- il y a 4 mois
Regardez L'esprit de l'info avec Anne-Charlène Bezzina avec Thomas Sotto du 02 septembre 2025.
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00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:02Nous sommes ensemble jusqu'à 9h30.
00:04L'esprit de l'info, c'est votre nouveau rendez-vous
00:06qui vous donne quelques clés pour mieux
00:08comprendre l'actualité. Notre grand témoin du jour
00:10c'est donc vous Anne-Charlène Bézina. Bonjour.
00:11Bonjour. Politologue et spécialiste de la Constitution
00:14on peut vous lire aussi avec cette Constitution
00:16qui nous protège, publiée
00:18chez Ixo Editions. Alors c'est parti pour des
00:20consultations. François Bayrou reçoit à Matignon
00:22il a commencé hier. J'ai quand même une question
00:24assez basique pour commencer.
00:26Est-ce qu'il y a encore un intérêt à consulter
00:28des gens dont on connaît parfaitement
00:30les positions et qui n'arrêtent pas de dire qu'ils n'en changeront pas ?
00:33Alors c'est un peu le problème
00:34de ces consultations-là, d'autant qu'en plus
00:36on peut parler d'une forme
00:37d'accoutumance aux consultations.
00:40Parce qu'il y a ces consultations qui ont lieu
00:42pour savoir si on maintient ou non le Premier ministre.
00:44Il y aura sûrement des consultations qui seront
00:46cette fois-ci à l'initiative
00:48Président de la République pour savoir
00:50qui sera le prochain. Et il faudrait des consultations
00:52sur le budget, puisque la seule question
00:54que nous nous posons aujourd'hui c'est de savoir si on aura
00:56un budget au 31 décembre. Donc en fait
00:58consultation sur consultation
00:59c'est revenir un petit peu à ce que le général
01:02de Gaulle appelait la République des partis. C'est-à-dire qu'en fait
01:04on maximise leur pouvoir pour finalement
01:06ne leur donner aucun, en plus, pouvoir de décision.
01:08Puisqu'on le voit bien, comme vous le dites
01:10la question de la confiance
01:12n'était même pas posée en réalité
01:14par le gouvernement.
01:14On a l'impression quand même qu'il faut toujours être prudent
01:16jusqu'au moment du vote, mais c'est plié.
01:18C'est surtout qu'il faut bien avoir en tête
01:20que c'est de la confiance qui est demandée. C'est-à-dire
01:22un vote positif en faveur de ce gouvernement
01:24qu'il a en réalité jamais obtenu
01:26ni depuis le premier jour où il est présent
01:29ni depuis le vote du premier budget.
01:30Donc un vote en faveur
01:32de la part des députés qui lui sont hostiles
01:34ça reste quand même très compliqué à imaginer.
01:37Vous disiez le régime des partis en est revenu
01:38à la 4ème République. De fait ?
01:40Alors oui, c'est un petit peu le cas depuis
01:42de toute façon la majorité relative de
01:442022, puis la dissolution de 2024
01:46qui n'ont fait qu'accentuer un régime
01:48où on voit bien que sans majorité
01:50le Parlement revient
01:52à sa cuisine interne. Mais en réalité
01:54c'est un petit peu pire que cela. Parce que la 4ème République
01:56avait au moins le régime de
01:58la proportionnelle et un régime
02:00de partis plus installés, avec plus de légitimité
02:02qui savaient travailler ensemble.
02:04Donc on a aujourd'hui le régime des appareils
02:06sans finalement avoir la logique
02:08du régime parlementaire que nous avions auparavant.
02:09Pire que la 4ème République s'est encourageante.
02:11J'aime Bézina.
02:12Le Rassemblement National sera reçu ce matin à Matignon.
02:14Jordan Bardella, Marine Le Pen
02:15qui ont dit qu'ils y allaient par courtoisie
02:18républicaine, là encore.
02:19Le RN qui se voit déjà à Matignon. Écoutez Jordan Bardella hier.
02:23Notre responsabilité, c'est évidemment d'être prêt.
02:25Et celle de nos compatriotes sera peut-être
02:28très bientôt de devoir voter
02:30et de devoir choisir.
02:32Donc ayez confiance de la responsabilité
02:34que nous avons sur les épaules.
02:38Elle est historique.
02:39Et nous devrons être évidemment à la hauteur
02:41de ce droit de nouveau.
02:43Jordan Bardella et la Rassemblement National
02:44veulent une dissolution.
02:46Il faut dire qu'ils allaient demander la précédente.
02:47qu'ils l'avaient obtenue sans même y croire, après les Européennes.
02:51Est-ce que le problème, Anne-Charlotte Bézina,
02:52ce n'est pas que depuis plus d'un an, Emmanuel Macron
02:54fait tout pour éviter d'entendre
02:56ce que les urnes disent en clair ?
02:58Est-ce que ce n'est pas au tour du RN de gouverner ?
02:59Alors, le RN a désigné un seul coupable de la situation
03:03quand on lui parle de la question
03:04de l'instabilité ministérielle.
03:06C'est le Front Républicain.
03:08Donc clairement, la demande de ce parti
03:11consiste à se dire, à partir du moment
03:13où on a gardé ce scrutin majoritaire,
03:14cette fois-ci, ne nous empêchez plus de gouverner.
03:16Mais il ne faut pas qu'il y ait de logique de deuxième tour.
03:18Le Front Républicain, c'est tous contre le RN.
03:20Exactement. C'est à nous de gouverner.
03:22C'est notre tour. C'est le sens des urnes.
03:24Alors, c'est vrai qu'en termes de dynamique électorale,
03:27c'est le parti qui, depuis quelques années,
03:31est le plus en mesure, en tout cas,
03:34d'être le premier dans l'opinion.
03:36Il y a une question qui se pose quand même,
03:38c'est celle de la majorité, justement.
03:40Parce qu'il y a une logique de chaise vide, quand même,
03:42dans ce parti du RN,
03:44qui dit, en dessous d'une majorité absolue,
03:46sauf 4 à 5 sièges,
03:47nous n'irons pas.
03:49Il l'avait dit il y a un jour,
03:50on redit là-dessus.
03:50Ils le redisent sans cesse,
03:52depuis quelques jours,
03:54en précisant bien que,
03:55en dessous de 290 députés,
03:58ce n'est pas possible.
03:58Donc, en réalité,
03:59ça dépendra d'un mouvement de l'opinion
04:01qui est un petit peu plus fort
04:03que celui qu'on lui prête dès à présent.
04:04Aujourd'hui, le RN, c'est à peu près 30%.
04:06Ça ne leur donnera pas nécessairement
04:08les 290 sièges.
04:09Parce qu'on a gardé une logique de deux tours
04:11et au deuxième tour,
04:12on élimine,
04:13même s'il n'y a pas de front républicain.
04:14Donc, il y a vraiment des questions
04:15à se poser là-dessus.
04:16Et juste votre avis de constitutionnaliste
04:17et de politologue,
04:18ce front républicain,
04:19est-ce que finalement,
04:20quoi qu'on en pense,
04:21ce n'est pas un poison démocratique ?
04:23Alors, ce front républicain,
04:24il est aussi appelé par le mode de scrutin.
04:25C'est ça qu'il faut comprendre.
04:26C'est-à-dire qu'en réalité,
04:28on est rentré en France de la Ve République
04:30et qui plus est,
04:31depuis ces dernières années,
04:31dans une logique de rejet.
04:33C'est-à-dire qu'on sait
04:33avec qui on ne veut pas gouverner.
04:35C'est le fameux
04:36au premier tour,
04:36on choisit,
04:37au deuxième on élimine.
04:38Exactement.
04:38On se ligue dans des alliances contraires,
04:41dans des alliances négatives.
04:42Sauf que, je vous rejoins,
04:43c'est un problème de gouvernance ensuite.
04:46C'est-à-dire que nous n'avons plus l'habitude
04:47de choisir des coalitions
04:50qui gouvernent après.
04:51C'est-à-dire, on dit
04:52on ne veut pas de tel gouvernement,
04:54on ne veut pas de telle politique,
04:55mais le Parlement n'a plus ensuite
04:57de logique pour travailler
04:58ni de contrat de gouvernance.
04:59Et c'est là qu'on rencontre
05:01le problème d'aujourd'hui.
05:01Alors, il y a ceux
05:02qui demandent la dissolution
05:03comme le Rassemblement National
05:04et puis, il y a ceux
05:06qui vont un peu plus loin aujourd'hui.
05:07Jean-François Copé
05:08était l'invité d'RT le matin
05:09tout à l'heure à 7h40
05:10et pour l'ancien patron de l'UMP,
05:12il faut une présidentielle.
05:14Écoutez Jean-François Copé.
05:16La vraie élection,
05:17c'est l'élection présidentielle.
05:18Parce que ce n'est pas
05:19577 circonscriptions.
05:21C'est qu'est-ce que les Français,
05:23qui les Français veulent
05:24pour gouverner la France.
05:25Et c'est la raison pour laquelle,
05:26et tant pis si je prêche
05:27dans le désert,
05:31le Président de la République
05:31accepte cette idée
05:32de programmer sa démission.
05:35Pas demain,
05:36sinon ça va être encore le désordre.
05:37Mais au lendemain des municipales,
05:39dans 6 mois...
05:40Alors, on va peut-être décrypter
05:41ce que dit Jean-François Copé.
05:42Il dit déjà pas demain
05:43parce que s'il démissionne demain,
05:45je crois qu'il y a un délai
05:45de 30...
05:4620 à 40 jours.
05:4720 à 40 jours.
05:47Donc, ça veut dire
05:48pas de campagne présidentielle,
05:49de fait, pas de programme, etc.
05:51Donc, lui, il dit
05:51qu'il annonce là
05:54qu'il démissionnera
05:54dans 6 mois,
05:56après les municipales.
05:57Est-ce que ça vous paraît tenable ?
05:59Alors, juridiquement,
06:00ça me paraît très complexe.
06:01Notamment parce qu'en réalité,
06:03les textes prévoient
06:0415 à 20 jours
06:05de campagne officielle.
06:06Et en de cela,
06:07en de ça,
06:07vous avez de la pré-campagne
06:09où vous pouvez commencer
06:10à ouvrir les comptes de campagne
06:11et les comptes médiatiques
06:12de décompte,
06:13des paroles.
06:14Aujourd'hui,
06:15si on programme
06:16dans le vide
06:17une campagne,
06:18avec quoi on va la financer ?
06:20Avec quel argent ?
06:20Puisque, officiellement,
06:21il n'y a pas de campagne juridique
06:22qui est lancée.
06:23Ah donc, les meetings
06:24ne seraient pas pris en charge
06:25par les conseillers ?
06:26Il faudrait que ce soit
06:26les partis qui les gèrent.
06:27Donc, d'où l'inégalité
06:28qui viendrait de fait
06:30des partis qui ne sont pas financés
06:31et donc, encore plus,
06:32une forme de maximisation du RN
06:34qui, lui, table sur le financement
06:35qu'il a obtenu en 2024.
06:36Donc, ça serait inégal,
06:37ça serait, à mon avis,
06:38tout à fait inconstitutionnel.
06:40Et donc...
06:40Inconstitutionnel, carrément ?
06:41La Constitution renvoie
06:43à une loi organique
06:44qui parle d'égalité
06:45des moyens
06:46qui doivent être donnés
06:47à tous les partis
06:47au moment de la ligne d'arrivée
06:49et de départ, en réel.
06:50Il n'y a pas moyen
06:50de faire une bidouille, là,
06:51dans ces cas-là ?
06:51Alors, programmer...
06:52Je sais que les bidouilles,
06:53ce n'est pas très constitutionnel, mais...
06:54Pour la juriste que je suis,
06:56je n'aime pas trop, en effet.
06:57Mais, en réalité,
06:57ce qu'on peut se dire,
06:58c'est que programmer un délai
06:59qui n'est pas le délai officiel,
07:01c'est de toute façon
07:01mentir aux Français
07:02et ça manque de clarté juridique.
07:04Et on ne peut pas savoir
07:05si on est en campagne
07:06quand on n'est pas en campagne.
07:07Donc, la vraie campagne anticipée,
07:08c'est 20 à 40 jours
07:09et c'est celle-là
07:10qui primera sur toutes les autres.
07:11Donc, dire aux partis
07:13de s'organiser dès maintenant,
07:14je crois que c'est une fable,
07:15en réalité,
07:16au niveau de sa concrétisation.
07:19J'ajoute en plus
07:19qu'il y a quelque chose
07:21qu'il faut avoir en tête,
07:22c'est la logique des mandats.
07:23C'est-à-dire que quand on est démocrate,
07:24on se dit
07:25qu'il faut au moins
07:26qu'on arrive à sauver
07:27un des mandats.
07:28Il reste un an et demi
07:29moins que ça, en réalité,
07:30à tirer au président de la République.
07:32Si on compte, justement,
07:32la pré-campagne
07:33qui, en réalité,
07:34commencera en octobre
07:35de l'année prochaine.
07:36Donc, je ne suis pas sûr
07:37qu'on soit là
07:38dans une logique
07:39qui ne soit pas
07:39un peu dangereuse
07:41pour la démocratie.
07:43Jean-François Copé,
07:43il disait
07:44non, on n'est pas
07:44dans une crise institutionnelle,
07:46on est dans une crise politique.
07:47Vous êtes d'accord avec ça ou pas ?
07:48Je suis d'accord avec ça
07:49à partir du moment
07:50où le mot crise institutionnelle
07:51vient du problème
07:52né des institutions.
07:53Ce ne sont pas les institutions
07:54qui nous bloquent aujourd'hui.
07:55Ce sont les partis politiques
07:56qui n'arrivent pas
07:57à gouverner
07:57avec ce schéma institutionnel.
07:59Néanmoins,
08:00la logique de notre histoire
08:01sous la Troisième République,
08:02c'était de considérer
08:03qu'à partir d'une certaine
08:04succession de crises politiques,
08:06les institutions
08:06devaient être révisées.
08:08Sauf que, pour moi,
08:09il y a un problème
08:10à considérer
08:11qu'on rentre
08:11dans une crise institutionnelle
08:13sans les moyens
08:13de la solder.
08:15Nous rencontrons toujours
08:16ce problème
08:17de décision publique.
08:18Il n'existe aucune autre manière
08:19de prendre une décision
08:20qu'à la majorité.
08:21Tant qu'on n'a pas de majorité,
08:22on ne pourra pas changer
08:23nos institutions.
08:24Donc, les institutions...
08:25C'est la majorité
08:25des trois cinquièmes, en plus.
08:26On est bien d'accord.
08:27Et alors, en plus,
08:28pour changer de constitution,
08:29en réalité,
08:29il faudrait toute une assemblée
08:30constituante qui se réunisse,
08:32les Français qui soient amenés
08:34à voter sur le nouveau texte.
08:35On en aurait peut-être
08:36pour trois à cinq ans
08:37comme dans tous les autres pays.
08:39J'imagine que ça n'est pas
08:40ajouter de l'instabilité
08:42à l'instabilité
08:42qui nous sortira
08:43de l'ornir
08:44dans laquelle nous sommes.
08:44Merci beaucoup,
08:45Anne-Charlène Bézina.
08:46Cette constitution
08:47qui nous protège,
08:48publiée chez XO Éditions,
08:49le titre reste d'actualité.
08:50J'y crois toujours.
08:51Vous y croyez toujours.
08:52Le prochain sera peut-être
08:53cette constitution
08:53qui ne nous protège plus.
08:54Non, non, non.
08:55Pas par moi, alors.
08:56Bon, merci beaucoup, Anne-Charlène.
08:58Restez avec nous dans un instant.
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