00:00Vous auriez tort de croire qu'on ne parle pas de football dans cette matinale de l'économie.
00:04Je suis désolée de vous dire si vous n'avez pas suivi ce match que nous avons perdu face à
00:08l'Espagne hier soir en demi-finale du Mondial de Foot.
00:12Est-ce que ça a un impact ces matchs-là et ces compétitions-là sur notre économie ?
00:18Vous nous dites oui Raphaël Le Gendre.
00:20Oui, oui, alors la question peut paraître un peu saugrenue de prime abord, mais bien évidemment que ça a un
00:25impact sur l'économie.
00:27D'abord, le foot et le sport de manière générale, c'est de la politique et c'est ce qui
00:31régente un peu l'ensemble du pays en ce moment.
00:34Alors, grosse déception hier avec cette perte en demi-finale, mais j'ai retrouvé une étude d'ABN Amoureux qui
00:40a observé que depuis...
00:44Ils ont fait une moyenne depuis les années 70, je trouve ça absolument incroyable, sur l'ensemble des Coupes du
00:49Monde depuis 60 ans, quasiment 60 ans, un peu plus de 50 ans.
00:55Les pays vainqueurs, en finale, ont bénéficié d'un bonus de croissance de 0,7 points de PIB l'année
01:02suivante,
01:03quand ceux qui perdaient avaient une croissance diminuée de 0,3 points de PIB.
01:09Alors, on n'est même pas arrivé jusqu'à la finale, donc autant vous dire que ça ne va pas
01:12être glorieux pour l'année prochaine.
01:14Mais, plus sérieusement, évidemment, ça ne va pas avoir un impact économique majeur sur le PIB, ce n'est pas
01:20ça qui va nous faire monter ou descendre d'un point.
01:23Mais, à un niveau plus sectoriel, on aurait eu une finale des Bleus.
01:28Je peux vous dire que l'ensemble des bars, des bistrots de ce pays auraient été archi pleins.
01:32C'est déjà le cas jusqu'à hier.
01:34C'était le cas jusqu'à hier.
01:35On aurait pu avoir une magnifique finale qui aurait rempli les bars, les restaurants et toutes les fanzones.
01:41Au UK, il y a eu des chiffres dans les pubs.
01:43Quand l'équipe d'Angleterre jouait, c'était jusqu'à plus de 144% de recettes de vente dans les
01:53pubs.
01:54Pour les médias, c'est évidemment des recettes publicitaires en moins et puis assez majeures.
02:01Parce qu'une finale, c'est des recettes de pubs multipliées quasiment par deux pour les chaînes TV.
02:08Et puis, vous avez tout cet effet d'entraînement.
02:10En réalité, le feel good, le feel good facteur.
02:12On montre bien qu'un succès de l'équipe nationale, ça peut entraîner de la consommation, des dépenses.
02:19C'est plus sympa.
02:21En plus, là, on est battu par les Espagnols qui sont déjà les champions de la croissance en Europe.
02:263% de croissance quand nous, on est derrière avec moins de 1%.
02:30Je ne sais pas si c'est la croissance qui fait la Coupe du Monde ou la Coupe du Monde
02:32qui fait la croissance.
02:34Mais en tout cas, on s'est fait deux fois avoir par nos amis espagnols.
02:36Emmanuel Lechypre.
02:37Non mais c'est un peu du fantasme tout ça.
02:40On ne consomme pas plus ?
02:41Non, la réalité, alors effectivement, on peut dire qu'il y a eu un petit effet, mais il y a
02:47eu quelques secteurs gagnants.
02:49Oui, c'est sûr que déjà le secteur des paris sportifs, par exemple, a été gagnant.
02:55Le secteur de la pub a été gagnant.
02:57Les ventes de téléviseurs ont été gagnantes.
02:58On a vendu des maillots.
03:00Certes, c'est formidable.
03:02Et puis oui, les repas à domicile, les bars, etc.
03:07Mais la réalité, c'est qu'il y a quand même un principe qui demeure en économie et qui est
03:12tout à fait immuable, qui est quasiment une loi de la gravité.
03:16C'est que vous ne pouvez pas dépenser de toute façon plus que ce que vous gagnez.
03:20Et vous ne pouvez pas dépenser.
03:21Mais c'est ce qu'on fait depuis plus de 50 ans en France, Emmanuel Lechypre.
03:25Oui, mais vous ne pouvez pas faire ça.
03:26Vous, il y a crédit.
03:26Avant d'être bonne humeur, on vient à crédit.
03:29Et en fait, en réalité, ce qui se passe, c'est qu'on ne dépense pas plus.
03:32C'est qu'on arbitre des dépenses aux dépens de certaines autres.
03:37Donc, qu'est-ce qui se passe ?
03:39Raphaël nous dit qu'on fréquente les bars.
03:42Bah oui, mais on ne va pas dans les restos.
03:44Je veux dire, quand vous êtes chez vous à regarder la télé avec une pizza, c'est très bien pour
03:48Pizza Hut ou Domino's.
03:50Mais ça ne fait pas l'affaire des cinémas ni des restos.
03:52Si vous achetez une nouvelle télé pour la Coupe du Monde, bah tant pis, vous changerez le canapé plus tard.
03:58Vous voyez, donc ça n'a aucune espèce d'importance.
04:02Et puis alors, on va quand même revenir sur ce fantasme de l'effet Coupe du Monde 98.
04:08Parce que si vous regardez les effets sur la croissance de la Coupe du Monde 98,
04:13vous voyez qu'elle est plus faible, la croissance, pendant l'été qu'au printemps,
04:18et qu'ensuite, elle est encore plus faible à l'automne que pendant l'été.
04:23Dieu merci, on a perdu hier.
04:24Et ce qu'il faut rappeler, c'est qu'en plus, en 98,
04:29et c'est ça qui fait aussi qu'il y a un effet dopant pour la Coupe du Monde,
04:32c'est quand vous en êtes l'organisateur.
04:34Donc en 98, on avait quand même rénové des stades,
04:38on avait des dizaines de milliers de touristes étrangers qui étaient venus.
04:40Donc ça, on ne l'avait pas cette fois-ci.
04:43Donc franchement, effet à peu près nul.
04:45On n'avait même pas, contrairement à ce que dit Raphaël
04:48avec sa fréquentation mirobolante des bars,
04:50on n'avait pas l'effet oisiveté qu'on a dans ces cas-là.
04:54L'effet oisiveté, c'est quand les matchs se jouent sur les horaires de bureau
04:59et que du coup, vous n'allez pas bosser, c'est mauvais pour la productivité.
05:02Mais là, vous avez vu les horaires des matchs.
05:03Donc en fait, sur l'économie, franchement, ça ne change strictement rien.
05:07Il y a un perdant quand même qui est le secteur du foot lui-même
05:11puisqu'il faut rappeler que si on avait gagné la Coupe du Monde,
05:14la Fédération Française de Foot aurait touché de la FIFA à peu près 44 millions d'euros.
05:19Là, ce sera seulement 24.
05:21Et puis c'est vrai qu'il y aura aussi sans doute un moindre engouement
05:25pour la fréquentation des stades.
05:27Ça, il faut rappeler qu'en 98, la fréquentation des stades après la Coupe du Monde
05:31avait augmenté de 60%.
05:32Et on avait vu ça en Allemagne aussi en 2006
05:35après la Coupe du Monde organisée en Allemagne.
05:37Là, on n'aura pas ça.
05:38Donc le secteur du foot lui-même est perdant
05:40mais l'économie française se moque bien de cette défaite.
05:43Raphaël, vous êtes douché comme les Français hier soir.
05:45Ouais, j'ai couché.
05:46This was ma crème.
05:46La Coupe du Monde
05:46Et Yap
05:46Vous
05:46Coupez
05:47!
05:47Il