00:00Face à le Chypre, Marc Fiorentino ce matin.
00:01Pourquoi ça s'appelle Face à le Chypre ?
00:02Bonjour à tous les deux.
00:04Parce que moi je suis là, parce que moi je suis là toute la semaine.
00:06Et toi t'es là qu'une seule journée.
00:07Mais Marc, vous venez tous les jours, ce sera un grand plaisir.
00:09J'arrive et déjà je suis désavantagé.
00:11Eh oui, mais non, parce que vous êtes notre invité spécial du vendredi.
00:15Mais non, mais non, mais ça promet un très très beau débat.
00:17Je sens que vous êtes en forme.
00:19C'est ta place.
00:20Mais c'est horrible ça, comme positionnement.
00:22Donc le débat a commencé, mais on n'a pas le sujet encore.
00:24Je vous l'expose.
00:25Donc le sujet c'est de savoir si l'émission devait s'appeler Face à le Chypre.
00:28Oui, ça peut être un débat.
00:30On va parler du prix Nobel.
00:31Jean Tirole qui a dit hier sur BFM TV qu'on avait tort de se focaliser sur la réindustrialisation.
00:37Car on en oubliait l'IA et la tech.
00:41Alors Marc Fiorentino, on se trompe de stratégie là ou pas ?
00:43Non mais c'est pas ça.
00:44Je trouve que c'est complètement dingue.
00:46Il a 100 fois raison.
00:48Ce mythe, ce fantasme de tous les derniers gouvernements,
00:52avec des annonces mais ridicules.
00:54Ridicules, parce que quand on annonce qu'on voit une visite d'un ministre ou du président
01:00qui va inaugurer une usine où il y a 30 personnes qui vont fabriquer, je sais pas quoi,
01:07des chaussures, des t-shirts, enfin, je trouve que, je veux dire,
01:12on a vraiment l'impression qu'on revient à la carriole et à la calèche avant la voiture.
01:18C'est-à-dire qu'on est dix révolutions industrielles en retard.
01:23C'est fini, quoi.
01:24C'est-à-dire qu'il faut expliquer que c'est terminé, quoi.
01:27On va pas tous redevenir paysans.
01:29On va pas tous redevenir OS.
01:32On va pas tous rouvrir les usines Renault avec des milliers de personnes.
01:37Est-ce qu'on a compris que c'était terminé ?
01:39Est-ce que dans le gouvernement et dans le monde politique,
01:41parce que le problème, c'est parce que le gouvernement...
01:43On va faire que des services, si ?
01:44Mais attendez, il faut regarder l'évolution du monde.
01:47L'évolution du monde, vous avez bien compris,
01:49on parlait tout à l'heure du fait que la seule bonne nouvelle,
01:53c'était aujourd'hui l'IA dans l'économie.
01:55On a bien compris que la seule bonne nouvelle,
01:57c'est pas la production de voitures,
01:59ni la production de je sais pas quoi, ni le textile.
02:03Ça y est, même la Chine,
02:05même la Chine a décidé de passer à autre chose.
02:09C'est-à-dire que la Chine continue à nous inonder de voitures
02:11parce qu'ils ont encore des stocks
02:13et malheureusement, ils ont construit énormément d'usines.
02:15Mais ils savent très bien que l'avenir n'est pas dans la voiture en Chine.
02:18L'avenir n'est pas dans l'industrie.
02:20Ils sont déjà dans l'IA.
02:22Ils sont déjà, comme disait Jean Tirole, dans la biotechnologie.
02:25Ils sont déjà dans les technologies de l'avenir.
02:28Ils sont déjà dans les services qui vont tourner autour de l'IA.
02:32Qu'est-ce qu'on nous emmerde avec ces histoires de rouvrir des usines
02:36qu'on ne peut pas rouvrir avec un coût du travail
02:39qui est de toute façon rédhibitoire ?
02:42Enfin, je trouve que c'est un gars qui n'est plus drôle.
02:44En fait, c'est Serge Tureu qui avait raison avant tout le monde ?
02:47Non, pas du tout.
02:48Évidemment.
02:48Mais non, pas du tout.
02:49Mais évidemment, avec l'industrie en juridité.
02:52D'ailleurs, ça n'est pas du tout ce que dit Jean Tirole.
02:54C'est ce qu'il dit.
02:55Non.
02:55Il dit qu'il ne faut pas effectivement être obsédé
03:00par la réindustrialisation dans des secteurs
03:03à valeur ajoutée, moyenne, etc.
03:05Donc, il dit qu'il faut arrêter effectivement
03:07d'être obsédé par les usines de Doliprane.
03:10On est d'accord, non ?
03:11Il dit qu'il faut arrêter de produire des voitures en France
03:18qui sont des voitures.
03:19Tout ça, c'est de la moyenne gamme.
03:20Il dit par contre, il faut impérativement
03:23se focaliser sur l'industrie à très haute valeur ajoutée.
03:27Et ça, on ne peut pas nier.
03:28Un pays ne peut pas se passer d'industrie.
03:32Mais ça dépend pour quel est ta définition d'industrie.
03:34Pour tout un tas de raisons.
03:35C'est-à-dire que la définition de l'industrie
03:36dans le bouche des politiques...
03:38L'industrie...
03:39Attends, si je peux me permettre.
03:40Dans la bouche des politiques, c'est...
03:42On va recréer de l'emploi en ouvrant des usines...
03:46On va recréer de l'OS.
03:47Mais ça n'existe plus.
03:49On va recréer de la valeur industrielle.
03:52Ah oui, mais ce n'est pas ce que disent les politiques.
03:54Les politiques te disent...
03:55Je ne peux pas être en désaccord avec toi.
03:56Non, mais les politiques te disent la réindustrialisation.
03:59Ce qu'ils nous vendent comme réindustrialisation,
04:02c'est à cause de la Chine, on fabrique à l'extérieur.
04:05C'est pour ça qu'on a du chômage.
04:06Et donc maintenant, on va réouvrir des usines
04:08parce qu'on va créer de l'emploi.
04:10C'est un mensonge.
04:11Emmanuel, ouvrir des usines dans le spatial, dans la tech, c'est pourquoi pas ?
04:16En gros, une usine, par exemple,
04:19même s'il n'y a pas grand monde dedans,
04:20une usine, c'est un élément important de création de valeur ajoutée
04:26parce que c'est un écosystème, une usine.
04:27Donc vous avez l'usine, vous avez tout ce qui va autour.
04:29Quand vous créez un emploi industriel,
04:31même si ce n'est pas beaucoup, ça en fait trois.
04:32Il y a tout un tas de services autour.
04:34La moitié de la valeur ajoutée...
04:35Il n'y a plus d'emploi industriel.
04:36Non, d'accord, mais c'est la valeur ajoutée, Marc.
04:38C'est la logistique, c'est la distribution, etc.
04:43Aménagement du territoire, c'est fondamental aussi.
04:46C'est de la valeur sur tout le territoire.
04:47Les usines, elles ne sont pas dans les grandes villes.
04:51L'innovation, on nous dit l'innovation.
04:52La réalité, c'est que si vous n'avez pas d'usines,
04:55vous n'avez pas de R&D.
04:56L'idée qu'on allait pouvoir, en France, en Europe,
05:00créer des centres de recherche et aller produire ailleurs,
05:02ce n'est pas possible.
05:03Vous voyez bien que ce qui va de pair aujourd'hui,
05:05c'est des usines et de la R&D.
05:07Et puis, il y a quand même cette notion qui est nouvelle,
05:09qui est cette notion de souveraineté,
05:11de sécurité, d'approvisionnement.
05:13Aujourd'hui, le but du jeu, ce n'est pas de savoir
05:15si la Chine, elle va nous fournir 15%, 30% moins cher que les autres.
05:19La question, c'est est-ce que la Chine va toujours nous fournir
05:22et qu'est-ce qui se passe si elle décide un jour ?
05:24– C'est vrai, la question de la souveraineté, Marc, elle se pose.
05:26– Tout ça, c'est quand même important.
05:28– Mais quand tu t'entends, tu vois bien que c'est complètement hasbin ce que tu dis.
05:32C'est-à-dire qu'on est vraiment dans le passé.
05:33Ce que tu es en train de nous expliquer, c'est la France, la souveraineté.
05:37Enfin, ce combat d'abord, excuse-moi, il n'est pas français, il est européen.
05:41– Pas du tout, moi j'ai dit « pas du tout ».
05:43Mais alors ça, c'est le leur absolu.
05:45– Il n'est pas français, il est européen.
05:47Si on commence à raisonner en termes de souveraineté française,
05:50on est déjà perdu, on est déjà fini.
05:52– Moi, je pense que c'est l'avenir.
05:53C'est là où je ne suis pas du tout d'accord.
05:55La réalité, c'est que quand on dit…
05:57Non mais attends, Marc, la réalité, si on revient à ce que dit Jean Tirole,
06:00il dit « le principal risque aujourd'hui, c'est qu'on sorte de la dépendance
06:05qu'on avait des États-Unis pour le militaire, de l'énergie pour la Russie,
06:08qu'on rentre dans la dépendance, notamment en matière d'intelligence artificielle ».
06:13– Ça y est, c'est qu'on rentre, on est déjà dedans.
06:15– Non mais on est déjà dedans.
06:16– Non mais tu vois, c'est ça qui m'étonne.
06:18– C'est français, il n'y a pas de repli sur soi, c'est la fin de la mondialisation
06:22?
06:22– Non, aujourd'hui, la réalité, c'est qu'effectivement,
06:24on ne peut pas se remettre à tout produire.
06:25– Mais il n'y a pas de salut hors de l'Europe ?
06:26– Si, bien sûr que si.
06:28– Surtout pour l'industrie, tu le vois avec Airbus ?
06:30– Mais attends, c'est un exemple de coopération entre pays.
06:34– Mais c'est un exemple phénoménal.
06:35– La réalité, c'est que c'est le seul.
06:36– C'est notre seul succès.
06:37– Et la réalité, c'est qu'aujourd'hui, entre industriels européens,
06:41on se tire la bourre, on se maltraite.
06:43– Attends, le marché unique, moi je regarde les travaux qui sont publiés,
06:47le marché unique, on nous dit que c'est un échec.
06:49Je veux dire, le marché unique, il y a tellement de barrières aux échanges
06:51entre pays européens que ça correspond à des droits de loi.
06:53– Donc toi, tu veux un retour aux usines franco-françaises, bien régionales,
06:58pour produire des produits qui n'intéressent personne.
07:00– Est-ce que la coopération industrielle, ça marche en Europe ?
07:02Les industriels allemands, ils n'ont qu'une envie,
07:04c'est de faire la peau de la défense française.
07:06Il n'y a pas de coopération.
07:08– Sauf que le marché, le marché est ouvert.
07:09– Nos pires ennemis, c'est nos voisins, il y a 17 ou 18 projets…
07:12– Nos pires ennemis industriels, c'est la Chine.
07:15– Non, aujourd'hui, allez chercher le salut chez nos voisins.
07:19Non mais attendez, il y a 17 projets aujourd'hui en matière d'aérospatiale en Europe.
07:24Bon, est-ce que ça a un sens ? Non, ça n'a pas de sens.
07:26– La réindustrialisation franco-française, c'est un leurre, c'est un fantase.
07:32– Non, non.
07:33– Il faut faire tout à l'échelle européenne,
07:35et surtout, il ne faut pas parler d'industrialisation
07:38avec des vieilles usines, il faut parler d'industrialisation,
07:42avec des usines de la vie et du service à valeur ajoutée.
07:46– Moi, ce que je veux t'expliquer, c'est qu'aujourd'hui,
07:47on est encore, je suis d'accord qu'on est largué sur plein de secteurs,
07:50donc qu'il ne s'agit pas de courir derrière.
07:52Honnêtement, les batteries électriques, je ne vois pas pourquoi
07:54on essaye de rattraper les Chinois, c'est mort.
07:55– C'est trop tard.
07:56– En revanche, dans tous les secteurs, dans tous les secteurs,
07:59et c'est documenté, il y a des segments de marché
08:01sur lesquels on est extrêmement compétitif.
08:03– La souveraineté, demain, ce ne sera pas fabriquer 100% d'un produit,
08:08ce sera maîtriser les 10% sans lesquels les 90% restants ne servent à rien.
08:12Et aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est que concrètement,
08:15la coopération européenne, ça donne quoi ?
08:18Ça donne rien.
08:18– Ça donne Airbus.
08:19– Donc la solution, c'est la valorisation.
08:21– Ça donne juste Airbus.
08:22– Regardez, les Français, par exemple, sur l'ordinateur quantique,
08:25on est excellent, on est parmi les meilleurs du monde,
08:27et ça, on n'a pas besoin des autres Européens.
08:29Donc moi, je pense que se focaliser sur des secteurs…
08:32– Non mais, je regarde, il faut regarder ce qu'il marche.
08:33– Donc tu es pour la réouverture des usines de béret en France ?
08:37– Non, pas les usines de béret,
08:39se focaliser sur des segments de marché extrêmement techno
08:42sur lesquels on a besoin de le béret à valeur ajoutée.
08:45– Je rappelle qu'il y a des produits…
08:46– Augmenté avec l'IA.
08:48– Par exemple, on vend à la Chine plus de produits fondamentaux
08:52pour son industrie qu'elle ne sait pas produire que les Américains.
08:55Donc on a des atouts, mais encore une fois,
09:00il faut se spécialiser sur des segments de marché très pointus
09:04qui vont nous procurer des avantages,
09:06créer de la valeur, l'histoire de l'industrie européenne,
09:09ça fait 20 ans qu'on nous l'a fait,
09:11et ça fait 20 ans que ça ne marche pas.
09:12Regardez l'automobile qui est en train de crever,
09:14regardez la sidérurgie qui a crevé,
09:17et je veux dire, croire qu'on va coopérer
09:19et qu'on va céder entre entreprises européennes…
09:21– Vous n'êtes pas si loin d'être d'accord sur certains secteurs de l'industrie.
09:23En revanche, sur la France et l'Europe,
09:25là, on ne vous mettra pas d'accord, ça c'est certain.
09:27– Non, mais on n'est absolument pas d'accord.
09:28– On a bien compris, mais c'est fini.
09:29Merci, vous reviendrez vendredi prochain pour un nouveau désaccord entre vous.
09:33et je vous remercie, je vous remercie, je vous remercie.
09:33et je vous remercie.
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