- il y a 4 heures
Mercredi 25 mars 2026, retrouvez Baptiste Sierra (Directeur associé, Groupe Forward) et Marc Terras (Responsable de la gestion en architecture ouverte, Rothschild & Co Asset Management) dans SMART PATRIMOINE, une émission présentée par Nicolas Pagniez.
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00:04Et nous enchaînons à présent avec Enjeu Patrimoine, un enjeu patrimoine consacré aux arbitrages que l'on peut vouloir réaliser
00:10dans sa stratégie patrimoniale si l'on veut investir en Europe et notamment sur les marchés actions européens.
00:16Pour en parler, nous avons le plaisir d'accueillir sur le plateau de Smart Patrimoine Marc Terrasse. Bonjour Marc.
00:20Bonjour.
00:21Merci d'être avec nous. Vous êtes responsable de la gestion en architecture ouverte chez Rothschild & Co. Asset Management.
00:26On reviendra sur cette notion d'architecture ouverte dans un instant. On a le plaisir d'accueillir également Baptiste Sierra.
00:31Bonjour Baptiste.
00:32Bonjour.
00:32Merci d'être avec nous. Vous êtes directeur associé du groupe Forward. On peut peut-être commencer avec vous. Tiens
00:37d'ailleurs Baptiste, rapidement sur le groupe Forward.
00:38Vous avez deux activités. Une activité d'accompagnement en gestion de patrimoine, donc côté particulier ou en tout cas grande
00:44fortune, mais aussi accompagnement côté institutionnel.
00:48Est-ce que les stratégies sont les mêmes quand on accompagne des institutionnels ou des clients privés ?
00:52Alors oui, effectivement, comme vous le soulignez, on a deux activités qui s'adressent à deux typologies de clients totalement
00:57différentes, qui ont des contraintes, mais aussi des objectifs qui diffèrent.
01:02Et donc, les stratégies en tant que telles sont peu ou prou les mêmes. Par contre, ce qui va différer,
01:06c'est la construction de portefeuille que l'on va amener derrière ça.
01:11On ne construit pas un portefeuille de la même manière. Pourquoi ? Parce que les clients, qu'ils soient institutionnels
01:15ou particuliers, ne réagissent pas de la même manière à la volatilité ou à l'horizon de placement ?
01:19Oui, exactement. Et puis, notamment, les investisseurs institutionnels ont des contraintes beaucoup plus fortes que les investisseurs particuliers, que ce
01:25soit des contraintes en termes d'exposition, en termes de zones géographiques, également en termes de concentration sectorielle,
01:30qui ne s'appliquent pas forcément de la même façon sur les investisseurs particuliers.
01:34Si on fait lien avec le thème aujourd'hui, investir en Europe, est-ce que ça veut dire que quand
01:37on est un investisseur institutionnel, on a potentiellement envie d'avoir un peu plus d'investissement en Europe que si
01:42on est investisseur particulier ?
01:43Oui, complètement. Et à deux titres. Le premier élément, c'est la réglementation qui pousse, quelque part, qui incite les
01:52investisseurs institutionnels à augmenter leur exposition, en tout cas à privilégier les actions européennes au détriment des actifs internationaux.
02:00Il y a notamment des mécanismes qui permettent d'alléger le coût en capital des actifs risqués. Le deuxième élément
02:07qui est plus en lien avec l'actualité, c'est la volatilité induite par le risque géopolitique sur les devises.
02:15Et puisque les passifs des investisseurs institutionnels sont en Europe, forcément, le coût de la couverture du change a tendance
02:21à augmenter. C'est quelque chose qui incite également plutôt à favoriser les actifs domestiques.
02:25D'accord. On y reviendra dans un instant. Juste avant, Marc Terrasse, vous êtes responsable de la gestion en architecture
02:30ouverte chez Rothschild & Co. Asset Management.
02:32Architecture ouverte, ça veut dire que vous sélectionnez des fonds, quels que soient les fonds, en fait, qui vous plaisent
02:39ou qui correspondent à vos convictions, à votre stratégie à l'heure actuelle.
02:41C'est ça. On a une approche très fondamentale qui consiste par une analyse très macroéconomique, également des valorisations et
02:47des flux partout dans le monde sur tous les actifs.
02:49Et ensuite, pour illustrer nos idées d'investissement, on a une équipe d'analystes qui sont spécialisées dans la détection
02:54et la sélection des meilleurs fonds.
02:57En tout cas, ceux qui illustrent le mieux et avec une surperformance récurrente au sein de leur groupe de comparable.
03:02D'accord.
03:03Donc, on utilise ces fonds, effectivement, pour illustrer nos idées d'investissement.
03:05Donc, de manière flexible, active, très opportuniste également.
03:10Ce qui convient tout à fait au marché qu'on a actuellement et à la volatilité à laquelle on a
03:14affaire depuis quelques années.
03:15Justement, qui correspondent à vos idées d'investissement, vos idées d'investissement en ce mois de mars 2026, elles ont
03:20beaucoup évolué par rapport à celles que vous aviez en janvier 2026 ?
03:23On est tous dans une situation, je dirais, assez attentiste.
03:27Donc, ça ne veut pas dire qu'on ne fait rien, évidemment, dans les portefeuilles.
03:30Mais aujourd'hui, on est dans une phase, une première phase d'une tendance qui peut soit, effectivement, aller vers
03:41un débouclage de la situation.
03:42Parce qu'on est en train, je dirais, d'aller vers une situation stagflationniste.
03:46Donc, avec une augmentation de l'inflation, en tout cas, une anticipation d'inflation.
03:51Avec une croissance stable ou une croissance qui diminue légèrement.
03:54Donc, une situation de stagflation de laquelle on peut sortir, si on a un débouclage de la situation rapide, dans
03:59l'étroit d'Hormouz.
03:59Au contraire, aller vers une récession.
04:02Ce qui, effectivement, en termes d'allocation d'actifs et de gestion, passe par deux routes totalement différentes.
04:08Quand on accompagne des clients privés avec ce prisme de volonté d'investir sur le sol européen, sur les marchés
04:15actions européens,
04:16est-ce qu'on regarde un peu différemment la situation européenne aujourd'hui qu'il y a quelques mois ?
04:22Dans le sens où l'année 2025 a été marquée par une surperformance des marchés actions européens vis-à-vis
04:26de leurs homologues américains.
04:28Est-ce que les scénarios changent pour cette année 2026, sur le temps long, quand on fait de l'allocation
04:34patrimoniale ?
04:35Sur le temps long, non, pas forcément.
04:39Dans le sens où ce qui nous a amené à privilégier les actions européennes en 2025 et début 2026,
04:45c'était une situation de sous-valorisation par rapport aux Etats-Unis.
04:49Ça permettait également d'éviter le risque dollar pour des investisseurs qui cherchent à désengager de ce risque dollar.
04:57Et puis on avait des fondamentaux qui étaient toujours assez solides,
05:00donc une croissance qui était relativement résiliente,
05:02une politique monétaire de la Banque Centrale qui était attractive, en tout cas accommodante.
05:07Et puis effectivement, des perspectives, notamment en termes d'investissement,
05:14avec le plan allemand de relance et de défense,
05:17qui pouvaient amener un petit peu plus de croissance sur la zone européenne,
05:20qui nous amenaient à être surpondérés sur l'Europe par rapport aux Etats-Unis,
05:23qui eux, au contraire, faisaient l'objet d'une concentration historiquement élevée,
05:29avec 10% de la capitalisation du S&P, qui représente 40%,
05:35et des valorisations qui étaient nettement plus élevées.
05:37Et là, il y a quand même une partie de ce que vous nous dites qui est toujours vrai aujourd
05:39'hui.
05:39Exactement.
05:40Le plan de relance est toujours réel, la valorisation c'est toujours un sujet,
05:43que tout n'est pas remis en cause.
05:44Non, tout n'est pas remis en cause.
05:46Simplement, si on va dans cette stagflation qu'on y reste,
05:49et que l'on signe dure longtemps...
05:50Sur le continent européen, la stagflation dont vous parlez ?
05:52Alors oui, exactement.
05:54Je dirais même au niveau mondial, aux Etats-Unis d'ailleurs ou en Europe,
05:57effectivement, on aura une révision bénéficiaire,
05:59enfin des marges, pardon, également des bénéfices,
06:03et selon toute probabilité, une baisse des PE,
06:05qui pourra effectivement être assez violente sur le territoire européen,
06:08avec une composition sectorielle, peut-être qu'on y reviendra un petit peu plus tard,
06:11mais qui peut handicaper l'Europe par rapport aux Etats-Unis,
06:13qui dans des phases de remue, on va dire de volatilité sur les marchés,
06:18sont souvent, notamment avec leur composant de dollars, une zone de sécurité.
06:23Baptiste Sierra, des fondamentaux qui ne changent pas sur les marchés européens,
06:27on entend quand même des anticipations de hausse de taux de la BCE à venir,
06:32ce qui n'était pas forcément des discours, des messages attendus par le marché ces derniers mois.
06:37Est-ce que ça change les convictions qu'on a sur les marchés européens aujourd'hui ?
06:41Effectivement, comme le disait Marc,
06:43je pense qu'il est un peu tôt pour complètement modifier ces convictions,
06:47même si on voit que dans les anticipations,
06:48effectivement, vous le soulignez,
06:49on est passé en début d'année d'une anticipation de une à deux baisses de taux
06:52de la part de la BCE à aujourd'hui potentiellement trois hausses des taux,
06:56donc on est quand même sur un scénario qui est diamétralement opposé.
07:00Pour autant, à ce stade, on est quand même sur un marché des investisseurs,
07:05mais aussi des politiques,
07:06qui essayent de s'approprier, de digérer les nombreuses informations
07:10que nous avons pu avoir et d'essayer d'en modéliser les impacts.
07:14Et c'est vrai qu'à ce stade-là,
07:16il me semble un peu prématuré de complètement modifier le scénario.
07:21Par contre, si ce scénario...
07:22Donc on reste positif sur l'Europe, si je comprends bien ?
07:24Oui, en tout cas, à mon sens, c'est quand même important de rester investi
07:28et de ne pas céder quelque part à la panique,
07:31qui est quelque part logique et humaine
07:33lorsqu'on a des phases de volatilité aussi importantes sur les marchés
07:36avec une recorrélation aussi des classes d'actifs,
07:39c'est-à-dire qu'on n'a plus d'endroits où se cacher.
07:42Et lorsqu'on ajoute à cela la cause qui est quand même assez violente,
07:48je comprends que ce soit tout à fait humain de vouloir se désengager du marché.
07:53Oui, Marc Thérèse, vous vouliez réagir ?
07:55Oui, je voulais ajouter en fait que,
07:57effectivement, comme vous le dites,
07:58sur la situation aujourd'hui du pétrole,
08:00on n'est pas en situation de pénurie,
08:02donc on a un petit peu de temps devant nous.
08:04Et rappeler aussi que sur le conflit qu'on a eu en Ukraine,
08:06les marchés ont mis cinq semaines,
08:08avant d'imaginer qu'effectivement,
08:09on pouvait s'inscrire dans une disruption durable
08:12qui allait amener de l'inflation,
08:13et donc une hausse des taux.
08:15Et c'est à ce moment-là, en fait,
08:15que les marchés ont tous baissé de manière violente,
08:18aussi bien les actions que les obligations.
08:20Aujourd'hui, sur cette recorrélation,
08:21on est dans cette première phase d'anticipation de stagflation,
08:24c'est-à-dire qu'on a une hausse des anticipations d'inflation,
08:27de ralentissement économique,
08:28et dans ce cadre-là, tout se recorrèle.
08:30On a une baisse des actions et des obligations.
08:32Effectivement, ce sont des phases qui ne sont pas forcément durables.
08:34On doit en sortir d'un côté ou de l'autre,
08:36mais avec des classes d'actifs qui surperforment les autres.
08:38Quand on est investisseur long terme,
08:40le sujet de la dépendance énergétique européenne,
08:43c'est un sujet qui doit quand même rester dans un coin de tête aussi,
08:47Baptiste Sierra ?
08:48Oui, complètement,
08:49et même indépendamment de la dépendance énergétique,
08:51il y a aussi la dépendance numérique,
08:52la dépendance également sur le plan militaire.
08:54Je pense que le conflit en Ukraine l'a particulièrement prouvé,
08:58et ça, c'est quelque chose dont,
09:00non seulement les investisseurs,
09:02mais également les politiques européennes,
09:03se sont quand même plutôt bien emparées ces dernières années.
09:07Alors, on reste en Europe,
09:08donc il y a effectivement beaucoup d'inertie.
09:11On aimerait toujours que cela aille plus vite,
09:13mais Marc le mentionnait tout à l'heure,
09:15le plan de relance allemand qui axe notamment
09:17une grosse partie des défenses sur la défense
09:20va en ce sens-là.
09:22Sur la dépendance énergétique,
09:23pour revenir sur votre question,
09:25c'est quelque chose qui, mine de rien,
09:26prendra beaucoup plus de temps.
09:28On le voit, on est quand même toujours dépendant
09:31des Américains sur le plan du gaz.
09:33On a électrifié une grosse partie de notre économie,
09:36mais pour autant, on a encore,
09:37à titre d'exemple,
09:3810 millions des Français qui chauffent
09:41leur maison au gaz.
09:44Donc, c'est quelque chose qui est crucial,
09:45mais qui prendra du temps.
09:47Dernière question.
09:49Chacun, effectivement,
09:50on n'est pas rentré dans le détail des secteurs.
09:52Vous avez tous les deux beaucoup évoqué
09:54ce plan allemand.
09:55Marc Terrasse,
09:56est-ce que ça veut dire que les secteurs
09:58sur lesquels on a une idée
09:59ou une conviction d'investissement en 2026,
10:02c'est ceux qui dépendent directement
10:04de la dépense publique souveraine ou européenne ?
10:08Alors, en tout état de cause,
10:09ce qui est assez intéressant aujourd'hui,
10:12c'est qu'on a, effectivement,
10:14au niveau sectoriel,
10:16des préférences qui, à la fois,
10:17fonctionnent bien sur l'entrée en stagflation,
10:20d'une part,
10:21et d'autre part,
10:22qui répondent effectivement au phénomène
10:23que vous indiquez,
10:24à savoir qu'on est plutôt investi
10:25sur la défense aujourd'hui
10:27et sur l'énergie.
10:29Et ça, ce sont deux secteurs
10:30qui nous semblent assez résilients,
10:32contrairement sur des phases de volatilité
10:34ou d'entrée en stagflation,
10:35à des secteurs dits défensifs,
10:37comme les staples
10:37ou les télécommunications
10:39ou encore les utilities,
10:40qui ne surperforment pas
10:42de manière systématique.
10:43On l'a vu même dans le passé,
10:44sur toutes les phases de stagflation,
10:45on a plutôt eu une contre-performance
10:47de ces secteurs-là.
10:48Les industriels, ça dépend,
10:50et tout ce qui est valeur technologique
10:51et bancaire
10:51sont plutôt des valeurs
10:52qui ont tendance à souffrir.
10:53Donc, en fait,
10:54sur cette première phase,
10:55on aurait plutôt tendance,
10:56d'un point de vue sectoriel,
10:57à être effectivement sûr
10:58de l'énergie et la défense.
11:00Puis on verra comment,
11:01effectivement,
11:02le marché réagit déjà
11:04à cette crise
11:04qu'on est en train d'intégrer.
11:05Parce qu'aujourd'hui,
11:05on a uniquement des données
11:07jusqu'à fin février,
11:09mais pour l'instant,
11:09on n'a pas encore eu
11:09les premiers impacts
11:10au niveau macroéconomique.
11:11Et en fonction de ça,
11:12on pourra, je dirais,
11:14transformer les portefeuilles
11:15et se positionner
11:15sur des valeurs différentes.
11:17Si, par exemple,
11:19on sort par le haut,
11:20effectivement,
11:21de cette crise
11:21et on sort par le haut
11:22et à court terme,
11:23effectivement,
11:24un repositionnement
11:24sur des valeurs industrielles,
11:26sur la cyclicité,
11:27sur des valeurs technologiques.
11:29Évidemment, des banques
11:29qui ont beaucoup souffert
11:30sur ce début de crise
11:32pourront être assez attractives.
11:34Baptiste Sierra,
11:35même question.
11:36Oui, je pense qu'effectivement,
11:37dès lors qu'on aura
11:38plus de réponses,
11:39il faudra être extrêmement réactif.
11:42Et quelque part,
11:43l'optimiste
11:44qui, il y a en moi,
11:45veut croire
11:46qu'on trouvera
11:47une résolution positive.
11:49Je pense que les derniers échanges
11:51et les dernières informations
11:52qu'on attende
11:53plutôt vers ce scénario,
11:55même s'il faut rester prudent.
11:56Et c'est vrai
11:57qu'en cas de scénario positif,
11:59il faudra être capable
12:00de se positionner
12:01sur les secteurs
12:02qui vont profiter du cycle.
12:03Ça a déjà été mentionné,
12:05notamment les bancaires
12:06et les secteurs industriels.
12:09Merci Baptiste Sierra,
12:10merci Marc Terras
12:11de nous avoir accompagné
12:11dans l'enjeu patrimoine.
12:12On se retrouve tout de suite
12:13dans l'œil de l'expert.
12:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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