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  • il y a 14 heures
Ce mardi 19 mai, Roland Gillet, professeur d'économie financière à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin. Ils sont revenus sur le G7 Finances qui s'est davantage penché sur l'intensification des tensions géopolitiques que sur les accords commerciaux, la dette des États et les déséquilibres économiques qui devaient être, au départ, discutés. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Annalisa Cappellini qui me rejoint sur ce plateau, nous recevons Roland Gillet,
00:04professeur d'économie financière à l'université parisien Panthéon Sorbonne et à l'université libre de Bruxelles.
00:09Bonjour, merci d'être avec nous ce matin.
00:12On va parler de ces ministres des finances du G7 réunis à Paris-Bercy depuis hier au créé des différents
00:16conflits.
00:18Les tensions géopolitiques s'intensifient.
00:20Rien que cette nuit, pour parler vraiment de la dernière actualité,
00:23Donald Trump a annulé une attaque sur l'Iran qui devait avoir lieu aujourd'hui.
00:27Ce sont les conséquences économiques directes de ce conflit et du conflit ukrainien qui finalement trustent les discussions
00:33et non les accords commerciaux, la dette des États, les déséquilibres économiques
00:38qui devaient au départ être discutés encore une fois Roland Gillet.
00:41Oui, mais c'est toujours la même chose.
00:43On sait que le détroit d'Hormuz, on voudrait tous et surtout les Chinois qui ne sont pas au G7,
00:47mais derrière sont encore plus concernés.
00:49Donc ce blocage-là est évidemment le problème majeur pour le moment.
00:53Et il est majeur parce que les prix de l'énergie sont un problème majeur pour beaucoup de pays,
00:57dont ce n'est pas tout à fait la même chose, même si le côté inflationniste n'arrange pas les
01:01Américains.
01:02Pour les Américains, puisqu'ils sont d'abord exportateurs nets,
01:05ils ont de l'énergie et ils la vendent pendant ce temps-là,
01:08puisqu'il y a des blocages à certains endroits.
01:10Donc c'est un jeu où pour le moment, bon, en Ukraine, ça a plutôt tendance à s'enliser,
01:14mais ça coûte très cher à tous les Européens de se réarmer.
01:17Et ils le font par endettement dans un climat où les taux d'intérêt,
01:20étant donné que les pressions inflationnistes ont tendance à remonter.
01:23De l'autre côté, les Japonais eux aussi sont sur une vision,
01:28bon, il faut soutenir certainement le peu de croissance économique qu'on a partout.
01:31Donc il faut éviter de faire remonter aussi les taux d'intérêt
01:34et de ne pas sensibiliser les Américains sur les riscos aussi pour eux.
01:38Donc chacun y va avec ses arguments, mais chacun y va avec ses intérêts.
01:42Donc ça veut dire que vous doutez, il y a des frictions et il risque encore d'en avoir.
01:47Et que ce soit pour un conflit comme pour l'autre,
01:49pour le moment, on ne voit pas une issue qui est évidente.
01:52Et parfois, c'est une issue où c'est la guerre qui continue ou la guerre qui recommence.
01:55Donc c'est normal qu'on soit sur ces points-là et que les autres soient laissés derrière,
01:59même si vous avez vu que dans les sujets au départ, ils y étaient.
02:01Et n'oublions pas non plus, et ça c'est très important,
02:03c'est que ce G7 Finance est un préparatif du G7,
02:06beaucoup plus global, qui englobe l'économie et les autres éléments, du mois de juin.
02:10Donc ici, malgré qu'on devrait parler plus de finances,
02:14la finance dépendant quand même de l'économie
02:16et les éléments qui sont là, ralentissant l'économie
02:19et augmentant le coût du financement des États,
02:21c'est ça qui est sur la table.
02:23Vous avez parlé de frictions, de divergences par rapport à la guerre en Ukraine.
02:28Il y a des divergences aussi sur les réponses à apporter face à la Russie.
02:31Les Américains, ils ont une ligne plutôt souple.
02:33Ils ont publié une dérogation sur le pétrole qui va durer encore 30 jours.
02:38Nous, les Européens, on est plutôt partisans d'une ligne dure.
02:42Est-ce qu'on a vraiment notre mot à dire, finalement ?
02:44J'espère que oui, parce que le jour où on ne l'aura plus,
02:46ça veut dire qu'on aura été soit caricatural et qu'on ne nous croira plus,
02:49soit qu'à un moment donné, on aurait été tellement désunis,
02:51ce qui est souvent notre cas.
02:52Ici, on essaye de moins l'être en tous les cas.
02:55Donc oui, on voudrait bien peser.
02:56Par contre, vous avez vu, et c'est ce qui choque le plus les Européens,
02:59que ce soit au niveau du déroulement de la guerre,
03:01au niveau du Trois-dormous,
03:02les Américains font les choses,
03:03nous les expliquons au mieux,
03:05ou nous le disent après.
03:06Donc aujourd'hui, on a un peu sorti des leviers de pouvoir
03:10sur la commande guerrière.
03:12Au niveau de l'Ukraine, on voit bien que sans le soutien
03:14encore actuel de l'OTAN,
03:15via aussi les capitaux américains,
03:18on a difficile d'être crédible,
03:19même si des drones coûtent moins cher que des avions.
03:22Et quand on fournit du matériel,
03:23et qu'on le fait sur nos propres deniers,
03:25je prends dans mon petit pays,
03:26on fournit plutôt du matériel un peu obsolète,
03:28qui, pour peut-être une guerre de tranchées,
03:30peut fonctionner, mais certainement pas,
03:31pour régler le problème de façon plus longue.
03:33L'Union européenne pousse pour le maintien des sanctions
03:36contre la Russie.
03:37Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessin,
03:39lui, a annoncé hier soir
03:41que la dérogation des États-Unis
03:43pour l'achat de pétrole russe
03:44sera prolongée de 30 jours.
03:46Est-ce que c'est le moment ?
03:48Je veux dire par là,
03:49pour compléter ce que je disais tout à l'heure,
03:50qu'on est dans l'immédiateté en réalité.
03:53Est-ce que c'est la mission du G7 Finance ?
03:55Mais en tous les cas, je ne sais pas si c'est eux,
03:57ils ont évidemment les points qu'on a dit préalablement,
04:00qui sont les plus importants.
04:01Mais vous voyez, le problème,
04:02c'est qu'il y en a un qui a un agenda
04:03qui, lui, est très clair,
04:04parce qu'il a des élections importantes,
04:05c'est Donald Trump.
04:06Et donc, lui, pour le moment,
04:08l'Ukraine, c'est bien embêtant,
04:09mais c'est un truc qui peut encore durer pour lui.
04:12Ça ne va pas l'empêcher de vivre.
04:13D'ailleurs, ce n'est pas chez lui.
04:14Et ce n'est pas ça,
04:15c'est au niveau de l'énergie,
04:16mais je répète, il en regorge.
04:18Et en plus, les autres pays
04:19ont quand même trouvé du contournement.
04:21Et les Chinois, eux, à la limite,
04:23n'ayant pas condamné la Russie,
04:24vont chercher de l'énergie pas trop chère via la Russie.
04:26Donc, tout ça ne lui semble pas urgent.
04:27Par contre, de l'autre côté,
04:29ce qui se passe dans le détroit d'Hormuz,
04:30et même sûrement dans les discussions avec Zipin
04:32la semaine dernière,
04:33c'était sur le sujet,
04:34il faut arrêter ça,
04:34il faut trouver une solution.
04:35Et il était même sur le volet,
04:36vous pouvez aussi nous aider.
04:37Vous avez vu qu'il demande à tout le monde de l'aider
04:39pour qu'on arrête cette histoire-là,
04:40que lui a commencé,
04:42avec les Israéliens peut-être,
04:43mais qu'il a commencé.
04:43Donc, clairement, il a un agenda
04:46qui fait qu'il n'est pas du tout en face
04:47dans la rapidité avec laquelle il veut des résultats.
04:50Avec les autres, regardez,
04:50mais les Iraniens,
04:51ils sont nombreux autour de la table
04:53quand ils doivent prendre des décisions.
04:54Donc, déjà, c'est compliqué,
04:56donc ça met du temps.
04:56Deux, eux, pour le moment,
04:58leur agenda n'est pas du tout lié à une élection.
05:00Et ils savent qu'ils ont peut-être,
05:02grâce à ça, un pouvoir
05:03où, pour arriver à calmer le jeu,
05:05à réouvrir le détroit,
05:06il sera obligé de concéder quelque chose,
05:08Donald Trump.
05:08Et on voit que c'est ce jeu-là qui est là.
05:10C'est pour ça qu'à certains moments,
05:11il dit,
05:12j'en ai ras-le-bol d'attente.
05:13C'est un peu ça qu'il dit.
05:14Et je vais taper.
05:16Et puis, il dit,
05:16oui, mais si je tape,
05:17j'allais encore faire pire.
05:18Et on lui rappelle au niveau économique
05:19dans son pays
05:19que ce n'est pas bon non plus
05:20pour le consommateur américain
05:22devant les mid-terms.
05:23Parce que, je le rappelle souvent,
05:24le seul prix que vous êtes obligé de voir
05:27que vous consommiez ou pas le bien,
05:29c'est les prix de l'essence
05:30et pas les prix de l'essence,
05:31le prix du baril à la pompe.
05:33Regardez un peu comme c'était écrit partout.
05:35Qui ne voit pas ces chiffres bouger
05:36et ne les regarde pas en disant
05:38ah oui encore
05:39et pense à tout ce qu'il peut avoir
05:41comme conséquence inflationniste,
05:42alors que c'est pour le moment limité
05:44quand même à ses prix de l'énergie,
05:45même s'il y a quelques heures tombées
05:46sur les produits carbonés.
05:48Tout le monde a déjà l'impression
05:49que c'est une inflation généralisée.
05:51Et comme les taux d'intérêt remontent,
05:53tout le monde se dit
05:53ah oui, c'est une anticipation.
05:55Et donc, ça,
05:55c'est pas bon non plus pour lui,
05:56pour le pouvoir d'achat des Américains.
05:58Mais c'est surtout ça
05:59qui l'ennuie.
05:59Et donc, les mid-terms
06:01vont le presser toujours
06:02à vouloir régler plus vite.
06:04Donc, en gros,
06:04lui, il a une exponentielle à inverser.
06:06C'est-à-dire qu'il sait
06:07que plus ça attend,
06:08pire c'est pour sa popularité.
06:10Et plus on attend,
06:11plus il doit avoir
06:12une réponse rapide.
06:13Donc, c'est ça qu'il fait.
06:13Et vous sentez
06:14qu'il est sur le moment.
06:15Je ralente.
06:16Vous avez vu,
06:16il avait dit qu'il allait agir.
06:17Parfois dans la même phase.
06:18On s'arrête.
06:18Mais oui, ce qu'il veut,
06:20c'est pousser les autres
06:21et les autres disent
06:21oh, oh, oh, oh,
06:22est-ce que l'agenda nous sert ?
06:23Je parle des Iraniens.
06:24Oui.
06:24C'est vrai que face aux agendas
06:26de Donald Trump et de Xi Jinping,
06:27les Européens,
06:28ils cherchent une unité,
06:30ils essayent
06:31et il y a des voix
06:31plus écoutées que d'autres.
06:33Je pense notamment
06:33à Mario Draghi
06:34qui a dit à Aix-la-Chapelle
06:35que cette fois-ci,
06:36nous sommes seuls ensemble.
06:38Est-ce que ça veut dire
06:38désormais qu'on met
06:39sur le même niveau
06:40les Chinois et les Américains ?
06:41C'est-à-dire que les deux
06:41sont des rivaux systémiques
06:42pour les Européens ?
06:43C'est-à-dire qu'il y en a un
06:44qui, lui, est pour le moment
06:47factuellement la première
06:48puissance mondiale
06:48et qui reste quand même
06:49avec le PIB et le reste
06:50la première source d'innovation,
06:52même si les Chinois rattrapés
06:54restent encore en termes de PIB
06:55et plus forts
06:56et sur le plan géopolitique aussi.
06:57Ça, c'est un fait.
06:58De l'autre côté,
06:59les Chinois, eux,
07:00sont des concurrents
07:01directs de nous
07:02parce qu'eux n'ont pas d'énergie
07:03ou pas beaucoup comme nous
07:05ou de la très polluante.
07:06Deux, ils sont sur la concurrence
07:07des produits
07:08et pas uniquement sur les services,
07:10ce que n'est pas le cas
07:10des Américains.
07:11Donc clairement,
07:12nous, quand on va vers les Chinois,
07:14on est avec les mêmes
07:15problèmes structurels de départ.
07:16Sur le plan géopolitique,
07:18on ne peut pas dire
07:18qu'on peut attendre
07:19une aide des Chinois
07:19dans nos conflits à nous.
07:20Au contraire, regardez,
07:21ils assurent pour le moment,
07:22grâce à ce qu'ils achètent à la Russie,
07:25finalement,
07:25des moyens à la Russie
07:26pour acheter du matériel militaire
07:27contre l'Ukraine.
07:28Donc, pour le moment,
07:29le seul qui pourrait jouer le jeu,
07:31si vous l'êtes un peu plus friendly,
07:32comme on dit,
07:33amical avec nous,
07:34parce que nous,
07:35on trouve qu'il ne l'est pas du tout,
07:36c'est les États-Unis.
07:37Les États-Unis n'étant pas Donald Trump
07:39et Donald Trump n'étant pas là jusqu'au bout,
07:41on a quand même intérêt
07:42à avoir celui-là
07:43qui, lui, n'est pas du tout
07:43dans la même logique
07:44que le sont les Chinois
07:45en termes de compétitivité
07:46et de concurrence.
07:47Oui, exactement.
07:48On demandera tout à l'heure
07:49à Roland Lescure
07:51si le multilatéralisme
07:53est bien encore possible.
07:54Interview dans un quart d'heure
07:56au micro de Laure Closier
07:58du ministre de l'Économie.
07:59Merci beaucoup pour cette analyse.
08:00Roland Gillet,
08:01professeur d'économie financière
08:03à l'Université Paris-1-Panthéon-Sorbonne
08:05et à l'Université libre de Bruxelles.
08:06Merci d'être venu
08:07dans la matinale de l'économie.
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