00:00Avec Annalisa Cappellini qui me rejoint sur ce plateau, nous recevons Roland Gillet,
00:04professeur d'économie financière à l'université parisien Panthéon Sorbonne et à l'université libre de Bruxelles.
00:09Bonjour, merci d'être avec nous ce matin.
00:12On va parler de ces ministres des finances du G7 réunis à Paris-Bercy depuis hier au créé des différents
00:16conflits.
00:18Les tensions géopolitiques s'intensifient.
00:20Rien que cette nuit, pour parler vraiment de la dernière actualité,
00:23Donald Trump a annulé une attaque sur l'Iran qui devait avoir lieu aujourd'hui.
00:27Ce sont les conséquences économiques directes de ce conflit et du conflit ukrainien qui finalement trustent les discussions
00:33et non les accords commerciaux, la dette des États, les déséquilibres économiques
00:38qui devaient au départ être discutés encore une fois Roland Gillet.
00:41Oui, mais c'est toujours la même chose.
00:43On sait que le détroit d'Hormuz, on voudrait tous et surtout les Chinois qui ne sont pas au G7,
00:47mais derrière sont encore plus concernés.
00:49Donc ce blocage-là est évidemment le problème majeur pour le moment.
00:53Et il est majeur parce que les prix de l'énergie sont un problème majeur pour beaucoup de pays,
00:57dont ce n'est pas tout à fait la même chose, même si le côté inflationniste n'arrange pas les
01:01Américains.
01:02Pour les Américains, puisqu'ils sont d'abord exportateurs nets,
01:05ils ont de l'énergie et ils la vendent pendant ce temps-là,
01:08puisqu'il y a des blocages à certains endroits.
01:10Donc c'est un jeu où pour le moment, bon, en Ukraine, ça a plutôt tendance à s'enliser,
01:14mais ça coûte très cher à tous les Européens de se réarmer.
01:17Et ils le font par endettement dans un climat où les taux d'intérêt,
01:20étant donné que les pressions inflationnistes ont tendance à remonter.
01:23De l'autre côté, les Japonais eux aussi sont sur une vision,
01:28bon, il faut soutenir certainement le peu de croissance économique qu'on a partout.
01:31Donc il faut éviter de faire remonter aussi les taux d'intérêt
01:34et de ne pas sensibiliser les Américains sur les riscos aussi pour eux.
01:38Donc chacun y va avec ses arguments, mais chacun y va avec ses intérêts.
01:42Donc ça veut dire que vous doutez, il y a des frictions et il risque encore d'en avoir.
01:47Et que ce soit pour un conflit comme pour l'autre,
01:49pour le moment, on ne voit pas une issue qui est évidente.
01:52Et parfois, c'est une issue où c'est la guerre qui continue ou la guerre qui recommence.
01:55Donc c'est normal qu'on soit sur ces points-là et que les autres soient laissés derrière,
01:59même si vous avez vu que dans les sujets au départ, ils y étaient.
02:01Et n'oublions pas non plus, et ça c'est très important,
02:03c'est que ce G7 Finance est un préparatif du G7,
02:06beaucoup plus global, qui englobe l'économie et les autres éléments, du mois de juin.
02:10Donc ici, malgré qu'on devrait parler plus de finances,
02:14la finance dépendant quand même de l'économie
02:16et les éléments qui sont là, ralentissant l'économie
02:19et augmentant le coût du financement des États,
02:21c'est ça qui est sur la table.
02:23Vous avez parlé de frictions, de divergences par rapport à la guerre en Ukraine.
02:28Il y a des divergences aussi sur les réponses à apporter face à la Russie.
02:31Les Américains, ils ont une ligne plutôt souple.
02:33Ils ont publié une dérogation sur le pétrole qui va durer encore 30 jours.
02:38Nous, les Européens, on est plutôt partisans d'une ligne dure.
02:42Est-ce qu'on a vraiment notre mot à dire, finalement ?
02:44J'espère que oui, parce que le jour où on ne l'aura plus,
02:46ça veut dire qu'on aura été soit caricatural et qu'on ne nous croira plus,
02:49soit qu'à un moment donné, on aurait été tellement désunis,
02:51ce qui est souvent notre cas.
02:52Ici, on essaye de moins l'être en tous les cas.
02:55Donc oui, on voudrait bien peser.
02:56Par contre, vous avez vu, et c'est ce qui choque le plus les Européens,
02:59que ce soit au niveau du déroulement de la guerre,
03:01au niveau du Trois-dormous,
03:02les Américains font les choses,
03:03nous les expliquons au mieux,
03:05ou nous le disent après.
03:06Donc aujourd'hui, on a un peu sorti des leviers de pouvoir
03:10sur la commande guerrière.
03:12Au niveau de l'Ukraine, on voit bien que sans le soutien
03:14encore actuel de l'OTAN,
03:15via aussi les capitaux américains,
03:18on a difficile d'être crédible,
03:19même si des drones coûtent moins cher que des avions.
03:22Et quand on fournit du matériel,
03:23et qu'on le fait sur nos propres deniers,
03:25je prends dans mon petit pays,
03:26on fournit plutôt du matériel un peu obsolète,
03:28qui, pour peut-être une guerre de tranchées,
03:30peut fonctionner, mais certainement pas,
03:31pour régler le problème de façon plus longue.
03:33L'Union européenne pousse pour le maintien des sanctions
03:36contre la Russie.
03:37Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessin,
03:39lui, a annoncé hier soir
03:41que la dérogation des États-Unis
03:43pour l'achat de pétrole russe
03:44sera prolongée de 30 jours.
03:46Est-ce que c'est le moment ?
03:48Je veux dire par là,
03:49pour compléter ce que je disais tout à l'heure,
03:50qu'on est dans l'immédiateté en réalité.
03:53Est-ce que c'est la mission du G7 Finance ?
03:55Mais en tous les cas, je ne sais pas si c'est eux,
03:57ils ont évidemment les points qu'on a dit préalablement,
04:00qui sont les plus importants.
04:01Mais vous voyez, le problème,
04:02c'est qu'il y en a un qui a un agenda
04:03qui, lui, est très clair,
04:04parce qu'il a des élections importantes,
04:05c'est Donald Trump.
04:06Et donc, lui, pour le moment,
04:08l'Ukraine, c'est bien embêtant,
04:09mais c'est un truc qui peut encore durer pour lui.
04:12Ça ne va pas l'empêcher de vivre.
04:13D'ailleurs, ce n'est pas chez lui.
04:14Et ce n'est pas ça,
04:15c'est au niveau de l'énergie,
04:16mais je répète, il en regorge.
04:18Et en plus, les autres pays
04:19ont quand même trouvé du contournement.
04:21Et les Chinois, eux, à la limite,
04:23n'ayant pas condamné la Russie,
04:24vont chercher de l'énergie pas trop chère via la Russie.
04:26Donc, tout ça ne lui semble pas urgent.
04:27Par contre, de l'autre côté,
04:29ce qui se passe dans le détroit d'Hormuz,
04:30et même sûrement dans les discussions avec Zipin
04:32la semaine dernière,
04:33c'était sur le sujet,
04:34il faut arrêter ça,
04:34il faut trouver une solution.
04:35Et il était même sur le volet,
04:36vous pouvez aussi nous aider.
04:37Vous avez vu qu'il demande à tout le monde de l'aider
04:39pour qu'on arrête cette histoire-là,
04:40que lui a commencé,
04:42avec les Israéliens peut-être,
04:43mais qu'il a commencé.
04:43Donc, clairement, il a un agenda
04:46qui fait qu'il n'est pas du tout en face
04:47dans la rapidité avec laquelle il veut des résultats.
04:50Avec les autres, regardez,
04:50mais les Iraniens,
04:51ils sont nombreux autour de la table
04:53quand ils doivent prendre des décisions.
04:54Donc, déjà, c'est compliqué,
04:56donc ça met du temps.
04:56Deux, eux, pour le moment,
04:58leur agenda n'est pas du tout lié à une élection.
05:00Et ils savent qu'ils ont peut-être,
05:02grâce à ça, un pouvoir
05:03où, pour arriver à calmer le jeu,
05:05à réouvrir le détroit,
05:06il sera obligé de concéder quelque chose,
05:08Donald Trump.
05:08Et on voit que c'est ce jeu-là qui est là.
05:10C'est pour ça qu'à certains moments,
05:11il dit,
05:12j'en ai ras-le-bol d'attente.
05:13C'est un peu ça qu'il dit.
05:14Et je vais taper.
05:16Et puis, il dit,
05:16oui, mais si je tape,
05:17j'allais encore faire pire.
05:18Et on lui rappelle au niveau économique
05:19dans son pays
05:19que ce n'est pas bon non plus
05:20pour le consommateur américain
05:22devant les mid-terms.
05:23Parce que, je le rappelle souvent,
05:24le seul prix que vous êtes obligé de voir
05:27que vous consommiez ou pas le bien,
05:29c'est les prix de l'essence
05:30et pas les prix de l'essence,
05:31le prix du baril à la pompe.
05:33Regardez un peu comme c'était écrit partout.
05:35Qui ne voit pas ces chiffres bouger
05:36et ne les regarde pas en disant
05:38ah oui encore
05:39et pense à tout ce qu'il peut avoir
05:41comme conséquence inflationniste,
05:42alors que c'est pour le moment limité
05:44quand même à ses prix de l'énergie,
05:45même s'il y a quelques heures tombées
05:46sur les produits carbonés.
05:48Tout le monde a déjà l'impression
05:49que c'est une inflation généralisée.
05:51Et comme les taux d'intérêt remontent,
05:53tout le monde se dit
05:53ah oui, c'est une anticipation.
05:55Et donc, ça,
05:55c'est pas bon non plus pour lui,
05:56pour le pouvoir d'achat des Américains.
05:58Mais c'est surtout ça
05:59qui l'ennuie.
05:59Et donc, les mid-terms
06:01vont le presser toujours
06:02à vouloir régler plus vite.
06:04Donc, en gros,
06:04lui, il a une exponentielle à inverser.
06:06C'est-à-dire qu'il sait
06:07que plus ça attend,
06:08pire c'est pour sa popularité.
06:10Et plus on attend,
06:11plus il doit avoir
06:12une réponse rapide.
06:13Donc, c'est ça qu'il fait.
06:13Et vous sentez
06:14qu'il est sur le moment.
06:15Je ralente.
06:16Vous avez vu,
06:16il avait dit qu'il allait agir.
06:17Parfois dans la même phase.
06:18On s'arrête.
06:18Mais oui, ce qu'il veut,
06:20c'est pousser les autres
06:21et les autres disent
06:21oh, oh, oh, oh,
06:22est-ce que l'agenda nous sert ?
06:23Je parle des Iraniens.
06:24Oui.
06:24C'est vrai que face aux agendas
06:26de Donald Trump et de Xi Jinping,
06:27les Européens,
06:28ils cherchent une unité,
06:30ils essayent
06:31et il y a des voix
06:31plus écoutées que d'autres.
06:33Je pense notamment
06:33à Mario Draghi
06:34qui a dit à Aix-la-Chapelle
06:35que cette fois-ci,
06:36nous sommes seuls ensemble.
06:38Est-ce que ça veut dire
06:38désormais qu'on met
06:39sur le même niveau
06:40les Chinois et les Américains ?
06:41C'est-à-dire que les deux
06:41sont des rivaux systémiques
06:42pour les Européens ?
06:43C'est-à-dire qu'il y en a un
06:44qui, lui, est pour le moment
06:47factuellement la première
06:48puissance mondiale
06:48et qui reste quand même
06:49avec le PIB et le reste
06:50la première source d'innovation,
06:52même si les Chinois rattrapés
06:54restent encore en termes de PIB
06:55et plus forts
06:56et sur le plan géopolitique aussi.
06:57Ça, c'est un fait.
06:58De l'autre côté,
06:59les Chinois, eux,
07:00sont des concurrents
07:01directs de nous
07:02parce qu'eux n'ont pas d'énergie
07:03ou pas beaucoup comme nous
07:05ou de la très polluante.
07:06Deux, ils sont sur la concurrence
07:07des produits
07:08et pas uniquement sur les services,
07:10ce que n'est pas le cas
07:10des Américains.
07:11Donc clairement,
07:12nous, quand on va vers les Chinois,
07:14on est avec les mêmes
07:15problèmes structurels de départ.
07:16Sur le plan géopolitique,
07:18on ne peut pas dire
07:18qu'on peut attendre
07:19une aide des Chinois
07:19dans nos conflits à nous.
07:20Au contraire, regardez,
07:21ils assurent pour le moment,
07:22grâce à ce qu'ils achètent à la Russie,
07:25finalement,
07:25des moyens à la Russie
07:26pour acheter du matériel militaire
07:27contre l'Ukraine.
07:28Donc, pour le moment,
07:29le seul qui pourrait jouer le jeu,
07:31si vous l'êtes un peu plus friendly,
07:32comme on dit,
07:33amical avec nous,
07:34parce que nous,
07:35on trouve qu'il ne l'est pas du tout,
07:36c'est les États-Unis.
07:37Les États-Unis n'étant pas Donald Trump
07:39et Donald Trump n'étant pas là jusqu'au bout,
07:41on a quand même intérêt
07:42à avoir celui-là
07:43qui, lui, n'est pas du tout
07:43dans la même logique
07:44que le sont les Chinois
07:45en termes de compétitivité
07:46et de concurrence.
07:47Oui, exactement.
07:48On demandera tout à l'heure
07:49à Roland Lescure
07:51si le multilatéralisme
07:53est bien encore possible.
07:54Interview dans un quart d'heure
07:56au micro de Laure Closier
07:58du ministre de l'Économie.
07:59Merci beaucoup pour cette analyse.
08:00Roland Gillet,
08:01professeur d'économie financière
08:03à l'Université Paris-1-Panthéon-Sorbonne
08:05et à l'Université libre de Bruxelles.
08:06Merci d'être venu
08:07dans la matinale de l'économie.
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