00:00Et ce matin, retour sur le rapport Draghi sur la compétitivité européenne.
00:04Justement, ça nous ramène à des sujets qu'on vient d'évoquer.
00:06Souvenez-vous, il était remis il y a un an par l'ex-président de la BCE,
00:09censé apporter stabilité, croissance même et perspective.
00:13Un an plus tard, le bilan paraît plutôt décevant.
00:16Bonjour Roland Gillet.
00:17Bonjour.
00:17Merci d'être sur notre plateau ce matin, professeur d'économie financière
00:20à l'Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne et à l'Université libre de Bruxelles.
00:25383 recommandations étaient faites par Mario Draghi dans son rapport remis l'an dernier.
00:2943 seulement ont commencé à être mis en œuvre.
00:33Il y a urgence ou c'était trop ambitieux aussi comme rapport ?
00:37C'est toujours la même chose.
00:38Quand on met les Européens ensemble, Mario Draghi sait à quel point c'est difficile
00:41puisqu'il a dû essayer de faire une politique monétaire qui devait plaire à tout le monde.
00:46Ou en tous les cas, qui va stimuler toutes les économies
00:49et éviter les grandes catastrophes au moment du Covid.
00:52Donc il sait très bien, il était aussi Premier ministre en Italie.
00:55Il sait que quand il fait des recommandations,
00:57et d'ailleurs vous avez vu qu'il a essayé de les faire pas tout seul dans son coin
01:00mais avec l'aide de l'Europe, mais en étant le moins impacté par la Commission
01:04ou les lobbies qu'il peut y avoir autour,
01:06il savait qu'il fallait taper fort pour qu'on bouge un peu.
01:09Ben oui, il n'a pas encore tapé assez fort parce qu'il parlait de 750, 800 milliards.
01:13Aujourd'hui avec ce qu'on doit mettre dans l'armée, on est à 1200 milliards.
01:15Et vous voyez qu'il y a 14% sur les 383 mesures qui ont été mises en place,
01:20donc les fameux 27 que vous citez.
01:22Et encore, il y en a beaucoup qui ont été, avec un léger début,
01:27parce qu'il ne faut pas dire qu'il n'y a que celles-là qui ont été visées,
01:31il y a celles-là qui ont été en tous les cas finalisées.
01:33Mais ça fait quand même très très peu.
01:35Et il rappelle en plus les biais de l'Europe.
01:37Il dit, si on ne veut pas se mettre d'accord ensemble,
01:40il n'y a personne qui nous forcera à être un jour les États-Unis d'Europe,
01:42face aux États-Unis d'Amérique.
01:44Donc tout ça montre encore qu'on patauge dans nos difficultés habituelles,
01:48qui est le fait que les capitales ont un gros poids,
01:50et que l'Europe, au niveau de son gouvernement,
01:53s'il y a un gouvernement européen, c'est la Commission,
01:55et puis il y a le Parlement à côté,
01:56et puis il y a la présidente du Conseil européen,
01:58tout ça, ça fonctionne très lentement.
01:59Vous l'avez dit, Roland Gillet, c'est dans la défense
02:01que les Européens ont agi de la manière la plus efficace,
02:04autrement dit, dans l'urgence.
02:05Malheureusement, quand il y a des sujets sur lesquels il faut se mobiliser tout de suite,
02:10là, ça a quand même plutôt tendance à fonctionner.
02:11Oui, ce que je vais dire ne va pas vous plaire,
02:13parce que ça ne me plaît pas non plus.
02:15En fait, ça n'a pas bougé à cause de nous,
02:16ça a bougé parce qu'il y a un élément perturbateur qui est arrivé,
02:20qui a une manière de nous dire les choses qui ne nous font pas plaisir,
02:22mais qui est factuelle.
02:24Depuis 2014, on ne répond pas, en bon club-man,
02:27je vais le dire comme ça, à des engagements au niveau de l'OTAN,
02:30et il y a quelqu'un qui,
02:31alors que les présidents précédents américains nous l'ont dit de façon plus diplomatique,
02:35vient nous dire, écoutez, si vous ne bougez pas,
02:36on vous met vraiment dans les ennuis,
02:38parce qu'en plus, on est en conflit chez nous.
02:39Et donc, je pense que c'est plutôt la manière dont les Américains,
02:42aujourd'hui, à cause, grâce, je ne sais pas comment il faut le dire,
02:45de Donald Trump, qu'on bouge.
02:46Analyse à Cappellini.
02:47Roland Gillet, c'est vrai qu'il y a une notion d'urgence,
02:49il faut travailler tout de suite,
02:51et en même temps, certaines des propositions de Mario Draghi
02:53sont très compliquées à mettre en œuvre.
02:55Quand on parle d'unification du marché de capitaux,
02:57ça ne se fait pas en cinq mois, ni en deux ans.
03:00Il faut peut-être se donner un peu plus de temps.
03:01Mais il le sait, parce que vous savez, l'union bancaire,
03:04tous ces éléments-là, il a dû, non pas les traiter,
03:07mais il était autour de la table, au moins dans la réflexion
03:10à la Banque Centrale Européenne, quand il en était le président.
03:12Donc, il sait les difficultés.
03:13Par contre, il sait aussi qu'il ne faut pas qu'on soit toujours
03:17dans l'attente de l'urgence pour faire des choses,
03:19comme vous le dites, qui demandent quand même du temps
03:21et de la coordination.
03:22Et c'est pareil pour les emprunts européens.
03:24Vous savez, on a beaucoup parlé de réobligations,
03:27de communautarisation de certaines dettes
03:29pour des projets européens de taille, d'envergure.
03:32Mais vous voyez, parfois, même pour créer des entreprises européennes,
03:34il faut que la loi ou les lois évoluent.
03:36Puisqu'aujourd'hui, par le fait qu'on joue entre nous
03:39des règles de concurrence, on ne crée plus des Airbus
03:42qui peuvent concurrencer très très bien.
03:44D'ailleurs, on montre que quand on le fait,
03:45on peut être très bon, des sociétés comme Boeing.
03:46Donc, on a besoin, nous, toujours...
03:49Regardez, sur l'IA, on réglemente alors qu'on n'a pas encore de leader.
03:52Donc, on a une logique qui fait que,
03:55alors qu'on a les capacités,
03:56alors qu'on n'a peut-être pas les moyens,
03:58mais on pourrait essayer de les trouver,
03:59et trouver aussi au niveau des citoyens de chaque pays,
04:02une idée de communautariser,
04:04de mettre des moyens à disposition de l'Europe.
04:06On voit que les gens disent,
04:06mais puisque ça ne marche pas,
04:07on paye déjà assez au niveau national.
04:09Des entreprises européennes qui arrivent à s'adapter,
04:11mais qui ne sont pas suivies par le secteur public,
04:14faute d'initiatives, faute de financement,
04:16faute de... et à cause de la bureaucratie.
04:18Sûrement, et aussi avec une volonté,
04:20je vais dire, qui n'est pas suffisamment affirmée,
04:22de dire qu'on va être cohérents dans le temps.
04:24C'est ça qui est terrible.
04:25C'est pour des entrepreneurs, pour des investisseurs.
04:27Regardez, au moment où on parle de Trump,
04:29mais avant Biden, avec l'Inflation Reduction Act,
04:33qu'est-ce qu'il a fait ?
04:34Il a détourné des gens qui auraient peut-être investi,
04:36je parle des Européens, chez eux,
04:38c'est-à-dire chez nous,
04:39et il les a attirés chez lui.
04:41Et on a ce problème régulier.
04:43Pourquoi ? Parce que là-bas,
04:44contrairement à ce qu'on a fait avec Next Generation EU,
04:47où, regardez, encore aujourd'hui,
04:48il y a seulement des dépenses qui ont lieu.
04:50Elles finiront par être contracycliques.
04:52Là-bas, quand il y a un accord,
04:53l'argent est débloqué,
04:54pour autant qu'on respecte des règles.
04:56Les gouverneurs de chaque État,
04:57quand ils resteraient l'entreprise européenne,
04:59j'en ai vu l'un ou l'autre,
04:59accompagner l'un ou l'autre.
05:02Le gouverneur disait,
05:02écoutez, nous, on est là à votre disposition,
05:04et s'il y a quelque chose qui bloque,
05:05vous m'appelez en direct,
05:06mais moi, dans six mois,
05:06si vous respectez, on avance.
05:08Vous voyez un peu la différence ?
05:10Ce qui manque, ce sont aussi les financements.
05:12Vous évoquez 800 milliards d'euros par an.
05:15Est-ce qu'on en a les moyens ?
05:19Regardez comme ils le placent dès le début.
05:21Nous avons décidé, les Européens,
05:23nous avons décidé,
05:24en tous les cas, les gens qui nous représentent,
05:25que la transition écologique était très importante.
05:27On avance sur beaucoup de gens,
05:28pour d'autres pays,
05:29mais ça coûte beaucoup.
05:30Donc, il commence par ça,
05:31il dit, bon, il en faut déjà autant pour ça,
05:33si on veut faire quelque chose qui a du sens.
05:35Puis à côté, on doit se réarmer.
05:36On veut encore autant.
05:37Et puis, vous avez vu,
05:38il met à la fin quelque chose
05:39qui, s'il n'y avait pas les deux premiers,
05:41je ne rappelle pas qu'il ne faut pas les faire,
05:42ce serait très important,
05:43c'est qu'au niveau de la numérisation,
05:45la digitalisation,
05:45on appelle ça l'intelligence artificielle aujourd'hui,
05:47on met des moyens.
05:48Vous avez vu combien il reste
05:49raisonnablement de moyens qu'il met
05:50face au fait qu'on a Mistral en France,
05:53on a quelques sociétés en Europe,
05:54mais face à l'avance de la Silicon Valley
05:57ou de manière générale des Etats-Unis ou d'autres...
05:59100 milliards investis encore cette nuit
06:01par Nvidia dans OpenAI.
06:02Mais c'est beaucoup trop petit.
06:04Quand vous avez du retard sur quelqu'un
06:06et qu'il ne s'agit pas uniquement d'argent
06:08si vous devez construire des hauts fourneaux,
06:10mais d'intelligence artificielle,
06:11et technologie,
06:14vous avez besoin pour rattraper,
06:15de mettre beaucoup plus.
06:16Sauf que si vous décidez de faire les choses
06:18en ayant moins de moyens
06:19avec les autres collectivement,
06:20que ce soit au niveau de la transition écologique
06:21ou de l'armée,
06:22parce que vous n'avez pas respecté,
06:23je parle de la défense,
06:25les années précédentes,
06:26la Côte-Parc qu'il fallait y mettre,
06:27vous partez fragiliser évidemment.
06:28En quelques secondes,
06:29pour conclure,
06:30Roland Gillet avançait aussi
06:31sous forme de coalition,
06:33parce que 27,
06:33on sait que c'est compliqué,
06:35on a réussi à faire Airbus,
06:36vous le disiez,
06:37et quelques autres exemples
06:38comme celui-ci.
06:40C'est aussi la clé du succès
06:42pour pouvoir faire émerger
06:44des floreaux industriels ?
06:45Ah mais j'en suis certain !
06:46Nous, en Europe,
06:47on est souvent un pour tous
06:48et chacun pour soi.
06:50Si on était comme les mousquetaires,
06:52non pas à 27,
06:53mais à quelques-uns,
06:54et à faire avancer les choses,
06:55je crois que l'Europe
06:56serait un meilleur succès
06:57et serait en tous les cas
06:58plus crédible
06:59face à la Chine
07:00ou les Etats-Unis.
07:00Roland Gillet avec nous ce matin.
07:02Merci beaucoup,
07:02professeur d'économie financière
07:04à l'Université Paris 1,
07:05Panthéance-Orbonne
07:05à l'Université Libre de Bruxelles.
07:07Et dans ce.
07:07Merci.