00:00La guerre est presque terminée, a dit Donald Trump, ça fait refluer le cours du dollar.
00:03On est donc autour des 90 dollars, le baril sur le Bren notamment, alors qu'on avait touché les 119
00:08hier.
00:09On va en parler avec Adèle Bakawan, bonjour.
00:10Vous êtes le directeur de l'Institut Européen pour les études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
00:15Quand vous entendez Donald Trump dire « la guerre est presque finie », comment vous réagissez ?
00:19L'impasse. Donald Trump est dans l'impasse.
00:22Dans l'impasse parce que le régime est encore là, le régime n'est pas tombé, le programme atomique est
00:26encore là,
00:27le programme balistique est encore là, le programme milicien, c'est-à-dire les organisations miliciennes de la République islamique
00:33d'Iran,
00:33frappent encore, les milices irakiennes frappent au Liban, les hussies ne sont pas encore entrées en guerre.
00:42Et désormais, la République islamique d'Iran s'est débarrassée d'un guide qui avait 86 ans,
00:48qui était mou, qui était très nuancé, qui ne réagissait pas.
00:52Désormais, ils ont un chef, un nouveau chef, son fils, bien radicalisé,
00:56qui est pour la radicalisation, d'où la conflictualité qui attaque tous les pays,
01:00l'Arabie Saoudite, les Émirats, nos Kouïtes.
01:03Attendez, à vous entendre, on a l'impression que les États-Unis ont rendu service aux gardiens de la révolution.
01:07Si la guerre s'arrête là, oui.
01:09Si la guerre s'arrête là, les Pazdada ont gagné la guerre.
01:13Quel était leur objectif ? C'est rester en place.
01:15Quel était leur objectif ? C'est résister.
01:17Quel était leur objectif ? C'est renouveler la République islamique d'Iran.
01:21Aujourd'hui, est-ce qu'on a libéré un seul village ?
01:24En Iran, un seul village ? Non.
01:26Une seule rue ? Non.
01:28Bien évidemment, il y a une supériorité très importante américano-israélienne.
01:34Ils ont la main, bien évidemment, sur le ciel iranien.
01:36Il faut frapper à tout moment, nuit et jour, partout.
01:40Mais est-ce que vous avez vu déjà, à travers toute notre histoire de l'humanité,
01:45partout où notre histoire récente, un régime du type République islamique d'Iran
01:50tombe avec les bombardements ?
01:52Moi, je ne l'ai jamais vu.
01:53Annalisa, pourtant c'est vrai qu'on a toute une série de facteurs qui affaiblissent le régime.
01:57On a la population qui est mécontente, on a une économie qui s'effondre,
01:59on a le problème de sécheresse qui se rajoute à tout ça.
02:02Vous, vous pensez qu'aucun de ces facteurs rajoutés au bombardement
02:06américano-israélien ne peut faire tomber le régime pour l'instant ?
02:08Ce sont des facteurs très importants pour nous, en Occident,
02:11pour une société normale, pour un État normal.
02:14Seulement, nous ne sommes pas dans le contexte d'une société normale et d'un État normal.
02:19Ces sociétés iraniennes y ont une guerre depuis 1980.
02:23Avec l'Irak, 80-88, et ensuite 88 jusqu'à 2003 sous l'embargo.
02:29Et ensuite, l'embargo s'enfantifie, les sanctions américaines, européennes, etc.
02:33Ces sociétés n'ont jamais vécu un État normal.
02:37Et ensuite, le régime, un État, cet État-là, son objectif,
02:41ce n'est pas la sécheresse, ce n'est pas le réchauffement climatique,
02:44ce n'est pas les frappes, ce n'est pas les bombardements.
02:47Ils s'en fichent, pardonnez-moi, de parler comme ça, de tout ça.
02:49Ce qui compte pour les Pazdaran ultra radicalisés,
02:52c'est garder cette forme qui s'appelle la République islamique d'Iran.
02:56C'est garder la main sur le secteur militaire, sur le secteur économique,
03:01sur le secteur de ce que j'appelle la relation internationale.
03:04Et ils ont à leur disposition au moins 15 à 20% de la population iranienne.
03:08Le reste, ils ne se soucient pas.
03:11La dernière fois que vous êtes venu ici, vous aviez déroulé quasiment minute par minute
03:13le plan de Donald Trump, ce qui s'est passé dans les jours d'après.
03:16Comment vous voyez évoluer la situation là, autour du détroit d'Hormuz ?
03:19Vous dites que Donald Trump est embourbé.
03:21Comment vous voyez la suite ?
03:23Écoutez, le problème, c'est qu'il s'est pris à son propre piège.
03:26Vous voulez chuter le régime, vous voulez faire tomber le régime,
03:30il faut ou bien engager des troupes au sol, comme ce qui a été le cas pour l'Irak du
03:35Saddam Hussein.
03:36Et là, à ce jour, il se refuse.
03:38Vous ne pouvez pas chuter, par exemple, même le régime du Saddam Hussein.
03:41Vous avez un dictateur, vous allez à Bagdad, vous récupérez le dictateur, le régime tombe.
03:47Dans le scénario iranien, vous n'avez pas une personne.
03:50Vous décapitez Khamenei, il y aura un deuxième Khamenei.
03:53Vous décapitez le deuxième, il y aura un autre guide suprême.
03:56Il y a une institutionnalisation de la République islamique d'Iran.
04:00Pour faire chuter ce régime, il faut aller jusqu'à Téhéran et il faut occuper le terrain.
04:05Ce qui n'est pas le cas pour Donald Trump, il ne vaut absolument pas.
04:08Le deuxième scénario, c'est la défection de l'armée régulaire par rapport au Pazdadan.
04:12Il faut négocier avec vous parce que le torchon brûle, comme je dis,
04:16depuis toujours entre l'armée régulaire et les Pazdadan.
04:18À ce jour-là, nous n'avons aucun signe.
04:20La troisième option, c'est d'aider la population iranienne pour renverser le régime.
04:26Au moment où la population iranienne était dans la rue, ils ont assassiné 33 000 Iraniens.
04:32Ils avaient besoin de l'aide des États-Unis d'Amérique.
04:35Donald Trump a dit que l'aide arrive, restez dans la rue, mais cette aide n'est jamais arrivée.
04:39Et la dernière option, c'est d'armer l'opposition iranienne, unifier l'opposition iranienne,
04:45les regrouper dans une plateforme, ce qui n'est absolument pas le cas.
04:48Alors donc, aujourd'hui, Donald Trump, il veut arrêter cette guerre-là tout de suite.
04:52Maintenant, parce que le prix du baril monte de 58 à 78, 98.
04:58Il est fort probable qu'on arrive à 150 dollars, n'est-ce pas ?
05:02On est redescendu, là, après des propos de Donald Trump.
05:04Parce qu'il y a une déclaration.
05:05C'est quoi la déclaration hier ?
05:07Il est fort probable que j'arrête cette guerre au bout de 2-3 jours.
05:10Rapidement, vous voyez, rapidement.
05:11Alors dans ce cas-là, comment vous allez traiter avec le régime de la République islamique d'Iran ?
05:15C'est-à-dire quoi ? C'est-à-dire que tout ça pour ça ?
05:18Tout ce qu'on a fait pour ça ?
05:21Alors donc, c'est l'échec total.
05:22Si la guerre s'arrête là, c'est l'échec total pour Donald Trump, personnellement.
05:26Donc vous voyez une guerre longue ?
05:28Ah oui, si jamais on n'engage pas les troupes au sol.
05:32Regardez, l'organisation d'État islamique, Daesh, n'était pas un vrai État.
05:37C'est juste une organisation terroriste qui a construit un micro-État entre Raqqa et Moussoul,
05:43entre la Syrie et l'Irak.
05:45On a mis combien de temps pour éradiquer ça ?
05:47Trois ans, de 2014 à 2017, parce qu'on n'avait pas des troupes au sol,
05:52et parce qu'on a envoyé les Kurdes en tant que troupes au sol pour aller jusqu'à Raqqa.
05:57Ça a pris trois longues années.
06:00Alors aujourd'hui, vous êtes dans le contexte d'où la République islamique d'Iran,
06:0490 millions d'habitants, un pays trois fois plus grand que la France,
06:09qui dispose des passes d'Aran, des bassigies, du service de renseignement,
06:14des missiles balistiques, programmes atomiques, des organisations militaires.
06:18Vous voulez finir cette guerre en deux ou trois jours ?
06:20– Annalisa, vous imaginez une implication un peu accrue de la Chine et de la Russie,
06:25pour l'instant, en laissant très timide ?
06:26– Non, non, ce n'est pas la guerre de la Chine ni de la Russie.
06:30La Chine, sa priorité, de toutes les priorités, c'est l'économie.
06:34On sait très bien, le facteur déterminant de sa politique étrangère, c'est l'économie.
06:41La Chine pourra faire l'économie avec la République islamique d'Iran d'aujourd'hui,
06:45comme avec un autre régime d'hier.
06:48Avant-hier, il était avec Bachar el-Assad, aujourd'hui, il est avec Ahmad El-Sharad.
06:53Donc, ça ne pose pas de problème pour la Chine.
06:56Pour la Russie, la Russie ne prendra pas le risque.
06:58La priorité de la Russie, c'est l'Ukraine.
07:00Au nom de quelle légitimité elle va s'engager dans une guerre qui n'est pas la sienne ?
07:04Au contraire, aujourd'hui, qui parle de l'Ukraine ?
07:07Grâce ou à cause de la guerre d'Iran ?
07:09– Pas plus personne.
07:11Donc, le champ est libre pour Vladimir.
07:13Au nom de quelle légitimité, en quel droit, pourquoi, pour quel intérêt Vladimir Poutine
07:19va s'engager dans une guerre qui n'est pas la sienne ?
07:21– Et quand on parle des munitions iraniennes, en disant ça s'essouffle,
07:24il y a de moins en moins de drones, de moins en moins d'obus,
07:27vous dites non, c'est une vision européenne ?
07:30– C'est probable, c'est probable.
07:31Le premier jour, il y avait 360 missiles balistiques intelligents
07:37qui tombaient sur Israël, l'Arabie Saoudite, le Kouaï, les Émirats, l'Irak, etc.
07:42Aujourd'hui, on arrive à 12, à 13, à 15 missiles.
07:45Mais ce n'est pas…
07:46Et même avec zéro missile, ça ne posera pas de problème aux Iraniens.
07:51Pourquoi ça ne posera pas de problème ?
07:53Parce que la République est là, parce que le régime est là.
07:55Si à un moment donné, il n'y aura plus de drones,
07:57mais ce n'est pas grave, on n'envoie plus des drones en Israël ou en Arabie Saoudite.
08:02Mais ce n'est pas grave.
08:03Pourquoi ? Parce que le territoire est là, l'État est là, la République islamique est là.
08:07La raison, leur raison de vie, c'est-à-dire la justification,
08:13la justification pour laquelle leur existence depuis 1979 a été créée,
08:21c'est la République islamique d'Iran, c'est le bien commun.
08:23Et même hier après-midi, on n'a pas fait attention à Ayatollah Sistani.
08:28Ayatollah Sistani, c'est le plus grand Ayatollah à l'échelle planétaire,
08:33notre planète, pour les chiites.
08:35Beaucoup plus grand que le guide suprême d'Iran.
08:37Il a fait une fatwa en disant que la République islamique,
08:42c'est-à-dire le système islamique en Iran, c'est notre bien commun.
08:47Il faut le protéger.
08:48Autrement dit, ce n'est pas les missiles balistiques,
08:49ce n'est pas les milices et l'organisation milicienne,
08:53ce n'est pas le programme atomique qui est la priorité.
08:56C'est le régime.
08:57C'est le régime.
08:57Merci beaucoup Adèle Bakawan d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
09:01Merci beaucoup Adèle Bakawan d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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