00:00Avec Caroline Loyer qui me rejoint sur ce plateau, nous recevons David Rigoulet-Rose, chercheur à l'IRIS, l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques, spécialiste du Moyen-Orient.
00:08Merci d'être en direct avec nous dans la matinale de l'économie. On va revenir sur la situation en Syrie, ces combats qui ont lieu à Sueda, dans le sud.
00:19Avant de revenir sur l'évolution de la situation, le cessez-le-feu de ce week-end, la position de Washington là-dedans,
00:25j'aimerais que vous nous rappeliez rapidement pourquoi ces communautés attirent l'attention en ce moment en Syrie.
00:34Le problème qui a été posé, c'est celui de la stabilité de la Syrie post-Bachar en réalité,
00:40et de la nouvelle gouvernance avec l'actuel président par intérim, Ahmed El-Chara,
00:45qui est supposé être lié historiquement par son ADN à certains groupes islamo-jihadistes anciennement.
00:52Et donc, il est obligé de composer avec des contraintes qui sont des défis énormes,
00:58notamment les pressions de certains de l'entourage, effectivement, de son entourage qui lui ont permis d'accéder au pouvoir.
01:06Et puis, la rhétorique, l'affichage sur l'attentivité nécessaire de la mosaïque ethno-confessionnelle syrienne, qui est très instable.
01:15Caroline ?
01:16Monsieur Rigoleroz, Israël, en frappant à Sueda, a dit officiellement vouloir soutenir ses frères de ruse.
01:24Il y a aussi des frappes depuis la chute de Bachar al-Assad en différents endroits de la Syrie,
01:29officiellement pour détruire les capacités militaires ou faire en sorte qu'elles ne se reconstituent pas.
01:34Donc, Israël dit que c'est pour assurer sa sécurité.
01:36Mais est-ce qu'il y a un objectif autre derrière ces frappes ?
01:40– Oui, alors en fait, il y a deux éléments qui s'ajustent.
01:45C'est-à-dire que le discours qui consiste à vouloir assurer la protection des ruses n'est pas un pur prétexte,
01:52même s'il peut être instrumentalisé pour un agenda par ailleurs,
01:56n'est pas un pur prétexte parce que c'est aussi un problème de politique intérieure israélienne.
02:01Il y a une pression importante des ruses qui constitue 150 000 citoyens israéliens
02:10qui servent dans l'armée, qui sont très fidèles à l'État hébreu,
02:13et donc ils interpellent effectivement le gouvernement pour assurer la protection
02:17de leurs co-religionnaires syriens, même si les mêmes co-religionnaires se méfient évidemment
02:22du soutien israélien pour ne pas être accusés de collusion avec Israël.
02:27Donc c'est extrêmement compliqué.
02:28Mais évidemment, derrière cette variable, il y a des calculs des intérêts stratégiques
02:32de la part d'Israël qui veulent assurer effectivement une démilétarisation du sud syrien
02:38à son profit, pour deux choses.
02:40À la fois pour empêcher la reconstitution d'un acte pro-iranien,
02:45il y a eu des interceptions d'ailleurs de coups d'armes iraniens,
02:49y compris par le gouvernement syrien,
02:51et puis pour empêcher aussi la présence d'islamo-djihadistes dans le sud syrien.
02:57Donc il y a de la part d'Israël évidemment des calculs stratégiques
03:01pour contrôler le sud syrien,
03:05et éventuellement aussi pour éviter que le gouvernement syrien soit trop fort
03:11par rapport à cette fameuse mondiaïque ethno-confessionnelle,
03:15puisqu'il y a des ministres qui prônent ouvertement des autonomies
03:18au sein même de la Syrie post-Bachar.
03:22Donald Trump dit avoir été pris de court par ses récentes frappes israéliennes en Syrie.
03:27Il en a parlé avec Benyamin Netanyahou.
03:30Quel est le poids de Washington ici dans ces affrontements ?
03:35Alors il est important parce qu'il y a eu une pression très forte
03:38qui a été faite par les Américains sur Netanyahou,
03:43en lui demandant d'arrêter les frappes,
03:45tout simplement parce qu'il y a une contradiction.
03:47Les intérêts israéliens et américains ne sont pas strictement alignés.
03:52C'est un euphémisme.
03:52Surtout que Donald Trump a levé les sanctions contre le nouveau gouvernement syrien
03:59après avoir rencontré le président Ahmed El-Chara.
04:03Et d'ailleurs le même président Ahmed El-Chara a remercié le rôle important joué par les États-Unis
04:08pour justement le cesser le feu et le soutien à la stabilité de la Syrie,
04:13ce qui entrerait en contradiction évidemment avec les modalités d'ingérence israéliennes.
04:18Donc on voit à quel point on est complètement dans ce qu'on appelle évidemment,
04:22un peu caricaturellement, mais de manière justifiée, de l'Orient compliqué.
04:27Il y a cette question qui se pose, c'est est-ce que les agissements de Benjamin Netanyahou en Syrie
04:32ne peuvent pas mettre à mal non seulement la stabilité, la transition,
04:36mais aussi plus largement les plans de Donald Trump au Moyen-Orient,
04:39à savoir notamment l'élargissement des accords d'Abraham ?
04:43Oui, c'est là où j'évoquais les contradictions,
04:44y compris d'ailleurs pour le Premier ministre israélien,
04:47puisque cette logique d'ingérence, on va dire très proactive,
04:51dans le sud syrien, entre en contradiction avec son aspiration
04:54au développement justement de la logique d'Abraham,
04:59puisqu'on a évoqué les possibilités de cet élargissement de cette dynamique
05:04à la Syrie et au Liban, en tout cas à minima,
05:07et évidemment dans la configuration actuelle, ça paraît extrêmement difficile.
05:11Donc les contradictions en fait jouent pour toutes les parties.
05:14Comment va s'en sortir la Syrie ?
05:16Je sais qu'on n'a pas de boule de cristal là-dedans,
05:18mais on parlait de stabilité tout à l'heure,
05:20on est loin d'une stabilité,
05:21c'est un pays qui sort d'années entières de guerre,
05:24la situation humanitaire est très compliquée,
05:27dans le sud notamment en ce moment,
05:30sur quoi ça peut déboucher ?
05:32Quel est l'agenda finalement du pouvoir aujourd'hui
05:35pour les mois qui viennent ?
05:37Il est le gouvernement très affaibli.
05:40D'ailleurs on dit que le président Ménéchara aurait échappé
05:44à deux tentatives d'assassinat, dont l'une en début juin.
05:48Donc on voit bien que, tout simplement parce que certains
05:51de ses anciens, on va dire, proches,
05:55l'accuseraient d'avoir trahi la cause islamiste, sinon dualiste.
06:00Donc la situation est très difficile pour lui,
06:03il a un défi à relever, et il est en situation de fébrise,
06:05surtout avec les événements qui viennent de se passer,
06:07notamment par rapport aux frappes israeliennes.
06:10Et puis sur le plan général, il y a une déclaration
06:13qui a été un peu passée sur tous les radars,
06:15il y a un mi-mai dernier, de Marco Rubio,
06:19le secrétaire justement américain,
06:22devant la commission des affaires étrangères du Sénat,
06:24où il évoquait le fait que, d'ici quelques semaines,
06:26la filerie était susceptible de se retrouver
06:28dans une situation de guerre civile à grande échelle.
06:32Et les derniers événements, évidemment,
06:34iraient dans le sens de ce pronostic plutôt pessimiste.
06:39Caroline ?
06:40Justement, vous venez de parler de Marco Rubio,
06:42le secrétaire d'État américain,
06:43qui a exigé, il y a quelques jours,
06:45du gouvernement syrien,
06:46qu'il empêche l'arrivée de djihadistes violents dans le Sud.
06:49Est-ce que les autorités de transition
06:50ont le pouvoir d'empêcher le retour des djihadistes ?
06:54Est-ce qu'elles en ont les moyens ?
06:55C'est un deal implicite entre Donald Trump et Ahmed El-Chara,
07:01quand ils se sont rencontrés à Riyad,
07:03sous les auspices de Mohamed Bin Salman,
07:05le prince héritier saoudien.
07:07C'était la levée…
07:09Alors, il y avait une levée complète des sanctions,
07:12mais implicitement, effectivement,
07:14sinon explicitement, en tout cas pas publiquement,
07:15mais manifestement, c'était un enjeu central.
07:18L'objectif, c'était que la nouvelle gouvernance
07:22fasse en sorte d'éviter toute réapparition,
07:25toute résurgence de l'État islamique, de Daesh,
07:28justement parce que les Américains pouvaient pouvoir se retirer
07:30au site d'Astéry.
07:31Il faut rappeler qu'ils ont plusieurs centaines d'hommes
07:32qui sont toujours de son place.
07:34Et donc, on voit à quel point le défi est colossal
07:36pour le président Ahmed El-Chara.
07:39J'ai évoqué ces détentatives d'Assadina.
07:41Il est effectivement pris dans le jeu
07:45des rivalités, des ingérences extérieures
07:48et de l'instabilité interne,
07:50puisqu'il y a une résurgence de l'État islamique,
07:53notamment dans la Baniya,
07:54c'est-à-dire la zone désertique,
07:56mais qui va jusque dans les villes aujourd'hui.
07:59Et la tentative d'Assassinat aurait eu lieu à Véra,
08:01dans le sud, justement,
08:02où ils devaient faire un déplacement.
08:04Donc, on voit bien,
08:05cette tentative aurait été déjouée
08:08grâce à la lettre des services secrets turcs.
08:10Donc, on voit à quel point tous les acteurs,
08:11en fait, sont présents sur le terrain
08:14et ont des agendas qui, évidemment,
08:16ne sont pas concordants.
08:17Merci beaucoup, David Rigoulet-Rose.
08:18On y voit un peu plus clair.
08:19Chercheur à l'IRIS, spécialiste du Moyen-Orient,
08:22d'avoir été avec nous ce matin
08:23dans la matinale de l'économie.
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