00:00L'association France Terre d'Asile assure que régulariser 250 000 clandestins,
00:04ça rapporterait 3 milliards d'euros par an.
00:07Aïnël Lechy, presque les sans-papiers sont une aubaine pour les finances publiques ?
00:10Oui, et même au-delà de ce qui est préconisé dans ce rapport de France Terre d'Asile.
00:16C'est-à-dire que là, on est sur une approche finalement relativement comptable
00:20qui consiste à dire, si on régularisait les 250 000 personnes aujourd'hui
00:26qui sont sans-papiers pour travailler, on aurait...
00:29Voilà, il paierait des impôts, il paierait des cotisations sociales, etc.
00:33Mais je pense qu'on passe presque à côté de l'essentiel.
00:37L'essentiel, c'est la dynamique économique que ça crée.
00:41Parce qu'il faut rappeler que le niveau de diplôme,
00:45déjà si vous prenez toute une catégorie d'immigrés,
00:48les Roumains, les Asiatiques, les Sénégalais, etc.,
00:49quand ils viennent en France, ils sont plus diplômés en moyenne que les Français.
00:53Donc croire que ces gens sont analfabètes et sous-diplômés, c'est une erreur.
00:57Croire aussi que ces gens, finalement, ne trouvent pas à s'insérer
01:05ou ne sont pas innovants, c'est absolument faux.
01:08C'est-à-dire que vous avez toutes les études qui montrent...
01:10Et alors, ça, c'est un travail d'économiste.
01:12C'est que les migrants ne sont pas des gens comme les autres.
01:18Les migrants sont ce qu'on appelle des gens qui se sont auto-sélectionnés positivement.
01:26C'est-à-dire que le migrant, il a des capacités en lui à innover
01:29et à créer des entreprises qui sont supérieures.
01:32Grâce à sa résilience ?
01:33Exactement.
01:34Là, ce que je vous dis, c'est des travaux très sérieux.
01:37C'est des termes que vous retrouvez dans des travaux académiques.
01:41Et ça veut dire quoi ?
01:42Ça veut dire que ce sont des gens qui sont plus entreprenants que les autres.
01:44Je vous donne un seul chiffre sur les États-Unis.
01:46Les migrants ne sont que 13% de la population,
01:49mais c'est 26% des entrepreneurs.
01:51Donc, si vous voulez intégrer ces gens-là dans la société,
01:55c'est faux de dire qu'ils font baisser les salaires.
01:57Il y a encore une étude qui est sortie aux presses de Sciences Po
02:00qui fait la synthèse de tous les travaux académiques
02:01qui montrent que ce n'est pas vrai.
02:02Donc, encore une fois, ça n'a que des avantages sur le plan économique
02:06en plus de l'aspect juste budgétaire.
02:08Alors, Raphaël, c'est toujours un peu compliqué de prendre ce sujet
02:10uniquement sur l'angle économique
02:11parce que le rapport dit aussi que si on cesse de prononcer des OQTF,
02:15on va aussi faire des économistes.
02:17C'est difficile à vendre politiquement.
02:18Oui, mais c'est même parfaitement impossible à vendre politiquement.
02:21Et on ne va pas se mentir.
02:21Et après, il y a la vision.
02:23C'est vrai que ce n'est pas le gros...
02:25Effectivement.
02:26Non, mais dans les 3 milliards, c'est les cotisations
02:28qui rapportent beaucoup sur les 3,3 milliards.
02:31C'est 3 milliards de hausse de cotisations, etc.
02:33Bon, reste à voir parce que ce que dit Emmanuel
02:36est très juste dans les études économiques.
02:38Pour les immigrés qualifiés,
02:42les migrants qu'on peut recevoir sur notre sol,
02:45il y en a quand même certains qui fuient l'horreur de leur pays,
02:48mais sans être forcément très qualifiés, très formés.
02:52Et on sait que l'immigration en France est même globalement
02:57plutôt une immigration de regroupement familial,
02:59bien plus qu'une immigration choisie et professionnelle.
03:03Donc en réalité, moi, ces chiffres, je ne les remets pas en cause,
03:08mais enfin, on peut les questionner.
03:11Régulariser sans intégrer, c'est une promesse.
03:15C'est espérer demain sans garantie de rendement.
03:19Très franchement, la clé, elle est sur la qualification
03:21des personnes que vous recevez sur votre sol.
03:24Parce que si vous régularisez massivement,
03:26d'abord, vous avez l'accès à toutes les aides sociales
03:30qui là sont directes.
03:31Après, il faut voir où vont bosser ces gens-là sur les cotisations.
03:35Si c'est des gens pas formés,
03:36c'est plutôt dans le bas de la grille de salaire.
03:38Vous avez des exonérations de charges absolument massives.
03:41On ne paye plus de cotisations au niveau du SMIC.
03:42Je ne suis pas sûr que ça rapporte énormément.
03:45Si c'est des gens formés,
03:46si c'est des gens dont on a besoin
03:48sur des métiers en tension, par exemple,
03:50et si on est capable de les intégrer à la population.
03:53Moi, je dis banco.
03:55Il y a quand même trois codiciles là.
03:57Et puis, il y a quand même un risque d'effet d'appel
04:00qu'il faut aussi souligner.
04:03D'autres pays les ont connus.
04:04Donc, ce n'est pas toujours simple.
04:08Mais Raphaël, ce qu'il faut voir, c'est que...
04:10Alors moi, j'entends le discours, effectivement,
04:11sur les diplômes, les qualifiés, etc.
04:15Mais si on regarde ce que nous disent
04:17les études sur les métiers en pénurie,
04:20c'est quoi les postes dont on a le plus besoin demain
04:22et qu'on ne trouve pas aujourd'hui sur les métiers en tension ?
04:24L'aide à la personne, la restauration.
04:26Exactement, c'est la restauration, aide à la personne.
04:28Il n'y a pas besoin d'avoir fait des études supérieures
04:30pour, effectivement, pouvoir réaliser ces emplois.
04:34Donc, il y a aussi cette problématique qui est très intéressante.
04:38C'est qu'aujourd'hui, vous voyez quoi ?
04:40Vous voyez, par exemple, que le marché de l'emploi,
04:41le marché du travail est moins dynamique.
04:43Il y a moins de recrutement, etc.
04:45Sauf que quand vous interrogez les entreprises
04:47sur les difficultés de recrutement,
04:48elles ne diminuent pas beaucoup les difficultés de recrutement.
04:51Donc, vous arrivez dans une situation paradoxale
04:53où vous dites qu'il y a moins de recrutement,
04:55moins d'embauches,
04:56et en même temps, il y a toujours autant de pénuries d'emplois.
04:59Ce qui est un argument, quand même,
05:00pour tous ceux qui s'opposent à ces régularisations,
05:03qui sont surtout l'extrême droite et la droite extrême.
05:08Ce qui manque dans le pays,
05:09le sujet, il n'est pas que fiscal,
05:10il est social et politique aussi.
05:12On ne peut pas l'écarter non plus.
05:13Oui, mais la réalité, c'est que ce fantasme
05:15qu'il y a plein de Français au chômage
05:16qui adoreraient faire tous ses emplois
05:18et qu'il faut d'abord les privilégier,
05:21on sait bien que ce n'est pas vrai.
05:22On sait bien que ce n'est pas vrai.
05:23Donc, fondamentalement...
05:24Encore une fois, il faut que ce soit ciblé
05:26sur des métiers en tension,
05:27accompagnés d'une obligation d'emploi déclarée
05:30et puis conditionnés à un temps de présence suffisant.
05:32C'est-à-dire qu'on ne peut pas ouvrir les vannes
05:34en grand comme ça.
05:35Et il y a donc des conditions quand même à respecter.
05:39Merci à tous les deux.
05:40On se retrouve demain pour un nouveau débat.
Commentaires