Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 49 minutes
Ce jeudi 22 octobre, les causes du dépassement des 5% de l'OAT, le taux à 10 ans, a été abordé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Face à le chiffre, Jean-Marc Daniel, bonjour à tous les deux.
00:02Bonjour.
00:038h43 sur BFM Business, on parle de l'OAT, le taux à 10 ans qui a dépassé les 5%
00:07hier
00:07et c'est une première depuis 2002.
00:10Alors à quoi est-ce dû ? Les émeutes, le déficit, la situation économique,
00:14est-ce que ça peut se propager ? Faut-il s'en inquiéter ?
00:17C'est le débat qui vous oppose ce matin.
00:19Jean-Marc Daniel, on commence avec vous.
00:21Pas d'inquiétude sur un OAT à 5% pour vous ?
00:23Non, je pense qu'il faut raison garder, c'est-à-dire,
00:26vous savez, ça me fait penser à ce compte célèbre d'un gamin qui appelle régulièrement
00:30en craignant au loup, au loup, et il n'y a jamais le loup,
00:33et quand le loup arrive, les gens lassés de ces cris d'orfraie
00:36finissent par ne plus venir à son secours.
00:38Donc je crois qu'il faut analyser avec un certain recul ce qui se passe.
00:43Les 5%, d'abord c'est les 5% immédiatement dans l'évolution du marché,
00:49on verra ce qui se passera tout à l'heure quand le 13h, l'AFT va émettre,
00:53on sera autour de 5% également,
00:55mais ces 5%, vous vous disiez que ce n'est pas vu depuis...
00:58Je rappelle que le pacte de stabilité et de croissance,
01:02il a été construit, donc on est dans les années 90,
01:05avec 3% et 60%.
01:07Et les 3% de déficit correspondaient normalement à un solde primaire égal à zéro.
01:11Pour les spécialistes, ça veut dire que les 3% représentés
01:14dans le schéma du pacte de stabilité et de croissance,
01:17censé être la bonne gestion des finances publiques,
01:20représentait la charge d'intérêt.
01:22Or nous avons une charge d'intérêt qui est encore inférieure à 3% en ce moment,
01:25du PIB, dans ce qui est prévu notamment dans la loi de finances pour 2027,
01:31et les 3% correspondaient à 60% de dettes.
01:34Il me semble que ça pourrait passer à 3,7% en 2028,
01:38avec 100 milliards de charges de dette.
01:40Oui, oui, mais ça dépendra de l'évolution du PIB,
01:42ça dépendra de l'évolution de l'inflation, ça dépendra de beaucoup de choses.
01:45Donc les 3% du pacte de stabilité et de croissance,
01:50ça correspondait à une dette de 60%, donc un taux d'intérêt de 5%.
01:55Donc le pacte de stabilité et de croissance était construit sur le taux d'intérêt de 5%.
01:59Donc nous sommes juste dans les clous du pacte de stabilité et de croissance.
02:02La remarque que je ferai en fait, sur le fond,
02:05je pense qu'il y a trois éléments qu'on peut toujours mettre en avant.
02:07La première chose, c'est qu'il y a un discours récurrent qui consiste à dire
02:10« La France n'est pas inquiétant parce que les impôts rentrent bien et il y a beaucoup d'épargne.
02:15»
02:15Alors les impôts ne rentrent pas bien, les impôts rentrent,
02:17mais si on pouvait augmenter la charge fiscale, on pourrait équilibrer les comptes.
02:21C'est-à-dire que la façon la plus simple d'équilibrer les comptes,
02:24ce serait d'augmenter les impôts et de baisser la dépense.
02:26Sauf qu'augmenter les impôts, c'est devenu insupportable.
02:29Donc il n'y a pas de marge de manœuvre fiscale, contrairement à ce qu'on raconte.
02:33Et la façon de prélever l'impôt n'est pas une façon qui garantit la santé des finances publiques.
02:38De même que sur l'épargne, s'il y avait assez d'épargne, les taux d'intérêt ne montraient pas.
02:42Normalement, les taux d'intérêt, c'est aussi un prix de marché
02:44qui représente un arbitrage entre l'épargne et l'utilisation de cette épargne.
02:50Si les taux d'intérêt montent, c'est que par rapport à l'utilisation de cette épargne, on manque d
02:53'épargne.
02:53La deuxième remarque que je ferai, c'est qu'effectivement,
02:56y a-t-il un adulte dans la salle, disait Mme Lagarde quand elle était à la tête du FMI.
03:01C'est-à-dire qu'en ce moment, on vote le budget,
03:05et les parlementaires n'ont toujours pas compris qu'il allait falloir faire un certain nombre d'efforts
03:11pour essayer d'éviter que la situation devienne effectivement grave.
03:15C'est-à-dire que la tendance est plutôt inquiétante,
03:17même si la situation dans l'absolu n'est pas grave.
03:19Et la troisième remarque que je ferai, c'est que
03:24toutes les projections partent en général de taux de croissance
03:27qui sont des taux de croissance qui sont relativement faibles.
03:30Et donc, un des enjeux, c'est véritablement, non pas de se poser la question sur la charge d'intérêt,
03:36sur les taux d'intérêt, ça, c'est comment et pourquoi on n'arrive pas à avoir un niveau de
03:41croissance
03:41qui soit un niveau de croissance simplement de nos partenaires européens.
03:44On parlait de l'Espagne, là, et de Pedro Sanchez, et des débats avec Milley.
03:50Et donc, en Espagne, maintenant, il y a une croissance qui a plus de 2%.
03:53Nous, on a une croissance qui se traîne entre 0,4 et 0,7%.
03:56Donc, ce qui est grave, ce n'est pas le taux d'intérêt, ce qui est grave, c'est l
03:59'incapacité de ce pays à se remettre au travail.
04:01Ça va agréver encore plus la croissance, parce qu'on ne va pas investir avec un taux à 5%
04:05du coup ?
04:06Ça, ça dépend. Le taux d'intérêt n'est pas forcément la manière qui...
04:10Le taux d'intérêt très bas n'est pas la garantie d'avoir un investissement.
04:13Au contraire, on a vu que dans les périodes de quantitative easing,
04:16il y avait eu plutôt un gaspillage de l'épargne
04:19qu'une utilisation efficace vers des investissements rentables.
04:21Alors, vous, vous êtes moins optimiste, Emmanuel Lechyp, et vous dites qu'il y a un peu la cote d
04:26'alerte qui est à ta vente ?
04:27Alors, il y a une chose que je conteste dans le propos de Jean-Marc, un point sur lequel j
04:30'acquiesce.
04:32La chose que je conteste, c'est la façon dont il présente, effectivement,
04:35le calcul qui avait été fait à l'époque sur le traité de Maastricht.
04:39Ce n'est pas le traité de Maastricht, c'est le pacte de stabilité.
04:41Le pacte de stabilité.
04:43Ce n'est pas la même chose. J'insiste là-dessus, je me permets de corriger, j'insiste là-dessus.
04:45Ce qui me frappe dans le commentaire, c'est en général, et ça agace beaucoup les Allemands,
04:50qu'on parle encore du traité de Maastricht, alors que le traité de Maastricht,
04:53c'est pour rentrer dans l'union économique et monétaire.
04:55Or, nous sommes dans l'union économique et monétaire, même si ça agace les Allemands, que nous y soyons.
05:00Mais Jean-Marc, le raisonnement, c'était...
05:02Oui, alors, sur le fond, après.
05:04Il n'empêche que le raisonnement, c'était de dire que le taux, le niveau de déficit public de 3%,
05:10c'est celui, en fait, qui compte tenu du niveau moyen de l'inflation et de la croissance
05:16au cours des années précédents, le moment où on a décidé de ces critères,
05:22c'était le niveau de déficit qui permettait de stabiliser la dette à 60% du PIB,
05:27qui d'ailleurs était un niveau arbitraire, sur lequel il n'y avait pas vraiment de travaux économiques
05:30qui montraient que c'était un niveau exceptionnellement dangereux.
05:33Mais ça n'était pas grave.
05:35Jean-Marc dit, c'est le niveau de l'époque.
05:36Donc, ça correspond à un taux d'intérêt de 5% de l'époque.
05:40Oui, mais 5% basé sur une croissance nominale, encore une fois,
05:44croissance plus inflation, qui était plus élevée qu'aujourd'hui.
05:48Par contre, le point sur lequel j'acquiesce...
05:50Moi, je considère que la situation est plus grave, et je vais vous expliquer pourquoi.
05:54Mais Jean-Marc a souligné un point important sur le côté restons-en,
05:58et la réalité, c'est que c'est fondamental,
06:00parce qu'en fait, dans l'histoire économique, politique, géopolitique,
06:04c'est toujours les pertes de sang-froid qui ont provoqué des catastrophes absolument...
06:09Pas de panique, quoi.
06:10Que ce soit la crise de Lehman Brothers,
06:13ou que ce soit la chute de la monarchie en France en 1793.
06:1812.
06:1912, pardon, Jean-Marc.
06:21Voilà.
06:21Donc, moi, pourquoi c'est grave ?
06:22Parce que le niveau de 5% en Grèce...
06:25En fait, moi, ce qui m'inquiète,
06:26ce n'est pas ce niveau de 5% en soi à lui tout seul.
06:30C'est, un, le fait que, effectivement, ce soit un niveau de taux d'intérêt qui est élevé,
06:36que ce soit un niveau de taux d'intérêt qui est beaucoup plus élevé que celui de nos concurrents,
06:40que notre dette est déjà considérable,
06:43et qu'on a des déficits importants et une croissance faible.
06:47Les taux élevés, c'est quand même une ponction sur l'économie,
06:51et une ponction rapide sur l'économie.
06:53Parce que, objectivement, moi, je regarde les travaux du modèle MESANGE,
07:00que connaît bien Jean-Marc, qui est le modèle de la Direction Générale du Trésor,
07:04qui nous dit quand même, 100 points de base,
07:06donc un point entier de hausse des taux d'intérêt,
07:09c'est quand même presque un point de PIB perdu sur 3 ans.
07:13Donc, ça n'est pas rien, parce que ça a un impact sur l'investissement,
07:16parce que ça a un impact sur l'immobilier,
07:19qui est déjà un secteur aujourd'hui qui est extrêmement sinistré.
07:23Donc, au-delà du simple effet de la charge de la dette,
07:25ça a quand même un impact économique important.
07:28Sur la charge de la dette,
07:30oui, mais on entend souvent l'argument de dire,
07:33oui, mais regardez, finalement,
07:35on n'est pas sur des niveaux qui sont si élevés que ça
07:37par rapport à il y a des années.
07:39Mais la réalité, c'est que votre charge de la dette,
07:45le taux peut être le même,
07:47mais quand vous avez au départ un emprunt sur une voiture à 15 000 euros,
07:51ce n'est pas la même chose que quand vous devez rembourser une maison
07:53à 500 000.
07:54Et ça, ça fait des charges de la dette considérables,
07:57et qui asphyxient littéralement les marges de manœuvre budgétaires.
08:01Je rappelle quand même qu'on se bat depuis des années...
08:03C'est un conseil qu'on emprunte de plus en plus chère aussi.
08:05On se bat depuis des années pour essayer de trouver
08:075 à 10 milliards d'économies par an.
08:09Or là, l'augmentation de la charge de la dette,
08:11ça se compte en dizaines de milliards d'euros.
08:14Je rappelle quand même,
08:15et on ne s'en est absolument pas aperçu,
08:17que le budget présenté pour 2027,
08:21tel qu'il est présenté là,
08:24si vous regardez ce qu'on appelle le déficit primaire,
08:27c'est-à-dire le déficit public hors charge de la dette,
08:30c'est le budget le plus dur et le plus rigoureux depuis 2019.
08:34Et ça, personne ne s'en aperçoit,
08:35à cause de cette charge considérable de la dette.
08:39Donc, dans un pays qui est quand même
08:42le champion des prélèvements,
08:44les taux d'intérêt plus élevés qu'ailleurs,
08:46et c'est ça qui m'inquiète aussi,
08:481,5 point d'écart avec les taux allemands,
08:50c'est une ponction,
08:52c'est comme un impôt gigantesque supplémentaire
08:54sur les ménages et sur les entreprises françaises,
08:57en plus de l'État.
08:59Quand vous êtes les entreprises françaises
09:00qui sont déjà les plus fiscalisées du monde,
09:02et que vous devez emprunter à ce taux-là,
09:05alors que vous payez déjà 80 milliards d'euros
09:08d'impôts de production de plus
09:09que les entreprises allemandes,
09:11oui, c'est quand même extrêmement embêtant.
09:14Donc, la crise, non,
09:15mais on voit bien que c'est un boulet
09:18qui est en train de tirer par le fond,
09:21l'économie française.
09:21Et à part l'Allemagne,
09:22c'est vrai que les autres taux aussi
09:24commencent à remonter.
09:25Oui, sur le raisonnement,
09:26sur le financement de l'économie,
09:28l'investissement,
09:29il faut qu'il y ait des taux bas
09:31pour qu'il y ait de l'investissement.
09:32Je rappelle quand même qu'il y a des équilibres,
09:34équilibre épargne-investissement,
09:35les taux d'intérêt les plus bas possibles,
09:36ça ne réalise pas l'équilibre épargne-investissement,
09:39contrairement à ce qu'on raconte.
09:40Et donc, un pays qui manque d'épargne
09:42puisqu'il a un déficit,
09:43sa balance des paiements courants
09:44a normalement des taux d'intérêt
09:45plus élevés que les pays voisins.
09:47La différence entre la France et l'Allemagne,
09:49c'est que l'Allemagne dégage
09:49un accédent extérieur de 250 milliards d'euros
09:52et la France, un déficit extérieur
09:53de 30 à 40 milliards d'euros.
09:55Donc, il est normal qu'il y ait une différence
09:56sur les taux d'intérêt.
09:57Le véritable problème,
09:58ce n'est pas de se focaliser
09:59sur les taux d'intérêt,
10:00c'est de se focaliser sur,
10:06c'est parce qu'on manque de croissance.
10:08La différence entre le taux d'intérêt
10:10et le taux de croissance,
10:10c'est le véritable problème.
10:12Ce n'est pas le taux d'intérêt en tant que tel.
10:14Et donc, au lieu de regarder,
10:15c'est l'histoire, vous savez,
10:17du servant qui montre la Lune
10:19et qui regarde le doigt.
10:22Donc, il ne faut pas regarder le doigt.
10:23Allez, on va arriver un peu.
10:24On a quand même la pire allocation
10:25de l'épargne de tous les grands pays européens.
10:28Merci à tous les deux.
10:29On ne vous mettra pas d'accord ce matin.

Recommandations