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  • il y a 4 heures
Mardi 24 mars 2026, retrouvez Céline Moine (Directrice de rédaction, Artprice.com) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.

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Transcription
00:04L'année 2025 restera dans les mémoires, autant pour ses ajustements que pour ses coûts d'éclat.
00:10Pour décrypter cette année qualifiée de charnière par le rapport ArtPrice qui vient d'être publié,
00:15Céline Moine, directrice de la rédaction d'ArtPrice, est mon invitée.
00:18Bonjour, merci d'être avec nous.
00:19Bonjour, merci de me recevoir.
00:21Alors effectivement, une année intéressante avec un premier semestre assez terne
00:26par rapport à un deuxième semestre beaucoup plus dynamique.
00:30Mais tout de même, vous considérez que c'est une année, un tournant.
00:34Pourquoi est-ce que pour vous, cette année 2025 est vraiment charnière ?
00:37Alors effectivement, on parle d'une année charnière, non pas dans le sens où elle a été vraiment triomphale,
00:44même si on a eu un très beau deuxième semestre,
00:47mais plutôt dans le sens où on a eu ce sentiment avec ce deuxième semestre qu'une page se tournait.
00:52Voilà, une page qui se tournait et après deux, trois années même de contractions.
01:00Or, ce qui se passe de manière assez cyclique sur le marché de l'art,
01:03c'est que généralement, les cycles de contractions sur le marché des enchères durent à peu près deux ans.
01:10D'accord.
01:10Voilà, c'était le cas après, pendant la crise des subprimes.
01:14Donc 2008-2009, on a un redémarrage en 2010.
01:19Et ensuite, avec la crise du Covid 2019-2020, on a une contraction très forte et puis un élan incroyable.
01:25Oui, 21-22.
01:26Voilà, 21-22.
01:28Et là, c'est un petit peu ce qui s'est reproduit en 2025,
01:31avec peut-être un cycle un petit peu plus long que d'habitude.
01:34Mais le marché est reparti sur un cycle de croissance.
01:37On a à l'échelle mondiale plus 12% de produits des ventes et on repasse au-dessus du seuil
01:43des 11 milliards.
01:45Mais alors, le côté charnière, c'est peut-être plus, moins sur la performance, on va dire, du chiffre d
01:50'affaires
01:51que sur les ajustements qu'on a pu voir.
01:53Oui, c'est ça, parce qu'on voit vraiment qu'entre le premier et le second semestre,
01:57tout le monde s'est mis en ordre de marche pour essayer de contrebalancer
02:00et de réagir par rapport aux sentiments du marché.
02:04Oui, effectivement, le premier semestre a été assez tendu.
02:09On continuait dans...
02:11Bon, il y avait une instabilité générale, un manque de lisibilité, on va dire,
02:15au début de l'année 2025, qui était un petit peu contrariant pour le marché de l'art global.
02:21Et il y a eu des ajustements nécessaires de la part des maisons de vente,
02:26que ce soit au niveau des estimations, que ce soit au niveau de la sélection des œuvres,
02:31que ce soit au niveau de la mécanique même des ventes.
02:35Oui, les frais de vente ajustée, etc.
02:38Oui, ça, c'est venu un peu plus tardivement.
02:42En fait, les frais ajustés, disons que les grilles de tarifaires sont révisées assez régulièrement
02:47par les maisons de vente aux enchères.
02:49Mais il est vrai que cette année, on a calculé, on en parle un petit peu dans le rapport,
02:54le fait que les frais vendeurs, aujourd'hui, battent des records.
02:58C'est-à-dire qu'on est passé d'une moyenne mondiale de 12%
03:01à une moyenne mondiale de 23% appliquée de frais vendeurs, le tout en 25 ans.
03:08Mais il y a des petites astuces que recherchent les maisons de vente,
03:13et en l'occurrence, Philips a mis en place des enchères prioritaires.
03:18Et là, j'ai trouvé que c'était tout à fait innovant, c'est une première dans l'industrie des
03:22enchères.
03:23Et c'est une façon de stimuler, de mobiliser une demande qui était peut-être un petit peu trop timide.
03:30C'est arrivé en septembre 2025.
03:32Mais les enchères prioritaires, qu'est-ce que c'est ?
03:35C'est une manière de récompenser les enchèresisseurs précoces
03:40qui vont, s'ils mettent une offre ferme sur une œuvre à hauteur de l'estimation basse
03:47ou un petit peu au-dessus, 48 heures avant la vente,
03:50ils peuvent économiser 4% de frais acheteurs.
03:52Voilà, donc c'est des astuces.
03:54Oui, des petites astuces que le monde des enchères peut utiliser.
03:58Aussi, sur le haut de gamme, on voit que ça a été beaucoup plus dynamisé.
04:01Est-ce que ça veut dire que justement, tout cet effort a porté ses fruits
04:06pour regagner aussi la confiance des vendeurs ?
04:09Oui, alors il y a une année vraiment qui en deux temps, je pense,
04:14au niveau aussi du moral comme de l'offre.
04:17C'est-à-dire qu'au premier semestre, on sentait que l'offre des hautes gammes,
04:24très hautes gammes de prestige pour les ventes de Londres, etc.,
04:27était moins fortes que d'habitude.
04:32Et on a senti aussi que les enchérisseurs fortunés étaient moins présents.
04:37Pour exemple, ce qui s'est passé sur le premier semestre,
04:40c'est qu'on a eu, avant les ouvertures des grandes ventes de Londres,
04:44plusieurs œuvres importantes qui ont été retirées
04:47avant le début de la vente aux enchères.
04:49Et ça concerne des œuvres de Renoir, de Kandinsky.
04:53Il y a eu une superbe œuvre de Andy Warhol également,
04:58estimée autour de 30 millions de dollars,
05:00qui a été retirée avant vente.
05:04C'était des signaux qui étaient un petit peu inquiétants,
05:08mais en fait qui montraient que les commissaires priseurs
05:11et les maisons de vente font preuve vraiment de discernement
05:15pour protéger les cotes et les œuvres.
05:18Et que parfois, tout simplement, quand ce n'est pas le bon timing,
05:21il vaut mieux retirer des lots plutôt que de leur faire prendre des risques.
05:25Oui. Et pareil, sur ce même sujet des cotes,
05:28l'ultra-contemporain, ce qui est indiqué dans ce rapport,
05:30c'est qu'il s'ajuste un peu plus...
05:33On a vu des prix quand même assez mirobolants,
05:36là qu'on rentrait dans une phase où les cotes étaient un petit peu plus mesurées
05:40de cet ultra-contemporain.
05:42Oui. Effectivement, sur l'ultra-contemporain,
05:45on sent vraiment l'effet retour, la gueule de bois post-Covid.
05:51C'est-à-dire que vraiment, c'est un marché...
05:54Ce qu'on appelle les ultra-contemporains,
05:56ce sont les artistes de moins de 40 ans,
05:58qui sont des artistes qui n'arrivent pas de nulle part,
06:00qui sont soutenus par des grandes galeries internationales,
06:02qui ont déjà un parcours tout à fait intéressant.
06:07Néanmoins, ces artistes n'ont effectivement pas la maturité de marché
06:11et il y a eu également beaucoup de spéculations
06:17portées par des collectionneurs occidentaux,
06:20mais aussi par des collectionneurs chinois.
06:22Les artistes contemporains ultra-contemporains marchaient assez bien à Hong Kong
06:27et c'est un marché qui est aussi en retrait.
06:29Donc ça a joué.
06:31Effectivement, sur l'art ultra-contemporain,
06:33on a 40% de chiffre d'affaires en moins.
06:36des œuvres d'artistes importants
06:41qu'on va moins trouver.
06:42Pour les œuvres importantes, on va retrouver plus facilement des petites œuvres,
06:45mais plus des œuvres importantes,
06:47parce que le marché temporiste, finalement.
06:50En fait, c'est un marché très jeune,
06:52mais qui est amené à mûrir très brutalement,
06:56ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose.
06:58Du coup, ce plus de 12% dans les ventes aux enchères mondiales Fine Arts,
07:02c'est lié aux hauts de gamme,
07:06aux œuvres peut-être classiques aussi,
07:08qui ont repris un petit peu de dynamisme.
07:10C'est ça qui porte ces 12% ?
07:12Effectivement.
07:13Ce qui s'est passé, c'est qu'on a eu un revirement à partir de la fin de l
07:17'été,
07:18pas seulement avec New York,
07:19même déjà avant New York,
07:21avec les ventes de Londres, avec les ventes de Paris,
07:23donc dès septembre,
07:24avec des signaux très très positifs
07:26sur de belles ventes, de nouveaux records,
07:29sur de l'art du XXe siècle,
07:31essentiellement, je pense à la dispersion de la collection de Carpidas,
07:36à Londres en septembre,
07:37qui s'est très très bien déroulée,
07:39qui a redonné déjà de l'énergie,
07:41et puis était annoncée la vente,
07:43notamment de la collection Louder,
07:45qui a eu lieu à New York au mois de novembre,
07:49et effectivement, ça a été une sorte de festival ce mois de novembre.
07:53Oui, avec des très belles ventes,
07:58plus de 2 milliards de dollars qui ont été réalisés en une semaine,
08:03donc tout ça avec beaucoup d'énergie.
08:05En termes de marché sur le plan international,
08:10on est toujours sur ces mêmes dynamiques,
08:13avec les États-Unis en un,
08:15la Chine, le Royaume-Uni et la France ?
08:17On est toujours sur ces mêmes classements,
08:20mais des dynamiques qui ne sont pas tout à fait les mêmes
08:24comparées aux dernières années.
08:26La bonne nouvelle, c'est le marché américain,
08:28on vient d'évoquer les très belles ventes de New York,
08:30qui se portent bien grâce aux collections.
08:34C'est vraiment les ventes de collections prestigieuses
08:39qui tirent l'énergie du marché.
08:42Donc ça s'est très bien passé pour les États-Unis,
08:45il y a eu moins de lots, et pour autant,
08:47le chiffre d'affaires a nettement progressé.
08:51Ça s'est très bien passé pour la France également,
08:53avec une progression de plus, 26% du chiffre d'affaires.
08:57Paris qui est première en termes de lots vendues,
09:01Fine Art en tant que ville du monde.
09:04Et puis, par contre, c'est un petit peu plus compliqué pour la Chine.
09:07C'est plus compliqué dans le sens où c'est un petit peu
09:10à rebours de ce qui se passe aux États-Unis.
09:14Les transactions progressent.
09:16Par contre, le chiffre d'affaires continue de se détériorer un petit peu.
09:21Et c'est vraiment ce marché chinois peine à retrouver l'élan
09:26qu'on lui a connu il y a quelques années.
09:27Donc il y a eu le Covid, puis la crise immobilière.
09:31Alors ce qui se passe en ce moment,
09:33parce que vous savez qu'on est en lien notamment avec Artron,
09:35avec qui on travaille sur ce rapport.
09:38On a eu l'occasion de se déplacer en Chine pour échanger avec nos partenaires récemment.
09:43Et effectivement, le marché chinois en profite en ce moment pour se restructurer.
09:48Et se restructurer, c'est important,
09:50parce qu'il s'agit d'aller chercher plus de transparence,
09:53d'aller chercher plus de régulation,
09:55et d'aller chercher aussi la construction de valeurs à long terme,
09:59et peut-être moins d'être dans des dynamiques spéculatives.
10:04Justement, sur un peu de géopolitique,
10:082024-2025 subissaient quand même pas mal les conséquences
10:13des inquiétudes géopolitiques, etc.
10:15Là, on rentre à nouveau dans un cycle de conflits
10:19assez fort au Moyen-Orient, au Pays du Golfe.
10:22Est-ce que ça va avoir autant de conséquences
10:26que quand même 2024-2025, qui en a beaucoup souffert ?
10:28Alors, je ne saurais dire à l'échelle globale
10:32quelles conséquences ça pourrait avoir.
10:34Par contre, ça en a effectivement à l'échelle locale.
10:39Effectivement, ce qui est paradoxal et complexe,
10:41c'est que c'est au moment même
10:44où le marché de l'art s'organise, enfin...
10:48Retrouve son éclat, quoi.
10:50Oui, et puis dans le Golfe, c'est le moment où vraiment
10:53le Golfe commence à exister dans l'échiquier mondial
10:58pour le marché de l'art, que tout d'un coup,
11:01tout est bousculé.
11:03Donc, pour donner quelques chiffres sur ce qu'il en est
11:06au niveau des Émirats arabes, de l'Arabie saoudite
11:09et du Qatar, le chiffre d'affaires global
11:13de la région, aux enchères seulement de Fine Art,
11:17est de 18,5 millions de dollars.
11:19Sur les 11 milliards et quelques mondiaux,
11:23ça peut paraître être une goutte d'eau.
11:25Mais c'est une goutte d'eau sous haute pression
11:28parce qu'il y a eu des investissements
11:33extraordinaires depuis environ une décennie,
11:35avec, on estime, à 21 milliards de dollars
11:37les investissements dans l'industrie culturelle
11:39faits dans la région.
11:41Et les récents développements,
11:43ce début d'année a vu l'ouverture de la Art Basel
11:46pour la première édition à Douart.
11:48Voilà, les ambitions, on se souvient
11:52du fonds souverain d'Abu Dhabi
11:54qui a injecté un milliard de dollars
11:56dans le capital de Sotheby's,
11:58on était en 2024.
12:00Donc, c'était le signal qu'on passait
12:02du rôle d'acheteur au rôle vraiment
12:04d'architecte du marché.
12:07Nouvellement, Sotheby's depuis 2025
12:09qui organise des ventes à Riyad.
12:12Bon, tout est là.
12:13et les ambitions, et les moyens,
12:16et les infrastructures
12:17pour que le marché puisse décoller.
12:21Se pérenniser.
12:22Et se pérenniser et décoller.
12:24Et là, tout est effectivement...
12:25Tout est changé.
12:26Alors, qu'est-ce que ça change concrètement ?
12:28La guerre va être d'abord un choc de mobilité,
12:32donc de liquidité.
12:33C'est-à-dire que c'est un marché
12:35qui est soumis,
12:35qui a besoin de faire circuler
12:37les œuvres,
12:39les professionnels,
12:43les collectionneurs également.
12:45Et effectivement, là,
12:46tout est bouleversé
12:47avec des vols qui sont annulés,
12:51voire reportés, etc.
12:53et des investissements peut-être annulés.
12:54Voilà.
12:55Peut-être qu'on en parlera sûrement
12:56un peu plus en détail,
12:58parce que ça nécessite presque
12:59une émission entière.
13:01Merci beaucoup, Céline Moine.
13:02Je rappelle que vous êtes directrice
13:03de la rédaction d'ArtPrice.
13:05Merci de nous avoir détaillé
13:05cette année 2025
13:07sous le regard analytique d'ArtPrice.
13:10Et merci à vous toutes et tous
13:11de nous avoir suivis.
13:12C'était Arrêt Marché.
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