00:01Good morning business.
00:03On est avec Thibaut Prébet, économiste indépendant dans la matinale de l'économie sur BFM Business et sur RMC Live.
00:08On va parler avec vous Thibaut des invisibles, de ceux qu'on voit pas, ceux qui sont des dommages collatéraux de la réforme des retraites,
00:14ceux qui n'ont pas trouvé d'emploi parce que c'est un sujet macroéconomique.
00:18Vous êtes persuadé qu'aujourd'hui pour exister dans le débat public il faut avoir un visage
00:22et quand on n'a pas un visage pour pouvoir s'énerver contre un certain nombre de sujets, on n'existe pas.
00:26Bonjour Laurent, absolument. On n'est pas dans Ghostbusters, on est dans l'idée qu'on est une société qui a migré de l'économie de l'invisible,
00:32l'économie de la flexibilité, vers l'économie de TikTok, où en fait tout ce qu'on voit, tout ce qui fait une bonne minute,
00:38tout ce qui va faire des views, c'est intéressant et tout ce qui est courageux et qu'on voit pas, disparaît.
00:42Et la première implication de ça c'est le chômage, qui est un sujet qui est complètement clé aujourd'hui
00:45puisque quand vous parlez des réformes des retraites, effectivement, si tous les seniors sont au chômage,
00:48ça n'a pas grand intérêt d'allonger l'âge de la retraite et en réalité le chômage c'est la vraie exception culturelle française
00:53puisque si vous regardez bien on est les seuls à l'avoir et donc je voulais me demander pourquoi en réalité
00:57tout le monde a réussi à vaincre le chômage et nous pas.
01:00Et donc le point de départ de ça c'est déjà comprendre que la France a une exception, une exception démographique
01:03qui part en fait de très loin de la première guerre mondiale.
01:06La première guerre mondiale vous n'avez pas de naissance, ensuite la seconde guerre mondiale, les rares qui sont nés avant
01:10ont tendance à décéder pendant la seconde guerre mondiale, et donc 40 ans après vous avez
01:14pas mal d'arrivants sur le marché de l'emploi et personne qui a envie d'attendre des années 20,
01:18ce qui vous fait un chômage de masse parce que dans les années 80 vous n'avez pas de départ à la retraite
01:21et plein d'arrivants. Ça existe nulle part à part en France.
01:24Il y a ceux qui n'ont pas eu de baby-boom, ceux qui ont eu moins de dégâts.
01:26Donc chômage de masse on comprend.
01:28A partir de 2015 c'est l'inverse comme partout, c'est-à-dire que vous avez plein de gens qui partent
01:32pour le coup à la retraite, tous les baby-boomers, et de moins en moins d'arrivants
01:35parce que la fécondité a baissé. Et donc là vous devriez avoir un effondrement du chômage.
01:39Ce que vous constatez quand même c'est que tous les pays qui ont des caractéristiques très différentes
01:42y arrivent. Des pays qui avaient un chômage de masse comme l'Italie et l'Espagne depuis 2017
01:45ont perdu 5-6 points, on en a perdu 2. Mais des pays qui avaient eu une fécondité plus solide
01:50comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, eux avaient déjà vacu le chômage en 2017
01:53où ils étaient à 4. Donc ce qu'on constate c'est qu'on n'arrive pas à battre le chômage
01:56et pourquoi. Moi mon point de vue c'est qu'une fois qu'on a dit ça, on se rend compte qu'en France
01:59on a cette culture du visible. C'est-à-dire que, prenant un exemple concret, vous dites
02:03Michelin va supprimer des emplois, fermer une usine.
02:06Tout le monde va dans les médias parce qu'on sait qui va être viré. C'est lui, lui et lui.
02:09Ils sont dans le plan, ils vont être virés. Donc ça a beaucoup de force.
02:11Quand quelqu'un veut créer une usine, on fait une ZAD, on dit non mais c'est polluant, il ne faut pas.
02:16L'usine abandonne, tout le monde s'en fout. Et en fait c'est le même nombre d'emplois.
02:19Mais comme on ne sait pas qui sont les personnes qui auraient été recrutées, ça n'intéresse personne.
02:22Et on voit ça partout, en particulier dans la flexibilité.
02:25C'est un problème médiatique.
02:26C'est un problème médiatique et culturel. C'est aussi une culture. On pourrait dire que le fait de part de réforme
02:29par capitalisation fait qu'on s'en fout complètement de l'économie, on ne s'intéresse qu'à notre propre cas.
02:34Fait une voile de flexibilité. Jean Tirole en parlait dans l'économie du bien commun
02:37mais ça remonte même à Basquiat au milieu du 19ème.
02:39En fait vous avez des gens qui vont être virés à cause de la loi de flexibilité.
02:43On sait qui c'est. Donc c'est un gros problème.
02:44Mais tous les gens qui vont trouver un emploi parce que les patrons peuvent recruter
02:47en sachant qu'ils pourront licencier si ça rate.
02:49Quand ils ont un job, ils disent c'est grâce à moi, j'ai été bon à l'entretien.
02:52Ils ne savent pas que c'est grâce à la loi.
02:53Et donc en fait on a des dégâts qui sont potentiellement faibles mais très identifiés.
02:57On leur donne une importance énorme.
02:59Et à côté on a des choses qui sont invisibles.
03:01Vous savez la même chose sur la gratuité.
03:02On vous parle tout le temps de la gratuité des transports.
03:04C'est invisible ceux qui payent, on s'en fout.
03:06Mais ça baisse la compétitivité, ça fait moins d'empoir.
03:07Invisible mais avec un coût économique très fort.
03:10L'invisible est toujours un coût.
03:11Mais comme on ne sait pas qui le porte, on s'en fout.
03:13Vous regardez la taxe Zuckmann, aujourd'hui vous avez une étude de l'OFCE
03:15qui dit que la France est dernière de tous les pays de l'OCDE
03:18en termes d'attractivité fiscale.
03:19A chaque fois qu'on met un coût là-dedans, on voit le Bernard Arnault
03:22qui pourrait bien payer un milliard.
03:23Ça va, pour lui c'est pas grand chose.
03:24Mais tous les conseils d'administration qui hésitent à faire une usine en France
03:26qui se disent non mais entre les normes, le fait de se faire taper dessus,
03:29vas-y on n'y va pas, c'est invisible.
03:30Mais c'est beaucoup plus important.
03:31Et donc il faut sortir de cette idée que le bon mot TikTok c'est important,
03:35que tout ce qui est gratuit c'est super,
03:37qu'on peut taper tout le temps sur des choses qui sont absurdes.
03:40Je l'écrivais ce matin, on est deuxième au coefficient de génie modifié.
03:43C'est-à-dire en termes d'inégalité, après la redistribution,
03:45on est le deuxième meilleur pays au monde.
03:47On est le premier qui est le plus fiscal.
03:48Et de quoi on parle ?
03:49On parle du fait que les problèmes de droit de succession,
03:51vous parliez du pacte d'Utreil,
03:53ou de taxer les plus riches, c'est hyper important.
03:55Voilà, on n'en est pas là.
03:56Mais l'invisible, c'est dur.
03:58Des statistiques lourdes, les statistiques de génie modifiées,
04:00c'est compliqué, tout le monde s'en fout.
04:01Par contre, regarde lui là, il pourrait bien payer un milliard de plus.
04:04Nickel.
04:05Et donc je pense qu'il faut revenir vers cette culture de l'économie globale.
04:08Est-ce que ça passe par...
04:09Vous suprimez TikTok, non ?
04:10C'est quoi le problème ?
04:11Je pense que c'est aussi une des qualités de la retraite par capitalisation.
04:14Et puis en fait, ça me fait un peu regretter,
04:15parce qu'on râlait tous sur ces socialistes, les éléphants,
04:17on s'ennuie un peu en écoutant les politiques.
04:19Maintenant, on a des politiques très jeunes
04:20qui font des super vidéos TikTok,
04:22où on s'en fout complètement que ce soit vrai tant que ça fait du buzz.
04:24Et en fait, je suis en train de demander si ce n'est pas pire qu'avant.
04:26Et donc voilà, peut-être...
04:27Mais le retour des éléphants.
04:28Voilà, regret du jeunisme.
04:29D'ailleurs, on le voit un peu,
04:30on a eu François Bayrou, Premier ministre,
04:31qu'on a peut-être une nouvelle dynamique.
04:32En fait, je ne suis finalement pas si sûr que ce ne soit pas mieux.
04:35A voir.
04:35Merci Thibaut d'avoir amené votre cerveau brillant
04:37dans la matinale de l'économie ce matin.
04:39Merci.
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