- il y a 4 mois
Regardez L'esprit de l'info avec Anne-Charlène Bezzina avec Thomas Sotto du 30 septembre 2025.
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00:00Il est 9h14, c'est l'esprit de l'info avec donc Anne-Charlène Bézina, politologue spécialiste de la constitution et auteur entre autres de cette constitution qui nous protège, qui est publiée chez XO.
00:13On va parler de Donald Trump, le faiseur de paix comme il aime se présenter, qui a donc présenté ces dernières heures son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza, plan 20 points soutenu par Benjamin Netanyahou.
00:23Israël se réservant le droit de terminer le travail pour reprendre les termes du Premier ministre Benjamin Netanyahou.
00:30On va écouter Donald Trump qui se réjouit du travail qu'il a fait lui-même.
00:35C'est un grand, grand jour, un jour magnifique, potentiellement l'un des plus grands jours de l'histoire de la civilisation.
00:42Et je ne parle pas seulement de Gaza, ça s'appelle la paix au Moyen-Orient.
00:46Le plan que nous présentons aujourd'hui vise à mettre fin immédiatement à la guerre, à récupérer tous nos otages, à tous les récupérer.
00:53Nous allons vous aider et nous serons à vos côtés.
00:56C'est potentiellement un des plus grands jours de l'histoire de la civilisation, dit Donald Trump.
01:01Faut-il applaudir Donald Trump ce matin, Anne-Charlène Bézina ?
01:03Alors de toute façon, il faut applaudir absolument tous les efforts qui sont faits dans le sens de la paix
01:06et dans le sens d'une résolution d'un conflit qui est historique, gangrénant l'ensemble du Moyen-Orient
01:13et surtout qui semble aujourd'hui dans un état d'enlisement qui suppose un réveil de la communauté internationale.
01:20Néanmoins, j'ai un petit peu peur que Donald Trump confonde parfois la diplomatie avec des flyers de promotion immobilière
01:29parce que je ne crois pas que ce soit avec un plan en 20 points tout à fait lustré
01:33autour d'un gouvernement technocratique de l'autorité palestinienne
01:36qu'on arrive à faire comprendre au Hamas qu'il est temps de quitter le pouvoir.
01:41C'est les urnes qui parleront, c'est la population civile et la manière dont on va finalement faire évoluer ce conflit qui change.
01:49Mais encore une fois, à partir du moment où ça bouge, c'est évidemment une bonne chose
01:52et puis on n'oublie pas qu'il vise le prix Nobel de la paix.
01:55Justement, c'est quasiment obsessionnel chez lui, il en parle tout le temps.
01:58Il faut lui remettre, vous pensez qu'il peut avoir un profil ?
02:01On a quand même l'impression, certes il veut faire la paix dans le monde
02:02mais dans son pays, il divise comme personne et jamais.
02:05Alors, la question du prix Nobel, en fait, elle est cardinale pour comprendre le personnage
02:10même si c'est vrai qu'il me semble que dans les critères, cette idée d'avoir un esprit de paix
02:14n'est pas complètement fidèle à sa manière de faire de la politique.
02:18Mais il y a un élément qu'on doit porter à son crédit
02:20qui est finalement un peu symptomatique d'ailleurs d'une certaine manière de concevoir le pouvoir
02:25c'est ce sens de l'efficacité.
02:28Il est vraiment élu sur cette base d'ailleurs aux Etats-Unis.
02:31Son côté bulldozer, il fonce.
02:33J'ai l'impression qu'on pourrait presque faire le parallèle avec la France.
02:36On a aujourd'hui besoin de résultats, on a besoin d'efficience
02:40et finalement tout ce discours très co-boyistique, un peu...
02:45Il l'a dit lui-même, il a dit je suis le shérif des Etats-Unis
02:47donc voilà, peut-être que les Etats-Unis en avaient besoin et au fond...
02:51Il ne se passe pas moins de choses qu'avec Joe Biden, pour dire les choses
02:53notamment sur le dossier Gaza-Israélien-Proche-Orient.
02:56Au contraire, je pense qu'on découvrira aussi au niveau diplomatique
02:59les acquis de ce qu'a proposé Biden
03:01mais ici, il y a cette idée de vouloir aller vite, fort, efficace
03:04et ça ressemble au personnage finalement.
03:06Bon, tout ça étant évidemment suspendu à l'accueil que le Hamas réservera à ce plan de paix
03:11et on devrait le savoir dans les prochaines heures.
03:13On a l'impression que c'est la guerre chez nous cette fois-ci.
03:14La guerre entre le pouvoir judiciaire et une partie du monde politique.
03:18Comment la constitutionnaliste que vous êtes, Anne-Charlène Bézina,
03:21ressent ces affrontements verbaux, parfois très violents,
03:24qui ont suivi le jugement de Nicolas Sarkozy et sa condamnation à 5 ans de prison
03:27avec exécution provisoire ?
03:29Je suis très alarmée par le niveau de défiance
03:34qui existe dans la société envers les politiques, envers la justice
03:39et moi, il y a une question qui me préoccupe vraiment,
03:42c'est comment sortira-t-on demain de cette affaire ?
03:46C'est-à-dire qu'on a tous dans notre quotidien
03:49la possibilité d'avoir des petits contentieux de justice
03:51et on l'espère évidemment les plus petits possibles
03:53mais comment est-ce qu'on se retrouve face à sa justice
03:56le lendemain de propos aussi violents que l'état de droit déboulonné,
04:01l'état de droit violenté, un combat de chasse aux sorcières
04:08qui aurait été fait par nos juges.
04:09C'est ce qui vous gêne le plus ?
04:11C'est la décision de justice ?
04:12Certains ont dit sa brutalité peut-être, chacun appréciera,
04:16ou ce sont les réactions des politiques ?
04:19C'est l'impression que vous avez mis les deux dans la même phrase.
04:21Moi, il me semble qu'on doit nécessairement distinguer les deux.
04:24En fait, la question qu'on doit se poser, c'est
04:27est-ce que le fait qu'on juge un politique
04:29est plutôt une valeur pour notre démocratie
04:31et qu'on se dise justement qu'il y a une égalité devant la loi
04:34et comme mon ancien président de la République
04:36peut être attrait en justice, c'est que j'ai confiance dans cette justice
04:38ou est-ce qu'au contraire, on va retenir
04:40la justice est aux ordres, la justice est politisée
04:42et de ce fait, je n'ai plus confiance dans le juge qui va trancher mon litige ?
04:45Moi, c'est vraiment cette question-là qui me préoccupe.
04:48Le niveau de brutalité, je dois avouer que
04:50alors, évidemment, à partir du moment où on a quelqu'un
04:53qui va passer une nuit sous les verrous
04:55où la brutalité est là, mais
04:56moi, je ne le ressens pas à partir du moment
04:59où, si vous voulez, justement,
05:01après 12 ans de droit, j'ai plutôt confiance dans la justice.
05:03Il y en a quand même 80 000 qui passent leur nuit en prison en France.
05:05C'est pas tant ça, c'est que je ne peux pas considérer
05:07qu'on viole l'état de droit à partir du moment
05:09où on a des années de procédure, des années
05:10d'investigation, d'enquête,
05:13des juges, une trentaine de juges
05:15qui se sont posées sur cette question.
05:17Et je crois que la menace sur l'état de droit,
05:20la manipulation de ce concept,
05:22parce que rappelons-nous quand même
05:23que le lendemain de l'affaire Le Pen,
05:26c'est Marine Le Pen qui organise
05:29une manifestation pour l'état de droit
05:31à la suite de sa condamnation.
05:32Vous avez confiance dans la justice de votre pays,
05:34pour reprendre la formule ?
05:35Henri Guénaud, qui était assis à votre place vendredi,
05:36disait non, je n'ai plus confiance dans la justice de mon pays.
05:38Alors moi, j'ai confiance dans la justice de mon pays.
05:41J'ai fait des études de droit,
05:42donc je sais comment les lois sont faites.
05:43Je sais que...
05:44Oui, avec des vrais diplômes.
05:45Certifié avec un vrai tampon, j'ai vérifié.
05:47Notamment parce que je pense qu'il y a un moment
05:50où, en fait, on oublie que la démocratie,
05:53l'état de droit, tous les postulats
05:54sur lesquels on a l'impression de vivre depuis des siècles,
05:57reposent sur une valeur
05:58qui ne pourra jamais être comprise dans aucun texte
06:01qui est celle de la confiance.
06:03Le jour où on estime qu'il ne peut plus y avoir
06:05d'intime conviction, par exemple,
06:06dans les jugements pénaux.
06:08L'intime conviction, c'est un système de preuve
06:10qu'on appelle le système de preuve libéral.
06:12Je m'apesantis un peu là-dessus
06:12parce que j'ai entendu tellement de choses
06:14que je pense que c'est important de le dire.
06:15Un système de preuve libéral
06:16qui signifie que le juge peut se renseigner par tout moyen.
06:19Et c'est comme ça qu'on est sortis
06:20des manipulations de preuve
06:22avec des témoignages extorqués par aveu,
06:24sous torture, etc.
06:25Donc, l'idée qu'on ait aujourd'hui plus confiance
06:28dans cette intime conviction,
06:29ça veut dire qu'on est à deux doigts
06:30de préférer l'autorité à la légalité.
06:33Et là, je crois qu'on aura peut-être le pire devant nous.
06:36Est-ce qu'on a le droit de commenter un jugement ?
06:38On entend tout et son contraire là-dessus.
06:40Alors, oui, on a le droit de commenter un jugement.
06:43Déjà, pour le commenter, il faut le lire.
06:45Pour le lire, il faut le comprendre.
06:47Et pour le comprendre et le critiquer,
06:49il faut le faire avec les arguments des juges.
06:51Donc, il faut avoir les mêmes moyens
06:53pour arriver aux mêmes fins.
06:54Ça, c'est une logique de proportionnalité.
06:55À l'époque, il y a un chroniqueur qui disait,
06:57je ne sais plus qui, hier ou avant-hier,
07:00si Zola n'avait pas commenté le procès de Dreyfus,
07:04on n'aurait pas su.
07:06Dreyfus n'aurait jamais été réhabilité.
07:08Encore une fois, Dreyfus, avant l'affaire Zola,
07:10n'avait pas été jugé par un juge.
07:12Il avait été jugé par une justice militaire,
07:15c'est-à-dire comme une forme d'ordre professionnel
07:17qui était, là pour le coup,
07:20absolument pas conforme à notre droit,
07:22étant donné que le système de preuve n'existe pas,
07:24les témoignages non plus.
07:25Et donc, Zola a fait quelque chose quand même
07:27que je voudrais rappeler,
07:28c'est qu'il a critiqué la décision de justice
07:30pour être attrait en justice,
07:33pour que le litige quitte l'ordre militaire
07:36pour arriver aux civils.
07:37Donc, en fait, il a fait ça
07:38pour une garantie des libertés.
07:40Je ne suis pas sûre que ce soit complètement le cas
07:41de Nicolas Sarkozy.
07:42Vous n'avez pas raison.
07:42Alors, il y a les commentaires
07:43et puis il y a la communication qui va avec.
07:45Je ne sais pas s'ils avaient entendu ça
07:46sur Instagram hier.
07:47Je peux te jouer une chanson, mon amour ?
07:48Avec plaisir.
07:56Carla Bruni Sarkozy,
07:58dans une petite mise en scène,
07:59c'est Nicolas Sarkozy qui filme
08:00et elle chante Let It Be.
08:02Ça vous touche ?
08:03Je suis très Beatles.
08:05Je trouve qu'on peut apaiser
08:06beaucoup de choses par la musique
08:07et par le droit.
08:09Vous êtes pas mal en langue de bois,
08:10finalement, quand vous voulez.
08:11Franchement, je...
08:12Vous êtes plus Beatles que Rolling Stone.
08:13Je suis plus Beatles que Rolling Stone.
08:15Voilà, donc vous voyez,
08:16j'ai mis fin à cette langue de bois.
08:17Encore une fois,
08:18évidemment,
08:19c'est une décision qui sera difficile à vivre
08:20pour n'importe qui
08:22qui passe une nuit en prison
08:23pour sa famille.
08:24Donc, on est obligé
08:25de ressentir de la solidarité.
08:26Il faut le dire,
08:27c'est un moment d'humain.
08:30Mais c'est dommage
08:30qu'on ne reste pas là-dessus.
08:31Je vais quand même
08:31surveiller votre compte Instagram
08:33de Charlène Bézina.
08:34Merci.
08:34Merci.
08:34Merci.
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