00:00– L'invité de ce Smart Impact, c'est Dominique Delmas, bonjour, bienvenue.
00:09Vous êtes le président du comité de mission de Saratech.
00:12On commence par une question de présentation, c'est quoi Saratech ?
00:15– Saratech, c'est un groupe qui a 45 ans, qui est leader dans son domaine,
00:18qui est l'expertise de sinistres et la gestion de crise.
00:22Plus précisément, c'est deux grandes familles de sinistres.
00:26Ça peut être relié à des événements de catastrophes naturelles, typiquement les inondations du Pas-de-Calais,
00:32la tempête, le cyclone Chido à Mayotte, ou encore des accidents industriels, comme à Rouen, les grandes incendies de Rouen.
00:42Et sinon, de façon plus pratique et quotidienne, nos mille experts sont sur le territoire,
00:48maillent le territoire à la rencontre de tous les assurés et les sinistrés pour des dossiers sur…
00:54enfin des sinistres parlant de dégâts des eaux, défauts de construction, vols, incendies, dégâts électriques, et j'en passe.
01:02Voilà, donc c'est ça le quotidien des experts.
01:05Aujourd'hui, le groupe, il est organisé en quatre grandes filières.
01:08Donc le métier historique, qui est donc l'expertise de la gestion de crise et la prévention, peut-être qu
01:13'on en parlera,
01:14mais aussi la réparation bas carbone, la mobilité et des services technologiques.
01:21C'est un groupe qui fait à peu près 300 millions de chiffre d'affaires, 1500 personnes.
01:25Vos clients, ce sont des particuliers, les compagnies d'assurance ? Comment ça se passe exactement ?
01:31Alors pour l'essentiel, ce sont les compagnies d'assurance qui nous missionnent sur des sinistres,
01:35mais on travaille aussi en direct pour les entreprises, notamment quand ils sont hors assurance, sous franchise, ou dans des
01:41captives.
01:42On travaille aussi pour les collectivités territoriales et les particuliers, en fait, l'ensemble de la société.
01:47Mais au principal, c'est quand même les assureurs.
01:49Alors vous êtes forcément une vigie du changement climatique, d'une certaine façon.
01:52Est-ce que la sinistralité liée au changement climatique, vous la voyez évoluer ?
01:57On la voit évoluer depuis très longtemps.
01:59C'est-à-dire quand on entendait des discours disant quand le réchauffement climatique sera là...
02:04Vous y étiez déjà ?
02:05On y était déjà.
02:05On voit la fréquence, l'intensité sur ces théâtres que j'expliquais, les inondations.
02:10Donc on le mesure dans nos données puisqu'on fait 400 000 dossiers par an.
02:13Donc on collecte une donnée importante.
02:15Donc oui, on est confronté au quotidien au réchauffement climatique.
02:19Je pense par exemple à tous ces dossiers.
02:22Ça concerne des millions et des millions de Français, le gonflement, rétractation des sols argileux.
02:29L'impression, mais peut-être qu'elle est fausse que j'ai, c'est que c'est un phénomène massif
02:34depuis quelques années.
02:36Alors je ne saurais pas dire si c'est 4, 5, 10 ans, mais est-ce que c'est vrai
02:40ou est-ce que c'est une progression constante en fait ?
02:44Alors il y a eu effectivement cette accélération du dérèglement climatique.
02:49Donc ces phénomènes d'inondations sécheresses qui font que l'argile gonfle ou se rétracte.
02:54Et donc effectivement c'est massif parce qu'il y a à peu près la moitié du territoire qui pourrait
02:58être touché.
02:58Donc ça effraye tout le monde, les assureurs, les particuliers, les entreprises qui ont des actifs.
03:05Donc oui c'est un phénomène important.
03:07Je crois qu'en 2023 c'était quelque chose comme 60 000 ou 70 000 dossiers qui ont fait l
03:13'objet d'arrêter.
03:14Avec une mission compliquée pour vos experts parce que parfois on ne comprend pas bien pourquoi d'ailleurs quand on
03:20est béotien comme moi,
03:21d'un côté à l'autre de la rue ou dans des régions un peu plus rurales, on dit il
03:27y a une maison qui va être assurée et l'autre pas.
03:31Oui alors il y a déjà la spécificité du bâti puisque le bâti a une histoire, a un vécu, a
03:37une conformité ou pas.
03:39Donc chaque cas est particulier.
03:40Donc le travail de l'expert c'est vraiment de catégoriser, de serrer, d'adapter.
03:45Ce qu'on dit aussi, il y a parfois des notions de non garantie, ça peut être une bonne nouvelle.
03:50Parce que quand vous êtes garantie, ça veut dire que votre maison est sérieusement endommagée et que vous allez dans
03:56des situations qui vont être compliquées.
03:57Il va falloir faire des travaux, parfois déménager.
03:59Une longue garantie souvent, ça peut être des fissures qui sont moins graves, c'est esthétique, c'est désagréable mais
04:05ça n'est que désagréable.
04:07Alors on va voir comment, puisque vous êtes une vigie du changement climatique et que vous l'avez détectée concrètement
04:14depuis longtemps,
04:16comment vous avez fait évoluer vos pratiques à vous, ça ça m'intéresse.
04:20Vous parliez des chantiers de réparation par exemple.
04:22Qu'est-ce que vous avez changé dans votre façon d'appréhender un chantier de réparation ?
04:26On a mis en place ce qu'on appelle un borderobe à carbone, c'est une réflexion en 2021-2022
04:31où effectivement on voyait le réchauffement climatique arriver, on voyait ses impacts, on voyait le risque d'inassurabilité aussi, on
04:37pourra en parler.
04:38Et on s'est donc penché sur cette notion d'empreinte carbone, les limites planétaires qu'on a intégrées dans
04:45notre mission,
04:46puisque nous sommes une société à émission depuis juin 2023, qui a été un changement assez impactant.
04:51Et donc l'histoire du borderobe à carbone, c'est-à-dire comment pouvons-nous faire une réparation à faible
04:57empreinte carbone ?
04:58Parce que nous chiffrons environ 2,6 milliards d'euros par an, juste à RITEC.
05:03Si vous cumulissez avec les experts, c'est énorme.
05:06Donc on s'est dit qu'on pouvait avoir un véritable impact, on a créé ce borderobe à carbone, c
05:09'est une belle histoire.
05:10Moi j'adore cette histoire.
05:12Donc c'est nos ingénieurs de recherche qui ont travaillé sur ce borderobe.
05:17Et à un moment donné, on s'est posé la question de dire, si on fait tout ça seul dans
05:21notre coin, peut-être que ça sera limité.
05:24On a décidé, notre gouvernance a décidé de le mettre en open source.
05:28Ça veut dire pour les confrères et concurrents, pour les entreprises, pour les assureurs.
05:34La réaction de la Fédération des sociétés d'assurance a été un petit peu mitigée en disant, c'est surprenant
05:40quand même.
05:41Vous avez un avantage concurrentiel, vous nous offrez.
05:44La réponse de notre PDG, elle a été simple, en disant, non, si j'y vais tout seul, je rate
05:49mon impact.
05:49D'accord.
05:50Et ce que j'ai inscrit dans ma mission.
05:51Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire plus de matériaux de réemploi, par exemple ?
05:56Alors oui, déjà, c'est des matériaux vertueux, c'est des peintures à l'eau, c'est des enduits à
06:01fait à l'émission de composés organiques volatiles.
06:04Ça a aussi une conséquence santé dans la maison, ce qui est assez intéressant.
06:10C'est aussi des pratiques.
06:13La pratique faisait que dans une inondation, en général, c'est plus facile de découper tout le placopâtre et de
06:19tout remplacer.
06:20Là, on va limiter uniquement la partie qui a été touchée et remplacer uniquement cette partie-là.
06:26Donc économie de matériaux, c'est effectivement du réemploi.
06:29Tout ça se met en place et il faut faire bouger les lignes juridiques, techniques, habitudes, etc.
06:37Et donc ce bordereau aujourd'hui est devenu la référence, devient la norme, la référence grâce à la Fédération des
06:43sociétés d'expertise qui l'a intégrée.
06:45Et donc les assureurs regardent ça de très près.
06:47Une société à mission, vous l'avez dit, depuis trois ans.
06:50Qu'est-ce que ça change ?
06:51On en parle souvent du fait de définir sa raison d'être, de l'inscrire dans ses statuts.
06:57C'est ça, être une entreprise à mission.
06:59Qu'est-ce que ça a changé pour vous ?
07:00Ça a complètement transformé notre chaîne de valeur, notamment avec cette notion de bordereau bas carbone.
07:06En fait, notre métier était, je vais sur place, je constate un sinistre, je chiffre et la réparation se passe
07:14derrière moi.
07:15On s'est dit, si on parlait d'inassurabilité, si je prolonge cette recrudescence de sinistre, ça va être multiplié
07:22par 6 par 8 d'ici 2030.
07:25Donc on s'est dit, le risque d'inassurabilité...
07:28Le modèle économique de l'assurance, il est questionné par ça.
07:31Il se fracasse complètement.
07:33Donc, ce qu'on a dit, le meilleur des sinistres, la meilleure des réponses, c'est d'éviter le maximum
07:38des sinistres.
07:38Donc, on est allé en amont de notre prestation sur la prévention.
07:42Donc, on développe énormément de prestations de prévention pour en parler.
07:45Oui, on va en parler.
07:46Et en aval, on est allé sur la réparation bas carbone, qui est donc quelque chose de vertueux.
07:51Et donc, on a étendu cette chaîne de valeur, ça, ça nous a apporté ça, et on l'a rendu
07:55cyclique.
07:56En fait, c'est la vie des affaires.
07:57Tout va bien, vous avez un sinistre, vous réparez, vous faites de la prévention, tout va bien.
08:03Donc, en fait, vous avez rajouté des métiers, si je comprends bien.
08:07C'est ça, on a étendu le métier.
08:08L'expert, quand il va sur le terrain, il fait de la prévention de façon un peu naturelle.
08:12Il voit tellement de choses, il va sur une inondation, il gère l'inondation, il va regarder votre installation électrique,
08:19et il va dire, là, si vous ne voulez pas me revoir, je vous conseille de faire quelques modifications sur
08:22votre installation électrique.
08:23Et donc, la prévention est devenue une vraie ligne de business, à la fois sur le terrain par les experts,
08:30avec nos partenaires assureurs et avec les instituts.
08:32Et alors, elle ne s'applique pas seulement quand vous intervenez sur un sinistre ?
08:36Comment vous mettez en œuvre la prévention ?
08:38Alors, c'est une autre belle histoire que j'aime bien raconter.
08:42L'image de l'expert, je ne sais pas laquelle vous avez, elle est soit à peu près inexistante, soit
08:47elle n'est pas très jolie.
08:50On a fait un partenariat avec des grands assureurs.
08:55C'est un partenariat qui s'appelle GEOIA, avec Generali, Maïf, Société Générale Assurance, et une filiale de Vinci.
09:02Et l'idée, c'est de faire de la prévention à grande échelle sur tous les portefeuilles des assureurs.
09:08Donc, ces trois assureurs-là ont environ 5,4 millions d'assurés.
09:13Donc, un beau levier d'action.
09:14Voilà.
09:15Et c'est un service aussi qui pourra être proposé à l'ensemble des assureurs.
09:19Donc, voilà, c'est le genre d'effet de levier que nous a donné la mission.
09:24C'est un changement d'image.
09:25On a vu ce qu'on pouvait apporter.
09:27Nous, ce qu'on apporte, c'est la capacité à faire du diagnostic et de la donnée.
09:31400 000 dossiers par an, c'est énorme pour avoir une énorme donnée.
09:35Et donc, en fait, ça se nourrit, si je comprends bien, des cyniques sur lesquels vous êtes intervenu aussi.
09:41C'est-à-dire que voilà ce qu'on a vécu ou ce que tels particuliers ou entreprises ont vécu.
09:47Et donc, si vous voulez y échapper, voilà ce qu'il faut faire, c'est ça ?
09:49Exactement.
09:50Par exemple, dans nos données, on sait que 70% des dossiers d'inondation indemnisés,
09:55la lame d'eau, elle était de l'ordre de 30 centimètres.
09:59Donc, avec cette donnée, vous dites, voilà, je sais comment je peux protéger ce type d'habitation.
10:04Il suffit, par exemple, déjà, je vais remonter les prises électriques au-dessus de 30, je protège.
10:07Et puis, c'est plus facile de protéger avec des bâtards d'eau, enfin, tous les matériels qui existent, l
10:15'installation.
10:15Donc, nos données éclairent sur la capacité à faire de la prévention.
10:18Et alors, on l'a évoqué, mais les compagnies d'assurance, quand vous leur dites, vous allez dans, enfin, le
10:26modèle économique va dans le mur, qu'est-ce qu'elles répondent à ça ?
10:30Les assureurs en sont extrêmement conscients et Geoia est une première réponse à ça, c'est-à-dire que…
10:36C'est presque existentiel pour le secteur de l'assurance.
10:39Bien sûr, bien sûr. Et ce qui est extraordinaire de Geoia, c'est de dire comment trois concurrents farouches, dans
10:44trois grandes lignes de business assurance,
10:47se mettent autour d'une table pour, finalement, gérer un problème qui est plus grand qu'eux.
10:53C'est ça, et ça, c'est une belle leçon, je trouve.
10:55Merci beaucoup, Dominique Delmas, et à bientôt sur Bsmart4Change.
10:59On passe tout de suite à notre débat, les prix Impact US 2026, au programme.