00:00Et au Liban, ce matin encore une fois, il y a des demandes d'évacuation de la part d'Israël
00:05avec des frappes de plus en plus régulières,
00:08que ce soit dans la banlieue sud de Bérou ou même dans le centre.
00:11On va en parler avec David Rigoulet-Rose.
00:13Bonjour, vous êtes rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, c
00:20'est l'IFAS.
00:21Ce Liban qui est dans une situation de plus en plus critique, avec désormais la crainte d'un choc migratoire.
00:27Il y a un sixième de la population libanaise qui a été déplacée, c'est énorme.
00:33Oui c'est énorme, c'est susceptible de déstabiliser l'équilibre démographique du Liban qui a toujours été très sensible.
00:40Ça pousse une grande partie de la population du sud, chiite notamment, vers le nord.
00:46Et donc c'est un facteur de déstabilisation démographique et donc politique.
00:52Et déstabilisation vers la Turquie, c'est la Turquie la première à alerter sur le sujet.
00:56Oui, mais la Turquie est inquiète à la fois pour l'Iran, sa frontière, et puis pour le Liban.
01:02Donc on voit qu'il y a un mouvement, une tectonique régionale qui est à l'œuvre aujourd'hui,
01:09avec effectivement des attendus très très incertains actuellement.
01:14Mais ces frappes qui sont ciblées sur le Hezbollah, on croyait quand même le Hezbollah très affaibli.
01:21Qu'est-ce qu'il en reste aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'il y a encore à détruire
01:23?
01:24Il est très affaibli. Il l'a été avec la guerre de fin 2024, effectivement,
01:29puisqu'il y a eu près de 2500 à 3000 membres du Hezbollah qui ont été éliminés.
01:34Il y a eu une guerre d'attrition très forte sur ses capacités, ses stocks militaires et notamment balistiques.
01:40Mais on voit qu'ils sont encore en situation de tirer sur Israël.
01:43Et donc c'est la justification qui est donnée par Tzal pour effectivement mettre en œuvre l'option militaire pour
01:51s'avancer en profondeur à partir du sud.
01:54L'objectif est toujours le même, c'est de sécuriser la frontière nord, la Galilée,
01:58et donc repousser effectivement tout ce qui pourrait être une menace en provenance du sud Liban,
02:07avec potentiellement l'idée d'une zone tampon à établir.
02:11On retrouve ce qui s'était passé après 1978, qui a duré jusqu'à l'année 2000, avec le retrait
02:18israélien à l'époque.
02:19Mais la configuration n'est pas la même aujourd'hui, d'abord parce que le Hezbollah est beaucoup plus affaibli
02:23qu'alors.
02:24Et surtout, son mentor, son soutien, était intouchable à l'époque.
02:30Or, aujourd'hui, l'Iran est frappé justement par les Américains et Israël.
02:35Et on voit bien que la logique, l'articulation entre Hezbollah et Iran va être déterminante justement dans le devenir
02:42de cette opération militaire.
02:45Mais une zone tampon entre le nord d'Israël et le sud du Liban, organisée par qui ? Par Israël
02:50eux-mêmes ?
02:50Ah oui, dans l'immédiat, ce serait ça, effectivement.
02:52Alors, c'est pour ça que le président français a dit qu'il était contre une invasion du sud-Liban
02:58qui répéterait les erreurs du passé,
03:00puisque ça a été effectivement un échec à l'époque.
03:03Mais là, l'idée des Israéliens, c'est… En toile de fond, il y a toujours le même problème.
03:08C'est la problématique du désarmement du Hezbollah, en réalité.
03:10C'est ça, le problème de fond, qui a été partiellement fait dans le sud-Liban par l'armée libanaise,
03:16mais partiellement seulement.
03:18Or, aujourd'hui, Israël considère que c'est de la question de l'être réglée définitivement.
03:22Le problème, c'est que cette question ne se règle pas uniquement par la voie militaire.
03:28Elle implique, effectivement, la possibilité pour la souveraineté libanaise de faire valoir le monopole des armes au détriment des milices,
03:36en l'occurrence du Hezbollah.
03:38Ce qu'elle n'a pas actuellement ?
03:39C'est difficile, c'est très difficile pour le gouvernement, même s'il y a le souhait de le faire.
03:43Mais le gouvernement est pris en otage, en fait, par rapport à la géopolitique régionale.
03:47C'était déjà le cas précédemment.
03:49Et il a du mal à imposer, effectivement, cette démilitarisation au Hezbollah qui s'y refuse.
03:55Même si, aujourd'hui, la situation a changé.
03:58C'est-à-dire que le Hezbollah n'est plus en situation de force, comme il l'a été précédemment.
04:03Et la majorité de l'Ibanais se sont pris en otage, en fait.
04:07Et ce qui est nouveau, c'est que même au sein de la communauté chiite, dont le Hezbollah est quand
04:10même une expression particulière,
04:12avec Amal, qui est l'autre, même il y a des doutes qui commencent à surgir sur le prix à
04:17payer.
04:18Et surtout, a fortiori, quand il y a un affaiblissement de l'Iran de l'autre côté.
04:23Annalisa ?
04:23On sait que les Israéliens ont des informations très précises sur ce qui se passe à Tehran,
04:27des informations qui leur permettent de cibler des dirigeants de manière très précise.
04:30On peut imaginer qu'ils ont aussi des informations assez précises sur la localisation des dirigeants du Hezbollah.
04:36Pourtant, Israël menace d'étendre encore les frappes terrestres.
04:39Ça veut dire que ce n'est pas suffisant, qu'ils ne peuvent pas cibler de manière aussi précise ?
04:43Si, ils l'ont fait, d'ailleurs.
04:45Ils l'ont fait encore dernièrement pour des commandants du Hezbollah.
04:48Et ils ont effectivement des renseignements très précis.
04:51Il y a une frappe à Beyrouth, dans le centre de Beyrouth, qui n'est pas le quartier chiite,
04:55où il y aurait eu effectivement un immeuble utilisé, notamment financièrement par le Hezbollah.
05:02Mais on a vu la décapitation, notamment avec Nasrallah en 2024.
05:09Tout le staff militaire, toute la structure politico-militaire.
05:12Mais le Hezbollah n'est pas une création ex-nilo.
05:16C'est l'expression, c'est une milice, effectivement un parti milice qui est issu,
05:22qui représente une sensibilité particulière de la communauté chiite.
05:26Ce n'est pas un corps étranger.
05:27Simplement, son agenda est indexé sur celui de Téhéran.
05:30Et l'enjeu, en fait, c'est d'essayer de désindexer, justement, le Hezbollah de l'agenda iranien.
05:38Ce qui est très difficile, parce qu'historiquement, il est lié à l'Iran.
05:40Mais aujourd'hui, la situation est différente, parce que l'Iran est affaiblie.
05:44Et donc, l'objectif sous-jacent d'Israël, c'est de parvenir à ça,
05:49en fait de pousser le gouvernement libanais à parvenir à ce désarmement du Hezbollah.
05:55– Sous-jacent et premier, c'est-à-dire que ça finit par être le premier but de guerre, si
06:00je puis dire, d'Israël ?
06:01– Ah oui, c'est le vrai but de guerre.
06:02Israël a toujours dit qu'il n'était pas en guerre contre le Liban, contre le gouvernement libanais.
06:07Simplement, il fait valoir que le gouvernement libanais n'ait pas en capacité
06:11de parvenir au règlement de cette question.
06:13– Merci beaucoup, David Rigouleros, d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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