00:00Le ministre iranien des affaires étrangères a quitté Téhéran, c'était dimanche, pour se rendre à Genève pour entamer un
00:05second round de négociations avec les Etats-Unis.
00:08Notre invitée pour en parler c'est Adèle Bakawan. Bonjour, vous êtes directeur du European Institute for Studies on the
00:14Middle East and North Africa.
00:15Les discussions qui vont donc commencer ce matin dans un climat qui quand même s'est un peu détendu ces
00:21derniers jours,
00:22avec des Iraniens qui disent hier qu'ils saluent prudemment les signes d'une position américaine plus réaliste, notamment sur
00:28la question du nucléaire.
00:30Qu'est-ce qu'il faut attendre de cette réunion aujourd'hui ?
00:33Écoutez, depuis toujours, et même ici avec vous, j'ai confirmé mon hypothèse de favori, c'est que les Iraniens,
00:40parce qu'ils sont tellement fragiles, fragilisés depuis le 7 octobre,
00:45ils ne disposent pas des moyens et des ressources nécessaires pour s'opposer ni aux Israéliens ni aux Américains
00:51et donc ils partent pour négocier d'une manière très très sérieuse avec les Américains.
00:56C'est leur première option.
00:59Et tant mieux pour eux, pourquoi ? Parce qu'à la Maison Blanche, malgré le rejet massif du cabinet,
01:07j'estime à 80% des acteurs au centre de la Maison Blanche refusent cette option-là
01:12et souhaitent vraiment une guerre contre la République islamique d'Iran,
01:16mais il y a deux hommes, il y a Donald Trump et il y a Steve Utkoff,
01:19les deux souhaitent arriver à un accord avec la République islamique d'Iran.
01:23Maintenant, le diable se cache dans les détails.
01:26Et mais on commence cette discussion par le nucléaire.
01:29Par le nucléaire.
01:30Les Iraniens veulent réduire la négociation uniquement sur le dossier du nucléaire.
01:36Seulement les Américains ont un autre agenda.
01:39Ils veulent aborder le programme balistique et le programme milicien.
01:43C'est-à-dire le Hezbollah, l'Ibanais, les milices irakiennes, le djihad et le Hamas palestinien,
01:51mais aussi la Russie.
01:52Et donc, sur ces derniers dossiers, les Iraniens ne veulent absolument pas en parler.
01:59Annalisa, les Iraniens arrivent à ce nouveau rang de négociation avec une nouveauté,
02:03c'est qu'ils commencent à parler contrats.
02:05Ils proposent donc des contrats des entreprises américaines dans les secteurs du pétrole, du gaz, des mines.
02:10Est-ce que finalement, ce n'est pas ce qui intéresse Washington ?
02:12Et donc, les Iraniens lâchent des contrats pour avoir la sécurité, la stabilité du régime.
02:17Là, on est dans la perspective golfienne, c'est-à-dire les pays du Golfe.
02:22Au départ, les Américains ne voulaient absolument pas rien proposer aux Iraniens.
02:27Vous capitulez et on laisse le régime sauve, etc.
02:34Mais les Saoudiens, notamment les Saoudiens, l'ensemble des pays du Golfe,
02:38ils ont dit non, il faut absolument proposer quelque chose aux Iraniens,
02:42à savoir la levée des sanctions.
02:45Alors donc, les Iraniens ont saisi la dynamique là,
02:47c'est pourquoi ils proposent désormais cette perspective et cette approche.
02:51Et ça parle à Donald Trump.
02:53On sait très bien comment Donald Trump calcule.
02:55Mais maintenant, je reviens encore une fois pour savoir si les Iraniens acceptent de négocier
03:01notamment le programme balistique ou pas.
03:04Parce qu'en fait, ce n'est pas avec la bombe nucléaire que les Iraniens ont attaqué
03:08les pays du Golfe, Israël, les intérêts des Américains et des Européens avec des missiles, n'est-ce pas ?
03:14Si jamais le programme reste intact, c'est que le danger pour toute la région restera intact.
03:19Et là, vous pensez qu'il y a une ouverture ?
03:21Que c'est possible de négocier sur la question balistique ou pas ?
03:25Ou c'est totalement fermé ?
03:27Personnellement, je pense que les Iraniens n'ont pas le choix.
03:29Ils n'ont pas le choix.
03:31On a le choix lorsqu'on est suffisamment fort.
03:33Les Iraniens avaient le choix avant le 7 octobre.
03:36Mais le 7 octobre n'est pas passé par là.
03:38La guerre des 12 jours est passée par là.
03:42Le chef des gardiens a été décapité.
03:44Le chef de l'armée iranienne a été décapité.
03:46Les scientifiques, les infrastructures, l'économie du pays,
03:50mais aussi, il faut rappeler le grand mouvement de contestation, n'est-ce pas ?
03:55Et donc, tout ça a fragilisé structurellement le régime.
03:59Mais bien évidemment, lorsqu'on va à la table de négociation,
04:02on ne va pas sortir tout de suite et immédiatement toutes les cartes.
04:04Je pense petit à petit, les Iraniens vont céder.
04:08Mais le problème n'est pas là.
04:09Le problème, c'est qu'à la mise en blanche, vous avez un homme pressé,
04:13très très pressé, qui souhaite un accord.
04:15ici et maintenant, dans une semaine, deux semaines.
04:18Et face à lui, vous avez des Iraniens, des ayatollahs,
04:21qui ont la raison d'État,
04:25qui négocient sur le long terme.
04:27Pour eux, ça peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années.
04:31On a l'impression qu'ils sont tellement fragilisés
04:34qu'on pourrait aller vers une évolution quand même majeure
04:37pour l'économie iranienne, pour la société.
04:39On est quand même sur un basculement là, si je comprends bien.
04:41Écoutez, ce qui change la donne, pour arriver là,
04:46c'est vraiment le degré et la nature.
04:49Je dis bien, la nature et le degré de la pression américaine.
04:52Jusqu'où Donald Trump est prêt pour aller dans la montée en puissance
04:58de la pression sur la République islamique d'Iran.
05:00Par exemple, je vous donne juste un exemple.
05:02Pour convaincre totalement les Iraniens, c'est une autre hypothèse.
05:06Est-ce qu'il ne faut pas frapper, par exemple, pour la première fois,
05:11décapiter le guide suprême ?
05:13Et une fois qu'on a décapité le guide suprême,
05:15on revient à la table de négociation pour dire
05:18maintenant le temps est venu, le moment est venu
05:21pour que vous cédez sur les trois programmes.
05:23Ça, c'est une autre option.
05:24Autrement dit, pas une guerre totale,
05:26ouverte jusqu'à la chute du régime,
05:29mais une frappe, mais une frappe très significative.
05:31Et après, on revient à la table de négociation.
05:34Ça aussi, c'est un autre scénario.
05:36Mais par contre, aller tout de suite
05:38négocier le programme nucléaire
05:40contre la levée des sanctions,
05:42ça me paraît un peu utopique.
05:43Mais là, on a l'impression que les Américains sont trop mous, là.
05:46Vous dites qu'il faut...
05:47Oui, les Américains.
05:49Donald Trump, à cette heure-là, n'a pas tranché,
05:52n'a pas pris la décision, n'a pas pris sa décision.
05:54Il est pris en état entre 12 approches.
05:58Une approche golfienne, avec le soutien de la Turquie,
06:03et une approche israélienne.
06:05Israël souhaite une frappe décisive, définitive,
06:09ici et maintenant.
06:10Une frappe qui conduit à la chute du régime.
06:14Tant que le régime est là, pour Israël, la menace est là.
06:16Les pays du Golfe pensent que la chute du régime
06:19égale ou bien une anarchie, un chaos généralisé
06:24qui impacte leur sécurité et leur stabilité,
06:27ou bien une grande démocratie qui ne convient absolument pas
06:30au pays du Golfe, des autoritarismes un peu partout.
06:35Alors, dans les deux hypothèses, les saoudiens,
06:37les golfiens souhaitent vraiment la négociation.
06:39On s'en foutez aussi.
06:39On s'en foutait.
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