00:00 [Musique]
00:06 Bonjour Maxime Gransa, bienvenue.
00:07 Bonjour Thomas-Éric, merci beaucoup.
00:08 Vous êtes donc le directeur général adjoint de Technico Flore Parfums, entreprise créée en 1981.
00:14 C'est toujours un groupe familial aujourd'hui ?
00:16 C'est toujours un groupe familial français indépendant.
00:19 Et donc votre métier c'est le parfum pour les autres, c'est ça ?
00:22 Vous créez des formules ?
00:23 Exactement, notre métier c'est de créer des parfums pour les marques,
00:26 pour toute catégorie de produits,
00:28 pour évidemment les eaux de toilette qui est la première catégorie à laquelle les gens pensent,
00:32 mais aussi les produits cosmétiques, les produits d'entretien,
00:36 les produits d'ambiance, les bougies, les capillars, la détergence,
00:39 voilà tout ce qui contient un parfum est susceptible de venir de chez nous.
00:43 Et alors qui sont vos clients ?
00:44 Toutes les grandes marques ou des secteurs ?
00:47 Toutes les grandes marques de ces différents secteurs,
00:50 aussi des marques de niche,
00:52 voilà tout type de marques sur tout type de catégories.
00:55 Les impératifs environnementaux,
00:58 on va parler ensuite de ce Flore Index que vous avez créé,
01:01 mais si on essaie d'être une vigie un peu de l'évolution,
01:06 de la transformation environnementale et sociétale dont je parlais,
01:09 ces impératifs vous les voyez émerger depuis combien de temps chez vos clients ?
01:14 Alors chez nos clients il y a une vraie demande depuis 2-3 ans.
01:18 Chez Technico Flore nous sommes engagés,
01:20 parce que nous nous considérons comme une société engagée,
01:23 depuis une quinzaine d'années.
01:25 Et on concerne vraiment depuis 2-3 ans une évolution dans les attentes des consommateurs
01:29 qui aujourd'hui sont en attente de transparence,
01:33 n'ont plus envie de faire de compromis entre la notion de responsable d'un côté
01:38 et puis la créativité, la qualité des produits de l'autre.
01:41 Aujourd'hui ils veulent acheter responsable et de qualité.
01:45 Et donc il y a une vraie mobilisation aujourd'hui à avoir
01:49 pour pouvoir leur permettre d'aller vers ce type de produit.
01:52 D'autant plus quand on parle de produits d'hygiène, de beauté, de cosmétique,
01:56 en contact avec le corps, cet impératif de transparence,
02:01 quelle forme ça prend aujourd'hui finalement ?
02:04 C'est savoir ce qu'on a dans les produits qu'on utilise.
02:07 Aujourd'hui c'est être capable de fournir aux consommateurs
02:12 des informations concrètes, quantitatives, sur ce qu'ils achètent.
02:17 Dans le dernier rapport Greenflex, il est indiqué que 84% des consommateurs
02:22 ont besoin de preuves sur les allégations des marques.
02:26 Et aujourd'hui c'est notre rôle aussi de pouvoir fournir ce type de preuves et d'allégations.
02:29 Et donc vous avez créé ce nouvel outil qui s'appelle Florindex. De quoi il s'agit ?
02:34 Alors Florindex c'est un outil de mesure de l'impact environnemental et sociétal
02:38 de nos formules de parfum qui a plusieurs objectifs.
02:42 Les principaux sont de pouvoir mesurer l'impact environnemental de nos formules,
02:46 donc pour ça nous avons développé un outil basé sur du mesurable et du quantifiable,
02:54 de façon à éviter toute notion de greenwashing,
02:57 et qui mesure l'impact environnemental de nos formules
03:02 tout au long du stade de développement de ces parfums.
03:05 Ça démarre par le sourcing des matières premières jusqu'à la fin de vie de nos parfums.
03:09 C'est construit selon trois grandes étapes qui sont mesurées par huit indicateurs,
03:14 eux-mêmes quantifiés par 38 critères,
03:17 ce qui fait aujourd'hui que c'est l'outil le plus complexe et le plus robuste qui existe.
03:21 Qu'il certifie ? C'est un organisme indépendant, extérieur ?
03:25 Alors c'est la grande première et c'est une vraie première mondiale dans notre industrie,
03:29 c'est que cet outil a été validé par Afnor Certification,
03:33 qui a validé la robustesse, la transparence et la pertinence de l'outil.
03:37 Et la vraie grande nouveauté c'est que du coup ça va permettre aux marques
03:40 de pouvoir pour la première fois revendiquer la présence d'un parfum éco-conçu dans leurs produits.
03:45 Mais alors c'est une sorte de nutriscore, on a tous en tête le Nutriscore,
03:48 c'est une sorte de Nutriscore appliqué au parfum ?
03:50 C'est exactement, c'est une sorte de Nutriscore, avec une note de A à E.
03:53 C'est exactement la même chose.
03:56 Et ça donne aux consommateurs les informations sur les notions d'éco-conception du parfum.
04:06 C'est évidemment pas obligatoire,
04:08 mais vous pensez qu'il va y avoir une sorte de concurrence ou d'émulation entre les marques
04:14 pour afficher le meilleur Nutriscore, le meilleur Flore Index ?
04:19 Oui, je pense que les marques vont aller de toute façon vers ce type d'outil, c'est déjà le cas.
04:25 Est-ce que c'était, pardon de vous interrompre, est-ce qu'elles vous l'ont demandé ?
04:27 Ou est-ce que c'est vous qui vous êtes dit il faut y aller parce qu'on est une entreprise engagée ?
04:31 Non, c'est une démarche proactive de notre part.
04:33 Alors nous nous sommes rendus compte aussi que les marques, elles avaient du mal à avoir des informations sur les parfums.
04:38 Et donc c'était notre rôle d'aller vers ce type d'outil, qui est aussi un outil d'amélioration continue.
04:44 Puisque ça permet aux parfumeurs, lorsqu'ils créent la formule,
04:47 de savoir sur quels leviers ils peuvent jouer pour aller vers ces notions d'éco-création.
04:52 Ça va inciter aussi nos fournisseurs de matières premières
04:55 à nous donner de plus en plus de data sur les matières premières
04:59 et d'aller vers plus de transparence.
05:01 Et ça va, comme vous le disiez, inciter les marques à utiliser ces outils
05:05 et aller vers plus d'éco-responsabilité.
05:07 Oui, parce que c'est toujours en creux.
05:09 C'est-à-dire que celles qui ne l'auront pas affichée seront soupçonnées d'être moins éco-responsables que les autres.
05:13 Exactement.
05:14 Alors les marques l'utilisent pour des raisons diverses.
05:16 Certaines l'utilisent par conviction ou par engagement.
05:18 D'autres marques aujourd'hui nous demandent des parfums éco-conçus parce que c'est dans leur ADN.
05:27 Et puis d'autres pour des questions business.
05:30 C'est une demande des consommateurs.
05:32 Pour un avantage concurrentiel aussi.
05:34 Mais finalement, peu importe la raison de l'utilisation.
05:36 Ce qui est important, c'est que les marques l'utilisent.
05:38 Alors je vois qu'on rentre un peu dans le détail des critères.
05:41 Par exemple, le poids des matières premières responsables.
05:44 C'est quoi une matière première responsable dans un métier comme le vôtre ?
05:49 Nous avons développé chez nous un outil qui nous permet justement de mesurer la responsabilité des matières.
05:54 Et ça prend en compte le respect de la biodiversité, l'utilisation de processus de transformation avec des procédés issus de la chimie verte,
06:02 les notions de commerce équitable.
06:04 Voilà, et donc ça nous permet de quantifier chacune des matières premières que nous utilisons comme étant responsable ou ne l'étant pas.
06:10 Et donc là, ça repose sur ce que vos partenaires, vos sous-traitants, vos fournisseurs vous fournissent comme données.
06:19 C'est ce que vous disiez tout à l'heure.
06:20 Exactement.
06:21 Et aujourd'hui...
06:22 Mais est-ce que tout le monde est en situation de le faire ?
06:25 Pas encore.
06:26 Pas encore.
06:27 Les choses évoluent, doucement, mais les choses évoluent.
06:30 Et c'est aussi l'objectif de cet outil.
06:32 C'est d'avoir une action sur nos parties prenantes et de les inciter à communiquer de plus en plus et à avoir plus de transparence sur les matières premières.
06:40 Alors vous évaluez aussi la toxicité d'un produit sur l'environnement.
06:43 C'est vaste comme enjeu.
06:45 Selon quels critères ?
06:47 Alors aujourd'hui, il existe des critères qui sont donnés par une réglementation européenne.
06:52 Et c'est ces critères-là que nous utilisons, que nous évaluons et que nous notons et qui sont réutilisés ensuite dans le calcul de l'outil.
07:01 Sur l'énergie nécessaire à la production.
07:03 Est-ce qu'une usine de parfum, c'est très énergivore ?
07:07 Ça dépend des usines.
07:08 Nous, nous avons une toute nouvelle usine qui a été inaugurée il y a un peu plus d'un an.
07:13 À quel endroit ?
07:14 À côté de Marseille, à Allô.
07:16 Qui est une usine la plus automatisée en France, mais aussi la plus éco-conçue.
07:20 Puisque le robot de pesée que nous avons mis en place est très peu consommateur d'énergie.
07:25 Et nous démarrons là un grand plan d'indépendance énergétique.
07:28 Notre objectif d'ici à deux ans, c'est d'être à 80% autonome en énergie.
07:35 Et donc l'usine sera encore moins consommatrice d'énergie.
07:37 Bien sûr.
07:38 Pouvoir même peut-être à terme productrice.
07:40 Ça veut dire quoi ? Ça veut dire du photovoltaïque par exemple ?
07:42 Exactement.
07:43 On a la chance d'avoir une usine dans le Sud.
07:45 Il fait beau presque tous les jours, donc c'est assez facile.
07:48 L'impact du transport, j'imagine que vous le mesurez également.
07:51 Quand on fait du parfum, il y a des matières premières qui viennent forcément de très loin.
07:56 Et donc là aussi, comment vous le mesurez et comment vous cherchez à le réduire ?
08:01 Ou comment vous pouvez le réduire ?
08:02 Dans l'outil, nous prenons en compte le transport de chez nous vers nos clients.
08:07 Aujourd'hui, le transport du lieu de fabrication ou de production de la matière première chez nous
08:13 n'est pas encore inclus dans l'outil.
08:15 Ce sera sûrement dans une version 2 ou version 3 de l'outil.
08:19 Mais évidemment, ça a un impact environnemental.
08:22 Je voudrais, il nous reste un peu plus d'une minute trente.
08:26 Il y a encore plein d'enjeux, mais il y a celui de la biodégradabilité d'une formule.
08:31 Ça, c'est important parce qu'on le sait, il y a par exemple des produits d'hygiène
08:35 qui vont diffuser des molécules chimiques dans nos eaux usées, puis dans les rivières, puis dans les océans.
08:41 Donc cet enjeu-là, est-ce qu'il est adressé par le secteur ?
08:46 Et comment vous le mesurez ?
08:49 Nous, on le mesure au niveau de la formule de parfum.
08:51 Parce que nous avons développé un outil qui permet de mesurer au niveau de la formule.
08:54 Ensuite, au niveau des marques.
08:56 Les marques, aujourd'hui, sont en train d'évaluer et de calculer ce type d'outil qui est vivant.
09:02 Ça ne vient pas que du parfum ?
09:03 Non, ça vient du produit complet.
09:05 Et puisque ça dépend de son utilisation, entre un produit rincé et un produit non rincé,
09:08 l'impact n'est pas le même.
09:10 Mais aujourd'hui, il y a une vraie prise de conscience des marques.
09:12 Et si on doit terminer sur un message un petit peu positif, c'est qu'aujourd'hui, les marques se sont regroupées.
09:17 Ce qui est rare.
09:18 Pour réfléchir ensemble à développer un outil de scoring, il y a un consortium qui s'appelle le Consortium Green Impact Index.
09:25 Qui aujourd'hui, regroupe des grandes marques françaises ou des grands groupes,
09:29 comme le groupe Rocher, Les Natures, ou le groupe Pierre-Fabre, ou Arco Pharma.
09:33 Donc ils sont concurrents dans la vie, tout le reste du temps.
09:37 Mais aujourd'hui, ils réfléchissent ensemble pour aller vers une consommation plus responsable.
09:41 Parce qu'il n'y a pas de choix.
09:43 La parfumerie de demain, elle devra passer par là.
09:46 Parce que la parfumerie de demain, si elle veut continuer à exister, elle doit aller vers plus de transparence et d'équa-responsabilité.
09:50 Merci beaucoup Maxime Grandsaray.
09:52 A bientôt sur Bismarck.
09:54 On passe à notre débat.
09:56 Connaissez-vous les contrats à impact ?
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