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Ce lundi 8 juin, la révision à la hausse des chiffres de la croissance pour 2023 et 2024 par l'Insee, la panne de productivité qui touche l'économie française, ainsi que le plan de souveraineté de l'Union européenne face à sa dépendance technologique, ont été abordés par Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l'OFCE, Isabelle Cussac, fondatrice de Générations & Co, vice-présidente de FCE Paris, et André Loesekrug-Piétri, président de Jedi (Joint European Disruptive Initiative), dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Allez on est de retour pour la seconde partie de l'émission, il est 9h56, vous êtes toujours en direct
00:04sur BFM Business, c'est les experts.
00:06Pour du débat, de la controverse sur l'actualité économique du jour avec autour de la table Isabelle Cussac, fondatrice
00:13de Génération Enco, vice-présidente de Femme, chef d'entreprise Paris.
00:18André Lescroum-Pietry, président de Jedi, l'agence européenne pour l'innovation.
00:24Éric Ayer, directeur du département analyse et prévision à l'OFCE.
00:28Éric, j'enchaîne avec vous d'ailleurs, vous avez publié une note absolument passionnante en fin de semaine dernière, après
00:35que l'INSEE a révisé, mais alors drastiquement, la croissance, notamment en 2023, on pensait avoir fait 0,9, c
00:44'est le double, 1,9%, un point de pipe de plus, et 2024, pareil, on a pris 0,3 point
00:50de pipe de plus.
00:51D'abord, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment, autant de temps après, on arrive à une différence aussi
00:57importante ?
00:58Alors d'abord, c'est normal, il faut dire, alors peut-être pas l'écart, mais en tout cas c
01:00'est normal, il faut quand même avoir ça en tête.
01:02Vous voyez que quand l'INSEE, on leur demande de fournir ce qui s'est passé au cours du trimestre,
01:09du premier trimestre, un mois à la fin du trimestre.
01:12Vous voyez, c'est quand même quelque chose d'extraordinaire.
01:14Nous avons les meilleurs statisticiens du monde, l'INSEE est reconnu pour ça.
01:17Alors pour le coup, on demande ça à tout le monde, à tous les instituts nationales statistiques, l'INSEE fait
01:21effectivement partie des meilleurs.
01:22Mais vous voyez, donc à la fin d'un trimestre, 30 jours à la fin de ce trimestre, on leur
01:26dit qu'est-ce qui s'est passé ?
01:27Mais c'est une mission impossible entre nous, c'est impossible.
01:30Donc ça veut dire qu'il faut prendre avec beaucoup de prudence ?
01:33C'est-à-dire que le moins 0,1 qu'on nous a donné sur le premier trimestre, le chiffre
01:39définitif, on l'aura dans deux ans et demi.
01:42Dans deux ans et demi, vous voyez, l'INSEE, enfin les instituts de statistiques, peuvent réviser.
01:46Donc d'abord, ça c'est le chiffre provisoire, puis après il y a le semi-définitif.
01:51Et donc le définitif, c'est deux ans et demi.
01:53Donc vous voyez, on saura en 2029 ce qui s'est passé effectivement en 2026.
02:00Donc vous voyez, avant de dire ça y est, c'est la récession, etc., soyons calmes.
02:03Et ensuite, dans la composition de cette croissance, ils ont le droit de réviser.
02:07Est-ce que c'est la consommation ? Est-ce que c'est les stocks ? Est-ce que c
02:10'est l'investissement des entreprises ?
02:13Donc y compris dans la composition.
02:16Donc premier rappel, attention, ne pas faire des comptes provisoires, ce qu'on nous donne,
02:22des théories qui sont fermes et définitives.
02:25Non, ça va être révisé, donc attention.
02:27Et donc il arrive effectivement que de temps en temps, habituellement, la révision, elle est de 0,2, 0,3.
02:33Oui, voilà, maximum.
02:34En plus, en plus ou moins.
02:36Là c'est spectaculaire, un point de pipe de plus en 2023.
02:39Oui, mais on était dans un moment spectaculaire aussi.
02:42On sortait de la crise sanitaire, il y avait l'invasion d'Ukraine, donc de l'inflation.
02:47Et donc le partage volume-prix, il n'est pas si évident à faire.
02:50Donc vous voyez, pour être complètement franc, je vous ai dit que l'INSEE, c'était sans doute le meilleur
02:55institut de statistique en Europe
02:57et peut-être même dans le monde.
02:59D'accord, sauf que peut-être que là, ils ont attendu plus longtemps que les autres pour la révision.
03:03Dans les autres pays, ils ont révisé plus tôt.
03:06Et ils ont révisé de 1,1 aussi.
03:08Ils ont révisé même de 1,2, 1,3.
03:10Mais un peu plus tôt, c'est-à-dire au moment des comptes semi-définitifs.
03:15Là, ils ont peut-être attendu le dernier moment.
03:17Alors ils l'avaient un peu révisé déjà l'an dernier.
03:20Mais là, ils ont peut-être un peu plus attendu, mais pour ne pas faire des allers-retours dans les
03:25deux sens.
03:25Donc attention, c'est normal et c'était un moment un peu extraordinaire.
03:29Alors juste avant de voir avec vous ce que ça change sur notamment la question de productivité, c'est important,
03:34et du chômage.
03:36Isabelle, est-ce que vous regardez ?
03:39Les chiffres, c'est un truc quand même d'économiste.
03:41On est entre geeks là, l'économie sur le plateau des experts.
03:44Mais ça nourrit quand même ces chiffres de la croissance à un discours, une vague médiatique d'informations
03:50qui peut éventuellement influencer les chefs d'entreprise.
03:54Est-ce que ce sont des informations qui vous impactent, vous, quand vous entendez « Ah, la croissance va bien,
04:00moins bien ».
04:01Ce qui est sûr, c'est que le fait de rebondir très vite sur des chiffres de croissance trimestriels,
04:08dans un contexte qui est quand même un contexte à tonne et on n'est pas prêt de sortir de
04:11l'auberge, comme on dit,
04:14ce n'est pas de nature à donner de la confiance.
04:17Or, la confiance dans l'économie, c'est quand même ce qui permet que l'économie tourne.
04:22Néanmoins, moi, quand j'ai lu ces éléments-là, je me suis dit honnêtement « Et alors ? »
04:29Franchement, c'est ce que je me suis dit.
04:30Parce que la réalité, c'est que depuis 2023, on oscille entre 60 000 et presque 70 000 défaillances d
04:36'entreprises par an.
04:3770 000 l'année dernière, absolument.
04:38Et que jusqu'ici, on nous disait « Oui, mais ça se traduit dans les chiffres, vous voyez, on a
04:43fait… »
04:44Et moi, ce que je me dis, c'est qu'en fait, on a fait deux fois plus,
04:47et pour autant, on a toujours autant d'entreprises qui se cassent la figure.
04:50Et donc, j'ai envie de dire, c'est ça qu'on doit regarder.
04:53Et on doit se désintoxiquer de notre envie de toujours regarder une photographie
04:58et de regarder les choses en dynamique.
05:00La réalité du terrain, c'est que les entreprises, et notamment celles qui sont en défaillance,
05:05c'est-à-dire des TPE, PME et quelques ETI, qui sont ancrées sur les territoires,
05:09qui ont une influence économique et systémique, pour reprendre à ce qu'on disait très forte,
05:13ces entreprises-là, en fait, aujourd'hui, elles sont à l'os.
05:16Elles sont à l'os.
05:18Et donc, 1,8 ou 1,9% de croissance, ça ne change rien.
05:23Donc, moi, j'ai envie de dire, est-ce qu'aujourd'hui, on ne peut pas arrêter de regarder ce
05:26chiffre
05:27et uniquement celui-là, et voir comment est-ce qu'économiquement,
05:30on peut permettre à ces entreprises de reconstituer leur marge de manœuvre,
05:33arrêter de regarder uniquement la productivité,
05:35parce que la productivité, elle engage à sans arrêt réduire les marges de manœuvre
05:39pour présenter des chiffres qui sont meilleurs.
05:42Voilà.
05:42André, un mot sur les chiffres de la croissance ?
05:44Oui, peut-être. Il y avait toujours ce vieux diagnostic,
05:49la France crée plus d'emplois parce qu'elle est moins productive.
05:51Et ça, il faut le rappeler, la plupart des créations d'emplois depuis le Covid,
05:56c'est les apprentis, je crois, 20%.
05:58Enfin, je parle sous le contrôle d'Eric, les indépendants, 30%.
06:02Et donc, en fait, on va parler beaucoup de tech et d'IA,
06:06puisqu'on est quand même au début de probablement une immense vague
06:10de réorganisation d'entreprises à l'aube de l'IA générative.
06:16Soit on subit, en fait, cette vague et on fait des révisions à la marge,
06:22mais qui n'ont pas d'impact sur, effectivement, la création d'emplois
06:24et la santé des entreprises, ou on accompagne ce mouvement.
06:27Et c'est ça, aujourd'hui, que j'avoue que je ne vois pas du tout.
06:29C'est-à-dire, est-ce qu'on accompagne ça avec un accent sur la formation ?
06:35Est-ce qu'on accompagne ça aussi d'une montée en gamme ?
06:37Ça appelle Far West pour l'instant, c'est vrai qu'on n'a pas un narratif politique autour de
06:41ça.
06:41Les sujets sont finalement liés, parce que, oui, transparence salariale,
06:46mais on se rend compte, aujourd'hui, qu'on est aussi dans un monde
06:49où, de plus en plus, quelques têtes d'affiches,
06:53quelques compétences clés vont tirer aussi tout le reste, à la hausse.
06:57Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on subit beaucoup.
07:00Donc, voilà, on subit ces chiffres, on les révise peut-être un petit peu tard.
07:02Comment est-ce qu'on peut devenir beaucoup plus proactif ?
07:05Et je pense que là, le sujet de la formation professionnelle,
07:07la formation tout court, est absolument centrale.
07:10Bon, Eric, je voulais qu'on revienne sur les questions de productivité, effectivement.
07:13Comment la croissance impacte à la fois la productivité et l'emploi en France, le chômage ?
07:18Non, mais parce que, tout le monde aime, c'est important,
07:20même si j'entends ce qui a été dit, ça n'a rien changé, effectivement.
07:23On n'a pas revu les défaillances, on n'a pas revu l'emploi.
07:25Oui, mais d'accord, mais on revoit quand même le diagnostic
07:27et donc les préconisations de politique économique.
07:30Allez, on se replace début 2024.
07:32Début 2024, quand on regardait les créations d'emplois
07:35qui n'ont pas été révisées et l'activité,
07:37on avait perdu 4 points de productivité par rapport à 2019.
07:41Et quand vous perdez 4 points de productivité,
07:43alors que les pays partenaires gagnaient quasiment 2,5 points,
07:47on avait perdu 6,5 points par rapport à nos partenaires,
07:49on dit, mais on est mort.
07:50Si on n'a plus de productivité, à salaire donné, etc.,
07:53la compétitivité va s'effondrer,
07:55on va perdre des parts de marché, c'est la catastrophe.
07:58Comment on finance notre modèle social
07:59si maintenant les gains de productivité sont négatifs ?
08:02Là, on ne finance plus, nos retraites explosent,
08:05on a un problème de financement de nos retraites,
08:08de compétitivité, c'est la catastrophe.
08:10C'est un billet de la prospérité.
08:11Aujourd'hui, le diagnostic est un peu différent.
08:13C'est-à-dire que si je me remets 2024,
08:14si j'avais eu les révisions,
08:15on ne serait pas à moins 4, on serait à 0.
08:18– 0, moins 1, oui.
08:20– Non, mais pour 2023.
08:22– Ok, ce n'est pas terrible.
08:24– On est toujours au moins 1% par rapport à 2019.
08:26– Non, non, non, ça dépend.
08:29C'est bien de...
08:30Si on ne regarde que les salariés
08:31ou si on regarde l'emploi total.
08:33Là, pourquoi on regarde les salariés ?
08:34C'est que le corps,
08:35quand le corps fait des projections de productivité,
08:37c'est des salariés,
08:38puisque c'est le salaire qui doit être payé à la productivité.
08:41Donc, effectivement, mais tu as raison de dire
08:43qu'il y a quand même l'emploi non salarié.
08:45Donc, est-ce que tu prends les chiffres avec l'emploi non salarié
08:47ou si tu ne regardes que les salariés,
08:49parce que tu dis les salaires, les retraites,
08:51tout ça, c'est les salariés, etc.
08:53Donc, si je ne regarde que les salariés,
08:55on est passé maintenant au-dessus de 2019
08:58et surtout, on est revenu sur nos partenaires.
09:01Donc, un, le discours selon lequel
09:03il y a une singularité française...
09:04– On ne décroche pas.
09:05– Voilà.
09:05– Vis-à-vis de l'Europe, la France n'a pas décroché.
09:07– Alors, on a décroché juste temporairement,
09:09moins que ce qu'on avait en tête, d'accord ?
09:12Et ce n'est pas structurel.
09:13C'est-à-dire qu'il y avait, à partir de 2024-2025,
09:16un discours qui était, ça y est, la productivité, c'est fini.
09:19Il n'y en aura plus jamais en France.
09:22Ça fait trois ans qu'on a cela en tête.
09:25Donc, c'est fini.
09:26Et vous voyez que si vous avez ça en tête,
09:27c'est sûr que le modèle doit être complètement révisé.
09:30Ce que nous disent les révisions et les derniers points,
09:33c'est qu'au contraire, la productivité redémarre très vite
09:36et plus vite en France qu'ailleurs.
09:38Alors, attention, je ne dis pas que tout est bien,
09:40parce qu'on a encore un déficit de productivité.
09:43Compte tenu à ce qu'on avait gardé les gains de productivité d'avant-crise,
09:47on serait encore 3-4 points au-dessus.
09:48Donc, on n'a pas fini de récupérer.
09:52Ça veut dire que ça a été compensé par l'emploi ?
09:54Parce qu'il y a cette opposition toujours.
09:55Mais non, mais ça ne peut pas être pas.
09:57Non, mais ce n'est pas...
09:58Est-ce que ça veut dire que le chômage va arriver ?
10:00C'est un peu ça la question derrière.
10:02Si on considère que maintenant, les gains de productivité,
10:05ce n'est pas du moins quelque chose,
10:09mais du plus 1,2, 1,3, 1,4.
10:12Si vous faites que 0,8 de croissance avec 1,2 de croissance,
10:16vous détruisez de l'emploi et le chômage redémarre.
10:20Et donc, les gains de productivité, ce qui est génial,
10:23c'est que ça permet de payer des salaires et du pouvoir d'achat pour les salariés
10:27sans taper dans vos marges.
10:30Donc, c'est super.
10:30Sauf que faire des gains de productivité quand il n'y a pas d'activité,
10:33ça fait des destructions d'emploi.
10:35Et donc, vous avez à un moment les insiders, les outsiders.
10:38C'est-à-dire ceux qui restent dans l'emploi,
10:39vous allez pouvoir leur donner du pouvoir d'achat.
10:42Et malheureusement, ceux qui vont perdre leur emploi vont tomber au chômage
10:46au moment où on fait des réformes et on essaye de réduire les dépenses.
10:49Et au moment où l'IA débarque.
10:51Exactement.
10:51Et donc, du coup, ça risque d'augmenter les inégalités de revenus,
10:55de ce point de vue-là, entre les insiders et les outsiders.
10:57Donc là, je ne dis pas que tout va bien,
10:59mais je dis que ce ne sont plus les mêmes problèmes.
11:01Avant, on avait un problème, on disait que c'est la compétitivité
11:03et la France est très en retard par rapport aux partenaires.
11:06Maintenant, on dit qu'on n'a pas tout récupéré,
11:08mais on est dans la moyenne européenne.
11:11Et ça devrait continuer.
11:13C'est ça, le problème.
11:14Parce que l'IA, on va en parler, l'IA va faire de la productivité.
11:17C'est évident.
11:18Est-ce que ça va être en complémentaire à l'emploi
11:21ou en substitution à l'emploi ?
11:23Ça, il y a un débat chez les économistes.
11:25Mais ça va faire de la productivité.
11:26Donc, vous voyez, là, je pense que du coup,
11:28ceux qui étaient la productivité, c'est terminé en France.
11:32Avec ces révisions et avec les derniers points,
11:35pourraient revoir leur jugement.
11:36Et si vous revoyez votre jugement,
11:37vous changez de politique et de préconisation de politique.
11:40C'est pour ça que c'est bien aussi de refaire un petit peu le passé
11:43pour comprendre un tout petit peu ce qui peut nous arriver dans le futur.
11:46Enfin, ce que j'entends, c'est davantage d'inégalités qui vont monter.
11:49Donc, il va falloir les corriger.
11:50Ce qui est étonnant, c'est que cette croissance augmentée,
11:53en quelque sorte, n'a pas permis un rétablissement des comptes publics.
11:57Pourquoi ?
11:57Qui nous permet d'avoir des malheurs.
11:59Juste en un mot, c'est parce que les finances publiques,
12:02c'est sur le PIB en valeur.
12:04Là, ce qui a été changé, c'est le rapport entre le volume-prix.
12:08Et donc, les impôts, c'est sur la valeur, ce n'est pas sur le volume.
12:12Et donc, l'INSEE n'a fait que changer le rapport entre volume-prix.
12:16Et donc, puisque la croissance est en volume,
12:17il y a eu plus de croissance, mais pas plus de croissance en valeur,
12:20plus de croissance en volume.
12:22Pour les finances publiques, ça ne change rien.
12:23Bon, ça laisse Isabelle l'évite à toi.
12:27Oui, alors, j'ai envie de dire, soyons positifs.
12:29Je suis de nature optimiste.
12:31On a fait moins pire.
12:32Et je reviens sur ce que je disais tout à l'heure.
12:34C'est de nature à participer, à reconstruire un peu la confiance.
12:37Néanmoins, et c'est très vrai ce que vous dites,
12:40c'est-à-dire qu'en termes de politique publique, on fait différemment.
12:43Mais quand même, avoir des politiques publiques
12:45qui sont assises uniquement sur ce sujet-là,
12:49ça aubert notre capacité à avoir de l'investissement
12:53en long terme, par exemple, sur l'accompagnement
12:55d'un changement extraordinaire, culturel,
12:58qu'est l'arrivée de l'IA générative.
13:00Et aujourd'hui, quand je mets en rapport ce chiffre-là
13:03avec les défaillances d'entreprise,
13:05c'est bien parce que, où est le plan long terme ?
13:07On veut quoi comme économie pour demain ?
13:09On ne le sait pas.
13:10Les entrepreneurs naviguent complètement à vue sur ces sujets-là.
13:14Vous pourriez dire, l'État navigue complètement à vue,
13:16en premier lieu.
13:17C'est ça qui est terrifiant, mais effectivement,
13:19Éric a tout à fait raison de dire, en fait,
13:20on se rend compte deux ans après que, finalement,
13:23le constat qu'on posait était erroné.
13:26Donc, heureusement, on corrige.
13:28Mais ça pose quand même une question majeure.
13:30Pour moi, le rôle d'État,
13:31mais on en a parlé à propos de la loi
13:33sur la transparence salariale,
13:35il est de fixer un cadre
13:37et d'être le garant du long terme,
13:40d'être le garant du projet collectif.
13:42Si effectivement, même au niveau de nos outils,
13:44je veux bien entendre que l'INSEE est la meilleure
13:48organisation de statistiques du monde,
13:50mais quand même, ça laisse penseur.
13:52C'est peut-être là-dessus qu'il faut aussi insister.
13:54Nos outils de pilotage, nos outils de formation,
13:56je dirais tout le reste,
13:58et une manière de faire peut-être très différente,
14:01moins top-down et beaucoup plus collaboratif,
14:03ce qui veut dire de la confiance.
14:04On est vraiment dans...
14:05Là, pour le coup, je pense qu'on est dans un changement
14:06de mentalité absolument structurel.
14:08Nous sommes à l'ère du changement.
14:10Peut-être que l'IA va aider à opérer
14:11et à accélérer tous ces changements.
14:12En attendant, la Commission européenne a présenté
14:14la semaine dernière un paquet pour la souveraineté numérique,
14:18un vaste plan pour réduire sa dépendance technologique,
14:22notamment aux Américains,
14:25avec 200 milliards d'investissements.
14:27Alors attention, investissements privés, soyons clairs,
14:29mais c'est un paquet absolument massif.
14:33Qu'est-ce que vous en avez retenu, André Le Scruppé ?
14:35Vous savez que je suis souvent assez critique
14:37et je dis souvent que les bonnes politiques en France et en Europe,
14:41elles semblent être uniquement mesurées
14:42par le nombre de milliards qu'on met.
14:44Bon, tous les ans, on met 100 milliards dans la recherche en Europe.
14:47Mais là, on voit qu'il y a des sujets de CapEx avec l'IA.
14:50La très bonne nouvelle, c'est qu'enfin,
14:52on ne voit plus le sujet technologique
14:54comme un sujet réglementaire,
14:56mais comme un sujet d'achat,
14:58comme un sujet de demande,
15:00comme un sujet de développement de filières,
15:02de compétences, etc.
15:03Donc, en ce sens-là, j'ai envie de dire bravo.
15:05Qu'est-ce qu'il y a dans ce plan ?
15:07Expliquez-nous un peu.
15:07Écoutez, il y a surtout le fait d'abord de reconnaître
15:12qu'aujourd'hui, on a une dépendance technologique quasi totale,
15:18c'est-à-dire sur 80% de nos achats digitaux,
15:21nos abonnements cloud, etc.
15:22On dépend entièrement d'acteurs non européens.
15:26Et on s'est rendu compte aujourd'hui,
15:28que ce soit avec la guerre en Ukraine,
15:29que ce soit avec la dépendance par rapport au spatial,
15:31que ce soit la dépendance par rapport
15:33où se trouvent nos données,
15:34qu'en fait, ce n'était pas juste un sujet purement économique,
15:37mais que c'était un sujet où, en fait,
15:38notre capacité de décision,
15:39c'est ça la souveraineté,
15:41notre capacité de décision,
15:42nous ne l'avions plus.
15:43Pardon, mais ça me semble délirant
15:45d'attendre 2026
15:48pour acter cette prise de conscience.
15:51Tout le monde célèbre ça.
15:52Et il faut le célébrer,
15:54mais il n'y a rien...
15:55On n'est pas en train de faire quelque chose d'extraordinaire,
15:57on est juste en train de rendre la normalité.
16:00On se rend compte qu'il y a ce chiffre qui circule maintenant
16:02depuis à peu près un an,
16:04que tous les ans,
16:05nous achetons pour 200 à 250 milliards
16:09de services informatiques
16:11qui pourraient être autant de facteurs
16:13de création, de croissance chez nous.
16:16Tout simplement en faisant un tout petit peu l'effort,
16:18comme on disait sur la transparence,
16:20on fait un peu plus l'effort d'acheter français
16:22ou d'acheter européens.
16:24Donc ça, c'est la bonne nouvelle.
16:26Donc ce qui est dans ce paquet,
16:27c'est un,
16:28d'utiliser beaucoup plus l'achat public
16:30et les marchés publics
16:32comme un premier acheté.
16:34Voilà, une préférence européenne,
16:36mais qui ne doit pas être une autarcie européenne.
16:38C'est juste de dire,
16:39c'est une proposition que nous on a faite il y a 4 ans,
16:42c'est de dire que dans chaque achat public,
16:44on impose qu'il y ait au moins
16:46une offre européenne qui soit considérée.
16:48Parce qu'avant, c'était comme...
16:49Voilà, si avant on ne considérait que 3 ou 5 hommes
16:52pour un poste de direction,
16:53forcément il n'y avait jamais de femmes qui arrivaient.
16:55Si on n'y avait que 3 opérateurs américains,
16:57forcément on n'avait jamais.
16:58Donc c'est quelque chose d'assez basique.
17:00La deuxième chose,
17:01c'est de considérer qu'aujourd'hui,
17:02il s'agit de créer une demande
17:05pour faire émerger les industries du futur.
17:09Notamment, c'est le deuxième accent de ce paquet,
17:11sur les semi-conducteurs
17:12dans lesquels on a une dépendance absolument complète.
17:14Puisqu'on parle d'IA,
17:15il faut des semi-conducteurs.
17:16On parle de spatial,
17:17il faut des semi-conducteurs.
17:18Il faut de l'automobile,
17:19il faut des semi-conducteurs.
17:21Il faut du digital,
17:21il faut des semi-conducteurs.
17:22Donc ça, c'est la deuxième chose.
17:23Là où ce plan est à nouveau
17:26complètement insuffisant,
17:28c'est qu'on fixe des objectifs.
17:30On fixe des objectifs en disant,
17:32voilà, on montre les muscles.
17:35Dans 5 ans,
17:36on aura 20% de part de marché
17:37dans les semi-conducteurs.
17:39Je rappelle que Thierry Breton
17:40avait déjà claironné ça il y a 5 ans.
17:43Un objectif de 20%,
17:44nous sommes à 11,2%.
17:47Oui, il y a des marges de progression encore.
17:49Oui, il y a des marges de progression.
17:50Enfin, il y a des gouffres,
17:51il y a des capes,
17:54il y a des péninsules,
17:55comme on dirait,
17:56immenses à remplir.
17:59Ce que ça montre,
18:01peut-être trois choses.
18:02Un, c'est que l'impératif
18:04de ce marché unique
18:06est plus important que jamais.
18:08Sans l'échelle,
18:10nous n'aurons jamais la capacité
18:12de justifier
18:13les investissements
18:15terrifiants qu'il y a.
18:17Énorme qu'il y a à faire.
18:18Deuxième chose,
18:19la vitesse.
18:21Je rappelle qu'il y a eu
18:2275 milliards d'euros
18:23promis à Choose France.
18:25Je rappelle que les 100 milliards
18:26qui avaient été promis
18:27sur le sommet de l'IA
18:28en février 2025,
18:29nous n'avons pas commencé
18:31à couler le béton
18:33des data centers
18:34prévus en 2025.
18:36Les premiers, apparemment,
18:37vont être coulés en 2026
18:39pour un dixième
18:41de la capacité prévue
18:42en février 2025
18:43en 2030.
18:45Donc, ce sujet
18:46de vitesse
18:47est absolument essentiel.
18:49Tant qu'on ne réglera pas ça,
18:51et ça a à voir
18:52avec la réglementation,
18:53puisque plus on enchaîne
18:54les réglementations,
18:55plus en fait,
18:56vous créez des barrières.
18:57Je rappelle que
18:59Elon Musk,
18:59qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas,
19:00a créé un data center
19:01qui s'appelle Colosseus
19:02en 122 jours.
19:04Alors, il y a peut-être
19:04un petit peu de marketing.
19:05Nous, en moyenne,
19:06il nous faut 3 à 5 ans.
19:08Donc, on n'est plus
19:09en train de parler de 10%.
19:10On est en train de parler
19:12d'un ordre de grandeur,
19:13du x10.
19:13C'est ça qu'il faut
19:14qu'on change en Europe.
19:15Isabelle, la chef d'entreprise
19:16que vous êtes
19:18chez Génération Enco,
19:19comment on aborde
19:20cette IA ?
19:21Est-ce qu'on a
19:21une vision
19:22un peu patriotique
19:24de se dire
19:24il faut que je prenne
19:25du Mistral
19:26plutôt que du
19:27Tchadipiti,
19:28pour faire simple,
19:29ou pas ?
19:29En fait, on l'aborde
19:30sous l'angle
19:30de la dépendance ?
19:33Récemment,
19:33dans une des réunions
19:35avec FCE Paris,
19:37on avait un certain nombre
19:38dans le groupe
19:39d'avocats,
19:40d'assureurs,
19:41etc.
19:42Et moi, mon dada,
19:43c'est le sujet
19:43de la robustesse.
19:44Vous savez,
19:44c'est cette notion
19:46qui a été introduite
19:46dans le débat public
19:47par Olivier Hamant,
19:48qui est un chercheur,
19:49et qui dit
19:49la robustesse d'un système,
19:51c'est sa capacité
19:51à rester stable
19:52à court terme
19:53et viable à long terme
19:54malgré les fluctuations.
19:55Le monde fluctuant
19:56étant celui
19:56dans lequel on est aujourd'hui.
19:57Et donc,
19:58quand vous avez d'un coup
19:59l'avocate qui se dit
20:00mais en fait,
20:01tous mes dossiers
20:02sont dans un cloud
20:03qui est aux Etats-Unis,
20:05un notaire pareil,
20:06etc.,
20:07il y a cette question-là.
20:09Elle existe
20:10cette crise de conscience
20:11aujourd'hui
20:11que tout ce qu'on est
20:12en train de mettre
20:13dans nos moteurs d'IA,
20:15toutes ces datas,
20:16nos compétences professionnelles
20:17sont en train
20:17de partir aux Etats-Unis.
20:19Et donc,
20:19ce n'est pas que le sujet
20:20de l'IA,
20:20c'est le sujet de l'IA
20:21et le sujet
20:22de la propriété des données
20:23et de la réversibilité.
20:25Parce qu'aujourd'hui,
20:26en fait,
20:27les systèmes,
20:28ça fonctionne de telle manière
20:29qu'en fait,
20:30il n'y a rien de réversible.
20:31Donc,
20:31la première réponse,
20:32c'est oui,
20:33effectivement,
20:34il y a davantage de confiance
20:35à aller sur un système
20:37qui serait un système européen,
20:38qui serait régi
20:38par des règles et des normes
20:39et globalement,
20:40on est plutôt tous d'accord
20:41avec les RGPD,
20:42etc.,
20:42etc.
20:43Donc,
20:43oui,
20:44sur ce sujet.
20:45Oui,
20:45on irait davantage
20:46sur une IA
20:47et d'ailleurs,
20:48en France,
20:49aujourd'hui,
20:50beaucoup de gens
20:50sont passés sur cloud
20:52plutôt que Tchad GPT
20:54et ce qui s'est passé
20:55avec le gouvernement américain,
20:56n'y est pas pour rien.
20:58Le fait qu'il soit assis
20:59à côté du pape François
21:00lorsqu'il fait son encyclique,
21:01non plus l'un des présidents
21:02d'Anthropique.
21:03Attention,
21:04Claude est quand même
21:05extrêmement américain.
21:06Absolument.
21:07Malgré le nom,
21:08mais très bien trouvé.
21:09Tout à fait.
21:10Donc,
21:10moi,
21:11ce que j'ai envie de relever,
21:12c'est que là,
21:13on a aussi une formidable opportunité
21:14de sortir de ce prisme
21:16qui est
21:16Créons des géants.
21:18Parce que c'est la diversité
21:20des solutions,
21:21le fait qu'elles s'adaptent
21:22de manière très locale
21:23et qu'elles se pluguent
21:24entre elles
21:25qui va permettre
21:26d'avoir ce tissu
21:28qui va nourrir
21:29l'ensemble du territoire.
21:30Et c'est un peu
21:30ce que propose Mistral,
21:31du sur-mesure
21:32pour chaque entreprise.
21:33sur le segment B2B.
21:34J'ai envie d'être plein d'entreprises
21:35qui puissent à l'échelle locale
21:37développer des solutions.
21:38Et puis,
21:38ce que je note,
21:39c'est quand même
21:39que cette proposition,
21:40enfin ce paquet,
21:41il intègre l'open source
21:43et l'open source
21:44pour l'encapacitation,
21:45c'est essentiel.
21:47Ce n'est pas la propriété,
21:48c'est je mets à disposition
21:49et je crée les capacités.
21:51C'est ça la robustesse
21:52d'une nation
21:52et c'est ça la robustesse
21:54d'un plan comme celui-là.
21:55Et ça parle de long terme.
21:56On a un tournant là,
21:57Eric Ayer,
21:58un tournant industriel,
21:59on a pu dire.
22:01Bon, André...
22:01C'est le bon mot.
22:02Je pense que c'est industriel.
22:03Je pense que ça révèle tout même
22:04l'incomplétude
22:05dans la construction européenne.
22:07Et vous voyez,
22:08on a pensé,
22:09quand on a créé l'euro,
22:10on a créé l'économie,
22:11on pensait que le politique suivrait,
22:13qu'il y aurait en face de la monnaie
22:15un État.
22:15En fait,
22:16en face de la monnaie,
22:17il n'y a pas d'État
22:17et même il y a maintenant
22:1821 États sans monnaie.
22:20Ça ne peut pas fonctionner.
22:21Il n'y a pas du coup...
22:22Et donc,
22:23on a essayé de dire
22:24c'est un endroit
22:25uniquement à marcher
22:26avec de la concurrence,
22:27mais pas de politique industrielle.
22:29Donc,
22:29on fait de la concurrence.
22:30Et vous voyez,
22:30la concurrence,
22:30ça veut dire quoi ?
22:31C'est qu'on juxtapose
22:32les intérêts des uns et des autres.
22:34Et donc,
22:34on est venu en concurrence
22:35encore plus marquée
22:36avec les Allemands,
22:37les Italiens,
22:38etc.
22:38Et donc,
22:39on se fait de la concurrence
22:40en pensant que c'est comme ça
22:41que le consommateur
22:42allait être finalement
22:43le mieux servi.
22:45Or,
22:45on se rend compte
22:45qu'on devient de plus en plus
22:46dépendant
22:47à cause de cette simple concurrence
22:49qui n'est pas accompagnée
22:50d'une politique industrielle.
22:51C'est-à-dire
22:52qu'il faudrait
22:52donner aussi un cap.
22:54Et pour donner ce cap,
22:55il faut qu'on soit
22:55en Europe.
22:56Et donc,
22:56si vous voulez recristalliser
22:58un esprit européen
22:59qui n'existe pas aujourd'hui,
23:00c'est avec ce type d'initiative
23:02que vous allez pouvoir
23:02peut-être y arriver.
23:04Et donc,
23:05c'est là où il faut mettre en avant
23:06vraiment la politique industrielle
23:07dans cet esprit de concurrence.
23:09C'est les deux en même temps.
23:10Et je pense que,
23:11vous voyez,
23:12c'est ce que fait un peu
23:13la DARPA.
23:13Enfin,
23:14aux États-Unis,
23:14on parle beaucoup de la DARPA.
23:16C'est grâce à la DARPA
23:16qu'on y arrive.
23:17Merci Eric.
23:18C'est de la pub pour l'Eye.
23:19C'est formidable.
23:20Oui,
23:20mais je pense que la DARPA
23:22n'est pas la seule solution.
23:23Il faut aussi
23:24qu'elle soit accompagnée.
23:25Vous voyez,
23:25aux États-Unis,
23:26on ne parle pas assez
23:27du Baydol Act.
23:28C'est-à-dire que vous avez
23:29la DARPA,
23:30c'est-à-dire que c'est globalement
23:32l'État qui prend les risques
23:33quand le marché
23:34ne peut pas le prendre
23:35parce que c'est trop incertain,
23:36etc.
23:36Donc,
23:37on accepte l'échec.
23:38Pour l'amorçage,
23:39en tout cas.
23:40Pour l'amorçage.
23:41Mais ensuite,
23:42une fois qu'il y a la découverte,
23:43il faut qu'elle soit diffusée,
23:44cette découverte.
23:49C'est là où,
23:50en 1980,
23:51quand il y avait la concurrence
23:52avec les Japonais,
23:53etc.,
23:54on a créé,
23:55sous Clinton,
23:56me semble-t-il,
23:57le Baydol Act.
23:58C'est-à-dire que,
23:59globalement,
23:59ce sont les universités
24:01qui récupèrent les brevets
24:03et qui essayent
24:03de les industrialiser
24:04et qui gardent ensuite
24:06l'argent.
24:06C'est pourquoi
24:06on attend de mal
24:07en France et en Europe.
24:07C'est comme ça
24:07qu'on a des grosses universités,
24:09des Stanford,
24:10etc.,
24:10qui ont,
24:11et on arrive à,
24:13finalement,
24:14l'innovation
24:15qui est très générale
24:16devient,
24:17finalement,
24:18une innovation très technique.
24:19Mais donc,
24:19il faut les deux.
24:20Il faut la DARPA
24:20et le Baydol Act
24:22qui sont extrêmement importants.
24:23Tout ça,
24:24au niveau européen.
24:25Vous voyez,
24:25ça,
24:25c'est vraiment,
24:26d'un point de vue théorique,
24:26ce serait génial
24:27qu'on y arrive.
24:28D'un point de vue pratique,
24:29je pense qu'on est quand même
24:29très, très loin de cela.
24:31Je vois André Lothroup-Pietry
24:33qui boit du petit lait.
24:34C'est votre job, André.
24:35Je rajoute Eric Ayer
24:37dans la longue liste
24:39des dirigeants
24:40et des penseurs économiques
24:42qui pensent
24:43qu'il faut,
24:44effectivement,
24:45ce genre d'agence
24:46d'innovation de rupture.
24:46Mais je pense qu'en fait,
24:47il faut le penser
24:47à l'aune de 2026.
24:49C'est-à-dire que la DARPA
24:50était effectivement
24:50une institution
24:51qui dépend du département
24:52de la défense.
24:53Aujourd'hui,
24:54ce qui est fascinant
24:55avec l'IA,
24:56c'est qu'en fait,
24:57on est rentré
24:57dans le monde du transversal.
24:59Et c'est ça
24:59qui est tellement difficile
25:00pour toutes nos organisations.
25:02On a tous été organisés,
25:04organisations privées
25:05ou publiques,
25:06par silos.
25:07Vous aviez les semi-conducteurs
25:08d'un côté,
25:09l'automobile de l'autre,
25:10l'industrie,
25:12l'économie,
25:13la formation.
25:13Et vous vous rendez compte
25:14que si vous n'avez pas,
25:15on a beaucoup parlé
25:16d'aspect systémique,
25:17si vous n'avez pas
25:18une approche
25:18qui en fait couvre
25:20toutes les zones,
25:21vous allez être aussi fort
25:22que le maillon le plus faible.
25:24Et c'est ça
25:24la vraie réorganisation.
25:26Mais je pense qu'à la fois
25:27pour un libéral,
25:28ça a beaucoup d'attractivité
25:30parce que ça veut dire
25:30que ça cantonne quand même
25:32l'État à créer ce cadre.
25:36Et pour les gens
25:37qui sont des adeptes
25:39d'une intervention
25:39forte de l'État,
25:40ça donne un rôle
25:41absolument majeur
25:42à l'État
25:43pour à nouveau
25:44ce garant du long terme.
25:46Et qui réussit aujourd'hui,
25:47et ça me fait
25:48énormément de mal
25:48de le dire,
25:49c'est aujourd'hui
25:50les régimes autoritaires
25:51qui en fait
25:51sont devenus
25:52beaucoup plus habiles
25:53à créer ce long terme,
25:55à fixer des capes,
25:57à donner finalement...
25:58Et ça d'ailleurs
25:59exerce une fascination
26:00incroyable
26:00sur beaucoup de dirigeants
26:01d'entreprises.
26:02Vous n'avez qu'à entendre
26:02ceux qui reviennent
26:03de Chine en ce moment.
26:04Et c'est malheureux.
26:05Donc ça ne dépend
26:06que du tout
26:06parce qu'on n'a pas
26:07non plus
26:07des fonctionnaires
26:09moins bons que les autres.
26:10Par contre,
26:10on est absolument habitués,
26:12ça c'est la DGE,
26:16très top-down.
26:17Le top-down,
26:18c'est quelque chose
26:19du XXe siècle.
26:20Créer un cadre général,
26:22ça,
26:22et c'est une opportunité,
26:23donc j'espère que
26:24le DGE
26:25et nos gouvernants...
26:26Le message est passé
26:27à Thomas Cour,
26:28qui je suis sûr
26:29nous écoute très régulièrement
26:30et vous m'amenez
26:31très directement.
26:32Allez,
26:32il nous reste 5 minutes
26:33à passer ensemble
26:34sur ce sujet
26:36des télécoms
26:37qui est l'exemple
26:38typique
26:38de ce que vous venez
26:40de citer,
26:41André Lescrouges-Pietry.
26:43En Chine,
26:44il y a grosso modo
26:453 opérateurs
26:45de télécom,
26:47ça veut dire
26:47500 millions de clients
26:48pour un opérateur.
26:49En Europe,
26:50on en a plus d'une quarantaine
26:52et donc c'est en moyenne
26:535 millions
26:54de clients
26:56par opérateur.
26:57Je pose ce contexte
26:58pour parler du deal
26:59qui a été signé
27:01ce week-end,
27:02enfin,
27:02SFR vendu
27:03à ses 3 autres concurrents
27:05et donc,
27:05nous allons passer
27:06de 4 à 3 opérateurs
27:07en France.
27:08Ma question ce matin,
27:10on va faire une question courte,
27:11réponse courte,
27:12mais est-ce que c'est bon
27:13pour l'économie ?
27:14Est-ce que c'est bon
27:15pour le consommateur ?
27:16Est-ce que c'est bon
27:16pour la politique industrielle ?
27:18De quel côté
27:19vous penchez
27:20Éric Ayer ?
27:21Et ensuite,
27:21Isabel ?
27:21Globalement,
27:22c'est vrai qu'on pensait
27:22que passer de 3 à 4,
27:24du coup,
27:24ça ferait plus de concurrence,
27:25donc ça ferait baisser...
27:26Ah bah ça a fait baisser les prix
27:27pour le coup.
27:27C'est bon pour le consommateur,
27:28c'est ce qui s'est produit.
27:29Est-ce que du coup,
27:30on a la taille critique
27:31pour pouvoir investir demain ?
27:33Bah on a vu que non.
27:35Et donc globalement,
27:36effectivement,
27:37peut-être que 3,
27:37c'est le meilleur équilibre.
27:38Bon là,
27:39je sors un peu de mes compétences,
27:40mais de toute manière,
27:41il faudrait essayer
27:41de raisonner au niveau européen
27:43et pas au niveau français
27:44de ce point de vue-là,
27:45parce que c'est 3,
27:46je crois qu'on est à plus de 40
27:48au niveau européen,
27:49donc quand vous dites 3
27:50aux Etats-Unis,
27:51il faudrait plus dire
27:51versus 40 en normes,
27:53mais est-ce que c'est transposable ?
27:55C'est-à-dire que,
27:55est-ce que moi,
27:56en France,
27:56je peux prendre un opérateur allemand ?
27:58Non,
27:59donc vous voyez qu'on est encore
28:00très loin d'avoir construit
28:01cette Europe.
28:01C'est le sujet
28:02de la consolidation européenne,
28:04encore et toujours.
28:05André, Isabelle ?
28:06Enrico Letta,
28:07qui pour moi,
28:08a le rapport le plus important,
28:10puisqu'il parle de créer enfin
28:12ce marché unique
28:13qui aujourd'hui est un mythe,
28:15citait le fait
28:16qu'il s'est installé,
28:17je crois qu'il est devenu
28:18recteur d'une université
28:20à Madrid,
28:21que quand il s'est installé
28:22en tant qu'Italien,
28:23alors qu'il est prof à Sciences Po
28:24à Madrid,
28:25il a en fait dû ouvrir
28:26un troisième compte bancaire
28:28pour avoir son numéro
28:29en 34,
28:30je crois,
28:31qui est le numéro espagnol.
28:32Donc on voit effectivement
28:33qu'on n'y est pas.
28:34Alors que par contre,
28:35sur la facturation,
28:36on y est,
28:36puisqu'aujourd'hui,
28:37vous avez,
28:37vous appelez avec un mobile français
28:39en Allemagne,
28:40il n'y a plus les fameux
28:40frais de roaming.
28:41Donc on a fait la moitié du chemin.
28:43Et effectivement,
28:44aujourd'hui,
28:44il y a cette histoire de télécom,
28:46moi je ne ferai pas
28:47de commentaires là-dessus,
28:48mais je prends l'exemple
28:49de ce qui se passe aujourd'hui
28:50dans le spatial.
28:51Vous avez trois acteurs du spatial.
28:53Moi, je pense que c'est
28:54trois éclopés qui se marient,
28:56mais ça c'est une autre chose,
28:57qui essayent de se marier.
28:59On a lancé 0,2% du tonnage
29:01l'année dernière dans l'espace,
29:03l'Europe, 0,2%.
29:04Et la Commission européenne dit
29:06oui, mais attendez,
29:07ces trois opérateurs,
29:08est-ce qu'il pourrait y avoir
29:09un risque monopolistique
29:10par rapport à l'OMS ?
29:11Ça devrait être approuvé
29:12immédiatement.
29:12On est à côté de la plaque.
29:13Alors, charge ensuite aux dirigeants
29:15d'en faire un succès,
29:15ça j'ai beaucoup plus de doutes.
29:17Mais le fait que ça dure maintenant,
29:19Bromo,
29:19deux ans,
29:20montre que là,
29:22on est par rapport à un système
29:23qui n'a toujours pas compris
29:24que la vraie concurrence
29:25de Paris, de Munich, de Londres,
29:27elle est à Shenzhen
29:28et à Palo Alto,
29:29elle n'est pas au sein de l'Europe.
29:31Donc là, il y a un agitamento,
29:32mais ça fait dix ans
29:33qu'on en parle.
29:35Encore une fois,
29:35ce problème de vélocité.
29:36C'est idéologiquement contre,
29:37mais j'ai l'impression
29:38que le politique
29:39peut vouloir le changer.
29:41Vous avez les bureaucraties
29:42qui, à l'intérieur,
29:43ne veulent pas changer.
29:44Et ça, c'est un vrai problème politique.
29:45Ça, c'est un vrai problème démocratique.
29:47Ce n'est pas acceptable
29:48qu'on met tellement de temps
29:50à changer.
29:51On manque de politique industrielle,
29:53Isabelle Cusac,
29:54c'est un mot de la fin.
29:55Complètement.
29:55Ça parle de
29:57à quel endroit
29:58on place nos politiques industrielles
30:00à une échelle nationale,
30:02méga locale,
30:03à une échelle européenne.
30:04Aujourd'hui,
30:05on a beau avoir...
30:06Enfin,
30:06la réflexion sur ces quatre opérateurs
30:08qui deviennent trois,
30:09elle devrait porter sur
30:10pourquoi est-ce que je ne peux pas
30:11accéder aux 40 ?
30:12Eh oui.
30:13C'est à l'échelle.
30:14Voilà.
30:15Et c'est ça le vrai sujet.
30:16Donc,
30:16on est sur une industrie
30:17qui doit être considérée
30:18à l'échelle européenne.
30:19Qu'est-ce qu'on fait
30:20pour l'économie locale ?
30:21Bon,
30:22on attend,
30:23pour l'instant,
30:24parce qu'on n'y est pas encore.
30:25Tout à fait.
30:25On va dans le bon sens.
30:26On va dans le bon sens.
30:27Bon, voilà.
30:28Allez,
30:28on termine sur une note positive.
30:30Merci à tous les trois.
30:31Isabelle Cusac,
30:32fondatrice de Génération,
30:34Enco,
30:35vice-présidente
30:35de Femmes-Chefs
30:36d'Entreprise Paris.
30:38Merci, André.
30:39Le Secroug Piétri,
30:41président de Jedi.
30:42La DARPA européenne,
30:44on pousse
30:45pour que vous alliez
30:46toujours plus loin.
30:47Soutenez le Jedi
30:47et Eric Ayer,
30:49directeur du département
30:50analyse et prévision
30:51à l'OFCE.
30:53Merci pour cette émission
30:54passionnante,
30:54disponible en podcast
30:55et replay
30:56sur l'application
30:57BFM Business.
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