00:00Le grand entretien ce matin, je reçois Emmanuel Moulin. Bonjour Emmanuel Moulin,
00:04gouverneur de la Banque de France dans la matinale de l'économie.
00:07Alors plein de sujets, plein plein de sujets à discuter avec vous en neuf minutes.
00:12On va essayer d'être clair et d'être concis.
00:15On commence par la réunion de la BCE hier.
00:17La BCE qui a maintenu ses taux inchangés.
00:20C'est pas une surprise, Christine Lagarde a commencé à dire qu'il y avait certains gouverneurs qui parlaient de
00:24hausse de taux.
00:25On parlait ce matin en réalité de ce numéro d'équilibriste incroyable que doit jouer en ce moment la BCE
00:31et toutes les grandes banques comme celle-là dans un monde si déséquilibré.
00:37Oui, c'est un monde où les choses évoluent au jour le jour, évidemment.
00:43Et nous avons décidé de maintenir nos taux directeurs, nos principaux taux directeurs.
00:50Pourquoi ? Parce qu'au mois de juin, nous avions augmenté nos taux.
00:54Nous étions passés de 2 à 2,25.
00:57C'était une décision qui était prise pour faire face à la poussée de l'inflation.
01:02Et en particulier à l'inflation énergétique.
01:04Et pour éviter que celle-ci se propage à l'ensemble du panier de consommation,
01:08au prix alimentaire, au prix des services.
01:11Et donc nous avions pris cette décision.
01:13Et puis au cours du mois de juin, il y a eu un cessez-le-feu.
01:18Une baisse du prix du pétrole très rapide, une sorte de contre-choc pétrolier.
01:21On a vu l'inflation qui a légèrement diminué, notamment au mois de juin dans la zone euro.
01:29Et donc c'était plutôt des bonnes nouvelles.
01:33Et puis le conflit est reparti.
01:36Et donc nous sommes un petit peu revenus finalement à la situation de juin.
01:40Et donc la hausse des taux que nous avions faite au mois de juin se justifiait pleinement.
01:44Et c'est pour ça que nous avons décidé de maintenir nos taux cette semaine.
01:49Vous parliez de l'énergie.
01:50Christine Lagarde s'est dit inquiète hier de l'ouverture d'un deuxième front au Moyen-Orient
01:54entre l'Arabie Saoudite et les rebelles outils destinés à bloquer le passage des hydrocarbures.
01:59Ça se ressent évidemment tout de suite sur le baril de pétrole qui dépasse les 100 dollars.
02:03Est-ce que ça vous inquiète ?
02:05Est-ce qu'on peut aller vers une sorte de crise comme celle de 2022 ?
02:08C'est une crise effectivement, c'est inquiétant puisque les routes du pétrole s'étaient détournées effectivement vers le golfe
02:19Persique
02:20et vers aussi le canal de Suez qui permet à l'Arabie Saoudite d'évacuer son pétrole et d'exporter
02:29son pétrole.
02:30Et donc évidemment s'il y a plus de tensions, il y a plus de risques sur le prix du
02:33pétrole, on l'a vu puisqu'il est monté autour de 100 dollars.
02:37Donc c'est une situation que nous regardons, que nous surveillons avec beaucoup d'attention.
02:43Et effectivement le risque c'est que cette augmentation du prix du pétrole se traduise sur les autres prix,
02:49notamment sur les prix des services, sur les prix des transports.
02:51Et c'est ça que nous voulons éviter, c'est une diffusion trop large de cette inflation énergétique.
02:56Et donc on va regarder l'ampleur du choc et sa persistance surtout.
03:01Ce qui nous inquiète aussi, et on en a parlé beaucoup cette semaine, c'est l'OAT, le taux d
03:06'emprunt des États à 10 ans qui a brièvement franchi les 4%.
03:10Est-ce que ces 4% c'est une ligne rouge d'après vous ?
03:14Non, ce n'est pas une ligne rouge, mais effectivement on constate une hausse générale d'ailleurs des taux longs.
03:20C'est lié aux perspectives d'inflation et puis aux incertitudes qui existent dans le monde d'aujourd'hui.
03:26Il n'y a pas un seuil à partir duquel ça crée une difficulté.
03:30C'est plutôt la tendance.
03:32Et effectivement la hausse des taux, elle pèse sur la charge d'intérêt.
03:36Et donc elle réduit les marges de manœuvre budgétaire.
03:39C'est pour ça qu'il est absolument nécessaire d'avoir une stratégie crédible de réduction des déficits et de
03:44réduction de la dette.
03:46Justement, on vous dit que les autres pays sont concernés, mais nous sommes en négociation de budget, en instabilité politique,
03:52en année présidentielle,
03:54avec des très grands chantiers, vous l'avez dit, la transition écologique, l'intelligence artificielle, le quantique.
03:59Comment on fait pour résoudre cette équation qui paraît comme ça, dit comme ça, presque impossible ?
04:05Alors, l'instabilité politique, ce n'est pas une caractéristique uniquement française.
04:09Ça existe dans d'autres pays européens.
04:13Pourtant, ils arrivent à trouver des consensus.
04:17On l'a vu en Allemagne, avec un accord entre la droite et la gauche, pour notamment réformer les retraites.
04:25Et donc, il y a certainement une voie, si on regarde nos partenaires européens, pour trouver des accords.
04:31Et de toute façon, il y aura un grand rendez-vous démocratique l'année prochaine.
04:33Et donc, entre-temps, il est très important, comme l'a dit le Premier ministre, d'avoir un budget.
04:39Parce qu'on ne peut pas fonctionner sans budget pendant tout un semestre en 2027.
04:45Quel regard portez-vous aujourd'hui sur l'économie française dans ce contexte ?
04:49Est-ce qu'il y a des secteurs que vous surveillez particulièrement ?
04:53On sort d'une période de deux mois de canicule avec trois épisodes très importants.
04:57Les entreprises ont été très résilientes.
04:58Elles ont continué à produire dans ces circonstances.
05:01Quel est votre regard là-dessus ?
05:02Alors, nous avons constaté une bonne résilience de l'économie française.
05:10Notamment, au moment de la canicule, avec des entreprises qui ont changé leur organisation pour s'adapter à la canicule.
05:19Et donc, nous avons eu des enquêtes, notamment des enquêtes mensuelles de conjoncture,
05:24qui étaient un peu meilleurs que ce qu'on avait envisagé, en particulier au mois de juin et pour les
05:29prévisions du mois de juillet.
05:31On va voir comment ça se traduit sur la croissance au deuxième trimestre.
05:36On aura les chiffres le 30 juillet.
05:38Nous, on estime que la croissance pourrait être à 0,2.
05:41Alors qu'il y a quelques semaines, on était plutôt plus pessimistes.
05:45Donc, une bonne résilience de l'économie française, mais évidemment, dans un environnement qui est extrêmement volatile,
05:52avec une augmentation du prix de l'énergie, avec de nouveau des tarifs.
05:58Alors, pour l'Europe...
06:00Notamment, les droits de douane, vous parliez ?
06:01Je pense aux droits de douane.
06:03Évidemment, pour les droits de douane...
06:04Alors, pour l'Europe, ça ne va pas changer grand-chose, parce qu'on a l'accord de Turnberry,
06:08et qui, normalement, devrait être respecté par Donald Trump.
06:12Mais évidemment, ça crée encore de l'incertitude sur le commerce mondial.
06:15Et ce n'est pas favorable, évidemment, à la croissance.
06:18Rappelez-nous, votre rôle à vous, parce que là, on parle beaucoup de la BCE,
06:21on le dit, c'est un monde globalisé, donc évidemment, il faut regarder un peu tout ce qui se passe
06:25partout dans le monde.
06:26Votre rôle à vous, dans ce contexte, la Banque de France,
06:29dans des circonstances, effectivement, aussi volatiles, justement.
06:32Alors, notre rôle à nous, il est triple.
06:35Nous avons, d'abord, nous participons, évidemment, à la décision sur la politique monétaire.
06:39Je suis membre du Conseil Général de la Banque Centrale Européenne.
06:42C'est ce que nous avons fait hier.
06:44Deuxièmement, nous sommes en charge de la stabilité financière,
06:47et en particulier, de la résilience des banques et des assurances.
06:51Je peux vous rassurer de ce point de vue-là,
06:53elles sont bien capitalisées, et elles sont très solides.
06:56Les résultats sont bons, hein ?
06:57Les résultats sont très bons.
06:58Et, troisièmement, nous sommes au service des citoyens et des entreprises.
07:03Nous accompagnons les entreprises dans leur stratégie financière.
07:07Nous les notons, nous les cotons.
07:10On dit que c'est la cotation des entreprises.
07:11Et puis, nous aidons nos concitoyens,
07:13notamment quand ils font face à des difficultés financières.
07:16Nous gérons les procédures de surendettement
07:18pour le compte de l'État.
07:20Le droit au compte, aussi,
07:21quand nos concitoyens ne trouvent pas de banque.
07:24Et donc, nous les aidons à en trouver une.
07:25Et donc, ça, c'est une mission qui est très importante
07:27et qui s'exerce sur tout le territoire,
07:29grâce aux implantations de la Banque de France.
07:31Sur cette fin d'été, pour ceux qui veulent t'acheter dans l'immobilier,
07:35comment pensez-vous que les banques vont se comporter ?
07:38Jusqu'à maintenant, il y avait encore des offres intéressantes sur les taux,
07:41notamment.
07:41Est-ce que ça va continuer à la rentrée des conditions
07:44qui peuvent permettre d'acheter un appartement ?
07:46Alors, c'est plutôt les banquiers qui pourront vous répondre.
07:50Mais ce que nous constatons aujourd'hui,
07:51c'est qu'il y a à peu près une bonne dynamique du crédit immobilier.
07:57Il n'y a pas de contraintes, je dirais, sur le crédit immobilier.
08:01Les taux restent à des niveaux raisonnables.
08:04Et puis, il y a des offres des banques qui demeurent.
08:09Donc, il n'y a pas de restrictions, je dirais, sur le crédit immobilier.
08:13Il y a plus un sujet de demande, d'ailleurs, qu'un sujet d'offre.
08:16J'ai une toute dernière question concernant l'euro numérique
08:19qui est enfin lancée.
08:21J'aimerais savoir ce que vous en pensez
08:23et si vous pouvez nous dire à quoi il va servir pour nous,
08:27peuple français, qui est déjà extrêmement bien servi
08:30en matière de services bancaires,
08:32plus que d'autres pays en Europe, d'ailleurs.
08:34Non, c'est vrai.
08:35Mais ce que nous constatons, c'est qu'on utilise,
08:39de moins en moins, les billets.
08:41Alors, ça restera une forme de monnaie qui sera disponible.
08:46On a hier dévoilé un projet de nouveau design
08:52des billets en euros.
08:54Mais vous ne pouvez pas payer sur Internet avec un billet.
08:58Et donc, ce que nous voulons faire,
09:01c'est adapter la monnaie fiduciaire au monde d'aujourd'hui.
09:05C'est-à-dire que c'est un monde qui est numérique.
09:06Et c'est ça, l'euro numérique.
09:09C'est une sorte de billet numérique que vous pourrez utiliser.
09:11Comme vous utilisez un billet pour acheter votre pain,
09:15vous pourrez utiliser l'euro numérique
09:17pour payer sur Internet
09:18ou pour régler des achats chez des commerçants.
09:25Merci Emmanuel Moulin d'être venu ce matin,
09:27gouverneur de la Banque de France,
09:28dans la matinale de l'économie.
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