00:00C'est donc l'heure du pour ou contre, pour ou contre cette affirmation.
00:09La vraie priorité, c'est de responsabiliser les consommateurs
00:13plutôt que de réglementer fortement les entreprises.
00:17Qui s'y colle en premier ? Mathieu, on se sacrifie.
00:20Merci.
00:21Pas tout de suite, on développera ensuite.
00:24Plutôt contre, je pense que la responsabilité doit être sur les entreprises
00:28et qu'ils doivent embarquer justement leurs clients dans une histoire positive
00:32pour favoriser les achats cons.
00:36On développe ensuite, Victoire.
00:38Alors, j'ai envie de choisir la voie du milieu, mais plutôt contre.
00:41Et je vous expliquerai pourquoi.
00:44Mathieu, plutôt contre.
00:46Thomas ?
00:47Je serai plutôt pour Alix, pour s'en servir à moins.
00:50Thomas, tu commences ?
00:51Alors non, par contre, je ne vais pas commencer.
00:52Je vais laisser mes copains démarrer avec leurs arguments contre
00:54et puis j'essaierai d'abonder dans un sens différent pour nourrir le débat.
00:57Ok, très bien.
00:58Je peux démarrer.
00:59Donc, moi, au quotidien, mes actions professionnelles sont associées aux marques principalement
01:06et le but, c'est de générer de la transition là où il y a de l'argent,
01:10c'est-à-dire là où il y a l'impact le plus fort et la capacité à financer le changement.
01:15Donc, les marques, les investisseurs, évidemment, le régulateur,
01:18on parle souvent du triangle de l'inaction,
01:20donc la société civile, les entreprises, l'État qui se balancent la patate chaude de la responsabilité.
01:25Moi, j'ajoute la pierre financier parce que les investisseurs aussi sont responsables et qu'on les oublie souvent.
01:31Si on prend ces quatre piliers, je pense que le consommateur, c'est une des voies,
01:38mais ça n'est pas la priorité.
01:39Déjà parce qu'on s'est rendu compte à travers de multiples études que, finalement,
01:44c'était le dernier levier d'action des marques.
01:47Malheureusement, parce que les déclarations citoyennes ne sont pas suivies d'actes d'achat qui sont en cohérence,
01:51c'est ce que vous avez dit en introduction.
01:53On a beau dire qu'on souhaite faire des achats écologiques,
01:55en fait, quand on est devant la réalité de sa fin de mois,
01:58c'est malheureusement la plupart du temps pas ce qu'on choisit.
02:01Il y a une question d'offre aussi, en termes de mode esthétique sur les co-responsabilités
02:07qui ne correspondent pas à tout le monde.
02:09Et donc, à mon sens, ce sont les entreprises qui doivent faire le premier pas,
02:13accompagnées par un régulateur musclé,
02:15notamment sur les règles internationales et le protectionnisme européen
02:20qui nous permet de faire face à la montée en puissance des acteurs asiatiques et des États-Unis.
02:25Mais oui, donc globalement, je suis plutôt contre cette affirmation,
02:29bien que, et donc c'est le rôle de scorte dont on va parler après,
02:32la sensibilisation et l'éducation citoyenne au plus jeune âge est fondamentale.
02:37Est-ce que ce n'est pas au consommateur d'orienter le marché, néanmoins ?
02:40Je dirais que c'est vraiment un prisme français, voire un effet de bulle écolo
02:46dans lequel on peut être, nous, parisiens, qui sommes privilégiés
02:49et qui avons cette conscience-là parce qu'on est informés.
02:53Mais la réalité, c'est que dès que vous voyagez un peu,
02:54vous voyez que la vaste majorité des consommateurs,
02:57en particulier les classes moyennes montantes dans les pays émergents
03:01ou en fort développement, ne sont absolument pas au fait de tout ça
03:04et c'est eux qui vont faire la consommation de demain
03:06et c'est eux qui drivent les comportements des marques,
03:09en tout cas pour l'instant, à l'étranger aussi.
03:12Donc, en tenant compte de cette réalité géographique,
03:15je dirais que sensibilisation, mais pas responsabilisation,
03:19en tout cas majoritaire.
03:20Peut-être pour essayer de nourrir le débat,
03:22et puis ensuite, Mathieu et Leticia, vous pourrez rebondir,
03:24mais tout à l'heure, on évoquait aussi le poids du marketing
03:27dans les actes de consommation.
03:28Je pense que s'il y a autant d'investissements dans le marketing
03:30pour influencer les comportements d'achat,
03:32c'est bien que la clé est le consommateur et la consommatrice.
03:35Par ailleurs, il y a des exemples aussi de mouvements
03:38qui ont pu naître, alors en France ou à l'étranger,
03:41par exemple, qui, par un éveil citoyen sur certains sujets,
03:46ont pu faire complètement basculer la stratégie des marques.
03:49J'ai souvenir, par exemple, il y a quelques années,
03:51ça avait été très, très soudain au Maroc,
03:53vis-à-vis de Danone, qui pour le coup est une entreprise française,
03:56sur certaines gammes de produits,
03:58ou d'une vidéo tournée par deux mères de famille
04:01diffusées sur Facebook.
04:02Tout un mouvement social avait émergé
04:04pour exiger de Danone de vendre ses produits au prix coûtant,
04:06parce que notamment, les yéords devenaient trop chers
04:08pour une grande partie des familles marocaines.
04:09Et en l'espace de deux mois,
04:11Danone avait dû accepter de vendre coûtant ses produits,
04:14ce qui est quand même assez rare pour une entreprise privée
04:17et lucrative cotée en plus, comme Danone.
04:20Et donc, ça montre bien qu'il y a des cas,
04:22il existe des cas, même si je suis plutôt,
04:25je trouve très cohérent ce que Victor vient de dire,
04:27qui montrent que le consommateur peut vraiment être la clé
04:29pour infléchir le comportement des marques
04:31et des entreprises dans leur pratique,
04:32et notamment de production.
04:34Moi, je veux bien rebondir sur ça,
04:35parce que nous, on vient de lancer une pétition
04:38contre Apple, pardon, contre Windows et Microsoft.
04:43Apple, c'était dans un autre cadre
04:46dont je pourrais parler un peu plus tard,
04:47puisqu'on a obtenu 25 millions d'euros d'amende
04:49contre cette marque.
04:51Mais sur le cas Microsoft, qui est plus récent,
04:55on a une entreprise qui force le passage
04:57de millions de consommateurs
04:59à passer d'un ordinateur qui était sur Windows 10
05:02vers Windows 11,
05:03sachant que beaucoup d'ordinateurs ne sont pas compatibles.
05:06Donc, on a des ordinateurs qui, concrètement,
05:08ne peuvent pas passer
05:09et donc vont devenir victimes, possiblement,
05:13de cyberattaques.
05:14Et donc, ça va accélérer leur obsolescence.
05:17Qu'est-ce qu'on a fait ?
05:18On a lancé une pétition
05:19avec beaucoup d'organisations
05:21qui ont été aussi reliées en Europe,
05:23aux États-Unis.
05:24Et donc là, on a près de 45 000 personnes
05:26qui signent avec nous.
05:28Donc oui, cette pression citoyenne,
05:29elle exerce des résultats,
05:32puisque là, Microsoft s'est engagée
05:34à étendre des mises à jour
05:36de sécurité gratuite pendant un an.
05:38Et ce n'est pas suffisant,
05:39parce qu'un an, c'est rien.
05:40Et nous, on veut aller jusqu'à 2030.
05:42Néanmoins, vous avez répondu contre.
05:44Oui, mais du coup, c'est vrai,
05:46pour aller dans ce sens,
05:47c'est vrai que la pression citoyenne,
05:48elle est énorme.
05:49Quand le consommateur est bien informé,
05:51il peut faire changer l'offre
05:54dans les entreprises
05:57qu'elles veulent, c'est vendre.
05:57Donc, si elles voient que la vente
05:59se fait dans un côté,
06:00elles ne vont plus y aller.
06:01Par contre, la priorité,
06:03ça reste la réglementation.
06:05Pourquoi ?
06:05Parce qu'il faut qu'on ait des normes communes
06:07et des normes minimales,
06:09ce qui n'existe pas toujours.
06:10Par exemple, Microsoft,
06:11s'ils se permettent de faire ça,
06:12c'est parce qu'il n'y a aucune norme
06:14et donc ils peuvent faire ce qu'ils veulent.
06:15Aucune mise à jour de sécurité
06:17pendant 10, 15 ans,
06:18ça devrait être une norme,
06:19ça devrait être la base.
06:20Et pourquoi c'est important ?
06:22Et c'est la priorité,
06:23parce qu'on n'a pas le temps,
06:24parce que c'est là
06:25qu'on va maximiser l'impact.
06:27Parce que si on attend
06:28que ce soit juste quelques marques
06:29qui, si elles trouvent
06:31qu'il y a un marché,
06:32des consommateurs motivés,
06:34en fait, c'est ce qui se passe
06:35depuis des années,
06:36et on voit bien
06:37qu'on est face
06:38à un problème environnemental majeur.
06:40Donc il faut qu'il y ait des normes
06:41minimales et ambitieuses,
06:44parce que c'est le seul moyen
06:46d'avoir un impact maximal
06:47sur toutes les marques,
06:49qu'elles veuillent ou non,
06:50les produits doivent être
06:51durables et réparables.
06:52Après, il y en a
06:52qui vont faire encore mieux,
06:54qui vont être encore mieux disantes
06:55et tant mieux,
06:56mais si on ne réglemente pas,
06:58en fait, on ne compte que
06:59sur la bonne volonté des marques
07:00et malheureusement,
07:01elles ne sont pas toutes pionnières,
07:02elles ne sont pas toutes
07:03à l'avant-garde
07:04de l'économie circulaire
07:05et on a un gros problème
07:06environnemental,
07:07on ne peut pas attendre.
07:07Mais bien souvent,
07:08la réglementation est le résultat
07:10quand même de tout un cheminement
07:11qui part de consommateurs,
07:12d'entreprises qui s'allient aussi
07:13pour montrer qu'on peut
07:14faire différemment
07:15et arriver à la fin
07:16à une réglementation
07:17qui devient la même
07:17pour tout le monde.
07:18Peut-être, Mathieu,
07:19dans un secteur encore
07:20un peu différent,
07:20celui de l'agriculture alimentaire ?
07:23Exactement,
07:23on voit énormément
07:24de pionniers
07:25qui ont commencé à investir
07:26avec cette notion
07:27de responsabilité
07:28en disant
07:28on a une chaîne de valeur,
07:30on doit accompagner
07:30nos agriculteurs
07:31qui sont finalement
07:33les premiers victimes
07:34du changement climatique
07:35et donc pour ça,
07:37ça va nous coûter cher.
07:38Parfois,
07:39on va le faire tout seul,
07:40on va prendre cet argent,
07:42on va prendre la responsabilité
07:44finalement
07:44de prendre intégralement
07:45le surcoût.
07:46Il y a aussi
07:47les tentatives
07:49de remettre,
07:51de finalement réimpulser
07:52ce surcoût
07:52sur le consommateur final
07:54qui est compliqué aujourd'hui
07:56parce qu'il y a aussi
07:57ce manque peut-être
07:59de maturité
08:00de certains consommateurs
08:01et aussi le manque
08:02d'informations finalement
08:03sur l'alimentation,
08:04c'est très complexe,
08:06il y a énormément
08:06de choses à prendre en compte
08:07et des initiatives
08:09aussi collectives
08:10de plus en plus
08:11dans le secteur agroalimentaire,
08:13des initiatives aussi cross,
08:15c'est-à-dire
08:15on va avoir des acteurs
08:17du luxe
08:17qui vont s'allier
08:18avec des assureurs
08:19de la distribution
08:20pour finalement
08:21partager les coûts,
08:23mutualiser les risques
08:24et passer à l'échelle
08:25sur ces logiques
08:26de transition.
08:27Et effectivement,
08:28très en accord
08:28avec vous
08:29sur le fait
08:30que ça doit être
08:31encadré
08:32de manière stricte,
08:34la réglementation
08:35doit jouer
08:35un rôle
08:36de garde-fous
08:37puisque l'idée
08:38ce n'est pas du tout
08:39de venir finalement
08:40impacter négativement
08:42la compétitivité
08:43des entreprises
08:43parce qu'on parle
08:45finalement
08:45de souveraineté alimentaire
08:47et de viabilité
08:48de notre agriculture.
08:50Peut-être un élément
08:51qu'on a trop évoqué
08:52Alix depuis le début,
08:54c'est aussi le poids
08:55que peut jouer
08:55l'explosion des coûts
08:57pour des entreprises
08:58qui ne se prémunissent pas
09:00par exemple
09:00des conséquences
09:01du dérèglement climatique
09:02et des rendements
09:02qui chutent.
09:03Ça peut être dans le coton
09:04parce qu'il faut beaucoup d'eau
09:05et qu'on commence à en manquer.
09:07Ça peut être évidemment
09:08dans des filières alimentaires
09:09avec par exemple
09:09dans des pays méditerranéens
09:11des chutes de rendement
09:12énormes sur des arbres fruitiers,
09:14les olives, etc.
09:15font qu'en rayon
09:16on se retrouve avec des prix
09:16qui deviennent presque
09:17intenables pour les consommateurs.
09:18Ça peut être aussi géopolitique.
09:20Le début du conflit en Ukraine,
09:21on a eu des ruptures
09:22d'approvisionnement
09:23sur des chaînes de valeur
09:23qui ont fait que les coûts
09:24ont explosé.
09:25Et peut-être aussi
09:25que des marques
09:25se sont un petit peu surfées
09:28sur cette vague-là.
09:29Mais je pense aussi
09:30que des évolutions importantes
09:32qui peuvent s'opérer
09:33sont parfois liées
09:34à des contextes
09:35qui font que le modèle économique
09:36ne tient plus.
09:37Et ça, c'est pas tant lié
09:38à une pression des consommateurs
09:39ou une réglementation
09:41qui les contraint.
09:41Justement, on va pouvoir
09:42approfondir un peu plus
09:43dans notre débat.
09:44C'est parti.
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