00:00Et encore une semaine sous haute tension dans le conflit qui oppose Israël à la Palestine.
00:04Bonjour David Rigoleroz, merci beaucoup d'être en ligne avec nous ce matin sur BFM Business,
00:09chercheur associé à l'IRIS, rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique,
00:12avec moi pour vous interroger Caroline Lloyer. Bonjour Caroline.
00:14Bonjour Erwann.
00:1515 pays ont lancé un appel à reconnaître l'État de Palestine,
00:18parmi eux la France, le Canada, l'Australie, c'est inédit,
00:22c'est le début d'un mouvement de fond ?
00:26En tout cas, ils sentent qu'il y ait une dynamique qui a été initiée, effectivement,
00:30dans le plongement de l'initiative du président Macron.
00:34Au début, ça a laissé perplexe, et puis manifestement,
00:38il y a un certain nombre de pays qui rejoignent le mouvement.
00:41Vous évoquez des pays, notamment occidentaux,
00:45il y a le Royaume-Uni, et puis le Canada, l'Australie et d'autres.
00:50Donc c'est effectivement assez significatif par rapport à la conférence à haut niveau
00:56qui s'est tenue justement à l'ONU,
00:58et qui prépare d'une certaine manière des annonces plus officielles et spectaculaires
01:02le 21 septembre prochain, justement, dans l'enceinte haussienne.
01:07Ces pays, ils espèrent faire pression.
01:09Pour eux, c'est un moyen de pression sur Israël,
01:10mais est-ce que cette pression peut fonctionner
01:12tant que les États-Unis eux-mêmes ne disent pas
01:15« on va reconnaître l'État de Palestine » ?
01:16– Ah oui, non, incontestablement, de toute façon,
01:20il y aura une obstruction américaine, et du point de vue israélien,
01:24ça a été immédiatement dénoncé, stigmatisé comme une prime donnée au Hamas
01:29et au terrorisme.
01:31Mais en réalité, l'enjeu est ailleurs, il s'agissait probablement
01:34dans la déclaration du président Macron,
01:37et d'ailleurs on retrouve ces éléments dans les déclarations des autres pays,
01:42en tout cas des premiers ministres des autres pays,
01:44je pense justement à Marc Carnet au Canada,
01:47en Australie, c'est l'idée de préserver,
01:51d'essayer de tenter de sauver la solution à deux États.
01:55Tout simplement parce qu'elle est aujourd'hui très largement hypothéquée
01:58sur le terrain, il y a une situation catastrophique
02:01épouvantable à Gaza en termes humanitaires,
02:04mais il y a les deux éléments en fait.
02:06Il y a la situation à Gaza d'un côté,
02:09qui est devenue intolérable,
02:10et qui appelle une réponse immédiate.
02:13Et puis il y a effectivement cette question
02:15de la solution à deux États,
02:17qui est balayée d'un revers de main par le Premier ministre,
02:21et justement il se trouve qu'il y a une motion
02:23qui a été votée par la CNESET le 23 juillet dernier,
02:26qui évoque, alors c'est une motion,
02:28ce n'est pas une loi effective,
02:29mais c'est une motion programmatique,
02:31qui évoquait justement la prochaine annexion
02:35et souveraineté israélienne sur la Cisjordanie,
02:37appelée la Judée Samarie,
02:38par la mouvance d'extrême droite.
02:41Et donc ce n'est pas un hasard
02:42si l'annonce présidentielle française a été faite,
02:44juste à ce moment-là,
02:45il y a un timing d'urgence,
02:47et on retrouve ces éléments
02:48dans toutes les déclarations des autres pays.
02:51Vous parlez de la position du Canada,
02:53David Rigolero,
02:54sur la reconnaissance de l'État palestinien,
02:56et une position qui est notamment décriée
02:57par Donald Trump,
02:59qui se sert de ce désaccord
03:01pour faire du chantage sur les droits de douane
03:02qui s'appliquent sur son voisin.
03:03La position de Trump, en réalité,
03:06elle complique quand même les choses
03:07dans un dossier qui est déjà très difficile.
03:10Steve Whitcoff, l'émissaire du président américain,
03:12était hier en Israël,
03:14il va se rendre aujourd'hui dans la bande de Gaza.
03:16Qu'est-ce que cette visite pourrait produire
03:18au-delà peut-être de la question de l'aide humanitaire ?
03:22La visite de Whitcoff est présentée
03:23comme une visite d'observation,
03:25puisqu'il y a eu un arrêt,
03:28alors peut-être pas définitif,
03:29mais en tout cas acté par le président Trump,
03:32de négociation sur la libération des otages.
03:35Les fameuses négociations partielles, par étapes,
03:39d'ailleurs aujourd'hui l'administration américaine
03:42évoque l'unique option d'une négociation globale
03:47de tous les otages en une fois,
03:49du désarmement du Hamas,
03:50et il y a une convergence avec l'affichage très ferme
03:54du gouvernement israélien là-dessus,
03:56donc il y a un changement de paradigme manifestement
03:58sur cette question des otages.
03:59Et donc la visite de Whitcoff,
04:01elle est là d'abord pour aller voir la situation
04:03sur le terrain en termes humanitaires,
04:05et puis pour effectivement probablement
04:07préparer les prochaines échéances
04:11en termes stratégiques
04:13par rapport à cette question fondamentale
04:15de la libération des otages.
04:17Pour revenir sur l'annonce de la France,
04:19Emmanuel Macron, il espère aussi,
04:20il faut le préciser,
04:21engager un troc avec,
04:23si je peux me permettre d'utiliser le terme,
04:25avec l'Arabie Saoudite
04:26pour reconnaître Israël.
04:28Est-ce que ça semble envisageable
04:30au moment où on se parle ?
04:32Ce qui est intéressant,
04:33c'est qu'Emmanuel Macron
04:35mobilise des relations,
04:36des bonnes relations,
04:37qu'il entretient avec Mohamed Mitzalman,
04:40pour rappeler que Mohamed Mitzalman
04:42a d'excellentes relations avec Donald Trump,
04:44et il se trouve que l'Arabie
04:45est une pièce centrale,
04:46en réalité au niveau régional,
04:47tout le monde en est conscient,
04:48puisque dans la question
04:50justement d'un problématique palestinien
04:53et de la normalisation avec Israël,
04:55c'est évidemment l'Arabie Saoudite
04:57qui constitue l'élément fondamental.
04:59Il faut rappeler qu'avant le 7 octobre,
05:01il y avait des discussions très avancées
05:04entre l'État hébreu et Riyad
05:07pour une normalisation
05:08sur le modèle du processus d'Abraham.
05:11Elle a été évidemment totalement suspendue
05:14vu les conséquences entraînées
05:17par la réponse militaire d'Israël à Gaza
05:22après le massacre du 7 octobre.
05:24Et donc il y a évidemment toile de fond
05:26cette idée d'une normalisation d'ailleurs
05:27qui a été explicité dans les éléments
05:30de langage présidentiel,
05:31en articulant effectivement
05:33une reconnaissance d'un État palestinien
05:36pétitif,
05:37en enjoignant les pays arabes
05:39qui ne l'auraient pas fait,
05:40justement de reconnaître l'État hébreu,
05:43parmi lesquels évidemment,
05:44encore une fois,
05:46l'Arabie Saoudite.
05:46Paradoxalement, d'ailleurs,
05:48il y a une forme de logique
05:51qui reprend certains tenants
05:53et aboutissants
05:54de ce qui a été le processus d'Abraham
05:56avec d'autres pays arabes,
05:58même si ce n'est pas reconnu comme tel.
06:00Merci beaucoup pour votre analyse
06:02avec nous ce matin.
06:02David Rigoulet-Rose,
06:04chercheur associé à l'IRIS,
06:05rédacteur en chef de la revue
06:06Orient Stratégique.
06:07Merci.
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