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  • il y a 3 mois
Regardez L'esprit de l'info avec Anne-Charlène Bezzina avec Thomas Sotto du 14 octobre 2025.

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Transcription
00:00Il est 9h15, c'est l'esprit de l'info avec notre grand témoin du mardi, donc Anne-Charlène Bézina, politologue, spécialiste de la constitution et auteure de cette constitution qui nous protège, publiée chez XOédition.
00:13On a l'impression que c'est à peu près la dernière à nous protéger en ce moment.
00:15Tiens, écoutez, le Premier ministre, hier, il a réuni pour la première fois tout son gouvernement à Matignon pour leur dire ça.
00:20Notre seul objectif et seule mission est évidemment de surpasser, de dépasser cette crise politique dans laquelle nous nous trouvons et qui sidère une partie de nos concitoyens et de nos concitoyens.
00:34Dépasser cette crise politique, ça ne va pas être facile. Même symboliquement, le Conseil des ministres qui était prévu à 10h, paf, il est retardé à 11h.
00:41Bon, le vrai rendez-vous, Anne-Charlène, aujourd'hui, ça va être le discours de politique générale à 15h.
00:46Déjà sur la forme, c'est un exercice obligé, un Premier ministre est obligé de faire ça.
00:50Alors, c'est assez original parce qu'en fait, notre Constitution précise qu'à son arrivée en fonction, le Premier ministre présente, c'est de l'impératif, sa déclaration devant l'Assemblée nationale.
01:02Sauf que, à partir de 1966, Georges Pompidou va considérer que cet impératif est une option et que donc, s'il n'a pas envie de se présenter, eh bien, il ne le fera pas.
01:12Et donc, il ne présentera pas la confiance. Et c'est ainsi qu'on a un peu installé une coutume de secondarisation de cette déclaration de politique générale.
01:21Alors que, pour le coup, c'est un moment important. De ce fait, maintenant, beaucoup de nos premiers ministres ne demandent pas la confiance.
01:26On se doute bien que Sébastien Lecornu ne va pas demander la confiance à son Assemblée.
01:30Ce serait du suicide politique, même si François Bayrou l'a quand même fait il y a quelques semaines.
01:35Mais, il faut rappeler que c'est quand même un moment de la coutume parlementaire.
01:39Venir se présenter, venir annoncer les lignes de son programme à l'Assemblée nationale, c'est quand même là-dessus que tout le régime fonctionne normalement.
01:48Bon, sur le fond, qu'est-ce qui se joue aujourd'hui ?
01:50On sait qu'il y a un projet de budget qui va être transmis à l'Assemblée.
01:54Est-ce que c'est vraiment un moment important dans l'histoire politique actuelle qui se joue aujourd'hui ?
01:59Alors, moi, il me semble que c'est un des mardis les plus importants de la Ve République,
02:02parce qu'en fait, on a deux échéances qui vont se jouer.
02:05C'est-à-dire, la question de savoir si on va avoir un quatrième gouvernement qui va chuter en moins d'un an.
02:12L'autre question, c'est aussi de savoir si on va encore avoir une loi de finances spéciale,
02:18si on n'arrive pas à adopter un budget dans les temps.
02:20Juste pour qu'on ait bien toutes les clés, le projet de loi de finances spéciale,
02:25ça veut dire qu'en fait, il n'y a pas de budget, qu'on tire un peu sur celui de cette année jusqu'à en trouver un l'année prochaine.
02:29En fait, c'est exactement ce qu'on a fait l'année dernière.
02:31C'est-à-dire que quand on dépasse le 31 décembre...
02:35Vous voyez, j'ai vraiment envie d'être en vacante.
02:37Le 31 décembre...
02:38Vous savez qu'on n'est qu'en octobre, on ressentit, on sentait le mois de juge arriver, mais c'est faux.
02:41J'ai vu ça sur mon planning l'autre jour, je me suis dit, c'est pas possible.
02:43Et pourtant, oui, on est tous épuisés par cette vie politique trépidante.
02:47Mais donc, 31 décembre, c'est la deadline, c'est pas moi qui le dis, c'est la constitution.
02:51Deadline pour adopter une loi de finances.
02:53Et donc, ce qu'on appelle la loi de finances spéciale, c'est cette espèce de pont, si vous voulez,
02:57entre le budget de l'année dernière qu'on va reconduire et la future loi de finances qu'on espère adopter.
03:02Je rappelle que sous la Quatrième République, on tordait les horloges du Sénat et de l'Assemblée nationale
03:08pour faire croire qu'on était encore au 31 décembre.
03:10Ah, littéralement ?
03:11Littéralement.
03:11D'accord.
03:12Oui, littéralement.
03:13Et parfois jusqu'au 21 avril, ce qui pouvait faire un petit peu tard pour un 31 décembre.
03:16Bon, sur le fond, il y a quelque chose qui est clair, c'est qu'on ne mettra pas tout le monde d'accord.
03:20Que chacun est divisé, qu'en fonction de ce que dira Sébastien Lecornu, il satisfera les uns et il fâchera les autres.
03:25Et inversement, faut-il la suspendre, cette réforme des retraites aujourd'hui ?
03:29Parce qu'on voit bien que c'est l'élément crispant absolu.
03:33On sait que s'ils prononcent pas ces mots, suspension de la réforme des retraites aujourd'hui,
03:36les socialistes censurent.
03:38Et comme on sait déjà que les RN censurent, on sait déjà que les LFI censurent, ça veut dire que le gouvernement tombera.
03:43Donc est-ce qu'il faut être pragmatique ? Est-ce qu'il faut être dogmatique ? Qu'est-ce qu'il faut faire, selon vous ?
03:48Alors moi, je vais vous dire une chose, c'est que ça nous est arrivé une seule fois sous la Ve République d'avoir un Premier ministre renommé à la suite d'une...
03:55Alors pour le coup, là, c'était une motion de censure.
03:57Georges Pompidou tombe au début du mois de septembre-octobre 1962 et il est renommé.
04:02Mais on a changé d'Assemblée nationale.
04:04Le général Legault l'a dissous, l'Assemblée.
04:05Donc on renomme, mais il a une majorité écrasante, deux fois plus encore qu'au moment où il est parti.
04:11Et donc, la donne change.
04:13Si là, nous avons renommé Sébastien Lecornu sans qu'aucun élément de la donne parlementaire ou gouvernementale ou programmatique n'ait changé,
04:20je ne vois pas comment cette équation politique est possible.
04:25Donc il me semble que, étant donné qu'on est tous au courant du fait que s'il ne prononce pas le mot suspension, son gouvernement tombe,
04:33j'imagine que lui aussi.
04:34Et donc, il me semble nécessaire que ce terme apparaisse, ou qu'en tout cas un énorme signal sur la réforme des retraites soit donné.
04:41Sans ça, c'est évidemment la chute du gouvernement.
04:44Et je ne vois pas comment on peut souhaiter vivre ça d'une semaine sur l'autre, en recomposant un gouvernement...
04:49Quelles que soient ses opinions, d'ailleurs.
04:50Voilà. Et cette suspension, rappelons-le, juridiquement, et c'est bien qu'on ait eu un billet de Martial You tout à l'heure,
04:56elle est difficile à comprendre.
04:58Est-ce qu'on suspend les trimestres, les années ?
05:01Est-ce qu'on suspend jusqu'au 1er janvier de l'année prochaine, de l'année d'après ?
05:05Et donc, tous ces éléments-là, en réalité, le diable est dans les détails.
05:08Et ici, ce sera particulièrement pernicieux.
05:10Ce qui prouve que, finalement, quand on met de l'espoir politique dans des mots-valises comme suspension,
05:15eh bien, souvent, on réduit quand même un peu l'intelligence de nos électeurs et surtout la vie politique nationale.
05:20Alors, ce qu'on va scruter aussi, c'est la liberté de parole de Sébastien Lecornu par rapport à Emmanuel Macron.
05:26Lui, il dit qu'il a une liberté absolue, il dit qu'il ne s'accrochera pas à son poste.
05:30Je traduis, ce ne sont pas ses mots littéralement.
05:33Je voudrais quand même qu'on réécoute quelque chose.
05:35En 2017, on est en pleine campagne.
05:37Emmanuel Macron, c'était ça.
05:39Il parlait de son projet en meeting, porte de Versailles à Paris.
05:41Mais maintenant, votre responsabilité, c'est d'aller partout en France pour le porter et pour gagner.
05:51Ce que je veux, c'est que vous, partout, vous alliez le faire gagner parce que c'est notre projet.
06:00Vive la République ! Vive la France !
06:04C'était notre projet, comme disait Emmanuel Macron.
06:06Aujourd'hui, c'est un homme qui marche seul sur les quais de Seine, comme on l'a vu la semaine dernière,
06:10qui paraît plus isolé que jamais.
06:12Qu'est-ce qu'on n'a pas compris chez cet homme-là ?
06:16Alors moi, il me semble qu'on ne peut pas exercer cette fonction suprême de président de la République trop longtemps.
06:23Et il me semble que les dix ans de mandat, c'est une erreur.
06:27Mitterrand a fait quatorze ans ?
06:29Oui, mais la vie politique n'était pas la même.
06:31L'accélération du temps politique, du temps parlementaire, de nos urgences économiques, écologiques,
06:37amène à ce que finalement, on ne puisse plus avoir véritablement de prospectives.
06:41Ça, c'est un grand danger de notre démocratie.
06:43Mais surtout, on s'épuise, à mon avis, au pouvoir.
06:47Et vous pouvez prendre les quatorze ans de François Mitterrand.
06:50C'est pareil pour Jacques Chirac.
06:51À la fin, c'est de l'attentisme.
06:53Finalement, on se rend bien compte que l'alternance a déjà commencé alors que vous êtes encore au pouvoir.
06:57Et précisément, dix ans, ce n'est pas quatorze.
06:59Donc en plus, on a raccourci l'échéance où tout le monde est censé faire son moment brutus, finalement.
07:04Et vous tuer.
07:06Où on tue le père.
07:07Donc, Emmanuel Macron...
07:09Macron a tué Hollande.
07:09Attal et Philippe sont en train de tuer Macron.
07:11Exactement.
07:12Sarkozy avait tué Chirac.
07:13Georges Pompidou, appel de Rome, avait tué le général de Gaulle.
07:16Mais il l'avait fait avec une délicatesse infinie.
07:18Et là, on voit bien la violence avec laquelle maintenant notre vie politique se passe.
07:22Mais vous dites, vous, la constitutionnaliste qu'il faudrait mettre dans les textes.
07:25Elle continuera à nous protéger, la constitution, s'il y a marqué un quinquennat non renouvelable ?
07:28Moi, je suis pour le septennat non renouvelable.
07:31Parce que je pense qu'il faut complètement oxygéner l'Assemblée nationale de ce président toxique.
07:36Je ne suis pas sûre que ce soit forcément la perversité de son locataire qui nous pose problème.
07:41Mais l'idée qu'il soit omnipotent dans toute la vie institutionnelle.
07:44On le voit finalement dans la crise que nous vivons aujourd'hui.
07:47On a besoin de moins de présidents de la République et de plus de premiers ministres.
07:50Et juste sur l'extrait qu'on a écouté quand même, c'est notre projet, ça nous faisait sourire à l'époque.
07:55Est-ce qu'aujourd'hui, quand on le relit, on doit s'en inquiéter ?
07:58Il y a des gens qui disent, je vais dire ça de ma très familière, mais c'est un peu ce qu'a dit Olivier Faure, il a pété les plombs en fait.
08:03Moi, je me demande en fait si en 2022, il n'y a pas eu une forme de phase dépressive un peu de son mandat.
08:08C'est-à-dire que l'euphorie des premiers instants devant le mur du deuxième mandat vous amène finalement à une espèce de choc de responsabilité comme ça.
08:18Où lui, il a choisi l'attentisme.
08:20C'est-à-dire qu'en fait, on a mis un mois et demi à avoir Elisabeth Borne.
08:23Ensuite, tout s'est égrené dans un temps très long comme ça.
08:26Et moi, il me semble que justement, cette espèce de surdynamisme qui l'a caractérisé l'a quitté aujourd'hui.
08:32Mais j'espère que la France, elle, et la Ve République tiendront après lui.
08:35Ce que j'aime bien chez vous, c'est qu'on n'entend pas ce qu'on entend ailleurs avec vous.
08:38C'est bien d'avoir une constitutionnaliste dans l'équipe.
08:40Merci beaucoup Anne-Charlène Bézina.
08:42C'est la musique qui adoucit.
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