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  • il y a 15 minutes
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, était l'invité de Sandra Gandoin, dans Good Morning Business, ce vendredi 24 juillet. Ils ont abordé la décision de la BCE de maintenir ses taux inchangés, le risque d’un choc pétrolier avec la hausse du prix du baril, le taux d’emprunt de la France à 10 ans qui atteint 4%, la résilience de l’économie française face aux épisodes de canicule, et le lancement des premiers tests de l’euro numérique, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le grand entretien ce matin, je reçois Emmanuel Moulin. Bonjour Emmanuel Moulin,
00:04gouverneur de la Banque de France dans la matinale de l'économie.
00:07Alors plein de sujets, plein plein de sujets à discuter avec vous en neuf minutes.
00:12On va essayer d'être clair et d'être concis.
00:15On commence par la réunion de la BCE hier.
00:17La BCE qui a maintenu ses taux inchangés.
00:20C'est pas une surprise, Christine Lagarde a commencé à dire qu'il y avait certains gouverneurs qui parlaient de
00:24hausse de taux.
00:25On parlait ce matin en réalité de ce numéro d'équilibriste incroyable que doit jouer en ce moment la BCE
00:31et toutes les grandes banques comme celle-là dans un monde si déséquilibré.
00:37Oui, c'est un monde où les choses évoluent au jour le jour, évidemment.
00:43Et nous avons décidé de maintenir nos taux directeurs, nos principaux taux directeurs.
00:50Pourquoi ? Parce qu'au mois de juin, nous avions augmenté nos taux.
00:54Nous étions passés de 2 à 2,25.
00:57C'était une décision qui était prise pour faire face à la poussée de l'inflation.
01:02Et en particulier à l'inflation énergétique.
01:04Et pour éviter que celle-ci se propage à l'ensemble du panier de consommation,
01:08au prix alimentaire, au prix des services.
01:11Et donc nous avions pris cette décision.
01:13Et puis au cours du mois de juin, il y a eu un cessez-le-feu.
01:18Une baisse du prix du pétrole très rapide, une sorte de contre-choc pétrolier.
01:21On a vu l'inflation qui a légèrement diminué, notamment au mois de juin dans la zone euro.
01:29Et donc c'était plutôt des bonnes nouvelles.
01:33Et puis le conflit est reparti.
01:36Et donc nous sommes un petit peu revenus finalement à la situation de juin.
01:40Et donc la hausse des taux que nous avions faite au mois de juin se justifiait pleinement.
01:44Et c'est pour ça que nous avons décidé de maintenir nos taux cette semaine.
01:49Vous parliez de l'énergie.
01:50Christine Lagarde s'est dit inquiète hier de l'ouverture d'un deuxième front au Moyen-Orient
01:54entre l'Arabie Saoudite et les rebelles outils destinés à bloquer le passage des hydrocarbures.
01:59Ça se ressent évidemment tout de suite sur le baril de pétrole qui dépasse les 100 dollars.
02:03Est-ce que ça vous inquiète ?
02:05Est-ce qu'on peut aller vers une sorte de crise comme celle de 2022 ?
02:08C'est une crise effectivement, c'est inquiétant puisque les routes du pétrole s'étaient détournées effectivement vers le golfe
02:19Persique
02:20et vers aussi le canal de Suez qui permet à l'Arabie Saoudite d'évacuer son pétrole et d'exporter
02:29son pétrole.
02:30Et donc évidemment s'il y a plus de tensions, il y a plus de risques sur le prix du
02:33pétrole, on l'a vu puisqu'il est monté autour de 100 dollars.
02:37Donc c'est une situation que nous regardons, que nous surveillons avec beaucoup d'attention.
02:43Et effectivement le risque c'est que cette augmentation du prix du pétrole se traduise sur les autres prix,
02:49notamment sur les prix des services, sur les prix des transports.
02:51Et c'est ça que nous voulons éviter, c'est une diffusion trop large de cette inflation énergétique.
02:56Et donc on va regarder l'ampleur du choc et sa persistance surtout.
03:01Ce qui nous inquiète aussi, et on en a parlé beaucoup cette semaine, c'est l'OAT, le taux d
03:06'emprunt des États à 10 ans qui a brièvement franchi les 4%.
03:10Est-ce que ces 4% c'est une ligne rouge d'après vous ?
03:14Non, ce n'est pas une ligne rouge, mais effectivement on constate une hausse générale d'ailleurs des taux longs.
03:20C'est lié aux perspectives d'inflation et puis aux incertitudes qui existent dans le monde d'aujourd'hui.
03:26Il n'y a pas un seuil à partir duquel ça crée une difficulté.
03:30C'est plutôt la tendance.
03:32Et effectivement la hausse des taux, elle pèse sur la charge d'intérêt.
03:36Et donc elle réduit les marges de manœuvre budgétaire.
03:39C'est pour ça qu'il est absolument nécessaire d'avoir une stratégie crédible de réduction des déficits et de
03:44réduction de la dette.
03:46Justement, on vous dit que les autres pays sont concernés, mais nous sommes en négociation de budget, en instabilité politique,
03:52en année présidentielle,
03:54avec des très grands chantiers, vous l'avez dit, la transition écologique, l'intelligence artificielle, le quantique.
03:59Comment on fait pour résoudre cette équation qui paraît comme ça, dit comme ça, presque impossible ?
04:05Alors, l'instabilité politique, ce n'est pas une caractéristique uniquement française.
04:09Ça existe dans d'autres pays européens.
04:13Pourtant, ils arrivent à trouver des consensus.
04:17On l'a vu en Allemagne, avec un accord entre la droite et la gauche, pour notamment réformer les retraites.
04:25Et donc, il y a certainement une voie, si on regarde nos partenaires européens, pour trouver des accords.
04:31Et de toute façon, il y aura un grand rendez-vous démocratique l'année prochaine.
04:33Et donc, entre-temps, il est très important, comme l'a dit le Premier ministre, d'avoir un budget.
04:39Parce qu'on ne peut pas fonctionner sans budget pendant tout un semestre en 2027.
04:45Quel regard portez-vous aujourd'hui sur l'économie française dans ce contexte ?
04:49Est-ce qu'il y a des secteurs que vous surveillez particulièrement ?
04:53On sort d'une période de deux mois de canicule avec trois épisodes très importants.
04:57Les entreprises ont été très résilientes.
04:58Elles ont continué à produire dans ces circonstances.
05:01Quel est votre regard là-dessus ?
05:02Alors, nous avons constaté une bonne résilience de l'économie française.
05:10Notamment, au moment de la canicule, avec des entreprises qui ont changé leur organisation pour s'adapter à la canicule.
05:19Et donc, nous avons eu des enquêtes, notamment des enquêtes mensuelles de conjoncture,
05:24qui étaient un peu meilleurs que ce qu'on avait envisagé, en particulier au mois de juin et pour les
05:29prévisions du mois de juillet.
05:31On va voir comment ça se traduit sur la croissance au deuxième trimestre.
05:36On aura les chiffres le 30 juillet.
05:38Nous, on estime que la croissance pourrait être à 0,2.
05:41Alors qu'il y a quelques semaines, on était plutôt plus pessimistes.
05:45Donc, une bonne résilience de l'économie française, mais évidemment, dans un environnement qui est extrêmement volatile,
05:52avec une augmentation du prix de l'énergie, avec de nouveau des tarifs.
05:58Alors, pour l'Europe...
06:00Notamment, les droits de douane, vous parliez ?
06:01Je pense aux droits de douane.
06:03Évidemment, pour les droits de douane...
06:04Alors, pour l'Europe, ça ne va pas changer grand-chose, parce qu'on a l'accord de Turnberry,
06:08et qui, normalement, devrait être respecté par Donald Trump.
06:12Mais évidemment, ça crée encore de l'incertitude sur le commerce mondial.
06:15Et ce n'est pas favorable, évidemment, à la croissance.
06:18Rappelez-nous, votre rôle à vous, parce que là, on parle beaucoup de la BCE,
06:21on le dit, c'est un monde globalisé, donc évidemment, il faut regarder un peu tout ce qui se passe
06:25partout dans le monde.
06:26Votre rôle à vous, dans ce contexte, la Banque de France,
06:29dans des circonstances, effectivement, aussi volatiles, justement.
06:32Alors, notre rôle à nous, il est triple.
06:35Nous avons, d'abord, nous participons, évidemment, à la décision sur la politique monétaire.
06:39Je suis membre du Conseil Général de la Banque Centrale Européenne.
06:42C'est ce que nous avons fait hier.
06:44Deuxièmement, nous sommes en charge de la stabilité financière,
06:47et en particulier, de la résilience des banques et des assurances.
06:51Je peux vous rassurer de ce point de vue-là,
06:53elles sont bien capitalisées, et elles sont très solides.
06:56Les résultats sont bons, hein ?
06:57Les résultats sont très bons.
06:58Et, troisièmement, nous sommes au service des citoyens et des entreprises.
07:03Nous accompagnons les entreprises dans leur stratégie financière.
07:07Nous les notons, nous les cotons.
07:10On dit que c'est la cotation des entreprises.
07:11Et puis, nous aidons nos concitoyens,
07:13notamment quand ils font face à des difficultés financières.
07:16Nous gérons les procédures de surendettement
07:18pour le compte de l'État.
07:20Le droit au compte, aussi,
07:21quand nos concitoyens ne trouvent pas de banque.
07:24Et donc, nous les aidons à en trouver une.
07:25Et donc, ça, c'est une mission qui est très importante
07:27et qui s'exerce sur tout le territoire,
07:29grâce aux implantations de la Banque de France.
07:31Sur cette fin d'été, pour ceux qui veulent t'acheter dans l'immobilier,
07:35comment pensez-vous que les banques vont se comporter ?
07:38Jusqu'à maintenant, il y avait encore des offres intéressantes sur les taux,
07:41notamment.
07:41Est-ce que ça va continuer à la rentrée des conditions
07:44qui peuvent permettre d'acheter un appartement ?
07:46Alors, c'est plutôt les banquiers qui pourront vous répondre.
07:50Mais ce que nous constatons aujourd'hui,
07:51c'est qu'il y a à peu près une bonne dynamique du crédit immobilier.
07:57Il n'y a pas de contraintes, je dirais, sur le crédit immobilier.
08:01Les taux restent à des niveaux raisonnables.
08:04Et puis, il y a des offres des banques qui demeurent.
08:09Donc, il n'y a pas de restrictions, je dirais, sur le crédit immobilier.
08:13Il y a plus un sujet de demande, d'ailleurs, qu'un sujet d'offre.
08:16J'ai une toute dernière question concernant l'euro numérique
08:19qui est enfin lancée.
08:21J'aimerais savoir ce que vous en pensez
08:23et si vous pouvez nous dire à quoi il va servir pour nous,
08:27peuple français, qui est déjà extrêmement bien servi
08:30en matière de services bancaires,
08:32plus que d'autres pays en Europe, d'ailleurs.
08:34Non, c'est vrai.
08:35Mais ce que nous constatons, c'est qu'on utilise,
08:39de moins en moins, les billets.
08:41Alors, ça restera une forme de monnaie qui sera disponible.
08:46On a hier dévoilé un projet de nouveau design
08:52des billets en euros.
08:54Mais vous ne pouvez pas payer sur Internet avec un billet.
08:58Et donc, ce que nous voulons faire,
09:01c'est adapter la monnaie fiduciaire au monde d'aujourd'hui.
09:05C'est-à-dire que c'est un monde qui est numérique.
09:06Et c'est ça, l'euro numérique.
09:09C'est une sorte de billet numérique que vous pourrez utiliser.
09:11Comme vous utilisez un billet pour acheter votre pain,
09:15vous pourrez utiliser l'euro numérique
09:17pour payer sur Internet
09:18ou pour régler des achats chez des commerçants.
09:25Merci Emmanuel Moulin d'être venu ce matin,
09:27gouverneur de la Banque de France,
09:28dans la matinale de l'économie.
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