Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 18 minutes
Ce vendredi 8 mai, David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS), était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils se sont intéressés à la situation au Moyen-Orient, notamment l'avancement des négociations entre les États-Unis et l'Iran, la fragilité du cessez-le-feu marquée par des frappes dans le détroit d'Ormuz, et l'intensification des bombardements israéliens au Liban. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Des attaques américaines qui ont repris cette nuit, mais Donald Trump qui reste plutôt optimiste sur une fin de conflit,
00:06il dit que ça ne change rien au cessez-le-feu, que les négociations se poursuivent, les marchés semblent y
00:10croire, ils sont stables, y compris sur le Brent.
00:12On en parle avec David Rigouleros, bonjour, vous êtes chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, l'IFAS, est
00:19-ce que ça avance les négociations ?
00:22Très très compliqué, parce qu'il y a une grande confusion, on le voit avec des allers-retours, des déclarations
00:28contradictoires,
00:28les incidents graves que vous évoquez, qui pour la partie américaine ne remettent pas en cause le cessez-le-feu,
00:36même si de facto c'est quand même une violation du cessez-le-feu, puisqu'il y a eu des
00:40tirs sur les Émirats arabes unis,
00:42des bateaux, des trois destroyers américains qui ont été visés, des répliques américaines sur des sites du littoral
00:50d'où se répartissent les missiles et les drones, donc on voit que la tension quand même, il y a
00:55une escalade de la tension.
00:56Avec des pays du Golfe qui commencent quand même un peu à perdre patience et à dire qu'ils vont
01:01répliquer,
01:01certains dire qu'ils vont fermer leur espace aérien.
01:05Oui, c'est surtout les Émirats qui sont particulièrement visés.
01:08D'ailleurs depuis le début, quand on regarde le chiffrage des tirs qui ont eu lieu depuis le début des
01:14opérations militaires,
01:16les Émirats ont été le pays le plus touché, même par rapport à Israël.
01:20Donc ce n'est pas tout à fait un hasard parce que le contentieux entre Abu Dhabi et Téhéran est
01:26lourd.
01:26Il est à la fois territorial, géopolitique, énergétique, donc ça explique la tension.
01:33Et encore ce matin, semble-t-il, il y a une annonce de mise en service,
01:38en tout cas des opérateurs, des intercepteurs émiratifs,
01:44pour des lancements de tirs de missiles et ou de drones en provenance de l'Iran.
01:49Ils ont été plus touchés qu'Israël.
01:51Ah oui, quand on regarde, oui, c'est...
01:52Annalisa ?
01:53On sait que les réponses de l'Iran dans la négociation se font un peu attendre.
01:57Les Iraniens disent que c'est parce qu'il faut faire passer le message au guide suprême
02:00qui est caché, isolé du monde pour être protégé.
02:04Est-ce que vous pensez que c'est vraiment lui qui prend les décisions ? Qui d'autre ?
02:07Alors théoriquement, dans le système iranien, le Nezam, c'est le système iranien,
02:11le guide suprême et la figure tutélaire, c'est-à-dire l'arbitre en dernier ressort
02:15des équilibres parfois contradictoires au sein de ce système.
02:18C'était le cas avec Ali Khamenei, qui était au pouvoir depuis très longtemps,
02:24même si au moment de la guerre, justement, de juin dernier, il s'était retiré.
02:30Il était beaucoup moins visible.
02:32C'est la gaïba dans la culture chiite, l'occultation.
02:35Mais en réalité, il était obligé d'être présent, normalement,
02:37pour avoir justement un rôle effectif et reconnu.
02:41Or là, son fils, dont la nomination a été contestée, en interne même,
02:46a un statut encore plus faible que son propre père,
02:51d'abord parce qu'il n'est pas ayatollah.
02:52Il a instauré un principe dynastique de facto,
02:55qui est contradictoire avec le principe de la République islamique.
02:58En fait, il a été poussé par les gardiens de la Révolution.
03:00C'est eux qui ont le pouvoir.
03:01Et il se trouve qu'en plus, il est manifestement gravement blessé,
03:04depuis la frappe, justement, qui a visé son père, le fin février.
03:09Et on dit même qu'il serait dans l'impossibilité de parler, de manifester.
03:14Alors, il se trouve que fonctionnellement, sa stature est maintenue
03:18parce que ça doit arranger les gardiens de la Révolution.
03:21Mais en réalité, il est un peu comme un président de conseil d'administration
03:24sans réel pouvoir.
03:26Et le conseil d'administration, c'est un groupe de gardiens
03:28qui sont décisionnaires.
03:29Et plus militaires que religieux ?
03:31Ah oui, c'est le paradoxe.
03:33C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on n'est plus dans la République stricto sensu des Mollahs,
03:36comme on a coutume de la qualifier.
03:38On est passé à autre chose.
03:40La République des Képi, je dis souvent, c'est-à-dire des militaires
03:43qui sont des laïcs, mais qui ne sont pas forcément moins radicaux.
03:47Parfois plus radicaux que certains religieux, ce qui est le paradoxe.
03:50Et en l'occurrence, ils sont sur une ligne très dure
03:52dans la confrontation actuelle avec les Américains.
03:55Annaïsa ?
03:55Donald Trump essaie de jouer sur le temps, de forcer les Iraniens
03:59à négocier avec ce facteur du temps, combien de temps ils peuvent tenir
04:03sans exporter leur pétrole.
04:05Aujourd'hui, on a des informations de la CIA révélées par le Washington Post
04:08qui disent que l'Iran peut résister encore 3 à 4 mois au blocus maritime
04:12et qu'ils auraient encore 70% des stocks de missiles qu'ils avaient avant la guerre.
04:16Donc finalement, on a un peu sous-estimé l'Iran.
04:19Il y a deux choses.
04:20Vous mettez l'aspect pétrolier et l'aspect, on va dire, missile balistique.
04:26Incontestablement, il y a une sous-estimation qui aujourd'hui est plus ou moins reconnue
04:29de manière quasi officielle sur les lanceurs et les missiles.
04:33Et vous évoquez l'évaluation de la CIA.
04:36Il y a d'autres évaluations, y compris des Israéliens.
04:38Le fait qu'il y aurait les deux tiers et non pas plus que la moitié des missiles
04:42comme évoqué précédemment.
04:43Et puis, effectivement, il y a eu une sous-évaluation.
04:46Tout simplement parce que c'est enfoui.
04:48Il y a ce qu'on appelle les villes de missiles.
04:50On parle de 104 villes de missiles en profondeur.
04:53Donc, elles n'ont pas toutes été détruites.
04:56Et donc, ça a permis de maintenir un stock qui, aujourd'hui, peut être mobilisé à nouveau.
05:00Concernant le pétrole, oui, c'est la stratégie de l'étranglement
05:03par le contre-blocus américain qui est efficace,
05:07mais qui s'inscrit dans la durée, effectivement.
05:09Et là, se pose le problème de la temporalité qui est mentionnée,
05:12à savoir, rapidement ou trois ou quatre mois,
05:15pour qu'il y ait un effet dévastateur.
05:18Effectivement, il faut tabler sur au moins trois mois,
05:20même si les effets se font déjà sentir.
05:22Et ce n'est pas uniquement l'exportation du pétrole,
05:24c'est-à-dire l'assèchement des liquidités
05:26que permettait l'export des pétroliers iraniens à l'extérieur.
05:31C'est la question du stockage.
05:33C'est-à-dire ce stockage, environ 1,5 million de barils,
05:35qui ne peut plus être stocké ou de manière chaotique.
05:38Ils cherchent partout des endroits pour stocker, en fait.
05:41À la fois sur terre et sur mer.
05:42On réquisitionne des vieux pétroliers, etc.
05:45Parce que le stockage est un enjeu, ça déborde,
05:49puisque ça ne peut plus être exporté.
05:51Et le problème, c'est la pérennité des puits.
05:54C'est-à-dire, on estime aujourd'hui qu'il y a 400 000 barils
05:56qui ont été réduits en termes de production,
05:58parce qu'on veut maintenir un filet de production
06:01pour ne pas arrêter les puits,
06:03qui seraient potentiellement condamnés à terme.
06:05Et donc là, c'est un vrai souci.
06:07Et tout l'enjeu, effectivement, c'est l'évaluation réelle
06:12de l'impact de ce contre-blocus,
06:14ce qui est très difficile,
06:15parce qu'il s'inscrit de toute façon mécaniquement dans la durée.
06:17Comment vous voyez le rôle de la Chine derrière tout ça ?
06:19Il y a eu cette visite du ministre des Affaires étrangères iraniennes en Chine,
06:22quelques jours avant la visite de Donald Trump,
06:26parce qu'il pousse vers un cessez-le-feu, un plan de paix.
06:28Alors, il y a toujours un rôle ambigu, discrètement efficace,
06:31et ambigu de la Chine,
06:32qui à la fois soutient l'Iran,
06:34parce que c'est un partenaire stratégique,
06:35mais sans aller trop loin.
06:37La déclaration du porte-parole chinois,
06:40c'est de dire que la situation,
06:42la responsabilité incombe aux Israéliens et aux Américains,
06:44mais en même temps,
06:45ils ont fait savoir aux Iraniens
06:47que la situation ne pouvait pas durer,
06:49tout simplement parce que l'impact sur la Chine,
06:51qui a fait ses propres réserves,
06:52donc qui tient, qui arrive à tenir,
06:54mais commence à se faire sentir.
06:55Et il y a un choc, un colas mondial,
06:58dont la Chine n'est pas exemple, évidemment.
07:01Et donc, elle a fait savoir quand même à Abbas Arraqchi,
07:03le ministre des Affaires étrangères,
07:04que la situation ne pouvait pas durer.
07:06Le problème, c'est qu'Abas Arraqchi
07:09n'est que la voix de son maître, entre guillemets.
07:12Et derrière, il y a la question des gardiens de la Révolution,
07:16qui parfois ont des initiatives intempestives.
07:18Et donc, c'est très difficile d'avoir une lisibilité exacte,
07:21effectivement, des attendus de la situation actuelle.
07:25Merci beaucoup David Rigouleros d'être venu ce matin
07:27dans la matinale de l'économie.
Commentaires

Recommandations