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  • il y a 9 mois
Ce lundi 10 novembre, l'avantage économique que représente les sans-papiers pour l'État a été abordé par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00L'association France Terre d'Asile assure que régulariser 250 000 clandestins,
00:04ça rapporterait 3 milliards d'euros par an.
00:07Aïnël Lechy, presque les sans-papiers sont une aubaine pour les finances publiques ?
00:10Oui, et même au-delà de ce qui est préconisé dans ce rapport de France Terre d'Asile.
00:16C'est-à-dire que là, on est sur une approche finalement relativement comptable
00:20qui consiste à dire, si on régularisait les 250 000 personnes aujourd'hui
00:26qui sont sans-papiers pour travailler, on aurait...
00:29Voilà, il paierait des impôts, il paierait des cotisations sociales, etc.
00:33Mais je pense qu'on passe presque à côté de l'essentiel.
00:37L'essentiel, c'est la dynamique économique que ça crée.
00:41Parce qu'il faut rappeler que le niveau de diplôme,
00:45déjà si vous prenez toute une catégorie d'immigrés,
00:48les Roumains, les Asiatiques, les Sénégalais, etc.,
00:49quand ils viennent en France, ils sont plus diplômés en moyenne que les Français.
00:53Donc croire que ces gens sont analfabètes et sous-diplômés, c'est une erreur.
00:57Croire aussi que ces gens, finalement, ne trouvent pas à s'insérer
01:05ou ne sont pas innovants, c'est absolument faux.
01:08C'est-à-dire que vous avez toutes les études qui montrent...
01:10Et alors, ça, c'est un travail d'économiste.
01:12C'est que les migrants ne sont pas des gens comme les autres.
01:18Les migrants sont ce qu'on appelle des gens qui se sont auto-sélectionnés positivement.
01:26C'est-à-dire que le migrant, il a des capacités en lui à innover
01:29et à créer des entreprises qui sont supérieures.
01:32Grâce à sa résilience ?
01:33Exactement.
01:34Là, ce que je vous dis, c'est des travaux très sérieux.
01:37C'est des termes que vous retrouvez dans des travaux académiques.
01:41Et ça veut dire quoi ?
01:42Ça veut dire que ce sont des gens qui sont plus entreprenants que les autres.
01:44Je vous donne un seul chiffre sur les États-Unis.
01:46Les migrants ne sont que 13% de la population,
01:49mais c'est 26% des entrepreneurs.
01:51Donc, si vous voulez intégrer ces gens-là dans la société,
01:55c'est faux de dire qu'ils font baisser les salaires.
01:57Il y a encore une étude qui est sortie aux presses de Sciences Po
02:00qui fait la synthèse de tous les travaux académiques
02:01qui montrent que ce n'est pas vrai.
02:02Donc, encore une fois, ça n'a que des avantages sur le plan économique
02:06en plus de l'aspect juste budgétaire.
02:08Alors, Raphaël, c'est toujours un peu compliqué de prendre ce sujet
02:10uniquement sur l'angle économique
02:11parce que le rapport dit aussi que si on cesse de prononcer des OQTF,
02:15on va aussi faire des économistes.
02:17C'est difficile à vendre politiquement.
02:18Oui, mais c'est même parfaitement impossible à vendre politiquement.
02:21Et on ne va pas se mentir.
02:21Et après, il y a la vision.
02:23C'est vrai que ce n'est pas le gros...
02:25Effectivement.
02:26Non, mais dans les 3 milliards, c'est les cotisations
02:28qui rapportent beaucoup sur les 3,3 milliards.
02:31C'est 3 milliards de hausse de cotisations, etc.
02:33Bon, reste à voir parce que ce que dit Emmanuel
02:36est très juste dans les études économiques.
02:38Pour les immigrés qualifiés,
02:42les migrants qu'on peut recevoir sur notre sol,
02:45il y en a quand même certains qui fuient l'horreur de leur pays,
02:48mais sans être forcément très qualifiés, très formés.
02:52Et on sait que l'immigration en France est même globalement
02:57plutôt une immigration de regroupement familial,
02:59bien plus qu'une immigration choisie et professionnelle.
03:03Donc en réalité, moi, ces chiffres, je ne les remets pas en cause,
03:08mais enfin, on peut les questionner.
03:11Régulariser sans intégrer, c'est une promesse.
03:15C'est espérer demain sans garantie de rendement.
03:19Très franchement, la clé, elle est sur la qualification
03:21des personnes que vous recevez sur votre sol.
03:24Parce que si vous régularisez massivement,
03:26d'abord, vous avez l'accès à toutes les aides sociales
03:30qui là sont directes.
03:31Après, il faut voir où vont bosser ces gens-là sur les cotisations.
03:35Si c'est des gens pas formés,
03:36c'est plutôt dans le bas de la grille de salaire.
03:38Vous avez des exonérations de charges absolument massives.
03:41On ne paye plus de cotisations au niveau du SMIC.
03:42Je ne suis pas sûr que ça rapporte énormément.
03:45Si c'est des gens formés,
03:46si c'est des gens dont on a besoin
03:48sur des métiers en tension, par exemple,
03:50et si on est capable de les intégrer à la population.
03:53Moi, je dis banco.
03:55Il y a quand même trois codiciles là.
03:57Et puis, il y a quand même un risque d'effet d'appel
04:00qu'il faut aussi souligner.
04:03D'autres pays les ont connus.
04:04Donc, ce n'est pas toujours simple.
04:08Mais Raphaël, ce qu'il faut voir, c'est que...
04:10Alors moi, j'entends le discours, effectivement,
04:11sur les diplômes, les qualifiés, etc.
04:15Mais si on regarde ce que nous disent
04:17les études sur les métiers en pénurie,
04:20c'est quoi les postes dont on a le plus besoin demain
04:22et qu'on ne trouve pas aujourd'hui sur les métiers en tension ?
04:24L'aide à la personne, la restauration.
04:26Exactement, c'est la restauration, aide à la personne.
04:28Il n'y a pas besoin d'avoir fait des études supérieures
04:30pour, effectivement, pouvoir réaliser ces emplois.
04:34Donc, il y a aussi cette problématique qui est très intéressante.
04:38C'est qu'aujourd'hui, vous voyez quoi ?
04:40Vous voyez, par exemple, que le marché de l'emploi,
04:41le marché du travail est moins dynamique.
04:43Il y a moins de recrutement, etc.
04:45Sauf que quand vous interrogez les entreprises
04:47sur les difficultés de recrutement,
04:48elles ne diminuent pas beaucoup les difficultés de recrutement.
04:51Donc, vous arrivez dans une situation paradoxale
04:53où vous dites qu'il y a moins de recrutement,
04:55moins d'embauches,
04:56et en même temps, il y a toujours autant de pénuries d'emplois.
04:59Ce qui est un argument, quand même,
05:00pour tous ceux qui s'opposent à ces régularisations,
05:03qui sont surtout l'extrême droite et la droite extrême.
05:08Ce qui manque dans le pays,
05:09le sujet, il n'est pas que fiscal,
05:10il est social et politique aussi.
05:12On ne peut pas l'écarter non plus.
05:13Oui, mais la réalité, c'est que ce fantasme
05:15qu'il y a plein de Français au chômage
05:16qui adoreraient faire tous ses emplois
05:18et qu'il faut d'abord les privilégier,
05:21on sait bien que ce n'est pas vrai.
05:22On sait bien que ce n'est pas vrai.
05:23Donc, fondamentalement...
05:24Encore une fois, il faut que ce soit ciblé
05:26sur des métiers en tension,
05:27accompagnés d'une obligation d'emploi déclarée
05:30et puis conditionnés à un temps de présence suffisant.
05:32C'est-à-dire qu'on ne peut pas ouvrir les vannes
05:34en grand comme ça.
05:35Et il y a donc des conditions quand même à respecter.
05:39Merci à tous les deux.
05:40On se retrouve demain pour un nouveau débat.
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