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  • il y a 23 heures
Ce mardi 28 avril, Romain Aumond, macroéconomiste et stratégiste chez Natixis Investment Managers, et Bertrand Puiffe, gérant action chez Fidelity International, ont échangé leur point de vue sur la décision de la Banque du Japon de maintenir son taux directeur à 0,75%, ainsi que sur l'impressionnante progression du secteur énergétique en Europe depuis le début de l'année, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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00:01La microéconomie on en reparlera dans quelques minutes avec nos deux invités mais juste avant
00:05quand même on va parler des banques centrales avec donc Romain Haumont macroéconomiste et
00:09stratégie chez Natixi. Bonjour Romain, merci de nous accompagner ce matin en compagnie de
00:13Bertrand Puif qui est gérant action chez Fidelity International. Bonjour Bertrand Puif, merci
00:17également de nous accompagner. On parlera de ce secteur énergétique qui c'est vrai caracole en
00:22tête en Europe depuis le début de l'année. Juste avant Romain Haumont ce matin on a eu la banque
00:26centrale du Japon qui a laissé ses taux inchangés avec néanmoins trois voix dans le board qui ont
00:32voulu remonter les taux mais bon ils étaient en minorité sur les neufs néanmoins on a quand même
00:36trois voix pour une hausse de taux. Demain on aura la Fed et puis jeudi la BCE. A quoi faut
00:41-il s'attendre
00:42là avant ces réunions de banquiers centraux ? Alors on a une semaine assez chargée en effet du point de
00:47vue des réunions de politique monétaire. On a la BOG, la banque du Japon qui nous a en effet signalé
00:52qu'elle se tenait prête à agir en cas de tension inflationniste qui viendrait à se matérialiser de
00:57manière structurelle dans l'économie japonaise et ça finalement c'est dans notre scénario. Il y a des
01:02tensions, il y a des tensions énergétiques, on est déjà sur un marché de l'emploi très serré, il y
01:05a des
01:05tensions endogènes dans l'économie japonaise et donc on a une banque du Japon qui dans notre scénario
01:11principal va relever ses taux à deux reprises sans doute au second semestre de l'année. Concernant la
01:17réserve fédérale donc on a la dernière conférence de presse de monsieur Powell mercredi, on s'attend à
01:23avoir une réserve fédérale qui soit très orientée sur l'optionalité donc nous expliquer qu'il y aura
01:33une fonction de réaction qui dépendra finalement des développements au Moyen-Orient. Malheureusement
01:38nous ne savons pas ce qui va se passer au Moyen-Orient et les banquiers centraux non plus. Maintenant on
01:43sait que dans tous les cas il va y avoir des taux qui vont rester là où ils sont. Le
01:47marché s'attend
01:48encore à une baisse de taux finalement durant l'année. Nous on pense qu'il y en aura deux. Maintenant
01:54la question est de savoir est-ce que le curseur et le discours de monsieur Powell va continuer à être
02:00focalisé sur la dimension ralentissement de l'emploi ou est-ce qu'il va émettre des doutes quant à la
02:05dynamique de l'inflation. Pour nous c'est encore une fois le ralentissement du marché de l'emploi qui prime
02:10vis-à-vis de cette fonction de réaction de la réserve fédérale et on a jeudi madame Lagarde qui
02:16prendra la parole et pour le coup la banque centrale européenne elle on s'attend aussi à un maintien du
02:23statu quo monétaire. Maintenant je pense qu'on va avoir nécessairement un biais un petit peu
02:29restrictif dans la prise de parole de madame Lagarde étant donné que finalement la zone euro est vraiment
02:34exposée à l'heure actuelle aux tensions énergétiques et globalement ce que va nous dire la banque centrale
02:39européenne c'est que on a eu des enquêtes auprès des entreprises quant au financement ou à l'accès du
02:47financement qui est sorti lundi. Cette enquête qu'est-ce qu'elle nous dit ? Elle nous explique que
02:51finalement on a déjà des conditions financières qui sont resserrées en zone euro au premier trimestre à
02:56cause justement des tensions qu'on a observées sur la courbe des taux et finalement on a surtout des
03:02entreprises qui nous expliquent qu'elles s'attendent finalement à augmenter petit à petit les prix de
03:06vente de leurs biens. Maintenant ça c'est une nouvelle madame Lagarde va sans doute le mentionner.
03:11La seconde mais cette fois un petit peu plus bonne nouvelle on va dire c'est qu'on a finalement
03:16ces
03:16mêmes entreprises donc un panel de 10 000 entreprises de PME qui nous expliquent qu'elles ne s'attendent pas
03:23à avoir une augmentation de salaire de leurs travailleurs. Et donc finalement ça rend la spirale
03:31inflationniste la boucle prix salaire moins probable et donc ça permettrait finalement à la BCE de jouer un petit peu
03:38la montre. Donc une pause
03:39une pause en avril tout en conservant une optionnalité de hausse pour juin.
03:45C'est vrai que Bertrand Puy, franchement les sociétés sont en train de publier leurs résultats. La tendance est plus
03:50à réduire les coûts qu'à pouvoir
03:52augmenter les prix.
03:54Voilà alors après ce qui est positif c'est que jusqu'à présent on est au milieu de la séance,
03:58enfin de la saison on va dire de résultats,
04:01les publications ont plutôt été bonnes. On a plus de, on va dire autour de 60% des sociétés qui
04:06ont publié des chiffres au-dessus
04:07des attentes, en particulier pas mal de sociétés américaines. Cependant c'est vrai qu'elles ne s'engagent pas trop
04:13sur
04:13effectivement ce qu'on appelle l'outlook, sur les perspectives. Et le risque il va être plutôt on va dire
04:18dans les mois qui viennent
04:19parce qu'on peut avoir des profit warnings qui sont liés. Alors à la fois, il y aura effectivement certaines
04:26entreprises
04:27qui vont être capables de répercuter la hausse des matières premières et leurs bases de coûts, mais il y en
04:31a qui le seront beaucoup moins.
04:33Et puis il y en a qui vont avoir des problèmes d'approvisionnement. On voit notamment en Asie, mais ça
04:37ne va pas toucher
04:37que les sociétés asiatiques, ça les touche un peu plus parce qu'elles sont plus sensibles effectivement à un certain
04:42nombre
04:42de produits, et pas simplement le pétrole, des dérivés du pétrole. On parle du nafta notamment,
04:46qui est un produit qui est quand même très important dans la chaîne de valeur des plastiques par exemple.
04:52Il y a pas mal de sociétés asiatiques qui ont fait déjà des profit warnings en disant
04:56nous n'avons pas assez de matières premières, et donc on est obligé de réduire nos cadences de production.
05:00On pense également aux sociétés, enfin toutes les compagnies aériennes.
05:04Alors ça peut paraître anecdotique, mais c'est un des premiers pays, ça va sans doute continuer.
05:08Le Vietnam aujourd'hui a réduit considérablement le nombre de vols intérieurs
05:14parce qu'il n'y a pas suffisamment de kérosène.
05:16Et même si demain en fait le golfe se réouvre, il va falloir plusieurs mois pour normaliser la situation.
05:23Donc il y a des sociétés qui vont effectivement bien s'en sortir parce qu'elles vont répercuter plus que
05:27l'inflation.
05:28On pense par exemple aux opérateurs télécoms, utilities, c'est ce qu'on a vu dans les années 70.
05:33D'autres qui vont répercuter en ligne ou un peu moins,
05:35et puis d'autres qui vont avoir un problème de production,
05:40ou alors des compagnies aériennes seront obligées d'annuler un certain nombre de leurs vols.
05:44Et donc là c'est de la perte de chiffre d'affaires.
05:46Donc ça c'est vrai que tout ça, aujourd'hui, s'il faut le prendre en compte,
05:50et on va avoir, on est persuadé qu'il va y avoir une très très forte plus-value
05:55à la sélection de valeurs dans les semaines, dans les mois qui viennent,
05:58parce qu'il y a des sociétés inéluctablement, on va se lever un jour,
06:00il y aura un profit tourné, important, parce qu'ils ne pourront pas soit répercuter les prix,
06:07soit ils n'auront pas assez de matière première.
06:09Mais où est-ce qu'on trouve encore ce fameux pricing power ?
06:11C'est vrai que c'était un mot qui n'était pas à la mode, mais presque il y a
06:152-3 ans,
06:16et puis c'est vrai qu'aujourd'hui, en dehors du secteur des semi-conducteurs,
06:19c'est de plus en plus compliqué de trouver ce mot magique.
06:22Alors quand vous avez, par exemple, encore une fois, quand on regarde les années 70,
06:26on voit que par exemple les opérateurs télécoms ont une tendance à pouvoir répercuter
06:30même plus que l'inflation.
06:31Et d'ailleurs, c'est ce qu'on a vu sur les 2-3 dernières années.
06:32Les opérateurs télécoms, qui étaient un secteur qui pendant 10 ans était vraiment...
06:36Sauf en France.
06:37Sauf en France.
06:37Alors en France, il y a une problématique effectivement de consolidation,
06:39et il y aura sans doute un rattrapage en France une fois qu'on aura consolidé.
06:43Mais en moyenne, en Europe ou aux Etats-Unis,
06:45les opérateurs télécoms ont augmenté plus que l'inflation de leur prix,
06:48donc leur marge augmente.
06:51Donc ça c'est le point.
06:51Les utilities aussi, parce que par exemple,
06:54même quand les ménages sont sous pression,
06:56c'est la dernière chose que vous allez aller effectivement réduire,
06:58c'est votre facture énergétique en fait.
07:01Comme par exemple votre facture télécom.
07:03Donc c'est des choses qui sont quand même primordiales.
07:05L'inflation alimentaire par contre aussi,
07:06c'est quelque chose qu'il va falloir surveiller.
07:08Parce que le fait que tous ces fertilisants,
07:1030% des fertilisants au niveau mondial sont fabriqués dans le Golfe,
07:14et là pour le coup, c'est difficile de rattraper.
07:16Quand vous avez raté la saison pour planter,
07:18il faut attendre 6 mois pour pouvoir replanter.
07:20Donc là aussi, il y a une inflation alimentaire embarquée.
07:23Et là pour le coup, ce secteur-là,
07:25on sait que le secteur alimentaire c'est très compliqué.
07:26Il y a une dimension très politique aussi,
07:28dans beaucoup de pays comme en France,
07:29les distributeurs vont avoir du mal à répercuter la totalité du prix de l'inflation.
07:33Ils vont prendre sur eux.
07:34On va avoir des publicités de certains dont on ira le nom,
07:36qui vont dire chez nous,
07:37on ne répercute pas le prix sur les fruits et les légumes,
07:40venez chez nous, etc.
07:41Donc voilà, il y a une grosse différenciation.
07:43Après pour revenir à ce que vous disiez,
07:45c'est vrai que tout cela se fait de manière parallèle
07:47à l'implémentation de l'intelligence artificielle dans beaucoup de sociétés,
07:50et en particulier les sociétés de l'intelligence artificielle elles-mêmes,
07:54aux États-Unis, les grands donneurs d'ordre.
07:56On a vu Google notamment,
07:58qui annonçait 10% de réduction de sa masse salariale.
08:04Et donc voilà, ça, ça va aussi supporter les marges de certains groupes.
08:09Mais encore une fois, il va falloir faire la différence
08:11entre ceux qui sont capables d'implémenter ces mesures de réduction de coût rapidement,
08:15et ceux pour lesquels ça va mettre beaucoup plus de temps.
08:17Beaucoup de portes ouvertes.
08:19C'est vrai qu'on a des investisseurs, des entreprises,
08:21des banquiers centraux qui sont un peu perdus.
08:22Donc là, cette semaine, il ne faut pas s'attendre à des hausses de taux.
08:25Romain Houmon, au mois de juin, pourquoi pas pour la BCE ?
08:28Ou non, ce n'est pas votre scénario principal ?
08:30Alors, on continue à croire que finalement,
08:32la BCE n'aura pas augmenté ses taux en juin,
08:35dans la mesure où on a un champ d'offres qui est en effet négatif,
08:38donc on a des tensions sur les prix.
08:39Maintenant, la demande n'est absolument pas aussi forte
08:42qu'elle ne pouvait l'être en 2022.
08:44On n'est pas dans le même contexte monétaire,
08:45on n'est pas dans le même contexte de soutien budgétaire,
08:48on n'est pas dans le même contexte de déséquilibre sur le marché de l'emploi.
08:52Et donc finalement, le choc est aussi un choc de demande négatif.
08:55Et macroéconomiquement parlant, qu'est-ce que ça signifie ?
08:57Ça signifie qu'il n'y a pas de tensions endogènes sur les prix qui se matérialisera.
09:01Donc on a le choc énergétique,
09:02qui va sans doute se diffuser progressivement à l'alimentaire.
09:06Maintenant, la question, c'est de savoir
09:07est-ce qu'il va y avoir de l'inflation dans les biens et dans les services ?
09:09Et donc ça, c'est quelque chose qui nous laisse beaucoup plus circonspect,
09:12dans la mesure où on pourrait voir un effet cliqué,
09:15comme finalement sous M. Trichet qui avait fait une sorte d'erreur de politique monétaire,
09:19somme toute, où on avait l'inflation sous-jacente qui décélérait,
09:23tandis qu'on avait des petites pressions sur l'inflation énergétique.
09:27Mais la Banque Centrale Européenne a appris de ces erreurs
09:31et nous considérons qu'il est encore une fois rationnel de la part de l'institution frankfortoise
09:35de se mettre dans une position d'attente,
09:38de telle sorte à voir, est-ce qu'il y a vraiment un impact de ce choc énergétique
09:43sur l'inflation sous-jacente ?
09:45Les prix des matières premières continuent de grimper ce matin.
09:48Bertrand Puif, le baril de Brenne, tutoie les 110 dollars.
09:51Le WTI est également à des plus hauts de 4 semaines, à 99 dollars.
09:58Bon, alors c'est une bonne nouvelle pour les compagnies fétrolières.
10:01On le voit ce matin avec la publication de BP,
10:03qui voit son résultat opérationnel multiplié par 2 au T1 par rapport au T4.
10:08On verra ce que ça donne demain pour Total Energy.
10:10Est-ce que tout ça, ce n'est pas déjà dans les cours ?
10:12C'est vrai qu'on est sur un secteur qui a gagné quasiment 30% depuis le début de l
10:16'année.
10:17Alors, c'est un secteur effectivement sur lequel aujourd'hui,
10:20l'acheter dans son ensemble,
10:21ça paraît un petit peu arriver un peu à la fin de la guerre,
10:23entre guillemets, sans vouloir faire de jeu de mots.
10:25Maintenant, en fait, il y a à l'intérieur du secteur,
10:28quand on recherche un certain nombre de valeurs,
10:30on fait de la sélection de valeurs,
10:31des segments qui vont être extrêmement favorables,
10:35impactés favorablement par ce qui se passe sur le long terme.
10:38Exemple, pour cette dépendance vis-à-vis du Golfe,
10:42évidemment, d'un point de vue politique,
10:44on ne va pas l'accepter.
10:45Et donc, il y a une pression qui est déjà en train de s'exercer
10:47sur un certain nombre de groupes pétroliers.
10:49D'ailleurs, un, vous l'avez mentionné,
10:51a fait une acquisition aux Etats-Unis,
10:52justement, pour dire qu'on va se diversifier par rapport au Golfe.
10:55Donc, il va y avoir, on va dire, une reprise des dépenses d'exploration.
10:59C'est-à-dire qu'aujourd'hui, de 2014 jusqu'à 2024,
11:02on a eu le SIC pétrolier qui n'a pas été forcément très porteur.
11:10La relance des investissements depuis 2-3 ans s'est faite,
11:13surtout sur les champs existants,
11:14parce qu'il y avait en fait ce qu'on appelle la déplétion,
11:16c'est-à-dire que les champs existants étaient en train de voir leur production baisser,
11:19parce que les compagnies pétrolières, pendant 10 ans,
11:21poussées par le marché, par les investisseurs,
11:23ont investi dans les énergies renouvelables,
11:25et beaucoup moins dans le renouvellement de leurs réserves.
11:27Et là, en fait, le deuxième moteur qui va s'allumer,
11:30et là, il y a des sociétés intéressantes à aller chercher,
11:32qui n'ont pas encore vraiment capté tout ce potentiel boursièrement,
11:35c'est des sociétés qui sont dans l'exploration,
11:38et en particulier, on va dire, le premier étage de l'exploration,
11:42c'est la sismique.
11:43Les sociétés de sismique comme Béridien,
11:45ou comme le leader mondial qui est une société norvégienne,
11:48qui s'appelle TGS,
11:49qui a fusionné avec son concurrent PGS,
11:51donc c'est vraiment une mastodonte, plus de 60% de part de marché.
11:54Donc vous faites d'abord, effectivement, des études sismiques
11:56pour savoir où est-ce qu'il faut forer,
11:58et ensuite vous allez forer.
11:59Et puis c'est vraiment, effectivement, l'offshore qui va en bénéficier,
12:02en particulier.
12:02Alors c'est vrai que cette acquisition un peu de chèvre
12:04n'est pas forcément représentative de la vague d'investissement,
12:10puisqu'on sait que le schiste est plutôt sur un plateau
12:13que sur une phase de croissance, en tout cas,
12:15c'est ce qu'on pense.
12:16Mais voilà, tout ce qui est offshore devrait voir investissement.
12:19Dans l'offshore pétrolier, il devrait voir un boom.
12:21Et beaucoup de sociétés sont aujourd'hui encore,
12:23enfin, leur cours de bourse ne le reflète pas.
12:24– Car les sociétés pétrolières ont des dynamiques très fortes en ce moment,
12:29mais c'est aussi irrégulier.
12:30C'est vrai que ça dépend beaucoup des prix du pétrole,
12:34mais aussi des revenus du trading.
12:35Là, typiquement, ce matin, c'est le cas de BP,
12:37ça devrait être le cas dans le cas de Total Energy.
12:40Comment aujourd'hui on arrive à modéliser un petit peu
12:42des modèles de croissance sur des valeurs pétrolières,
12:45sachant que, bien malin,
12:47qui sait où sera le baril de pétrole le 31 décembre ?
12:49– Alors nous, notre conviction chez FIITI,
12:51c'est que même si la crise s'arrête demain,
12:53les prix du pétrole auraient se stabiliser entre 80 et 85 dollars.
12:56Parce que c'est vrai qu'au-dessus de 100 dollars,
12:57ça pose des problématiques inflationnistes.
12:59Voilà, on a les banques centrales,
13:01Trump également, même, n'est pas content,
13:02même s'il a un soutien des compagnies pétrolières,
13:04mais bon, il y a le reste de l'économie quand même à gérer.
13:06Donc, 80-85 dollars, ça nous paraît à un niveau qui est gérable,
13:10qui ne va pas déchaîner les banques centrales
13:12dans un mouvement de hausse de taux
13:13qui va effectivement nuire au marché et aux investisseurs.
13:18Donc, 80-85 dollars, pour nous, c'est à 3-5 ans,
13:22le niveau sur lequel on va se stabiliser.
13:24Parce que les cours du pétrole vont de toute façon
13:27continuer à intégrer une certaine prime de risque géopolitique,
13:30parce qu'à tout moment, le marché va se dire
13:32que les choses peuvent se réembraser.
13:34Et puis, il va falloir du temps,
13:37par rapport à ce que je disais tout à l'heure,
13:38pour pouvoir réduire cette dépendance au Golfe.
13:41Donc, 80-85 dollars, c'est un niveau qui va être suffisant
13:45pour, même au cours actuel, des sociétés pétrolières,
13:48des majors, pour justifier, on va dire,
13:50un bon momentum dans les prochaines années.
13:52Alors après, elles ne vont pas faire 40%, évidemment,
13:54comme elles ont pu faire,
13:55mais on peut continuer à avoir des sociétés comme ça
13:57qui, en plus, réinvestissent dans leur business,
13:58parce que ça, c'est très important.
14:00Quand elles investissaient dans les renouvelables,
14:02elles avaient, on va dire, un business historique
14:04dans le pétrole qui générait 20% de retour sur investissement,
14:07et on leur demandait d'investir dans quelque chose
14:09qui faisait moitié moins, 10-12%.
14:11Aujourd'hui, elles réinvestissent dans un business
14:13qui fait 20%.
14:14Donc, tout ça, c'est positif.
14:16Tous ces cash flows qui vont être générés à 80-85,
14:18qui vont être recyclés,
14:19vont permettre d'améliorer le profil de production
14:21de beaucoup de majors,
14:22et ça, ce n'est pas forcément encore dans le prix.
14:25Mais, bon, on a fait une vague quand même
14:26d'appréciation importante sur les majors,
14:28donc nous, on est plutôt à revenir,
14:29comme on le disait tout à l'heure,
14:30sur les sociétés de service.
14:31Oui, qui seront moins dépendantes des prix du pétrole.
14:34Tout à fait.
14:34Parce que si demain, on a un baril qui va à 80,
14:35il y a peu de chances que les majors restent au cours actuel.
14:38Forcément, ça va refluer.
14:39Par contre, à 80-85, ça ne changera pas
14:41les perspectives d'investissement dans le secteur,
14:43et donc, ce sera toujours favorable pour les services.
14:45Romain Aumont, chez NatixiCM,
14:47quels sont les secteurs en ce moment qui vous intéressent,
14:49sachant qu'on est en pleine saison de résultats d'entreprise,
14:53et que pour l'instant, une nouvelle fois,
14:55les États-Unis plient le match.
14:56Pour l'instant, vous avez un gros tiers des entreprises
14:58du S&P 500 qui ont dévoilé leurs résultats,
15:00et dans l'ensemble, c'est au-delà des attentes,
15:0381% des sociétés qui ont publié, publiées au-delà.
15:06Absolument.
15:07Donc, sur les deux dernières semaines,
15:09on a 25% finalement de la capitalisation boursière américaine
15:12qui a publié.
15:13Cette semaine, on est sur les 44%,
15:14donc sur la majorité des entreprises.
15:16Maintenant, nous, notre biais,
15:18il est toujours très orienté technologie,
15:20dans la mesure où on est sûr qu'il y a du pricing power.
15:23On est sûr que finalement, les gains de productivité,
15:25c'est avant tout ces entreprises
15:27qui vont être capables de les capter à moyen terme.
15:30On va chercher aussi des secteurs à l'heure actuelle énergétiques,
15:33un petit peu plus défensifs,
15:34pour essayer d'absorber ce choc,
15:37et notamment dans les marges.
15:38On a ce biais qui reste quand même américain,
15:41on ne va pas se mentir,
15:43dans la mesure où en Europe,
15:44qu'est-ce qu'on voit,
15:44c'est qu'au premier trimestre 2026,
15:47les earnings, la croissance bénéficiaire des entreprises,
15:50c'est grosso modo que le secteur énergétique
15:52quasiment qui l'explique.
15:53Donc, on cherche toujours à s'exposer
15:55à des secteurs dont on attend une croissance bénéficiaire en hausse.
15:59Et donc, c'est avant tout la technologie.
16:02On peut aussi la trouver dans le monde émergent.
16:03On peut parler du COSPI qui continue à battre des records
16:07parce qu'on a une forte exposition à cet aspect technologique.
16:10On a quand même un Nasdaq qui prend 20% depuis la fin du mois de mars,
16:14en ligne droite.
16:15C'est vrai qu'on n'a connu quasi aucune séance de baisse sur ce mois d'avril.
16:20Vous êtes encore confiant sur la capacité d'avoir de la performance
16:24sur des valeurs technologiques après des gains de 20% ?
16:27Sachant que là, c'est l'indice.
16:28Tout à l'heure, on parlait d'Amazon.
16:29Amazon, ça a pris 30% depuis la fin du mois de mars.
16:31C'est quand même difficilement tenable.
16:34Ça ne va pas pouvoir gagner 30% tous les mois.
16:36Alors, par rapport à la moyenne historique,
16:39le PE, le price earning est quand même assez bas.
16:43Nous, on considère que le mouvement sur le Nasdaq,
16:45il est principalement attribuable au fait qu'on ait eu une chape de plomb
16:48sur la fin de l'année dernière concernant certains doutes sur les bulles,
16:52concernant des doutes quant à la capacité des entreprises
16:55à absorber les dépenses d'investissement qui sont quand même assez pharaoniques.
17:00Maintenant, nous, structurellement, du point de vue macroéconomique,
17:03encore une fois, on s'attend à ce que le marché trie le bon grain de l'ivraie
17:07et qu'il constate que finalement, les gains de productivité,
17:10le choc d'offres positifs percolent dans l'économie
17:13et on va avoir des grands vainqueurs, un monopole qui va se mettre en place.
17:17Donc, monopole du côté américain, mais on peut considérer un duopole possible
17:21avec des entreprises chinoises qui sont finalement concurrentes
17:24sur les mêmes types de marchés.
17:25Mais globalement, on considère que ça n'est pas nécessairement trop haut
17:29et que ça peut continuer à monter.
17:32Bertrand Puif, vous êtes plus prudent, vous.
17:33C'est vrai que, historiquement, sur les valeurs technologiques,
17:36il faut calmer un petit peu le jeu.
17:38Là, j'imagine qu'après une hausse de 20% sur le Nasdaq,
17:41vous êtes prudent sur les niveaux actuels.
17:43Voilà. Alors après, c'est vrai qu'il y a la dynamique à court terme,
17:45ou comme vous le disiez tout à l'heure, certaines de ces sociétés
17:47qui sont d'ailleurs bien placées pour le faire
17:49implémentent des baisses de coûts liées à l'intelligence artificielle.
17:52Donc, on a ce momentum qui est plutôt positif.
17:54Maintenant, nous, si on se projette effectivement à moyen terme,
17:56on est un petit peu moins enthousiastes
17:58parce qu'on pense qu'il y a des goulots d'étranglement,
17:59en particulier l'accès à l'énergie.
18:01On voit que si on met en place ces programmes d'investissement
18:04de plusieurs milliers de milliards
18:06qui sont annoncés sur les cinq prochaines années
18:08par cet écosystème aux États-Unis,
18:10on a un problème de génération d'énergie.
18:12Et on ne peut pas faire comme ça, même une centrale au gaz,
18:15il faut deux à trois ans pour la commissionner.
18:17Et le nucléaire, je n'en parle pas.
18:18Donc, il va y avoir quand même un goulot d'étranglement.
18:20Est-ce que, politiquement, sociétalement,
18:22on va accepter aux États-Unis d'avoir plusieurs heures sans électricité
18:27parce qu'il faut alimenter les data centers de Microsoft ou de Google ?
18:30Je ne suis pas vraiment sûr.
18:31Après, il y a des solutions provisoires.
18:32On voit Général Electric, qui sont des turbines.
18:34Alors, vu, là encore une fois,
18:36quand on regarde la taille des data centers,
18:39quand on voit la...
18:40Voilà, je sais qu'il y a effectivement des théories
18:42autour de faire des espèces de grosses batteries.
18:45C'est très, très compliqué, honnêtement.
18:47Quand on met les chiffres bout à bout,
18:48pour nous, ça va être compliqué.
18:49Alors après, la question, effectivement,
18:51c'est qu'on peut avoir encore un momentum
18:53pendant six mois, pendant un an,
18:54ou ça peut être dans trois mois que ça s'arrête.
18:56C'est encore une fois, voilà.
18:57Mais c'est un peu toute la problématique
19:00qu'on a eue aussi pour la bulle,
19:01entre guillemets, de l'Internet
19:03dans les années 90,
19:04où en 96, on parlait déjà d'exubérance irrationnelle.
19:07Et puis, si on sortait du marché,
19:08on ratait quand même une période de hausse phénoménale
19:11jusqu'au pic du marché en 99.
19:12Donc c'est vrai que nous,
19:14on ne passe pas qu'on est en 96,
19:15on ne passe pas qu'on est en 99.
19:16La question, c'est effectivement,
19:17est-ce qu'on est en 98, fin 98,
19:19tout début 99 ?
19:20Voilà, pour dire un petit peu,
19:21pour donner un exemple.
19:23Après, je rappelle qu'à cette époque-là,
19:25Cisco, première capitalisation mondiale,
19:274% à l'époque du PIB américain,
19:29ça paraissait complètement dingue.
19:30Aujourd'hui, Nvidia, 16% du PIB américain,
19:33une seule société.
19:34Cisco, quand le cours a baissé,
19:37effectivement, fortement,
19:38quand la bulle s'est dégonflée en début 2000,
19:42il a mis 15 ans pour récupérer son cours de bourse.
19:45Donc Nvidia, pareil,
19:46et ça ne voulait pas dire que l'Internet ne s'est pas développé.
19:48Et là, ça ne veut pas dire que l'intelligence artificielle
19:50ne se développera pas,
19:51mais le cours de bourse d'Nvidia peut baisser.
19:53Et le dernier point, c'est qu'effectivement,
19:54optiquement, ça ne paraît pas cher, c'est vrai.
19:56Nous, le risque qu'on voit,
19:57c'est effectivement sur les earnings.
19:59Et donc, une société qui, optiquement,
20:01peut être à 25 ou 26 fois,
20:03peut-être n'est qu'à 35 ou 40 fois.
20:05On a eu un exemple dans un autre secteur récemment,
20:07Nouveau Nord-Disc.
20:08Tout le monde pensait que ce n'était pas cher.
20:09Puis on s'est rendu compte que les profits étaient un petit peu surévalués,
20:12de 30 ou 40 % et que c'est moins la même histoire après.
20:16Comment aujourd'hui, on diversifie son portefeuille ?
20:18Comment aujourd'hui, vous, vous trouvez des pépites,
20:19des valeurs, des secteurs où vous dites,
20:21si demain, ça crache sur l'intelligence artificielle,
20:24je suis plus ou moins à l'abri ?
20:25Sachant que le marché baissera dans son ensemble.
20:27Dans l'environnement qu'on a discuté,
20:28où il n'y a quand même plus de chance
20:29qu'il y ait des pressions inflationnistes que le contraire,
20:31nous, on ne croit pas non plus à la récession.
20:33Donc ça veut dire que pour nous, les taux longs devraient monter.
20:36Au moins, ne pas baisser en tout cas.
20:38Et aux Etats-Unis, avec ce biais peut-être un peu politique,
20:41avec peut-être une baisse de taux avant les mid-termes,
20:43donc on a une pontification de la courbe des taux.
20:45Nous, on croit, voilà, cette pontification de la courbe des taux
20:47qui est historiquement favorable à la value.
20:49Donc les secteurs value, c'est vrai qu'il y en a certains
20:51qui ont bien marché comme l'énergie,
20:52mais bon, au sein de l'énergie, on en a parlé,
20:53il faut faire du stock picking.
20:54Mais on a d'autres secteurs, effectivement,
20:56les télécoms, les utilities, les financières.
20:59Le marché, à un moment donné, va revenir sur les financières.
21:01Pas forcément que sur les banques, aussi sur les assureurs,
21:03qui aujourd'hui, donc, sont quand même sur les taux de dividendes
21:06à plus de 5%.
21:07Et on va se rendre compte qu'une fois qu'on aura écarté
21:09le risque de récession, qui fait un peu peur aujourd'hui
21:11sur le segment bancaire, par rapport aux créances douteuses, etc.,
21:14on va revenir sur ce secteur pour lequel la pontification
21:19de la courbe des taux est favorable.
21:21Donc la value, ça nous paraît être un endroit aujourd'hui
21:24où il faut revenir.
21:26Encore une fois, je rappellerai qu'avec une base,
21:28en 2012, sur la value à 100,
21:30on était descendu à 70 au plus bas,
21:32on est toujours à moins 45.
21:34Merci à tous les deux de nous avoir accompagnés ce matin.
21:36Bertrand Puivre, donc, pour Fidelity International,
21:38gérant Action, notamment sur un fonds Europe Nordique,
21:41et Renan Aumont, macroéconomiste et stratégie
21:44chez Natixis IM.
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