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  • il y a 6 minutes
Ce mardi 17 février, Adel Bakawan, directeur du European Institute for Studies on the Middle East and North Africa, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il s'est penché sur les négociations qui reprennent entre l'Iran et les USA. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le ministre iranien des affaires étrangères a quitté Téhéran, c'était dimanche, pour se rendre à Genève pour entamer un
00:05second round de négociations avec les Etats-Unis.
00:08Notre invitée pour en parler c'est Adèle Bakawan. Bonjour, vous êtes directeur du European Institute for Studies on the
00:14Middle East and North Africa.
00:15Les discussions qui vont donc commencer ce matin dans un climat qui quand même s'est un peu détendu ces
00:21derniers jours,
00:22avec des Iraniens qui disent hier qu'ils saluent prudemment les signes d'une position américaine plus réaliste, notamment sur
00:28la question du nucléaire.
00:30Qu'est-ce qu'il faut attendre de cette réunion aujourd'hui ?
00:33Écoutez, depuis toujours, et même ici avec vous, j'ai confirmé mon hypothèse de favori, c'est que les Iraniens,
00:40parce qu'ils sont tellement fragiles, fragilisés depuis le 7 octobre,
00:45ils ne disposent pas des moyens et des ressources nécessaires pour s'opposer ni aux Israéliens ni aux Américains
00:51et donc ils partent pour négocier d'une manière très très sérieuse avec les Américains.
00:56C'est leur première option.
00:59Et tant mieux pour eux, pourquoi ? Parce qu'à la Maison Blanche, malgré le rejet massif du cabinet,
01:07j'estime à 80% des acteurs au centre de la Maison Blanche refusent cette option-là
01:12et souhaitent vraiment une guerre contre la République islamique d'Iran,
01:16mais il y a deux hommes, il y a Donald Trump et il y a Steve Utkoff,
01:19les deux souhaitent arriver à un accord avec la République islamique d'Iran.
01:23Maintenant, le diable se cache dans les détails.
01:26Et mais on commence cette discussion par le nucléaire.
01:29Par le nucléaire.
01:30Les Iraniens veulent réduire la négociation uniquement sur le dossier du nucléaire.
01:36Seulement les Américains ont un autre agenda.
01:39Ils veulent aborder le programme balistique et le programme milicien.
01:43C'est-à-dire le Hezbollah, l'Ibanais, les milices irakiennes, le djihad et le Hamas palestinien,
01:51mais aussi la Russie.
01:52Et donc, sur ces derniers dossiers, les Iraniens ne veulent absolument pas en parler.
01:59Annalisa, les Iraniens arrivent à ce nouveau rang de négociation avec une nouveauté,
02:03c'est qu'ils commencent à parler contrats.
02:05Ils proposent donc des contrats des entreprises américaines dans les secteurs du pétrole, du gaz, des mines.
02:10Est-ce que finalement, ce n'est pas ce qui intéresse Washington ?
02:12Et donc, les Iraniens lâchent des contrats pour avoir la sécurité, la stabilité du régime.
02:17Là, on est dans la perspective golfienne, c'est-à-dire les pays du Golfe.
02:22Au départ, les Américains ne voulaient absolument pas rien proposer aux Iraniens.
02:27Vous capitulez et on laisse le régime sauve, etc.
02:34Mais les Saoudiens, notamment les Saoudiens, l'ensemble des pays du Golfe,
02:38ils ont dit non, il faut absolument proposer quelque chose aux Iraniens,
02:42à savoir la levée des sanctions.
02:45Alors donc, les Iraniens ont saisi la dynamique là,
02:47c'est pourquoi ils proposent désormais cette perspective et cette approche.
02:51Et ça parle à Donald Trump.
02:53On sait très bien comment Donald Trump calcule.
02:55Mais maintenant, je reviens encore une fois pour savoir si les Iraniens acceptent de négocier
03:01notamment le programme balistique ou pas.
03:04Parce qu'en fait, ce n'est pas avec la bombe nucléaire que les Iraniens ont attaqué
03:08les pays du Golfe, Israël, les intérêts des Américains et des Européens avec des missiles, n'est-ce pas ?
03:14Si jamais le programme reste intact, c'est que le danger pour toute la région restera intact.
03:19Et là, vous pensez qu'il y a une ouverture ?
03:21Que c'est possible de négocier sur la question balistique ou pas ?
03:25Ou c'est totalement fermé ?
03:27Personnellement, je pense que les Iraniens n'ont pas le choix.
03:29Ils n'ont pas le choix.
03:31On a le choix lorsqu'on est suffisamment fort.
03:33Les Iraniens avaient le choix avant le 7 octobre.
03:36Mais le 7 octobre n'est pas passé par là.
03:38La guerre des 12 jours est passée par là.
03:42Le chef des gardiens a été décapité.
03:44Le chef de l'armée iranienne a été décapité.
03:46Les scientifiques, les infrastructures, l'économie du pays,
03:50mais aussi, il faut rappeler le grand mouvement de contestation, n'est-ce pas ?
03:55Et donc, tout ça a fragilisé structurellement le régime.
03:59Mais bien évidemment, lorsqu'on va à la table de négociation,
04:02on ne va pas sortir tout de suite et immédiatement toutes les cartes.
04:04Je pense petit à petit, les Iraniens vont céder.
04:08Mais le problème n'est pas là.
04:09Le problème, c'est qu'à la mise en blanche, vous avez un homme pressé,
04:13très très pressé, qui souhaite un accord.
04:15ici et maintenant, dans une semaine, deux semaines.
04:18Et face à lui, vous avez des Iraniens, des ayatollahs,
04:21qui ont la raison d'État,
04:25qui négocient sur le long terme.
04:27Pour eux, ça peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années.
04:31On a l'impression qu'ils sont tellement fragilisés
04:34qu'on pourrait aller vers une évolution quand même majeure
04:37pour l'économie iranienne, pour la société.
04:39On est quand même sur un basculement là, si je comprends bien.
04:41Écoutez, ce qui change la donne, pour arriver là,
04:46c'est vraiment le degré et la nature.
04:49Je dis bien, la nature et le degré de la pression américaine.
04:52Jusqu'où Donald Trump est prêt pour aller dans la montée en puissance
04:58de la pression sur la République islamique d'Iran.
05:00Par exemple, je vous donne juste un exemple.
05:02Pour convaincre totalement les Iraniens, c'est une autre hypothèse.
05:06Est-ce qu'il ne faut pas frapper, par exemple, pour la première fois,
05:11décapiter le guide suprême ?
05:13Et une fois qu'on a décapité le guide suprême,
05:15on revient à la table de négociation pour dire
05:18maintenant le temps est venu, le moment est venu
05:21pour que vous cédez sur les trois programmes.
05:23Ça, c'est une autre option.
05:24Autrement dit, pas une guerre totale,
05:26ouverte jusqu'à la chute du régime,
05:29mais une frappe, mais une frappe très significative.
05:31Et après, on revient à la table de négociation.
05:34Ça aussi, c'est un autre scénario.
05:36Mais par contre, aller tout de suite
05:38négocier le programme nucléaire
05:40contre la levée des sanctions,
05:42ça me paraît un peu utopique.
05:43Mais là, on a l'impression que les Américains sont trop mous, là.
05:46Vous dites qu'il faut...
05:47Oui, les Américains.
05:49Donald Trump, à cette heure-là, n'a pas tranché,
05:52n'a pas pris la décision, n'a pas pris sa décision.
05:54Il est pris en état entre 12 approches.
05:58Une approche golfienne, avec le soutien de la Turquie,
06:03et une approche israélienne.
06:05Israël souhaite une frappe décisive, définitive,
06:09ici et maintenant.
06:10Une frappe qui conduit à la chute du régime.
06:14Tant que le régime est là, pour Israël, la menace est là.
06:16Les pays du Golfe pensent que la chute du régime
06:19égale ou bien une anarchie, un chaos généralisé
06:24qui impacte leur sécurité et leur stabilité,
06:27ou bien une grande démocratie qui ne convient absolument pas
06:30au pays du Golfe, des autoritarismes un peu partout.
06:35Alors, dans les deux hypothèses, les saoudiens,
06:37les golfiens souhaitent vraiment la négociation.
06:39On s'en foutez aussi.
06:39On s'en foutait.
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