00:00Le grand entretien ce matin, c'est avec Fabrice Langlard, directeur général de l'INSEE.
00:04Bonjour.
00:05Bonjour, l'INSEE, l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques.
00:08On parle de cette note de conjoncture publiée hier.
00:11C'est un deuxième trimestre qui a évidemment été très marqué par ce conflit au Moyen-Orient.
00:16Ça se ressent ? Alors j'ai quand même envie de vous demander une réaction à ce protocole d'accord
00:19qui est signé peut-être une sortie de crise, même si elle ne va pas être forcément immédiate.
00:23Oui, une sortie de crise, même si elle ne va pas forcément être immédiate.
00:27Je voudrais saluer la réactivité des équipes de l'INSEE parce qu'en fait, suite à ce protocole d'accord,
00:32on a été amené à bouger nos prévisions jusqu'à la dernière minute.
00:35Donc on a tenu compte effectivement du fait qu'a priori, le prix du pétrole devrait être un peu moins
00:42élevé
00:42que ce qu'on tablait dessus, ne serait-ce qu'il y a une semaine.
00:46Alors on va parler de la croissance, on va parler des chiffres que vous avez sortis,
00:48cette note qui est un petit peu plus optimiste que celle de la Bande de France qui était sortie la
00:53veille.
00:53Le choc énergétique, on peut quand même en parler, des conséquences du choc énergétique en France,
00:59de cette crise au Moyen-Orient, on peut quand même dire que, de façon générale,
01:02ça a été mieux géré, mieux intégré par la France que celui de 2022 par exemple.
01:08Il n'est surtout pas de la même ampleur.
01:10Ce choc énergétique, il est à la fois très réel et il est survenu à partir du mois de mars
01:16et il vient amputer le pouvoir d'achat des ménages.
01:19Et d'ailleurs, les ménages accusent le coup dans nos enquêtes de conjoncture.
01:22Mais en termes d'ordre de grandeur, on estime que sur l'année,
01:26il va prélever sur l'économie française à peu près 0,2 à 0,3 points de PIB.
01:30Alors qu'il faut se souvenir que le choc de 2022, c'était à peu près 2 points de PIB
01:35prélevés sur l'économie française.
01:36Donc c'est sans commune mesure.
01:37Oui, et le gaz à l'électricité avait été touché à l'époque et là, c'est uniquement le pétrole.
01:42Exactement. Là, c'est uniquement le pétrole qui a été touché.
01:45Le gaz a certes augmenté, mais pas du tout dans les mêmes proportions que ce qu'on avait connu en
01:492022
01:49au moment de la guerre en Ukraine, du début de la guerre en Ukraine.
01:53Et d'autre part, le prix de l'électricité qui avait flambé en 2022 parce qu'il était corrélé avec
01:59les prix du gaz,
02:00compte tenu de la difficulté des centrales nucléaires françaises à fournir la puissance,
02:05on n'a pas du tout le même phénomène aujourd'hui.
02:07Le prix de l'électricité aujourd'hui est tout à fait plat.
02:09Bon, alors l'aspect négatif, effectivement, vous avez commencé à le dire,
02:11c'est que cette crise se répercute et finalement impacte le plus les ménages.
02:19Leur pouvoir d'achat devrait reculer de 0,3%, une consommation en berne.
02:22C'est eux qui payent la facture.
02:24Les prix vont augmenter.
02:25Les salaires, eux, ne suivent pas.
02:28Bon, c'est ça l'état des lieux pour le moment, pour eux.
02:30L'état des lieux du point de vue des ménages, effectivement,
02:32c'est qu'alors qu'en 2022, le choc de leur point de vue avait été amorti
02:37par des mesures très générales prises par le gouvernement,
02:40cette fois-ci, le gouvernement a agi de façon beaucoup plus ciblée.
02:43Donc, il y a eu des aides, mais beaucoup plus ciblées.
02:45Et donc, ce choc, même s'il est globalement sur l'économie française,
02:48bien plus faible que celui qu'on a connu en 2022,
02:51eh bien, les ménages le ressentent néanmoins.
02:53On a vu ce qui s'est passé sur les prix de l'essence et les prix du gazole.
02:59Et donc, effectivement, dans un contexte où les revenus d'activité,
03:03disons, progressent modérément,
03:04parce que l'emploi est à peu près plat en France,
03:07et d'autre part, les salaires commencent tout juste à réaccélérer,
03:12ce choc inflationniste ampute quelque peu le pouvoir d'achat des ménages.
03:17Certes, on a un taux d'épargne très élevé,
03:20et donc ce taux d'épargne va pouvoir permettre d'amortir un peu le choc,
03:24mais l'INSEE estime que la consommation des ménages serait à peu près plate sur l'année.
03:29Dans cette note, vous abaissez donc les prévisions de croissance de la France
03:32pour cette année 2026 à 0,7%.
03:35Raphaël Legendre disait tout à l'heure que,
03:37lui, il voyait de l'optimisme finalement dans cette note de conjoncture,
03:41parce qu'il y a des bonnes nouvelles,
03:45l'industrie, l'aéronautique, le naval, la rénovation des logements
03:50qui portent finalement quand même l'économie française,
03:53elle est résiliente, vous êtes d'accord avec ça ?
03:55Vous avez raison, et d'ailleurs la note de conjoncture
03:57dit à la fois que l'industrie tient la barre face à des vents au contraire,
04:02mais que les ménages accusent le coup ponctuellement.
04:05Pourquoi est-ce que l'industrie tient la barre ?
04:07Parce qu'effectivement, il y a des secteurs industriels français
04:09qui ont le vent en poupe, je pense à l'aéronautique et au naval,
04:14que ce soit dans les domaines civils et militaires.
04:17Le premier trimestre a connu, du point de vue de la livraison des avions,
04:23un recul après une fin d'année 2025 très favorable,
04:27mais on s'attend à ce que les exportations typiquement d'avions
04:31reprennent très fortement dès le deuxième trimestre.
04:34Et donc, face à ces vents concrets, on a quand même une industrie française,
04:38ou en tout cas une partie de l'industrie française, qui tient le coup.
04:41Il y a une résilience aussi, on parlait tout à l'heure de cette crise énergétique,
04:45dans comment l'économie finalement résiste et se développe.
04:51Je pense à l'électrification notamment.
04:54Est-ce que ce trimestre-là a servi finalement d'accélérateur dans ce domaine par exemple ?
05:00Alors, il a très clairement servi d'accélérateur sur un point, c'est les achats d'automobiles.
05:05On sait que les achats d'automobiles ces dernières années étaient plutôt mal orientés,
05:09et depuis les événements du Détroit d'Hormuz,
05:12on a assisté à un surcroît d'achats d'automobiles électriques.
05:17Et donc, effectivement, on voit cette transition peu à peu se développer sur le marché automobile.
05:22Alors, on va regarder un petit peu sur la suite, ce qui va se passer,
05:25parce que si on sort concrètement de cette crise, je dis bien si,
05:28parce qu'il va y avoir deux mois de négociations,
05:32pour le moment on ne sait pas ce qu'il y aura là-dedans,
05:34mais sur quoi va-t-il falloir se concentrer ?
05:37Il va falloir revenir finalement sur notre marché intérieur,
05:41faire attention au budget 2027, travailler notre désendettement,
05:44c'est ça les objectifs aujourd'hui ?
05:47D'abord, il faut avoir en tête que ce choc inflationniste,
05:50même s'il est peut-être en phase de se résorber,
05:55il a quand même duré plusieurs mois,
05:57puisqu'il faut rappeler que la crise a commencé début mars,
06:00donc là on est trois mois et demi après,
06:02et donc cette progression des produits pétroliers, assez forte,
06:06elle va quand même se diffuser un peu sur le restant des prix.
06:09Et d'ailleurs, en termes de prévision,
06:11on anticipe que des prix vont se relever un petit peu dans l'industrie,
06:15certains industriels commencent à faire passer certaines hausses,
06:18compte tenu de ce qui s'est passé,
06:20c'est ce que les enquêtes de conjoncture de l'INSEE disent.
06:24Et donc de ce point de vue-là,
06:26ça explique effectivement que la demande intérieure,
06:30on a parlé des ménages,
06:31mais également l'investissement des entreprises,
06:36connaît, disons, un ralentissement,
06:39et donc tout l'enjeu maintenant,
06:40c'est de savoir comment on va sortir de cette crise,
06:43et savoir si, au fond, à quel point les agents économiques
06:47vont se réadapter à une nouvelle situation.
06:49Il est encore un petit peu tôt pour le dire.
06:51Oui, effectivement, et la situation est encore un peu instable.
06:54Merci beaucoup Fabrice Langlard d'être venu ce matin,
06:56directeur général de l'INSEE,
06:58d'avoir commenté cette note de conjoncture publiée hier.
07:02Merci à vous.
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