00:00Focus ce matin sur les nouvelles relations entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite.
00:05L'Arabie Saoudite qui a été accueillie en grande pompe par Donald Trump il y a quelques semaines.
00:10On va en reparler avec Julali Ben Chabad. Bonjour, vous êtes consultant et expert en stratégie et géopolitique.
00:15C'est vrai que c'est un des faits marquants de l'année, la réception de Mohamed Ben Salman à la Maison Blanche.
00:19Ça confirme quand même la stature du prince héritier saoudien.
00:23Elle est très loin l'affaire Kazoghi, 7 ans après l'assassinat en octobre 2018 du journaliste.
00:29On a l'impression que ça n'existe plus.
00:31C'est une toute nouvelle période qui s'est ouverte dans les relations entre l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis.
00:36Il y a effectivement une nouvelle période qui s'ouvre avec la réaction du président Trump.
00:42Et surtout un prince MBS qui a mûri et qui vient avec une autre manière de porter l'Arabie Saoudite,
00:48qui a conscience des atouts de l'Arabie Saoudite dans un contexte international qui est en pleine reconfiguration.
00:53Et avec un Moyen-Orient lui-même qui a changé entre le premier mandat Trump et cette réception du prince
01:00qui vient comme un partenaire de référence, un partenaire essentiel,
01:05surtout au moment où les Etats-Unis sont clairement dans une logique de retrait relatif au Moyen-Orient
01:10et où les partenariats avec les acteurs clés tels que l'Arabie Saoudite sont essentiels.
01:14C'est-à-dire que quand il vient, il porte quoi comme image, comme symbole ?
01:18Il apporte surtout cette idée que l'Arabie Saoudite est un Etat puissant, un Etat fort,
01:23un Etat qui est en pleine modernisation et qui vient surtout avec des moyens financiers importants
01:28au moment où la politique étrangère de Donald Trump est clairement focalisée sur la dimension économique
01:33et sur les retombées pour les Etats-Unis.
01:36Donc il vient avec cet atout qui est recherché, courtisé par les Etats-Unis.
01:40Et à la fin, quand il repart, il repart avec quel type de partenariat ?
01:45L'essentiel pour l'Arabie Saoudite, c'est surtout d'être dans une affirmation de son autonomie stratégique.
01:53Pour l'Arabie Saoudite, il y a cette idée qu'ils sont un partenaire.
01:56Ce partenariat signifie, oui, d'être aux côtés des Etats-Unis, mais pas à n'importe quel prix.
02:02Et surtout, pas d'être dans une logique d'alignement systématique.
02:06On est dans cette idée que l'autonomie saoudienne est un objectif en soi qui s'intègre à Vision 2030
02:12avec une autonomie en termes énergétiques, mais aussi une capacité à pouvoir jouer un rôle au Moyen-Orient
02:18et ne plus être simplement un Etat pivot, mais un architecte de la reconfiguration au Moyen-Orient.
02:23Un rôle de modérateur, c'est par là que se passent les discussions.
02:29Comment vous qualifieriez son rôle en termes de relations avec ses voisins ?
02:33L'Arabie Saoudite a évolué.
02:36L'Arabie Saoudite des débuts du prince MBS n'est pas celle d'aujourd'hui.
02:40On se rend compte qu'un certain nombre d'éléments ont évolué, notamment la relation à l'Iran.
02:45Le canal diplomatique a été rétabli sous la médiation chinoise.
02:49Il y a un modus vivendi qui opère avec cette idée que la stabilité régionale
02:53est un élément essentiel du développement saoudien.
02:57Et surtout, au moment où 2030 est un objectif en soi,
03:00toute tension devient un élément perturbateur.
03:04À partir de là, on est vraiment dans cette volonté de maîtriser son environnement.
03:08Et la relation avec l'Iran devient un élément de cette construction.
03:12Donc pour se développer, je résume, économiquement, il faut la paix.
03:15C'est-à-dire qu'en fait, c'est ça le sujet.
03:17Clairement, sans paix, pas d'investissement, un risque.
03:21Donc à partir de là, ce sont tous les projets, toute la transformation qui est lancée
03:24qui peuvent être remises en cause.
03:26Donc il n'en est pas question.
03:27Et donc cette idée s'appuie aussi sur une architecture multivectorielle,
03:33c'est-à-dire une diplomatie où on va dialoguer avec les acteurs régionaux,
03:37mais aussi multiplier les partenariats à l'international,
03:39y compris avec d'autres acteurs, dont la Chine,
03:41qui a joué ce rôle de rétablissement du canal diplomatique
03:43entre Téhéran et l'Arabie saoudite.
03:45Et que dit Israël de ce rapprochement avec les États-Unis ?
03:50Pour Israël, il y a ce sentiment peut-être que l'Arabie saoudite
03:54devient un acteur plus compliqué à intégrer dans son équation.
03:58Pourquoi ?
03:59Parce que l'Arabie saoudite, clairement aujourd'hui,
04:01impose un certain nombre de conditions.
04:04Parmi les espérances d'Israël, il y avait cette idée de voir intégrer
04:07l'Arabie saoudite dans les accords d'Abraham.
04:10Sauf que la situation qui a opéré au Proche-Orient
04:13a remis en cause cette perspective d'intégration,
04:16de normalisation de la relation.
04:17Il y a cette idée aussi d'un partenariat militaire
04:20qui serait plus ou moins maîtrisé avec des étapes,
04:23notamment sur l'acquisition des F-35,
04:26mais ce qui n'a pas été le cas,
04:27puisque le président Trump a clairement dit
04:29que l'Arabie saoudite bénéficiera des F-35.
04:32On y ajoute même que lors d'un dîner,
04:35il y a eu cette affirmation que l'Arabie saoudite
04:37devenait un partenaire majeur sur le plan militaire,
04:41un partenaire majeur, certes non membre de l'OTAN,
04:43mais faisant partie de ce club restreint des alliés-clés,
04:46ce qui signifie des partenariats militaires renforcés.
04:49Donc pour Israël, il y a aussi cette question
04:52de la montée en puissance militaire de l'Arabie saoudite
04:55qui peut devenir un sujet.
04:56Montée aussi en puissance sur les questions technologiques.
05:00Il y a eu beaucoup d'investissements annoncés
05:01par Mohamed Ben Sadman dans l'intelligence artificielle.
05:04Là aussi, ça intéresse Donald Trump.
05:06Oui, parce qu'on est dans des technologies critiques
05:08avec cette idée de transfert,
05:10puisque l'Arabie saoudite ne veut pas simplement être
05:12un consommateur ou un client.
05:14Elle veut être aussi en capacité de pouvoir produire
05:16des nouvelles technologies et en bénéficier
05:18dans le cadre de son développement.
05:19Donc des partenariats ont été signés
05:21avec des grandes sociétés,
05:22qu'il s'agisse d'NVIDIA, de Tesla, etc.
05:26Donc on avance vraiment sur cette idée,
05:28bien entendu aussi dans le domaine énergétique,
05:30avec cette idée de l'énergie nucléaire civile,
05:33qui est un sujet clé.
05:34Donc pour l'Arabie saoudite,
05:36il y a cette volonté d'un partenariat rééquilibré
05:38et autour de l'idée que ces technologies
05:40doivent contribuer à sa croissance économique,
05:44mais aussi à son autonomie stratégique.
05:46C'est un point clé.
05:47Et avec des projets immobiliers aussi
05:49qui sont impressionnants.
05:51Alisa Recapéini racontait tout à l'heure
05:53qu'on allait pouvoir investir,
05:55investisseurs étrangers,
05:56dans l'immobilier en Arabie saoudite,
05:58ce qui n'était pas le cas auparavant,
06:00avec un modèle qui est celui de Dubaï.
06:02On est dans un modèle qui s'ouvre
06:04avec cette idée d'investissement étranger
06:06sur la base amphithéotique,
06:09c'est-à-dire avec cette idée de 99 ans
06:11qui devient la limite d'investissement,
06:13mais avec cette ouverture de l'étranger
06:15qui devient un investisseur à part entière
06:17et qui peut participer.
06:19Donc oui, il y a cette ouverture
06:20qui sera bien entendu aussi à limiter à certaines zones,
06:24mais on est clairement dans cette volonté
06:26d'attirer, de moderniser
06:27et de sortir d'un modèle qui a été trop rigide
06:30et qui ne permettait pas à l'économie saoudienne
06:32de déployer sa pleine puissance.
06:34C'est lui qui dirige complètement aujourd'hui
06:36Mohamed Belsalmat, son père est toujours là,
06:38il n'a pas la pleine activité.
06:41C'est toujours officiellement le père
06:43qui est à la tête de l'État saoudien,
06:45mais le prince MBS est déjà entré dans cette idée
06:48d'être l'homme fort de l'Arabie saoudite.
06:51Il a appris de certaines erreurs stratégiques
06:53dans la région,
06:55il a gagné aussi en finesse diplomatique,
06:59on le voit avec son idée de modération
07:02et de reprise de dialogue avec Téhéran,
07:04les partenariats tous azimuts
07:06avec d'autres acteurs internationaux,
07:08il est l'acteur fort,
07:09il est celui qui porte cette modernisation
07:11qui ne pouvait pas l'être par son père.
07:14Donc il est clairement aujourd'hui
07:15le pilier de ce changement en Arabie.
07:18Donald Trump dit
07:18« je l'aime beaucoup, je l'aime trop »,
07:21on n'entend pas la même chose
07:22dans la bouche d'MBS,
07:26il est dans des relations cordiales,
07:27mais il n'a pas le même amour,
07:29si je puis dire,
07:30ce n'est pas réciproque.
07:31Je pense qu'on n'est pas dans une relation
07:33d'amour ou de bromance,
07:35on est dans du pragmatisme.
07:37MBS a pleinement conscience
07:38que les États-Unis,
07:39même s'ils sont sur une posture
07:41de retrait relatif,
07:42restent un acteur central au Moyen-Orient,
07:44un acteur qui constitue toujours
07:45la clé de voûte
07:46de la sécurité de la région
07:48et de l'Arabie saoudite par extension.
07:51Néanmoins,
07:51on est dans une relation pragmatique
07:53parce que certains épisodes,
07:54comme lors du bombardement
07:55des infrastructures pétrolières
07:57en 2019,
07:58sont toujours présents
07:59dans l'esprit des Saoudiens,
08:00ce qui fait qu'on est
08:02beaucoup plus lucides
08:03sur ce que doit être
08:03ce partenariat,
08:05à la fois en termes
08:05d'attente et d'objectifs.
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