu'on ait un signal sur les prix
04:28où on s'éloigne par le bas du 2%, pas qu'on reste autour des 2%.
04:32Donc, le message que nous envoient Madame Lagarde et les membres de la BCE,
04:35c'est que tant qu'on reste autour des 2%,
04:37il n'y a pas de raison de modifier parce qu'on n'a pas une politique restrictive.
04:40On a déjà beaucoup baissé les taux.
04:42On voit sur la distribution de crédit que ça repart.
04:44Donc, elle considère que ça a un impact.
04:46Et on sait que l'économie européenne n'est pas flamboyante, mais elle est résiliente.
04:50C'est-à-dire qu'on n'est pas non plus sur des scénarios dramatiques.
04:53Donc, pour elle, elle est à bonne place pour le moment,
04:55tant que les indices des prix restent autour des 2%.
04:58Mais attention, parce que moi, je pense qu'aujourd'hui,
05:01une partie du 2% est liée à l'inflation dans les services,
05:04que l'inflation dans les services est beaucoup plus élevée que la moyenne.
05:07On est encore sur une inflation forte,
05:08mais on voit que les salaires en Europe ralentissent fortement.
05:10On voit qu'aujourd'hui, la dynamique conjoncturelle n'est pas là.
05:13Et donc, on va s'éloigner, à mon avis, des 2%.
05:16Et à ce moment-là, on aura peut-être une BCE plus conciliante.
05:18Mais pour l'instant, Madame Lagarde va nous dire,
05:20on est à la bonne place.
05:21On est vigilants, mais on est à la bonne place au niveau de la politique monétaire.
05:25On devait parler des géants de la technologie
05:26et des grandes sociétés énergétiques qui vont publier leurs résultats cette semaine.
05:29Mais on n'a pas le temps, Christian Paris.
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