00:00Oui, ceci est votre défi ce matin à tous les deux.
00:02Comment on libère le salaire net ?
00:04Je vous ai fait travailler, j'attends désormais vos propositions, Emmanuel.
00:08Alors, moi, le premier point, c'est d'abord ras-le-bol du débat sur les cotisations sociales.
00:15Il faut les baisser, il faut les monter.
00:16Ça fait 30 ans qu'on n'utilise que le même curseur
00:19et on voit bien que finalement, on est quand même au bout d'un processus.
00:23Et puis, il y a quand même un point sur lequel je voudrais attirer votre attention,
00:25c'est que oui, effectivement, si vous regardez aujourd'hui les salaires nets en France,
00:29ils sont plus bas, que les employeurs français payent plus de cotisations sociales.
00:34Mais la réalité, c'est quoi ?
00:35La réalité, c'est que dans les pays où les cotisations sont plus faibles,
00:39où les salaires sont plus élevés, qu'est-ce qui se passe ?
00:42C'est qu'au final, une partie de la protection sociale,
00:44elle est prise en charge par les salariés eux-mêmes.
00:47Et donc, finalement...
00:48Par leur assurance privée, du coup.
00:49Oui, par leur assurance privée.
00:51C'est ça qui fait qu'au final, les écarts ne sont pas si élevés que ça.
00:55Parce qu'en France, ce que les patrons payent en cotisations sociales,
00:58à l'étranger, ils le payent en salaire plus élevé
01:01pour que leurs salariés aillent payer des cotisations sociales.
01:04Donc, aillent payer leur assurance privée.
01:06Et quand vous regardez d'ailleurs le niveau global des dépenses de santé,
01:09on est plus bas en France qu'en Allemagne, etc.
01:12Alors ça, vous n'aimez pas ?
01:13Donc, moi, je n'aime pas, parce que c'est vraiment la solution...
01:15Mais qu'est-ce que vous aimez ?
01:15La solution classique.
01:17Alors après, il faut être lucide.
01:20C'est possible.
01:21Alors, après, il y a les possibilités fantasmagoriques.
01:24Et puis, il y a la réalité.
01:26Les possibilités fantasmagoriques, c'est de se dire, d'un seul coup,
01:29allez, on va, par exemple, jouer sur tout ce qui contribue à baisser,
01:36par exemple, les dépenses contraintes des ménages,
01:38parce que c'est ça qui compte au final,
01:39mais qui ne relève pas de l'entreprise.
01:41Alors là, on pourrait fantasmer sur une grande politique du logement
01:43qui ferait baisser le coût de l'immobilier, etc.
01:45Mais vous touchez à rien sur le salaire.
01:47Mais sur le salaire, vous pouvez...
01:48Alors si, vous faites plus d'intéressement, plus de participation, etc.
01:51La seule façon, il y a une façon radicale d'y arriver,
01:56mais ça passe d'abord par une augmentation de l'emploi pour tous.
02:00C'est-à-dire que ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'aujourd'hui, en France,
02:02si vous voulez à la fois réduire les déficits et donner plus de salaire net aux gens,
02:06il faut d'abord passer par plus d'emplois pour tous.
02:09C'est la seule façon que le salaire net de chacun augmente.
02:12On pourra réfléchir sur les pistes.
02:14Raphaël ?
02:14Eh bien les amis, moi je ne vais pas nommer Emmanuel Lechypre
02:17ministre du pouvoir d'achat dans le prochain gouvernement,
02:19parce que ce n'est pas lui qui va vous rapporter beaucoup.
02:21Laissez-moi vous dire.
02:22Parce que, alors peut-être qu'il en a ras le bol,
02:24mais il n'y a que trois voies pour augmenter le salaire net.
02:26Il faut être très clair.
02:28Et il n'y a que les vieilles méthodes qui fonctionnent.
02:30C'est soit on baisse les cotisations sociales,
02:33soit on baisse la fiscalité sur le travail,
02:35soit on augmente les salaires aussi derrière.
02:36Mais pour ça, il faut de la croissance et de la productivité
02:39qui est elle-même directement liée au niveau en France
02:42des prélèvements obligatoires,
02:44donc sur les charges sociales qui sont bien plus élevées qu'ailleurs
02:46et sur la fiscalité du travail qui lui aussi est bien plus élevée qu'ailleurs.
02:50Le gros problème en France,
02:53sur cet écart gigantesque entre le salaire brut
02:56et encore plus le super brut que verse,
02:58si on rajoute les cotisations patronales, l'employeur,
03:00est-ce qu'on touche à la fin sur le bulletin de salaire,
03:04la dernière petite ligne, le salaire net,
03:06qui est moitié moindre ?
03:08C'est cet écart béant qu'il faut évidemment réduire entre les deux.
03:12Après, il y a différents voies et moyens.
03:14Parce que la CSG, ça marche bien quand même pour financer la sécu.
03:16Oui, le sujet qui est posé par le contre-budget socialiste notamment
03:20et qui est discuté avec Matignon,
03:21c'est une baisse de la CSG sur les bas salaires entre 1 et 1,4 SMIC.
03:26Ils promettent jusqu'à 900 euros autour du SMIC par an en plus en baissant la CSG.
03:31La CSG, c'est le premier impôt pour financer la sécu.
03:37En cotisation sociale, l'impôt, on est un peu entre les deux.
03:39C'est le meilleur, c'est le plus intelligent.
03:40C'est le meilleur, c'est une base large.
03:42Mais oui, mais oui.
03:44Et la sécu, elle est en déficit de 25 milliards d'euros.
03:47Donc, on n'a pas besoin de réduire.
03:49Par contre, par contre, sur la fiscalité,
03:51on peut baisser effectivement un peu,
03:54et voire même un peu, beaucoup,
03:57les prélèvements obligatoires sur le salaire.
03:59Sauf que pour ça, il faut réduire d'abord et avant tout les dépenses publiques.
04:03Il faut s'occuper de notre déficit.
04:05On sait très bien que l'argent public est quand même dépensé n'importe comment.
04:08Et donc, l'efficacité de notre dépense.
04:11Oui, mais dans le champ des solutions raisonnables et réalistes,
04:15qu'est-ce qui est le plus raisonnable ?
04:16Est-ce qu'on peut envisager qu'on va se mettre d'un seul coup
04:19à beaucoup mieux gérer nos finances publiques ?
04:21Je ne suis pas sûr.
04:22Donc, est-ce que le deal raisonnable qui consisterait...
04:26Moi, c'est ma proposition, c'est de dire
04:27on va en passer par une période d'ajustement difficile,
04:30comme l'ont fait tous les autres.
04:31Et moi, à terme, ce que je propose là, tout de suite,
04:34le vrai choc fiscal, c'est
04:35chute des impôts de production,
04:39forte augmentation de la TVA.
04:40Alors, évidemment, vous allez me dire
04:41« Ah ben non, mais là, vous répondez à l'inverse de la question. »
04:43C'est injuste, M. Lechypre,
04:44parce que la TVA est un impôts injuste.
04:46C'est surtout que, si on veut une augmentation du salaire net,
04:49il n'y a pas de solution rapide
04:51et il n'y a pas de solution qui ne passe pas par un effort.
04:53Donc, le salaire net en hausse de demain,
04:56c'est l'effort sur les 3-4 années qui viennent.
04:58Donc, c'est possible.
04:59Mais faire croire encore une fois qu'il y a une solution magique.
05:01Ah là, Antoine Fouché !
05:02Mais ce qui veut dire que les retraités, là,
05:04vont prendre cher dans notre...
05:04Oui, mais les retraités, il faut qu'ils prennent cher.
05:06C'est plus l'avenir.
05:09Non, mais c'est pour bien comprendre.
05:10On est d'accord.
05:11C'est une proposition proactive.
05:12On ne peut pas dire ça.
05:13Il faut bien comprendre que ce que propose Antoine Fouché,
05:15qui a séduit beaucoup de monde,
05:16de dire « On déplace 100 milliards, en fait, pour les redonner. »
05:19C'est la TVA sociale.
05:21C'est-à-dire qu'il ne faut pas oublier qu'en plus du salaire net,
05:23on a la nécessité de réduire les déficits publics.
05:26Mais ça ne vous plaît pas, le transport sur la TVA sociale ?
05:29C'est la TVA sociale.
05:31C'est un sujet dont on parle depuis 20 ans en France,
05:33qu'on n'a jamais fait,
05:34parce qu'il y a un tir de barrage automatique
05:37en expliquant que la TVA, c'est un impôt injuste
05:40et que ça pèserait sur les ménages les plus modestes,
05:44notamment.
05:44Il n'empêche que la TVA, c'est la taxe la plus large.
05:47Et si vous augmentez d'un point la TVA,
05:48c'est le seul impôt en France qui est en dessous de la moyenne européenne.
05:52Donc, on pourrait ajouter un ou deux points.
05:54D'abord, un, les entreprises prendraient une part de cette hausse sur leur marge,
05:58parce que votre pot de yaourt, si vous les achetez 4,99 euros,
06:02ils ne passeront pas à 5,02 euros.
06:04Il y a le prix psychologique.
06:05Et de deux, il y a une TVA réduite.
06:07Et de trois, effectivement, c'est un impôt qui est un impôt de rente,
06:12de rentabilité.
06:13C'est ce qui permet du rendement.
06:14Pour finir, quand même, d'un mot rapidement sur ce qu'on peut faire
06:18sur la fiscalité du travail, vite.
06:20C'est les exonérations des heures sup, ce qu'on fait déjà.
06:23C'est augmenter la participation et l'intéressement, ça, on en a parlé.
06:26Et puis, on peut aussi alléger l'impôt sur le revenu.
06:28C'est une des pistes qui est éventuellement en réflexion en ce moment à Bercy.
06:32C'est une des pistes qui est éventuellement en réflexion.
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