00:01Musique
00:07Je lisais l'autre jour un article qui a eu, je pense, pas mal de succès,
00:10qui disait même au fin fond des Pyrénées, il pleut du plastique.
00:14Donc en gros, il y a une station éthérologique,
00:17des scientifiques qui ont récupéré des micro-plastiques,
00:19il en tombe 365 par jour et par mètre carré au fin fond des Pyrénées.
00:25On se dit mais qu'est-ce que c'est que ces trucs ?
00:26Avant on savait que l'eau qui tombait du ciel n'était plus potable depuis longtemps,
00:29parce qu'elle vient lécher et ramasser un certain nombre de pollutions gazeuses diverses et variées.
00:35Mais maintenant elle vient aussi ramasser des micro-particules de plastique.
00:38Alors d'où viennent ces micro-particules de plastique ?
00:40Ce n'est pas les méchants coton-tiges que la Commission européenne a décidé d'interdire.
00:43Bravo pour ce premier acte courageux, si je puis dire.
00:48Ça vient en fait notamment de l'usure des pneus, de voitures, de la poussière des villes,
00:52de l'érosion du monde, de l'usure de tous les objets qu'on utilise
00:55et qui en fait crée des micro-plastiques.
00:57C'est-à-dire que même s'il y en avait une voiture dite propre,
01:00même si son énergie était propre, même si sa fabrication était propre,
01:03même si la gestion des déchets était propre,
01:05rien que rouler, c'est un tiers des micro-plastiques primaires qui finissent dans l'océan chaque année.
01:12Donc la largeur de votre pneu détermine le taux de pollution océanique que vous créez.
01:19Dans ce nouveau monde que vous appelez de vos voeux, vous développez aussi la partie de lutte contre la délocalisation,
01:25donc la relocalisation.
01:27D'ailleurs, votre livre s'ouvre sur une introduction dont le titre est « La folle valse des crevettes ».
01:32Pourquoi ? Quelle saison ces crevettes ?
01:34Je ne sais pas si c'est encore vrai.
01:36Depuis, j'avais trouvé des trucs encore plus horribles.
01:38Les crevettes, c'était les fameuses crevettes, je pense que c'est encore le cas,
01:41qui est pêchée plutôt en Europe du Nord et qui sont décortiquées au Maroc en l'occurrence
01:45et qui remontent pour avoir des crevettes qui sont déjà décortiquées, vendues dans les rayons qui vont bien
01:50ou pour les restaurants, etc.
01:51Il y a effectivement des systèmes de transport extrêmement efficaces
01:57qui ont beaucoup gagné en productivité eux aussi,
02:00parce qu'on a fait des bateaux de plus en plus grands,
02:03parce qu'on a fait des avions qui consommaient moins,
02:06donc on peut faire venir de plus en plus de choses en avion,
02:08parce qu'on a des camions qui ont été de mieux en mieux remplis
02:12à travers aussi des outils tout simplement de partage numérique
02:16pour faire en sorte que le camion qui fait un point A, un point B
02:20puisse revenir rempli avec autre chose.
02:23Et donc, tout ça a contribué à un prix du transport extrêmement faible.
02:26Et du coup, une fois qu'on a un prix du transport faible
02:28et qu'on a des barrières douanières qui, historiquement, se sont abaissées, voire annulées,
02:35ça, c'est toute la logique qui date du GATT, puis de l'OMC,
02:40et puis c'est encore le cas aujourd'hui avec un certain nombre de traités,
02:44eh bien, à un moment, vous avez soit un alignement par le bas
02:48des conditions environnementales et sociales,
02:50il y avait l'espoir, je ne conteste pas peut-être une partie de bonne foi
02:54de dire non, ça allait, au contraire, les standards allaient monter,
02:58c'était les prix des salaires allaient augmenter dans les autres pays, etc.
03:02Ben non, c'est plutôt la pression, au contraire.
03:06Et donc, ben voilà, ça finit forcément avec des choses un petit peu stupides
03:12et avec des pièces auto qui traversent l'Europe,
03:15pour alimenter les différentes usines, pour gagner quelques centimes
03:19ou quelques euros par pièce,
03:22des tomates qui partent d'Italie et qui montent en Hollande
03:27et des tomates qui partent de Hollande et qui descendent en Italie.
03:29Ce ne sont pas les mêmes tomates, évidemment.
03:31C'est de la bonne tomate italienne qui est vendue au décile
03:35qui va bien en Hollande et puis de la mauvaise tomate hollandaise
03:38qui descend pour être vendue au décile qui va bien aussi en Italie.
03:41Mais voilà, tout ça, c'est effectivement une réalité.
03:45Et que moi, d'ailleurs, c'était là pour le coup aussi en 2014,
03:50c'était peut-être un peu disruptif comme la sobriété, le pull au vert.
03:53Mais maintenant, même la Commission européenne est pour et de reconnaître.
03:56C'est-à-dire qu'il faut, si on veut faire une transition
04:00dans laquelle on va donner un prix au carbone réellement,
04:03donner un prix aux ressources éventuellement,
04:05il faut que soit tout le monde joue les règles du jeu,
04:08ce qui n'est pas possible,
04:09soit on a des mécanismes d'ajustement aux frontières.
04:13Dans d'autres temps, on aurait appelé ça barrière douanière,
04:15mais c'est quand même à peu près l'idée.
04:18Et donc, elle est imparfaite, elle va arriver dans quelques années,
04:21mais il faut encore qu'elle soit votée par les États.
04:23Donc, il va y avoir quelques grandes manœuvres qui se promènent.
04:26Mais c'est ça l'idée, c'est que sinon, effectivement,
04:30tout se mondialise et plutôt avec des conditions qui s'harmonisent par le bas.
04:35Le secteur de la construction, c'est un poids lourd climatique, c'est clair,
04:38par les matériaux qui l'embarquent.
04:40Alors, l'essentiel des granulats, du sable,
04:44c'est pour le bâtiment et les infrastructures,
04:47travaux publics, VRD, etc.
04:50On a deux bons gros matériaux qui sont le ciment et l'acier,
04:54tous les deux très émetteurs de gaz à effet de serre.
04:57Si le ciment était un pays, ça serait le troisième pays
05:01après la Chine et les États-Unis, en termes d'émission de CO2.
05:04S'ils étaient à la COP21, ils seraient troisième.
05:06Ils seraient représentés.
05:07Voilà.
05:08Et ils seraient à peu près 7%.
05:10Et ils seraient troisième ex-aequo avec l'acier,
05:12qui lui aussi est un émetteur.
05:14Dans les deux cas, en fait, on a une émission de CO2,
05:17quelque part, par la nature même du process industriel.
05:20C'est-à-dire que, en fait, pour faire du clincaire,
05:23qui est un composant essentiel du ciment,
05:26à côté de l'argile et de trois autres petites poules de perlimpinpin,
05:32on part du carbonate de calcium, le calcaire.
05:36Donc, on va libérer, on va chauffer et on va libérer un CO2,
05:42donc une molécule de CO2.
05:44Donc, c'est vraiment par la nature même fait qu'on rejette un CO2.
05:47Pour l'acier, c'est un peu différent.
05:48On est plutôt...
05:50On doit réduire le minerai de fer, donc un oxyde de fer.
05:54Et on va donc utiliser du coke de charbon.
05:57Donc, en gros, pour faire simple, du carbone pur, ou presque,
06:00qui va accrocher un oxygène.
06:03Et donc, ça va aussi faire une émission de CO2.
06:05Donc, à cause de cette nature presque...
06:07Enfin, complètement chimique, en fait, du truc,
06:09ça fait deux gros émetteurs de gaz à effet de serre.
06:12On pourrait rajouter d'autres matériaux énergivores,
06:16que peuvent être l'aluminium, que peuvent être le verre.
06:18Alors, la différence, c'est que l'aluminium,
06:20ça ne sert pas que dans le bâtiment.
06:22L'acier non plus.
06:24Ça sert aussi beaucoup dans le domaine du transport.
06:27Le verre, voilà.
06:28Il y a aussi d'autres applications, évidemment,
06:29tout ce qui est emballage, etc.
06:30Par contre, effectivement, le ciment, pour le coup,
06:32lui, il va à peu près...
06:33On va dire...
06:34C'est bâtiments et travaux publics,
06:35infrastructures qui vont avec.
06:36Donc, évidemment, pas que ce qui est lié à l'étalement urbain,
06:39mais c'est quand même accroché à ça.
06:41Donc, on a une ville qui, en fait,
06:44finalement, évidemment, est très...
06:45Alors, le secteur du bâtiment,
06:48ou le habiter, si j'utilise un verbe,
06:51comme dans les lois maintenant,
06:53ou dans les conventions citoyennes pour le climat,
06:55se loger...
06:56Des besoins, quoi.
06:57Se transporter.
06:58Le besoin d'habiter, il est...
07:01Évidemment, les émissions de CO2,
07:02elles sont aussi liées au chauffage
07:04et dans une moindre mesure à la climatisation.
07:07Mais globalement, quand même,
07:10dans les émissions de CO2 de l'industrie, etc.,
07:13on a quand même...
07:14Voilà, la construction est quand même
07:16un gros, gros faiseur.
07:17Et c'est parce qu'on continue à construire beaucoup
07:20que, finalement, on a encore beaucoup d'émissions de CO2
07:22et beaucoup d'extractions de ressources
07:24pour nourrir ça.
07:25Donc, la question, c'est pourquoi on construit tant.
07:28Alors, c'est là qu'on entre dans un débat un peu incroyable,
07:31mais... Enfin, pas incroyable, d'ailleurs,
07:32mais en fait, aujourd'hui, on construit à peu près
07:36350 000 logements par an en France,
07:37pour donner un ordre de grandeur.
07:39Ça varie légèrement, évidemment, d'une année sur l'autre,
07:41un peu selon les différents dispositifs fiscaux,
07:44éventuellement, ou autre.
07:45Mais ces 350 000 logements,
07:48ils correspondent à peu près à 180 000 personnes de plus
07:50sur le territoire.
07:52qui sont le solde des gens qui partent en expat,
07:54de ceux qui arrivent, des naissances, des morts,
07:56voilà, ça fait à peu près...
07:57C'est une très faible augmentation démographique,
08:00de l'ordre de 0,3%, je crois, de la population,
08:02ça va être à peu près comme ça.
08:04Les projections, d'ailleurs, à 2050,
08:05sont très, très modérées.
08:10Et du coup, un habitant égale deux logements
08:14mis en chantier.
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