Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 semaines
Ce mercredi 24 décembre, Djilali Benchabane, consultant expert en stratégie et géopolitique, était l'invité dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il s'est focalisé sur les nouvelles relations entre les USA et l'Arabie saoudite. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Focus ce matin sur les nouvelles relations entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite.
00:05L'Arabie Saoudite qui a été accueillie en grande pompe par Donald Trump il y a quelques semaines.
00:10On va en reparler avec Julali Ben Chabad. Bonjour, vous êtes consultant et expert en stratégie et géopolitique.
00:15C'est vrai que c'est un des faits marquants de l'année, la réception de Mohamed Ben Salman à la Maison Blanche.
00:19Ça confirme quand même la stature du prince héritier saoudien.
00:23Elle est très loin l'affaire Kazoghi, 7 ans après l'assassinat en octobre 2018 du journaliste.
00:29On a l'impression que ça n'existe plus.
00:31C'est une toute nouvelle période qui s'est ouverte dans les relations entre l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis.
00:36Il y a effectivement une nouvelle période qui s'ouvre avec la réaction du président Trump.
00:42Et surtout un prince MBS qui a mûri et qui vient avec une autre manière de porter l'Arabie Saoudite,
00:48qui a conscience des atouts de l'Arabie Saoudite dans un contexte international qui est en pleine reconfiguration.
00:53Et avec un Moyen-Orient lui-même qui a changé entre le premier mandat Trump et cette réception du prince
01:00qui vient comme un partenaire de référence, un partenaire essentiel,
01:05surtout au moment où les Etats-Unis sont clairement dans une logique de retrait relatif au Moyen-Orient
01:10et où les partenariats avec les acteurs clés tels que l'Arabie Saoudite sont essentiels.
01:14C'est-à-dire que quand il vient, il porte quoi comme image, comme symbole ?
01:18Il apporte surtout cette idée que l'Arabie Saoudite est un Etat puissant, un Etat fort,
01:23un Etat qui est en pleine modernisation et qui vient surtout avec des moyens financiers importants
01:28au moment où la politique étrangère de Donald Trump est clairement focalisée sur la dimension économique
01:33et sur les retombées pour les Etats-Unis.
01:36Donc il vient avec cet atout qui est recherché, courtisé par les Etats-Unis.
01:40Et à la fin, quand il repart, il repart avec quel type de partenariat ?
01:45L'essentiel pour l'Arabie Saoudite, c'est surtout d'être dans une affirmation de son autonomie stratégique.
01:53Pour l'Arabie Saoudite, il y a cette idée qu'ils sont un partenaire.
01:56Ce partenariat signifie, oui, d'être aux côtés des Etats-Unis, mais pas à n'importe quel prix.
02:02Et surtout, pas d'être dans une logique d'alignement systématique.
02:06On est dans cette idée que l'autonomie saoudienne est un objectif en soi qui s'intègre à Vision 2030
02:12avec une autonomie en termes énergétiques, mais aussi une capacité à pouvoir jouer un rôle au Moyen-Orient
02:18et ne plus être simplement un Etat pivot, mais un architecte de la reconfiguration au Moyen-Orient.
02:23Un rôle de modérateur, c'est par là que se passent les discussions.
02:29Comment vous qualifieriez son rôle en termes de relations avec ses voisins ?
02:33L'Arabie Saoudite a évolué.
02:36L'Arabie Saoudite des débuts du prince MBS n'est pas celle d'aujourd'hui.
02:40On se rend compte qu'un certain nombre d'éléments ont évolué, notamment la relation à l'Iran.
02:45Le canal diplomatique a été rétabli sous la médiation chinoise.
02:49Il y a un modus vivendi qui opère avec cette idée que la stabilité régionale
02:53est un élément essentiel du développement saoudien.
02:57Et surtout, au moment où 2030 est un objectif en soi,
03:00toute tension devient un élément perturbateur.
03:04À partir de là, on est vraiment dans cette volonté de maîtriser son environnement.
03:08Et la relation avec l'Iran devient un élément de cette construction.
03:12Donc pour se développer, je résume, économiquement, il faut la paix.
03:15C'est-à-dire qu'en fait, c'est ça le sujet.
03:17Clairement, sans paix, pas d'investissement, un risque.
03:21Donc à partir de là, ce sont tous les projets, toute la transformation qui est lancée
03:24qui peuvent être remises en cause.
03:26Donc il n'en est pas question.
03:27Et donc cette idée s'appuie aussi sur une architecture multivectorielle,
03:33c'est-à-dire une diplomatie où on va dialoguer avec les acteurs régionaux,
03:37mais aussi multiplier les partenariats à l'international,
03:39y compris avec d'autres acteurs, dont la Chine,
03:41qui a joué ce rôle de rétablissement du canal diplomatique
03:43entre Téhéran et l'Arabie saoudite.
03:45Et que dit Israël de ce rapprochement avec les États-Unis ?
03:50Pour Israël, il y a ce sentiment peut-être que l'Arabie saoudite
03:54devient un acteur plus compliqué à intégrer dans son équation.
03:58Pourquoi ?
03:59Parce que l'Arabie saoudite, clairement aujourd'hui,
04:01impose un certain nombre de conditions.
04:04Parmi les espérances d'Israël, il y avait cette idée de voir intégrer
04:07l'Arabie saoudite dans les accords d'Abraham.
04:10Sauf que la situation qui a opéré au Proche-Orient
04:13a remis en cause cette perspective d'intégration,
04:16de normalisation de la relation.
04:17Il y a cette idée aussi d'un partenariat militaire
04:20qui serait plus ou moins maîtrisé avec des étapes,
04:23notamment sur l'acquisition des F-35,
04:26mais ce qui n'a pas été le cas,
04:27puisque le président Trump a clairement dit
04:29que l'Arabie saoudite bénéficiera des F-35.
04:32On y ajoute même que lors d'un dîner,
04:35il y a eu cette affirmation que l'Arabie saoudite
04:37devenait un partenaire majeur sur le plan militaire,
04:41un partenaire majeur, certes non membre de l'OTAN,
04:43mais faisant partie de ce club restreint des alliés-clés,
04:46ce qui signifie des partenariats militaires renforcés.
04:49Donc pour Israël, il y a aussi cette question
04:52de la montée en puissance militaire de l'Arabie saoudite
04:55qui peut devenir un sujet.
04:56Montée aussi en puissance sur les questions technologiques.
05:00Il y a eu beaucoup d'investissements annoncés
05:01par Mohamed Ben Sadman dans l'intelligence artificielle.
05:04Là aussi, ça intéresse Donald Trump.
05:06Oui, parce qu'on est dans des technologies critiques
05:08avec cette idée de transfert,
05:10puisque l'Arabie saoudite ne veut pas simplement être
05:12un consommateur ou un client.
05:14Elle veut être aussi en capacité de pouvoir produire
05:16des nouvelles technologies et en bénéficier
05:18dans le cadre de son développement.
05:19Donc des partenariats ont été signés
05:21avec des grandes sociétés,
05:22qu'il s'agisse d'NVIDIA, de Tesla, etc.
05:26Donc on avance vraiment sur cette idée,
05:28bien entendu aussi dans le domaine énergétique,
05:30avec cette idée de l'énergie nucléaire civile,
05:33qui est un sujet clé.
05:34Donc pour l'Arabie saoudite,
05:36il y a cette volonté d'un partenariat rééquilibré
05:38et autour de l'idée que ces technologies
05:40doivent contribuer à sa croissance économique,
05:44mais aussi à son autonomie stratégique.
05:46C'est un point clé.
05:47Et avec des projets immobiliers aussi
05:49qui sont impressionnants.
05:51Alisa Recapéini racontait tout à l'heure
05:53qu'on allait pouvoir investir,
05:55investisseurs étrangers,
05:56dans l'immobilier en Arabie saoudite,
05:58ce qui n'était pas le cas auparavant,
06:00avec un modèle qui est celui de Dubaï.
06:02On est dans un modèle qui s'ouvre
06:04avec cette idée d'investissement étranger
06:06sur la base amphithéotique,
06:09c'est-à-dire avec cette idée de 99 ans
06:11qui devient la limite d'investissement,
06:13mais avec cette ouverture de l'étranger
06:15qui devient un investisseur à part entière
06:17et qui peut participer.
06:19Donc oui, il y a cette ouverture
06:20qui sera bien entendu aussi à limiter à certaines zones,
06:24mais on est clairement dans cette volonté
06:26d'attirer, de moderniser
06:27et de sortir d'un modèle qui a été trop rigide
06:30et qui ne permettait pas à l'économie saoudienne
06:32de déployer sa pleine puissance.
06:34C'est lui qui dirige complètement aujourd'hui
06:36Mohamed Belsalmat, son père est toujours là,
06:38il n'a pas la pleine activité.
06:41C'est toujours officiellement le père
06:43qui est à la tête de l'État saoudien,
06:45mais le prince MBS est déjà entré dans cette idée
06:48d'être l'homme fort de l'Arabie saoudite.
06:51Il a appris de certaines erreurs stratégiques
06:53dans la région,
06:55il a gagné aussi en finesse diplomatique,
06:59on le voit avec son idée de modération
07:02et de reprise de dialogue avec Téhéran,
07:04les partenariats tous azimuts
07:06avec d'autres acteurs internationaux,
07:08il est l'acteur fort,
07:09il est celui qui porte cette modernisation
07:11qui ne pouvait pas l'être par son père.
07:14Donc il est clairement aujourd'hui
07:15le pilier de ce changement en Arabie.
07:18Donald Trump dit
07:18« je l'aime beaucoup, je l'aime trop »,
07:21on n'entend pas la même chose
07:22dans la bouche d'MBS,
07:26il est dans des relations cordiales,
07:27mais il n'a pas le même amour,
07:29si je puis dire,
07:30ce n'est pas réciproque.
07:31Je pense qu'on n'est pas dans une relation
07:33d'amour ou de bromance,
07:35on est dans du pragmatisme.
07:37MBS a pleinement conscience
07:38que les États-Unis,
07:39même s'ils sont sur une posture
07:41de retrait relatif,
07:42restent un acteur central au Moyen-Orient,
07:44un acteur qui constitue toujours
07:45la clé de voûte
07:46de la sécurité de la région
07:48et de l'Arabie saoudite par extension.
07:51Néanmoins,
07:51on est dans une relation pragmatique
07:53parce que certains épisodes,
07:54comme lors du bombardement
07:55des infrastructures pétrolières
07:57en 2019,
07:58sont toujours présents
07:59dans l'esprit des Saoudiens,
08:00ce qui fait qu'on est
08:02beaucoup plus lucides
08:03sur ce que doit être
08:03ce partenariat,
08:05à la fois en termes
08:05d'attente et d'objectifs.
Commentaires

Recommandations