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  • il y a 2 minutes
Ce mardi 10 mars, Adel Bakawan, directeur de l'European Institute for Studies on the Middle East and North Africa, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont discuté de l'estimation de Donald Trump sur la fin de la guerre, de la situation autour du détroit d'Ormuz, ainsi que du renouvellement de la République islamique d'Iran. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00La guerre est presque terminée, a dit Donald Trump, ça fait refluer le cours du dollar.
00:03On est donc autour des 90 dollars, le baril sur le Bren notamment, alors qu'on avait touché les 119
00:08hier.
00:09On va en parler avec Adèle Bakawan, bonjour.
00:10Vous êtes le directeur de l'Institut Européen pour les études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
00:15Quand vous entendez Donald Trump dire « la guerre est presque finie », comment vous réagissez ?
00:19L'impasse. Donald Trump est dans l'impasse.
00:22Dans l'impasse parce que le régime est encore là, le régime n'est pas tombé, le programme atomique est
00:26encore là,
00:27le programme balistique est encore là, le programme milicien, c'est-à-dire les organisations miliciennes de la République islamique
00:33d'Iran,
00:33frappent encore, les milices irakiennes frappent au Liban, les hussies ne sont pas encore entrées en guerre.
00:42Et désormais, la République islamique d'Iran s'est débarrassée d'un guide qui avait 86 ans,
00:48qui était mou, qui était très nuancé, qui ne réagissait pas.
00:52Désormais, ils ont un chef, un nouveau chef, son fils, bien radicalisé,
00:56qui est pour la radicalisation, d'où la conflictualité qui attaque tous les pays,
01:00l'Arabie Saoudite, les Émirats, nos Kouïtes.
01:03Attendez, à vous entendre, on a l'impression que les États-Unis ont rendu service aux gardiens de la révolution.
01:07Si la guerre s'arrête là, oui.
01:09Si la guerre s'arrête là, les Pazdada ont gagné la guerre.
01:13Quel était leur objectif ? C'est rester en place.
01:15Quel était leur objectif ? C'est résister.
01:17Quel était leur objectif ? C'est renouveler la République islamique d'Iran.
01:21Aujourd'hui, est-ce qu'on a libéré un seul village ?
01:24En Iran, un seul village ? Non.
01:26Une seule rue ? Non.
01:28Bien évidemment, il y a une supériorité très importante américano-israélienne.
01:34Ils ont la main, bien évidemment, sur le ciel iranien.
01:36Il faut frapper à tout moment, nuit et jour, partout.
01:40Mais est-ce que vous avez vu déjà, à travers toute notre histoire de l'humanité,
01:45partout où notre histoire récente, un régime du type République islamique d'Iran
01:50tombe avec les bombardements ?
01:52Moi, je ne l'ai jamais vu.
01:53Annalisa, pourtant c'est vrai qu'on a toute une série de facteurs qui affaiblissent le régime.
01:57On a la population qui est mécontente, on a une économie qui s'effondre,
01:59on a le problème de sécheresse qui se rajoute à tout ça.
02:02Vous, vous pensez qu'aucun de ces facteurs rajoutés au bombardement
02:06américano-israélien ne peut faire tomber le régime pour l'instant ?
02:08Ce sont des facteurs très importants pour nous, en Occident,
02:11pour une société normale, pour un État normal.
02:14Seulement, nous ne sommes pas dans le contexte d'une société normale et d'un État normal.
02:19Ces sociétés iraniennes y ont une guerre depuis 1980.
02:23Avec l'Irak, 80-88, et ensuite 88 jusqu'à 2003 sous l'embargo.
02:29Et ensuite, l'embargo s'enfantifie, les sanctions américaines, européennes, etc.
02:33Ces sociétés n'ont jamais vécu un État normal.
02:37Et ensuite, le régime, un État, cet État-là, son objectif,
02:41ce n'est pas la sécheresse, ce n'est pas le réchauffement climatique,
02:44ce n'est pas les frappes, ce n'est pas les bombardements.
02:47Ils s'en fichent, pardonnez-moi, de parler comme ça, de tout ça.
02:49Ce qui compte pour les Pazdaran ultra radicalisés,
02:52c'est garder cette forme qui s'appelle la République islamique d'Iran.
02:56C'est garder la main sur le secteur militaire, sur le secteur économique,
03:01sur le secteur de ce que j'appelle la relation internationale.
03:04Et ils ont à leur disposition au moins 15 à 20% de la population iranienne.
03:08Le reste, ils ne se soucient pas.
03:11La dernière fois que vous êtes venu ici, vous aviez déroulé quasiment minute par minute
03:13le plan de Donald Trump, ce qui s'est passé dans les jours d'après.
03:16Comment vous voyez évoluer la situation là, autour du détroit d'Hormuz ?
03:19Vous dites que Donald Trump est embourbé.
03:21Comment vous voyez la suite ?
03:23Écoutez, le problème, c'est qu'il s'est pris à son propre piège.
03:26Vous voulez chuter le régime, vous voulez faire tomber le régime,
03:30il faut ou bien engager des troupes au sol, comme ce qui a été le cas pour l'Irak du
03:35Saddam Hussein.
03:36Et là, à ce jour, il se refuse.
03:38Vous ne pouvez pas chuter, par exemple, même le régime du Saddam Hussein.
03:41Vous avez un dictateur, vous allez à Bagdad, vous récupérez le dictateur, le régime tombe.
03:47Dans le scénario iranien, vous n'avez pas une personne.
03:50Vous décapitez Khamenei, il y aura un deuxième Khamenei.
03:53Vous décapitez le deuxième, il y aura un autre guide suprême.
03:56Il y a une institutionnalisation de la République islamique d'Iran.
04:00Pour faire chuter ce régime, il faut aller jusqu'à Téhéran et il faut occuper le terrain.
04:05Ce qui n'est pas le cas pour Donald Trump, il ne vaut absolument pas.
04:08Le deuxième scénario, c'est la défection de l'armée régulaire par rapport au Pazdadan.
04:12Il faut négocier avec vous parce que le torchon brûle, comme je dis,
04:16depuis toujours entre l'armée régulaire et les Pazdadan.
04:18À ce jour-là, nous n'avons aucun signe.
04:20La troisième option, c'est d'aider la population iranienne pour renverser le régime.
04:26Au moment où la population iranienne était dans la rue, ils ont assassiné 33 000 Iraniens.
04:32Ils avaient besoin de l'aide des États-Unis d'Amérique.
04:35Donald Trump a dit que l'aide arrive, restez dans la rue, mais cette aide n'est jamais arrivée.
04:39Et la dernière option, c'est d'armer l'opposition iranienne, unifier l'opposition iranienne,
04:45les regrouper dans une plateforme, ce qui n'est absolument pas le cas.
04:48Alors donc, aujourd'hui, Donald Trump, il veut arrêter cette guerre-là tout de suite.
04:52Maintenant, parce que le prix du baril monte de 58 à 78, 98.
04:58Il est fort probable qu'on arrive à 150 dollars, n'est-ce pas ?
05:02On est redescendu, là, après des propos de Donald Trump.
05:04Parce qu'il y a une déclaration.
05:05C'est quoi la déclaration hier ?
05:07Il est fort probable que j'arrête cette guerre au bout de 2-3 jours.
05:10Rapidement, vous voyez, rapidement.
05:11Alors dans ce cas-là, comment vous allez traiter avec le régime de la République islamique d'Iran ?
05:15C'est-à-dire quoi ? C'est-à-dire que tout ça pour ça ?
05:18Tout ce qu'on a fait pour ça ?
05:21Alors donc, c'est l'échec total.
05:22Si la guerre s'arrête là, c'est l'échec total pour Donald Trump, personnellement.
05:26Donc vous voyez une guerre longue ?
05:28Ah oui, si jamais on n'engage pas les troupes au sol.
05:32Regardez, l'organisation d'État islamique, Daesh, n'était pas un vrai État.
05:37C'est juste une organisation terroriste qui a construit un micro-État entre Raqqa et Moussoul,
05:43entre la Syrie et l'Irak.
05:45On a mis combien de temps pour éradiquer ça ?
05:47Trois ans, de 2014 à 2017, parce qu'on n'avait pas des troupes au sol,
05:52et parce qu'on a envoyé les Kurdes en tant que troupes au sol pour aller jusqu'à Raqqa.
05:57Ça a pris trois longues années.
06:00Alors aujourd'hui, vous êtes dans le contexte d'où la République islamique d'Iran,
06:0490 millions d'habitants, un pays trois fois plus grand que la France,
06:09qui dispose des passes d'Aran, des bassigies, du service de renseignement,
06:14des missiles balistiques, programmes atomiques, des organisations militaires.
06:18Vous voulez finir cette guerre en deux ou trois jours ?
06:20– Annalisa, vous imaginez une implication un peu accrue de la Chine et de la Russie,
06:25pour l'instant, en laissant très timide ?
06:26– Non, non, ce n'est pas la guerre de la Chine ni de la Russie.
06:30La Chine, sa priorité, de toutes les priorités, c'est l'économie.
06:34On sait très bien, le facteur déterminant de sa politique étrangère, c'est l'économie.
06:41La Chine pourra faire l'économie avec la République islamique d'Iran d'aujourd'hui,
06:45comme avec un autre régime d'hier.
06:48Avant-hier, il était avec Bachar el-Assad, aujourd'hui, il est avec Ahmad El-Sharad.
06:53Donc, ça ne pose pas de problème pour la Chine.
06:56Pour la Russie, la Russie ne prendra pas le risque.
06:58La priorité de la Russie, c'est l'Ukraine.
07:00Au nom de quelle légitimité elle va s'engager dans une guerre qui n'est pas la sienne ?
07:04Au contraire, aujourd'hui, qui parle de l'Ukraine ?
07:07Grâce ou à cause de la guerre d'Iran ?
07:09– Pas plus personne.
07:11Donc, le champ est libre pour Vladimir.
07:13Au nom de quelle légitimité, en quel droit, pourquoi, pour quel intérêt Vladimir Poutine
07:19va s'engager dans une guerre qui n'est pas la sienne ?
07:21– Et quand on parle des munitions iraniennes, en disant ça s'essouffle,
07:24il y a de moins en moins de drones, de moins en moins d'obus,
07:27vous dites non, c'est une vision européenne ?
07:30– C'est probable, c'est probable.
07:31Le premier jour, il y avait 360 missiles balistiques intelligents
07:37qui tombaient sur Israël, l'Arabie Saoudite, le Kouaï, les Émirats, l'Irak, etc.
07:42Aujourd'hui, on arrive à 12, à 13, à 15 missiles.
07:45Mais ce n'est pas…
07:46Et même avec zéro missile, ça ne posera pas de problème aux Iraniens.
07:51Pourquoi ça ne posera pas de problème ?
07:53Parce que la République est là, parce que le régime est là.
07:55Si à un moment donné, il n'y aura plus de drones,
07:57mais ce n'est pas grave, on n'envoie plus des drones en Israël ou en Arabie Saoudite.
08:02Mais ce n'est pas grave.
08:03Pourquoi ? Parce que le territoire est là, l'État est là, la République islamique est là.
08:07La raison, leur raison de vie, c'est-à-dire la justification,
08:13la justification pour laquelle leur existence depuis 1979 a été créée,
08:21c'est la République islamique d'Iran, c'est le bien commun.
08:23Et même hier après-midi, on n'a pas fait attention à Ayatollah Sistani.
08:28Ayatollah Sistani, c'est le plus grand Ayatollah à l'échelle planétaire,
08:33notre planète, pour les chiites.
08:35Beaucoup plus grand que le guide suprême d'Iran.
08:37Il a fait une fatwa en disant que la République islamique,
08:42c'est-à-dire le système islamique en Iran, c'est notre bien commun.
08:47Il faut le protéger.
08:48Autrement dit, ce n'est pas les missiles balistiques,
08:49ce n'est pas les milices et l'organisation milicienne,
08:53ce n'est pas le programme atomique qui est la priorité.
08:56C'est le régime.
08:57C'est le régime.
08:57Merci beaucoup Adèle Bakawan d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
09:01Merci beaucoup Adèle Bakawan d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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