00:04Et pour finir cette émission, l'œil de l'expert, où nous avons le plaisir de retrouver sur le plateau
00:08de Smart Patrimoine, Gérald Grant.
00:09Bonjour Gérald.
00:10Bonjour Nicolas.
00:10Merci d'être avec nous, vous êtes associé gérant chez Fundaisy.
00:13On va se demander ensemble quelle allocation idéale sur les marchés européens à l'heure actuelle.
00:18Donc on va regarder ça sur le moyen long terme, 2026, peut-être même les années suivantes.
00:24Aujourd'hui, rapidement, la conviction que vous avez sur les marchés européens, depuis le début de l'année déjà, est
00:31-ce qu'elle a évolué ?
00:32Et quelle est-elle, Gérald ?
00:33Alors déjà, c'est vrai que chez Fundaisys, nous avons conseillé à nos clients, dès l'année dernière, de commencer
00:40à diversifier un peu plus leur portefeuille vers de l'Europe,
00:43même si, pour être très honnête, le reste des géographies était quand même plus présente dans un portefeuille.
00:49Mais on sentait qu'il y avait quelque chose qui se passait, notamment avec les élections allemandes en début de
00:53l'année 2025,
00:54puis tous les plans dont on a tous entendu parler, qui, effectivement, devaient porter de la croissance ou un peu
01:00plus de croissance à l'Europe.
01:01Et puis, un élément aussi important, c'est que la Banque Centrale Européenne devait continuer à baisser ses taux.
01:07Bien sûr.
01:07Et ça pouvait apporter aussi un support, évidemment, au marché.
01:12Bon, c'est plus tellement le scénario actuel.
01:13Le scénario n'est plus le même, mais c'est aussi peut-être pour ça que les marchés européens ont
01:17plus sous-performé
01:19que les marchés américains, dans la récente phase suite au déclenchement du conflit en Iran,
01:23même si, effectivement, il y a aussi cette dépendance à l'énergie qui est plus forte en Europe.
01:27Je pense que mes camarades de jeu ont pu le dire aussi.
01:29Bien sûr, oui, oui.
01:30Mais ce qui est important de voir, c'est que l'Europe, de toute façon, en tant qu'investisseur européen,
01:34on ne peut pas passer à côté.
01:35La question qu'on doit se poser, c'est pourquoi est-ce qu'on a envie d'avoir de l
01:39'Europe ?
01:39Et qu'est-ce qu'on a envie d'acheter en Europe ?
01:41Parce que je pense que dire « il faut acheter de l'Europe parce que c'est moins cher que
01:45le reste »,
01:45ce n'est pas une bonne raison.
01:46D'accord.
01:46Elle est largement pas suffisante.
01:47Donc là, c'est quand même un désartiment qu'on entend régulièrement.
01:49Oui, mais je pense que ce n'est pas le bon.
01:50Pour la simple et bonne raison, c'est que dans ma carrière qui a commencé maintenant,
01:53il y a quasiment 27 ans sur les marchés,
01:55j'ai vu des boîtes ou des secteurs ou des styles de gestion qui restent sous-valorisés longtemps.
02:02Un exemple, je n'ai rien contre Stellantis,
02:04mais Stellantis, j'ai l'impression qu'on me dit depuis 25 ans que c'est sous-valorisé.
02:09Stellantis, aujourd'hui, c'est 7 fois le PE.
02:10Est-ce que pour autant Stellantis fait une belle perf depuis le début d'année ?
02:13Non, moins 40.
02:14Donc sous-valorisation ne veut pas forcément dire « rattrapage à venir ».
02:17Absolument pas.
02:17Et c'est pour ça qu'il faut être très attentif en Europe,
02:19parce qu'on nous dit tout le temps « ah, c'est moins cher, ah, c'est moins cher »,
02:21mais en fait, ce n'est pas la raison.
02:23L'Europe est moins chère parce que la structure du marché,
02:25la structure sectorielle du marché est totalement différente des autres géographies.
02:29Prenez les États-Unis.
02:30Les États-Unis, c'est 35% de technologies au sens large,
02:34avec la communication, etc.
02:36L'Europe, ce n'est pas du tout ça.
02:37Vous êtes sur des secteurs aux États-Unis qui sont plus chers naturellement.
02:40Donc c'est normal, vous payez de la croissance.
02:41Donc pas de généralisation, mais pour autant,
02:43est-ce qu'il y a des opportunités pour un gérant actif,
02:46pour une gestion active, justement, dans ce contexte de marché actuel ?
02:48Je dirais que tout au contraire, il faut être gérant actif en Europe
02:52parce que justement, il y a de fortes dispersions,
02:54non seulement entre les secteurs,
02:56mais aussi au sein même des secteurs,
02:57il peut y avoir des valeurs qui vont se comporter très différemment.
03:00Donc effectivement, c'est un marché qui laisse la place aux gestions actives,
03:04mais cependant, et moi, je n'ai jamais mis en opposition
03:07gestion active et gestion passive,
03:08parce que les deux correspondent à des besoins bien identifiés.
03:12On parle depuis déjà des mois et des mois du secteur de la défense.
03:15Aujourd'hui, si vous voulez investir le secteur de la défense en Europe,
03:18soit vous êtes titre rare et vous achetez du titre vif,
03:21soit vous achetez un ETF dédié au secteur de la défense européenne.
03:24Parce qu'aujourd'hui, à part quelques maisons de gestion que j'ai en tête,
03:27mais dont je ne ferai pas la publicité,
03:28qui ont pu avoir jusqu'à 30 ou 40% de leurs expositions au secteur de la défense,
03:33je ne connais pas un fonds de gestion active 100% défense.
03:37Donc il y a certains segments où la gestion passive peut venir combler
03:40des lacunes d'investissement quand on veut être très pointu.
03:44Mais de façon générale, c'est vrai que le marché européen est plus value.
03:48N'oublions pas quand même qu'en 2025,
03:49la performance du marché européen s'est faite pour moitié grâce au secteur bancaire,
03:54qui a fait une différence hallucinante et qui a contribué pour moitié.
03:57Est-ce que ça veut dire qu'en tant que gérant actif,
04:00il faut regarder le secteur bancaire en 2026 également ?
04:02Le secteur bancaire présente un intérêt,
04:05c'est que malgré tout, même s'il a été revalorisé,
04:07lui, est encore pas trop cher.
04:10Alors ça, vous allez me dire, c'est contradictoire.
04:11Avec ce que vous avez dit juste avant, oui.
04:12Mais en même temps, c'est un secteur qui était sous-valorisé pour des bonnes raisons.
04:17Et aujourd'hui, les raisons qui avaient apporté cette sous-valorisation
04:20il y a quelques années sont beaucoup moins présentes.
04:23Le seul élément qui est peut-être un peu gênant à court terme sur ce secteur bancaire,
04:27ce sont les taux.
04:28Parce qu'effectivement, vous l'avez souligné,
04:30on attendait plutôt des baisses de taux,
04:32ou peut-être encore une baisse de taux de la part de la BCE en début d'année.
04:35La situation aujourd'hui fait qu'on est plutôt,
04:37avec les déclarations de Christine Lagarde,
04:39ou même de Casimir, le banquier central-slovaque,
04:43plutôt sur peut-être une hausse de taux.
04:45Alors, est-ce qu'on va l'avoir ? J'en sais rien.
04:46Mais en tout cas, c'est ce que pense le marché.
04:48Et dans ce cadre-là, ça veut dire un aplatissement de la courbe,
04:52parce que finalement, les taux courts ont plus monté que les taux longs.
04:55Et ça, ce n'est pas très favorable à l'activité bancaire principale,
04:58qui est la transformation.
04:59J'emprunte cours, je prête long.
05:01Après, il y a bien d'autres activités,
05:02bien sûr dans les banques, notamment les généralistes,
05:04comme une BNP qui s'en sort bien sur les marchés,
05:06mais il y en a d'autres qui s'en sortent aussi beaucoup moins bien.
05:09Quelle allocation idéale sur les marchés européens,
05:11si on peut donner une allocation idéale au moyen-long terme ?
05:13Alors, je pense que déjà, l'allocation idéale,
05:15c'est de garder en tête une sélectivité
05:17entre les boîtes qui sont capables d'avoir du pricing power,
05:21parce qu'effectivement, ce qui se passe en ce moment, ça va jouer.
05:24Le fait que le choc énergétique,
05:26dont on ne sait pas combien de temps il peut durer,
05:27s'il dure, des études montrent que ça peut être un frein fort
05:32sur les croissances des bénéfices.
05:34Si d'aventure, ça dure de 6 à 9 mois
05:36et que le pétrole reste autour des 100 et 110,
05:38on peut enlever jusqu'à 13% de croissance des bénéfices.
05:42Quand on sait qu'on en attend à peu près entre 10 et 15,
05:44ça veut dire qu'on peut être encore une deuxième année
05:46autour de zéro sur la croissance des bénéfices européens.
05:49Donc ça, ce n'est pas bon.
05:50Dans ce cadre-là, il vaut mieux aller cibler
05:52les segments qui ont du pricing power
05:54et qui peuvent effectivement s'en sortir
05:56sur leur marge et les croissances des bénéfices.
05:59Donc il y en a, bien évidemment.
06:02Les bancaires, s'il n'y a pas trop d'aplatissement de la courbe,
06:04ça peut être une idée.
06:05Mais il y a aussi potentiellement la défense
06:07qui est toujours un secteur qui est intéressant
06:09compte tenu évidemment de tous les plans qu'on connaît.
06:11Je ne vais pas me répéter là-dessus, tout le monde le dit.
06:14Souveraineté, défense ou souveraineté ?
06:16Alors effectivement, la souveraineté,
06:18on peut la prendre au sens large
06:19parce que la souveraineté, c'est aussi les chaînes d'approvisionnement,
06:22c'est aussi l'énergie, c'est plein de choses en Europe.
06:25Il y a quand même des sujets qui vont être plus compliqués.
06:27Je pense que l'énergie est un sujet
06:28que l'Europe doit traiter de façon sérieuse.
06:30Je pense que les dernières déclarations
06:33des autorités européennes
06:34sur l'erreur énergétique sur le nucléaire
06:38est un vrai sujet.
06:39Nous, par exemple, on aime bien tout ce qui est lié au nucléaire.
06:42Alors évidemment, ça peut être global,
06:43mais en Europe, il y a des choses aussi à faire
06:44sur tout ce qui est transformation énergétique
06:47et tout ce qui va être lié
06:48à l'électrification de l'économie
06:50et l'utilisation dans les modèles d'IA.
06:53Alors évidemment, c'est plus peut-être en dehors d'Europe,
06:55mais il y a aussi quelques boîtes niches en Europe
06:58qui peuvent en tirer parti.
07:00Merci Gérald Grand de nous avoir accompagné
07:01dans la dernière partie de cette émission Smart Patrimoine.
07:04Et je vous dis à très vite sur Be Smart for Change.
07:08Sous-titrage Société Radio-Canada
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