00:00Le grand entretien ce matin, c'est Jean-Louis Thierryot qui est avec moi, député LR de Seine-et-Marne,
00:03membre de la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées.
00:06Merci beaucoup d'être dans la matinale de l'économie.
00:10Je vais vous demander déjà ce que vous pensez du fait que le conflit au Moyen-Orient reprend,
00:15que la trêve n'a pas duré du tout.
00:18Quelles conséquences sur notre économie très directement ?
00:21Quel secteur ça met le plus à mal, le plus en danger chez nous ?
00:26Les conséquences sont évidemment très graves.
00:30Tous les secteurs qui dépendent de l'approvisionnement en hydrocarbures,
00:34que ce soit les transports, les compagnies aériennes, ça on l'a en tête.
00:39Évidemment les particuliers qui en ont besoin pour aller travailler.
00:42Et puis on l'oublie trop, les agriculteurs,
00:45où l'achat d'engrais dont une partie dépend de la médianisation
00:51prend des hausses catastrophiques.
00:53Donc c'est l'ensemble de l'économie qui s'enrume et on n'en voit pas la fin.
00:58L'économie civile, mais bien sûr aussi ce qu'on regarde, c'est l'économie militaire.
01:02Le Sénat et l'Assemblée ont validé l'actualisation de la loi de programmation militaire.
01:05Elle prévoit que l'État consacre 436 milliards d'euros au budget des armées d'ici 2030.
01:10On est dans un contexte d'économie budgétaire.
01:12La défense est prioritaire malgré tout.
01:14Que va permettre concrètement ce budget ?
01:16Ce budget va permettre davantage de cohérence dans les armées.
01:20En clair, nous avions des bateaux qui partaient sans avoir tous leurs missiles
01:26parce que tout simplement on n'avait pas assez de stock de missiles.
01:29Donc ce que cette loi va permettre, c'est d'avoir des munitions,
01:34une adaptation au nouveau contexte du champ de bataille,
01:37c'est-à-dire la dronisation, la robotisation, un taux d'entraînement meilleur.
01:42Mais ça n'est pas une loi de format.
01:44Et quand on voit les menaces qui augmentent partout,
01:47je pense au flanc Est de l'Europe.
01:50Il y a une vraie inquiétude aujourd'hui d'avoir après les élections en Russie en 2027
01:56une mobilisation générale ou une très large mobilisation de forces russes.
02:02Cela peut être dangereux pour l'Ukraine,
02:04voire dangereux en cas d'escalade horizontale pour d'autres pays européens.
02:07Donc évidemment menace là.
02:09Menace, vous avez évoqué le Golfe.
02:10Ça veut dire que la liberté du commerce maritime,
02:13la liberté des mers devient une priorité.
02:16Là, notre format n'est évidemment pas suffisant avec 15 navires de surface.
02:20Donc 36 milliards, c'était nécessaire, c'était le minimum.
02:23Mais on n'aura pas le choix d'y revenir en 2027.
02:27Et j'espère bien que les candidats à la présidentielle
02:30feront de la défense à des axes majeurs de leur campagne.
02:32Les Français, et quand je dis les Français, c'est dans leur ensemble.
02:35C'est-à-dire les ménages, ce sont les entreprises aussi.
02:37Sont-ils assez conscients de la menace qui est à nos portes
02:40et des moyens qu'il faut y mettre ?
02:41Est-ce que chacun devrait participer d'une façon ou d'une autre
02:44à cet effort-là, à concentrer des investissements là-dedans ?
02:48On est à l'heure des choix.
02:50Et si on ne les fait pas, ça sera le temps des conséquences et de l'irréparable.
02:55Les pays qui se sentent le plus menacés physiquement,
02:59c'est-à-dire ceux du flanc Est, je pense aux Polonais, je pense aux Balts,
03:03eux en sont très conscients et sont à 4-4,5% de leur richesse nationale
03:09consacrée à la défense.
03:10Nous, péniblement, avec cette loi de programmation militaire,
03:15on serait à 2,5%.
03:16Je veux rappeler que pendant toute la guerre froide,
03:19et ça n'a pas empêché les Trente Glorieuses,
03:21nous étions à 3,5%.
03:23En clair, la marche est encore haute.
03:25Et les entreprises doivent y mettre leur part ?
03:28Les entreprises, non seulement les entreprises,
03:30mais surtout le monde de la finance,
03:32les banquiers et l'investissement.
03:34Vous savez, la première des armées aujourd'hui,
03:37c'est l'industrie, c'est l'entreprise, c'est la technologie.
03:40Pour que les entreprises y mettent leur part,
03:42et le président de la République l'a dit à Brienne,
03:44c'est améliorer leur capacité de production,
03:47prendre des risques à l'export,
03:49mais c'est aussi le monde de la finance et de l'investissement
03:53qui doit financer les entreprises de défense
03:56ou les entreprises de dual,
03:58et nous avons beaucoup de chance.
03:59C'est que les technologies qui vont faire la différence demain
04:02dans la défense sont l'intelligence artificielle
04:05et sont le quantique,
04:07qui sont des industries duales par nature
04:10et qui sont les nouveaux game changers stratégiques.
04:13Puisque vous me lancez sur le sujet,
04:15effectivement, on parlait tout à l'heure des pépites françaises
04:17qui sont presque menacées, celles du quantique,
04:19parce qu'on n'a pas assez d'investissement,
04:21on les a mises, on a permis leur naissance,
04:25mais aujourd'hui, il faut des fonds,
04:26elles sont au moment de leur développement,
04:28on a un gros risque de les perdre,
04:29notamment au profit des Américains.
04:31Qu'est-ce qu'on fait pour Pascal,
04:33pour toutes ces entreprises-là ?
04:34Le principal sujet en France,
04:37c'est d'être capable de financer le passage à l'échelle.
04:40On est assez bon sur les start-up
04:43ou les levées de première série.
04:45Ensuite, on n'a pas de fonds suffisamment importants
04:49et suffisamment patients.
04:50Alors, il y a une réponse institutionnelle un peu longue
04:53qui serait de faire un marché européen des capitaux.
04:56Et puis, il y a l'éléphant au milieu de la pièce
04:58dont il faut enfin s'emparer.
04:59La seule manière d'avoir une épargne patiente et stratégique,
05:04c'est d'avoir des fonds de capitalisation retraite.
05:08Donc, on n'échappera pas à avoir une épargne obligatoire
05:13par capitalisation d'un certain niveau.
05:16Ça ne pourra pas se faire d'un seul coup.
05:18Mais c'est une double réponse.
05:20Réponse aux défis démographiques,
05:22parce qu'aujourd'hui, les Français doivent être conscients
05:24qu'ils ne payent pas pour leur propre retraite,
05:27mais bien pour la retraite de ceux qui sont retraités aujourd'hui,
05:30vu qu'on fait de moins en moins d'enfants.
05:33La réalité, c'est qu'on travaille plutôt moins
05:35que nos voisins européens.
05:37La réalité, c'est qu'on va vers une falaise.
05:39Et puis, c'est surtout un combat pour l'industrie,
05:44pour l'investissement.
05:45Ce qu'il faut voir, c'est que quand on entend
05:47certains partis, comme LFI, passer leur temps
05:49à cracher sur les super profits de Total,
05:52qui aujourd'hui bénéficient des super profits de Total,
05:56ce sont les retraités américains
05:58avec les fonds de pension américains.
06:00Eh bien, moi, ce que je veux,
06:01c'est que ce soit le retraité français,
06:03le salarié français,
06:04qui profite des profits de nos entreprises.
06:06Et de toute façon, c'est un impératif stratégique.
06:09L'IA, aujourd'hui, c'est l'affaire Spoutnik
06:13qu'on avait eue en 1957 avec l'Union soviétique.
06:16Quand vous voyez Anthropik,
06:19qui reçoit l'ordre du gouvernement américain
06:22de ne pas communiquer ces modèles
06:26IA les plus récents,
06:28c'est bel et bien une dépendance technologique.
06:31Les fonds de pension, l'investissement,
06:33c'est éviter que demain,
06:34nous ne soyons une colonie technologique
06:36américaine ou chinoise.
06:37Vous allez rendre demain au gouvernement
06:39votre rapport sur la sécurité économique.
06:42Alors, vous l'avez réalisé en collaboration
06:43avec Christophe Plassard et Charles Rodwell.
06:45Le but, c'était de s'inspirer
06:47de ce qui se fait bien chez nos partenaires
06:49en matière de politique et de sécurité économique.
06:52Comment vous avez procédé ?
06:54Et dites-nous, ce qui nous reste peu de temps,
06:56quel point, finalement, vous avez constaté ?
07:01En quelques mots, je ne vais pas spoiler
07:03ce qui sera remis demain,
07:04mais on a comparé, effectivement,
07:06on a fait un benchmark
07:07de tout ce qui se faisait en Europe,
07:09en Chine et aux États-Unis.
07:10On constate qu'en Europe,
07:12on est parmi les pays les plus vigilants.
07:16On a quelques trous dans la raquette,
07:17mais franchement, ça fonctionne.
07:19En revanche, la sécurité économique,
07:21ce n'est pas que le contrôle
07:23des investissements étrangers,
07:24c'est la lutte contre l'espionnage industriel.
07:26Et puis, c'est aussi,
07:28et ça rejoint à notre conversation précédente,
07:30avoir des financements.
07:32Pourquoi on a des entreprises
07:33qui se vendent à l'étranger ?
07:35C'est tout simplement qu'on n'a pas
07:36les fonds d'investissement.
07:38Tout se tient, et c'est vraiment
07:40dans la bataille de 2027,
07:42avant de se demander
07:43à quel âge on part en retraite,
07:45la première question à se poser,
07:47ça va être comment on fait
07:49pour être en point dans les technologies
07:50de demain qui feront la différence
07:52entre les grandes puissances et les autres.
07:54Il nous reste très peu de temps,
07:56mais on est en année présidentielle.
07:58Considérez-vous le risque
07:59d'ingérence étrangère comme inquiétant ?
08:02Est-ce qu'on a des moyens aussi de l'éviter ?
08:04On voit que l'IA, justement,
08:05prend beaucoup d'ampleur dans les élections.
08:07Il va y avoir des élections pas mal
08:09dans le monde dans les prochains mois.
08:11Qu'en pensez-vous, vous ?
08:12Le risque d'ingérence existe.
08:14Ça n'est pas que des risques.
08:16C'est avéré.
08:17Vous voyez, dès que vous arrivez
08:19sur des sujets tenant à la Russie,
08:21par exemple,
08:21moi je suis frappé sur Twitter,
08:23vous avez une quantité
08:24d'intervenants
08:26qui sont visiblement des chatbots
08:29qui s'enflamment.
08:30Donc oui, l'ingérence est là.
08:32On a, je crois, en France,
08:34un système assez robuste
08:35à la fois avec Viginium
08:38et avec France Response
08:40qui est plus agressif,
08:42en tout cas qui défend la position française.
08:45On doit trouver l'équilibre
08:46entre la liberté d'expression
08:48et la protection des intérêts français.
08:52Moi, je fais simplement une énorme différence
08:54entre la désinformation intérieure
08:57ou les fake news intérieures
08:59qui participent de la liberté d'expression
09:02et puis ce qui vient de l'étranger
09:04qui doit être détecté,
09:07pisté et dénoncé.
09:09Le gouvernement français
09:10vient de prendre une position publique
09:12en citant quelques ingérences russes.
09:17On doit continuer dans ce sens.
09:20Tout ce qui vient de l'étranger
09:21doit être traqué.
09:23Merci beaucoup Jean-Louis Thieriot
09:25d'être venu ce matin.
09:26Député LR de Seine-et-Marne
09:27et membre de la Commission
09:28de la Défense Nationale
09:29et des Forces Armées.
09:30Merci d'être venu
09:31dans la matinale de l'économie.
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