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  • il y a 6 mois
Ce mardi 12 août, Djilali Benchabane, consultant en stratégie et géopolitique, était l'invité de Caroline Loyer dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice. Il s'est penché sur l’annonce du plan israélien de conquête de Gaza et les réactions suscitées, dont celle d'Emmanuel Macron qui propose une mission sous mandat de l’ONU. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00L'actualité qui nous emmène dans la bande de Gaza ce matin, Emmanuel Macron a proposé une mission de stabilisation sous mandat de l'ONU après l'annonce du plan israélien de conquête de la ville de Gaza.
00:09Bonjour Jilali Benchaban.
00:11Bonjour.
00:11Merci d'être sur notre plateau consultant en stratégie et géopolitique avec moi pour vous interroger Caroline Loyer.
00:15Bonjour Caroline.
00:16Bonjour Arwan.
00:17Benhamid Netanyahou n'en démord pas, une stratégie qui divise jusqu'au sein de sa coalition aujourd'hui.
00:24Netanyahou n'en démord pas, il est dans sa ligne.
00:27On poursuit la logique d'un conflit sans fin aux objectifs qui restent toujours flous.
00:33La conviction de Netanyahou est telle qu'aujourd'hui elle ne convainc personne, pas même sa propre coalition comme vous l'avez souligné.
00:40Sa propre coalition elle souhaite aller plus loin car à son sens lancer une opération mais ne pas aller jusqu'au bout de la mission,
00:47c'est-à-dire récupérer définitivement les territoires et les mettre sous contrôle israélien n'a aucun sens.
00:52Et du côté de l'armée israélienne, c'est surtout un doute sur à la fois la stratégie et les objectifs.
00:59L'objectif officiellement selon Netanyahou, il est militaire, c'est de démanteler le Hamas.
01:05Est-ce que, comme c'est des tracteurs, vous pensez ou il y a des éléments qui laissent à penser qu'il est là, son plan,
01:12il le met en œuvre finalement dans une volonté de remodeler la région, qu'il y a un objectif territorial derrière l'objectif militaire ?
01:19La question de son objectif est toujours effectivement d'actualité et surtout elle interroge parce que derrière il y a plusieurs facteurs.
01:27Il y a l'épuisement de son armée qui, après quasiment deux ans de combat, doute de plus en plus de la vision et de la stratégie.
01:35Il y a la question de la durabilité des effets qui sont menés.
01:39La problématique de mettre un terme définitif au Hamas ne prend plus, que ce soit au niveau de l'institution militaire et sécuritaire.
01:48Il y a eu d'ailleurs très récemment une tribune d'anciens responsables des services de sécurité ou de l'armée qui eux-mêmes ont mis en doute cette stratégie.
01:55Donc in fine, on a plus l'impression qu'on est dans cette logique politique qui vise à consolider l'assise d'un Premier ministre
02:03que d'un objectif stratégique qui permette d'obtenir des effets sur lesquels Israël pourrait capitaliser réellement.
02:09Mais Jileli Ben Chaban, pourtant, la stratégie de désarmement du Hamas était encore au cœur des discussions il y a quelques jours à New York,
02:19projet porté par la France et l'Arabie Saoudite.
02:21Ça veut dire que la situation évolue aussi de ce côté-là ?
02:26Sur le fait de désarmer le Hamas, ça reste un objectif politique.
02:30Mais la question de mettre un terme définitif à l'emprise du Hamas et à son existence, c'est autre chose.
02:36Parce qu'il y a plusieurs conditions qui doivent être réunies, dont la problématique post-conflit,
02:42le fait de mettre en place une gouvernance alternative.
02:44Or même là, le plan proposé par Israël reste extrêmement flou,
02:48puisqu'on parle dans cette opération militaire ensuite d'une transition qui verrait des forces arabes prendre le relais.
02:54Or aujourd'hui, la question qui se pose de manière évidente, c'est quelles forces arabes accepteraient de prendre le relais de l'armée israélienne
03:00et d'aider à co-gouverner les territoires palestiniens ?
03:04C'est la question que j'allais vous poser, parce que Benyamin Netanyahou dit qu'il veut mettre en place une autorité civile non israélienne à Gaza,
03:11mais en même temps, il ne veut pas du Hamas, il ne veut pas de l'autorité palestinienne.
03:15Du coup, quelle est l'option ?
03:16Visiblement, il n'y a pas d'option.
03:18On a l'impression qu'on est dans une forme de teasing, c'est-à-dire qu'on dresse une sorte de panorama idéal,
03:24selon le Premier ministre Netanyahou, avec cette idée que va émerger une nouvelle force ou administration.
03:30Or aujourd'hui, on ne voit pas d'où elle viendrait.
03:33Qui seraient les acteurs, un, qui accepteraient cette mission,
03:36et deux, qui seraient suffisamment légitimes pour pouvoir endosser cette responsabilité ?
03:40Sur le volet économique et la pression business, on sait que Tsaal s'est attaqué au business du Hamas.
03:46C'est la BBC qui dévoile que l'organisation disposait, avant le début de la guerre, de 700 millions de dollars cachés dans les tunnels,
03:52accumulés grâce à des taxes, des impôts, mais des dons de l'étranger aussi.
03:55Tsaal a bombardé longuement les sites de distribution de salaires des employés et des combattants,
04:01ce qui a permis de réduire les salaires versés par le Hamas.
04:03C'est une manière d'affaiblir aussi le Hamas.
04:07C'est finalement le levier économique de cette guerre,
04:09mais il faudrait aller beaucoup plus loin pour qu'il y ait des effets concrets ?
04:13La dimension économique fait partie d'une stratégie globale,
04:17puisque lorsqu'on réduit cet effet, on a une forme de paralysie,
04:22puisqu'il faut verser des salaires, il faut pouvoir aussi faire l'acquisition de matériel militaire, etc.
04:28C'est un des éléments, mais ce n'est pas le seul levier.
04:31Le levier doit être global, puisqu'il faut être aussi en capacité de pouvoir casser le narratif,
04:36il faut être aussi en mesure de couper définitivement sa capacité à mobiliser autour de lui,
04:42sauf que dans cette logique d'escalade militaire tous azimuts,
04:46le Hamas capitalise aussi sur une forme de désespérance.
04:49Or, la question c'est comment tuer une idéologie au moment où le narratif de la désespérance
04:54peut permettre au Hamas de se régénérer, voire de faire émerger d'autres avatars ?
05:00Comment on explique aujourd'hui la résilience du Hamas malgré les coups portés par Israël ?
05:04On sait qu'aujourd'hui, justement, Tzahal fait face à une multiplication de petits groupes armés
05:10qui recrutent des jeunes.
05:11C'est ça un peu la nouvelle stratégie, plutôt que d'agir en grosses unités comme avant ?
05:16Effectivement, on a une évolution, c'est-à-dire que les opérations militaires ont cassé la structure du Hamas
05:22ou du moins l'ont affaiblie de manière durable, mais derrière, on a toujours ces reconfigurations
05:26et il n'y a rien de nouveau en cela, c'est-à-dire qu'on a déjà observé ce type de situation
05:30avec des groupes terroristes lorsque des opérations militaires majeures ont été menées.
05:35Donc on peut passer de groupes qui ont une structure, une assise, une colonne vertébrale politique,
05:40des avoirs financés, une capacité militaire avérée, mais qui ensuite vont se reconfigurer en type guérilla
05:46et donc vont donner plus de difficultés puisqu'à partir de là, l'effet de masse se dilue
05:50par rapport à des petites opérations qui ont des coûts symboliques,
05:54mais qui vont être dans la logique du harcèlement.
05:56Juleli Benshaban, c'est finalement en septembre, dans le cadre de l'ONU,
06:00que peut-être des évolutions concrètes vont pouvoir avoir lieu ?
06:05C'est une bonne question, mais là encore, il y a la problématique du soutien des États-Unis,
06:11de la volonté du Premier ministre.
06:12Qui est complètement derrière Israël jusqu'à maintenant ?
06:16C'est-à-dire que pour le moment, Israël a sa feuille de route, sa ligne de conduite
06:20et on voit difficilement Israël y renoncer.
06:23On a plus l'impression qu'Israël est dans cette logique où ils essaieront de peut-être
06:28recoller les morceaux avec la communauté internationale ou leurs alliés traditionnels
06:32une fois leurs opérations et objectifs militaires atteints.
06:35Mais pour le moment, on voit difficilement Israël s'arrêter au milieu du chemin.
06:39Et en même temps, l'opération militaire voulue par Benjamin Netanyahou,
06:42vous le disiez en introduction, peu probable étant donné les divisions même internes.
06:48Elle laisse cette opération militaire une espèce d'espérance
06:52concernant peut-être une reprise du dialogue, puisque la temporalité est prévue pour le mois d'octobre.
06:57Ça veut dire que derrière, les négociations restent actives.
06:59On l'a vu, l'émissaire spécial des États-Unis a rencontré le Premier ministre Qatari ce week-end.
07:05Donc on a deux mois.
07:06On peut être aussi dans une logique de pression absolue
07:08avant qu'une opération militaire aboutisse in fine,
07:11à défaut d'avoir pu aboutir sur un plan ou une solution diplomatique.
07:15Merci pour votre analyse avec nous ce matin, Djilali Benshaban, consultant en stratégie et géopolitique.
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