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  • il y a 11 minutes
Ce mardi 2 juin, Jean-Yves Colin, spécialiste de l'Asie du Nord à l'Asia Centre, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il s'est intéressé à l'investissement de SoftBank en France, s'élevant à 75 milliards d'euros et représentant la plus grosse capitalisation boursière du Japon. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Emmanuel, il faut quitter le plateau, je vous fais évacuer par la sécurité.
00:04Attention, 7h19, on va parler du Japon avec SoftBank qui a investi hier en France.
00:10Cet investissement de 75 milliards d'euros annoncé et qui est devenu donc hier la plus grosse capitalisation boursière du
00:17Japon.
00:18On va en parler avec Jean-Yves Collin. Bonjour, spécialiste de l'Asie du Nord à l'Asia Centre.
00:22Il y a une sorte de soft power quand même à travers SoftBank qui est désormais donc la première capitalisation
00:29boursière
00:29et qui investit dans le monde entier dans la tech.
00:32Ça devient un acteur important pour la France.
00:35Racontez-nous un peu cette entreprise.
00:37SoftBank, au Japon, ce n'est pas une entreprise récente.
00:41Les Français découvrent SoftBank depuis hier matin.
00:45Tous les journaux parlent de SoftBank.
00:47Mais SoftBank est une entreprise assez ancienne qui a été fondée par un Japonais d'origine coréenne, Masayoshi Son.
00:55C'est d'abord fondamentalement un gigantesque fonds d'investissement, SoftBank, qui trouve notamment ses ressources,
01:03non pas forcément auprès des Japonais, mais auprès des investisseurs internationaux.
01:07Et il a fait de nombreuses levées de fonds auprès des fonds proches orientaux, Arabie Saoudite, Émirat.
01:15Il est aussi connu au Japon parce que c'est une entreprise de téléphone, de communication.
01:21Donc si vous allez dans des grands magasins au Japon, vous verrez des corners tout blancs marqués SoftBank.
01:28C'est très chic.
01:28Ça ressemble un peu, si j'ose dire, au magasin Apple.
01:32Donc voilà.
01:33Donc ce n'est pas une entreprise récente qui a fait beaucoup d'investissements dans le passé,
01:37parfois avec des hauts, parfois avec des barres.
01:40Quand je dis des barres, c'est des pertes très importantes,
01:43notamment au moment de la crise financière des années 2007-2008.
01:47Ils ont fait des investissements dans des banques qu'ils n'ont pas rentabilisés.
01:52Et ils se sont refaits.
01:53Ce sont, entre guillemets, Masayoshi Son, c'est un développeur, un investisseur capitaliste,
02:00mais il a une manière de travailler qui est un peu de trading.
02:04Donc là, il est plutôt dans la partie industrielle, la partie télécommunication, centre de données.
02:10Hier, première capitalisation boursière du Japon devant Toyota.
02:14Ça, c'est quand même assez symbolique.
02:15C'est-à-dire que ce qui est intéressant, c'est de voir que le marché financier japonais
02:19était un peu en train de changer.
02:21C'est-à-dire que pour les gens de ma génération, c'était relativement âgé,
02:25le Japon, c'était une sorte de vol d'oie, pour reprendre une expression qu'on utilisait beaucoup
02:29dans les années 60-70.
02:30Il y avait des grandes entreprises comme Mitsubishi, Sumitomo, Mitsui,
02:34qui étaient suivies par des PME très contraintes par les grandes entreprises.
02:40Et puis le Japon lui-même entraînait les nouveaux pays industriels,
02:43qui étaient la Corée, Taïwan, Singapour.
02:46Les grandes entreprises industrielles japonaises ont eu des revers, il faut le dire.
02:52Elles ont été concurrencées d'abord par les entreprises sud-coréennes, taïwanaises, chinoises,
02:57mais d'autres sont apparues.
02:58Et en ce moment, vous voyez la bourse japonaise augmenter très fortement.
03:03Record sur record.
03:04Il y a quelques temps, j'écrivais des papiers sur la bourse japonaise,
03:09et le Nikkei était à 55 000, puis il est passé à 60 000, puis il a remonté,
03:13puis il est redescendu en dessous de 60 000.
03:15Aujourd'hui, il est aux entre 67 000, 68 000.
03:18Donc ça, c'est aussi une caractéristique du marché financier japonais, comme de tous les marchés.
03:23Il est très volatile.
03:24Et il est volatile pourquoi ?
03:25Parce que ce sont les entreprises électroniques, enfin, je dis électroniques au grand sens,
03:29au sens le plus large du terme, des entreprises qu'on ne connaît pas très bien,
03:33comme Mulata, comme Tokyo Electron, Kofsombank, qui tirent le marché.
03:38On trouve au Japon la même chose qu'on trouve aux États-Unis et en Corée du Sud,
03:44avec le bémol que Samsung baisse terriblement sur la côte sud-coréenne.
03:49Annalisa ?
03:49Alors, si les entreprises se portent bien, l'État japonais, lui, est un petit peu plus en difficulté,
03:54notamment à cause de la fermeture du détroit d'Hormuz,
03:57puisque 90% du pétrole japonais pour le Japon a transité par là.
04:01Alors, l'État, pour l'instant, arrive à maintenir les prix de l'essence bas, avec des subventions.
04:06Est-ce qu'ils en ont les moyens ?
04:10Le gouvernement japonais, il a, si je compare par rapport au gouvernement français,
04:16il a réussi à faire passer son budget, qui est de l'ordre d'un peu moins de 700 milliards
04:20d'euros,
04:22relativement facilement, à son grand dépit, avec un peu de retard.
04:26C'est-à-dire un retard de quelques jours.
04:29Quand le budget japonais a un retard de quelques jours, ce qui arrive très rarement,
04:34c'est comme quand un train japonais a un retard de une minute.
04:37On vous rembourse le prix du billet.
04:41Et pendant un certain temps, Mme Takechi et sa ministre des Finances
04:46avaient déclaré de manière assez ferme, pas de budget supplémentaire.
04:52Il y en avait déjà eu un en fin d'année.
04:54Et là, ils ont décidé un budget supplémentaire, qui est de l'ordre de 16-17 milliards d'euros,
05:01pour créer, non pas immédiatement pour relâcher des subventions,
05:04mais pour créer un fonds de réserve.
05:07C'est en fait un budget de 3 000 milliards de yens.
05:09Sur les 3 000 milliards de yens, il y a 2 500 qui sont destinés à constituer un fonds de
05:13réserve.
05:14Et l'autre, qui peut constituer l'EF, à subventionner, notamment les dépenses d'électricité.
05:19Il faut savoir que les prix de l'électricité et du gaz,
05:24au Japon, sont sans commune mesure avec les prix que nous connaissons en France.
05:28Donc, il poursuit.
05:31Comme vous le savez, le déficit budgétaire japonais est quelque chose
05:34dont je n'arrive plus à retrouver la trace dans le temps, tellement il est ancien.
05:38Il bat de loin la France.
05:42Et en réalité, il est largement financé par la Banque du Japon,
05:45qui absorbe les obligations d'État japonaise.
05:48Mais à quel point l'économie japonaise, aujourd'hui, elle souffre de la situation moins énorme ?
05:52On parle de toute l'industrie pétrogymique, on parle de difficultés de produits qui ne sont plus en stock.
05:58Le Japon est dans une situation difficile.
06:00Comme tous les pays d'Asie, ce qui est une chose qui m'a frappé,
06:02parce qu'il se trouve que j'étais à Singapour et au Vietnam au mois de mars,
06:06c'est que dès le démarrage de la crise, les responsables de toute l'Asie ont eu à la fois
06:12conscience
06:12des risques de prix, de l'effet prix de la hausse du prix du pétrole,
06:16et puis d'autre part, des risques d'approvisionnement.
06:19Notamment parce que dans le cas du Japon, 93% effectivement vient du Proche-Orient.
06:25En revanche, dans le cas du GNL, c'est simplement 10%.
06:29L'essentiel de l'approvisionnement du GNL vient d'Australie.
06:32Idem d'ailleurs pour le charbon qui est australien ou malais.
06:37Donc c'est surtout un problème pétrolier.
06:40Et pour l'instant, ils arrivent à passer, mais dès le démarrage,
06:44tous ces pays ont un comportement intéressant,
06:46c'est-à-dire qu'ils insistent sur le côté...
06:49Bon, il va falloir faire des économies.
06:51Baisse de la demande.
06:51Il va falloir faire des économies.
06:53Pas tellement sur le côté subvention.
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